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Guerre mondiale
A la UneAnalyses

Le monde au bord du gouffre : vers une troisième guerre mondiale inévitable ?

by Chiencoro 6 janvier 2026
written by Chiencoro 8 minutes read

Face à la recrudescence des tensions entre grandes puissances (de Kiev à Caracas, de Gaza à Taïwan), le monde glisse inexorablement vers un nouveau point de rupture. A l’instar de 1914 ou de 1939, les rivalités économiques, idéologiques et militaires s’entremêlent, dans une indifférence diplomatique assourdissant. La Troisième Guerre mondiale n’est plus une hypothèse lointaine, mais une perspective que l’effritement de l’ONU rend chaque jour plus plausible. À l’image de la Société des Nations avant 1939, l’Organisation des Nations unies semble atteindre la fin de son cycle historique. Seule une refondation du multilatéralisme, tant prôné, pourrait encore éviter à l’humanité de sombrer à nouveau dans le chaos.

Quelques jours après coup de force américain contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, Kim Jong-un a saisi l’occasion pour justifier la stratégie nucléaire de Pyongyang. « La récente crise géopolitique et les événements internationaux complexes montrent pourquoi cela est nécessaire », a-t-il déclaré, selon l’agence KCNA, en allusion directe à cette opération.

Une planète divisée en blocs antagonistes

Le dirigeant nord-coréen a affirmé que d’importants progrès avaient été réalisés pour préparer les forces nucléaires de son pays « à une guerre réelle », insistant sur la nécessité de renforcer la dissuasion face à ce qu’il qualifie d’« impérialisme sans limite ». Une manière à peine voilée de rappeler que dans un monde où les puissants renversent les chefs d’État qui leur résistent, seuls les États dotés d’une capacité nucléaire peuvent garantir leur survie.

L’humanité marche à nouveau sur un fil. En observant la multiplication des foyers de tension (de l’Ukraine au Proche-Orient, du Venezuela au Sahel, de la mer de Chine à la mer Rouge), il devient difficile d’écarter l’hypothèse d’un basculement global. Le monde entre, lentement mais sûrement, dans une phase que les historiens du futur pourraient nommer l’avant-guerre mondiale.

Comme en 1914, la planète est aujourd’hui divisée en blocs antagonistes. D’un côté, les puissances occidentales, sous leadership américain, déterminées à préserver un ordre international qu’elles ont façonné. De l’autre, un axe hétérogène de nations émergentes (Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, mais aussi des États du Sud désormais rétifs à la domination unipolaire), qui contestent ouvertement cette hégémonie. Les affrontements sont encore périphériques, indirects, mais ils se multiplient. Chacun croit pouvoir contenir la tension, mais chacun se trompe.

Les causes lointaines d’un désastre annoncé

Les grandes guerres ne surgissent jamais d’un coup. Elles s’enracinent dans des déséquilibres accumulés, des humiliations, des méfiances et des malentendus qui finissent par exploser. Avant 1914, il y eut les rivalités coloniales et la course aux armements. Avant 1939, il y eut la crise économique, les sanctions, les traités inéquitables. Aujourd’hui, ce sont la fragmentation du multilatéralisme, la prolifération des conflits hybrides et la guerre de l’information qui nourrissent le même engrenage fatal.

Les sanctions économiques imposées à la Russie, l’escalade militaire au Proche-Orient, les opérations américaines en Amérique latine et les tensions sino-américaines en mer de Chine ne sont que les manifestations visibles d’un désordre plus profond : la fin d’un monde. L’ordre né de 1945, construit sur la dissuasion et les institutions internationales, s’effrite. L’ONU, à l’image de la Société des Nations avant elle, semble désormais impuissante à prévenir les crises et à réguler les ambitions.

L’ONU, un géant fatigué

Tout comme la Société des Nations dans les années 1930, l’Organisation des Nations unies a atteint la fin de son cycle historique. Prisonnière du droit de veto, paralysée par les intérêts de ses membres permanents, incapable de parler d’une seule voix sur Gaza, Kiev ou Caracas, ou encore des situations politiques en Afrique où les plaintes se multiplient sur la composition même de l’organisation qui ne compte pas de membres permanents parmi les Africains, l’ONU est aujourd’hui réduite à un rôle symbolique. Les grandes puissances s’affranchissent des résolutions, les interventions unilatérales se multiplient, et les peuples du Sud constatent que la promesse d’un monde régi par le droit s’efface devant le retour de la force.

En effet, la politisation des droits de l’homme est une réalité que nul ne saurait refuser aujourd’hui. Les droits semblent écrits par les plus forts pour mieux entretenir leur domination sur les plus faibles, les seuls censés violés la « volonté générale ». Le retour de « l’état de nature » hobbésien est un aspect craintif puisque annonciateur de la chute de l’humanité dans son état primitif, qui est une stade de non droit, où seule la loi du plus fort règne en souverain absolu. Dans un tel état, les questions de propreté privée deviennent une chimère. Car les uns s’en prennent aux autres dans le but d’extorquer leur richesse. Dans cet de « guerre de tous contre tous », il faut craindre un choc planétaire tragique, aux conséquences dévastatrices et inoubliables comme les deux bombes largués sur Hiroshima et Nagasaki. 

L’ONU doit donc renaître ou disparaître. Renaître, c’est accepter de se réformer en profondeur, de reconnaître le poids démographique, économique et politique des nations africaines et asiatiques, et d’imposer une gouvernance mondiale réellement équitable. Lors du 2ème sommet Russie-Afrique à Saint-pétersburg en 2023, le président malien de la transition avait pourtant formulé la demande dans son intervention : « Le Mali reste attaché à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables. » Le Mali allait plus loin en demandant une réforme de l’ONU: « La multiplication des crises et des conflits en dépit de limplication de la communauté internationale plaide en faveur dune nouvelle architecture de la sécurité internationale qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de lONU. » Sans cela, le système international continuera de glisser vers la loi du plus fort, et la guerre mondiale ne sera plus une hypothèse, mais une échéance.

L’Afrique face à la recomposition du monde

Dans ce contexte d’instabilité globale, le continent africain, notamment les États de la Confédération du Sahel (AES), ne peut rester simple spectateur. La militarisation des rivalités internationales sur son sol, la guerre informationnelle et les batailles d’influence économique rappellent que l’Afrique est redevenue un champ de compétition mondiale. Chose que rappelle la période des colonisations où les grandes puissances avaient « partagé le monde » entre elle. Un ordre qui semble aujourd’hui révolu en raison de la révolte des dominés. 

Hegel, dans sa dialectique du maître et de l’esclave, expliquait pourtant ce phénomène. La domination, une fois qu’elle atteint un certain stade, l’on assiste à un renversement au cours duquel le dominé devient le dominant. « Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce que – au prime abord – il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail maître de la Nature, l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. », écrit Hegel dans la phénoménologie de l’Esprit. 

Cette dialectique du Maître et de l’Esclave pourrait survenir dans le nouveau basculement du monde. Le vaincu pourrait ainsi devenir le vainqueur. L’Afrique peut donc être un laboratoire de paix. En prônant une diplomatie de non-alignement, en affirmant la souveraineté culturelle et économique, les États africains peuvent offrir une voie alternative à la bipolarisation. Une voie fondée sur la coopération entre peuples et non sur la domination entre blocs.

Une humanité à la croisée des chemins

Le monde de 2026 ressemble étrangement à celui de 1938 : les puissances s’arment, les alliances se durcissent, la peur s’installe. L’histoire bégaie, mais elle ne se répète jamais à l’identique. L’humanité a encore le choix entre la raison et le chaos.

Pour l’heure, le compte à rebours semble enclenché. Si l’ONU ne se réinvente pas, si les grandes puissances persistent dans leur surdité, et si les nations du Sud ne s’unissent pas pour refonder un ordre juste, alors la Troisième Guerre mondiale ne sera plus une crainte académique. Elle deviendra une tragédie inévitable.

« La seule chose que nous apprenons de l’histoire, disait Hegel, c’est que nous n’apprenons rien de l’histoire». Ces propos du philosophe allemand soulignent avec acuité que malgré les leçons tirées des événements passés, les nations et les individus tendent à répéter les mêmes erreurs, car l’expérience historique ne se traduit pas toujours en sagesse pratique pour le présent et l’avenir. Mais peut-être est-il encore temps de lui donner tort.

Selon les philosophes Adorno et Horkheimer, les grands théoriciens de la rationalité, la rationalité moderne, lorsqu’elle se sépare de l’éthique, engendre la barbarie sous des formes toujours plus perfectionnées. La Troisième Guerre mondiale, si elle éclate, ne sera pas le triomphe de la folie, mais celui d’une raison sans conscience. Le progrès technique et politique, s’il n’est pas guidé par la morale et la conscience, ramène l’humanité à la barbarie — non plus primitive, mais rationalisée. Ce qui a fait dire à Rabelais que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Le monde, pris entre impérialismes concurrents et effondrement du multilatéralisme, court vers cette Troisième Guerre mondiale civilisée en apparence, mais barbare dans son essence. « L’humanité, au lieu de s’élever à un état véritablement humain, s’enfonce dans une nouvelle forme de barbarie. », déplorait déjà Theodor W. Adorno & Max Horkheimer. 

Chiencoro Diarra 

6 janvier 2026 0 comments
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M. Sékou dit Gaoussou Cissé, ambassadeur du Mali à Genève
A la UnePolitique

Assimi Goïta prône une diplomatie de vérité face à la désinformation internationale

by Chiencoro 5 janvier 2026
written by Chiencoro 3 minutes read

Face à la multiplication des narratifs hostiles et à la désinformation sur la scène internationale, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a appelé à une « diplomatie de vérité ». En recevant le nouvel ambassadeur du Mali à Genève, Sékou dit Gaoussou Cissé, le 5 janvier 2026 au palais de Koulouba, le chef de l’État a fixé les grandes orientations d’une diplomatie offensive, axée sur la défense de la souveraineté nationale, la lutte contre la manipulation médiatique et la valorisation des réformes engagées au Mali.

Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a reçu en audience, ce lundi 5 janvier 2026, au palais de Koulouba, le nouvel ambassadeur du Mali à Genève, M. Sékou dit Gaoussou Cissé. Cette rencontre, à la fois protocolaire et stratégique, s’inscrit dans la continuité du repositionnement diplomatique du Mali sur la scène internationale, fondé sur la souveraineté, le réalisme et la défense des intérêts nationaux.

Une mission au cœur de la nouvelle diplomatie malienne

Ancien directeur de la coopération Europe au ministère des Affaires étrangères, Sékou dit Gaoussou Cissé est un diplomate chevronné appelé à défendre, depuis Genève, les positions du Mali au sein des grandes institutions internationales. Le président Goïta lui a donné des orientations claires : faire entendre la voix du Mali dans les forums multilatéraux, promouvoir les réformes engagées dans le pays et plaider pour une diplomatie de vérité.

« Le président invite tous les ambassadeurs, quel que soit leur poste, à informer sur ce que le Mali a choisi de faire et pourquoi il le fait », a déclaré le nouvel ambassadeur à sa sortie d’audience. Il a rappelé que la diplomatie malienne repose désormais sur trois principes devenus constitutionnels : la souveraineté nationale, le choix des partenaires et la défense des intérêts du peuple malien.

Souveraineté, réconciliation et culture comme leviers d’influence

Selon M. Cissé, le président de la Transition a insisté sur la nécessité de défendre la souveraineté du Mali dans tous les domaines : sécurité, économie et réconciliation nationale. Il a souligné que la politique étrangère du pays doit s’articuler autour de la réappropriation des processus de paix et du dialogue inter-malien, pilier de la refondation nationale. 

Assimi Goïta a par ailleurs mit l’accent sur la nécessité de contrer la politisation des droits de l’homme dans les instances internationales, tout en réaffirmant la place de la Confédération des États du Sahel (AES), créée le 6 juillet 2024 à Niamey au Niger,  dans la diplomatie régionale. Il a exhorté les ambassadeurs à « construire et défendre la dynamique AES », alliance regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et perçue comme une alternative africaine d’intégration fondée sur les intérêts des peuples.

La bataille de l’information, un front diplomatique essentiel

Pour M. Cissé, la diplomatie malienne doit désormais mener une véritable guerre informationnelle face à la désinformation relayée dans certains médias internationaux. « Beaucoup de choses que l’on apprend sur le Mali à travers la presse internationale ne sont pas réelles », a-t-il déclaré. Son premier défi, dit-il, sera de « porter la bonne information » auprès des partenaires bilatéraux et multilatéraux à Genève, en expliquant les choix souverains du Mali, leur fondement et leurs objectifs.

L’ambassadeur a tenu à préciser que ces choix « ne sont pas contre quelqu’un, mais pour nous-mêmes », insistant sur la nécessité de faire comprendre que la voie empruntée par le Mali vise avant tout le bien-être du peuple malien.

Avec cette nomination, Bamako entend renforcer sa présence dans les organisations internationales basées à Genève, notamment le Conseil des droits de l’homme et les agences onusiennes. L’entretien entre le président Goïta et le nouvel ambassadeur illustre la volonté des autorités de la Transition de construire une diplomatie de conviction, tournée vers la défense des intérêts nationaux et la promotion d’un nouvel ordre international plus équitable.

Chiencoro Diarra 

5 janvier 2026 0 comments
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sidoros Karderinis, journaliste, poète et littéraire, s'exprime sur les BRICS
ActuAnalyses

L’enlèvement sans précédent de Maduro

by Sahel Tribune 5 janvier 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Dans une tribune percutante, Isidoros Karderinis — journaliste, correspondant de presse accrédité par le ministère grec des Affaires étrangères, romancier et poète — dénonce l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines comme un acte impérialiste sans précédent. Selon lui, cette opération, loin d’être un simple épisode géopolitique, constitue un avertissement adressé à tous les dirigeants insoumis du Sud et un symptôme du retour brutal des logiques de domination mondiale.

L’enlèvement sans précédent dans les annales du monde, de la manière dont cela s’est produit, du président vénézuélien Nicolas Maduro constitue non seulement une intervention militaire dans un pays souverain et indépendant en violation des principes du droit international, mais aussi un avertissement clair à la planète entière. Un avertissement à tout dirigeant insubordonné de chaque pays.

Une opération inédite et un message d’intimidation mondiale

Le 3 janvier 2026 déjà, lors d’une conférence de presse concernant l’opération militaire et l’arrestation de Maduro, le président américain Donald Trump a proféré des menaces contre le président colombien Gustavo Petro, déclarant : « Il ferait bien d’être prudent ».

Dans le même temps, le président américain a laissé entendre que Cuba pourrait être un sujet de discussion dans le cadre de la politique américaine plus large dans la région, soulignant ainsi la capacité de Washington à étendre son champ d’action au-delà du Venezuela.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a même déclaré que le gouvernement cubain devrait s’inquiéter après l’arrestation de Maduro. Il a notamment affirmé : « Si je vivais à La Havane et que j’étais membre du gouvernement, je serais au moins inquiet », ajoutant que « Cuba est un désastre » et que le pays est « dirigé par des hommes incompétents et dépravés ».

Une longue tradition d’ingérences américaines

L’histoire des États-Unis est par ailleurs marquée par de nombreuses interventions impérialistes, tant territoriales qu’interventionnistes, dans d’autres pays. Plus précisément, on dénombre environ 400 interventions depuis 1776, date à laquelle le Second Congrès continental adopta la Déclaration d’indépendance le 4 juillet, proclamant l’indépendance des treize colonies américaines vis-à-vis de l’Empire britannique, un événement qui marqua la fondation officielle des États-Unis d’Amérique.

Qui pourrait oublier que, du 15 au 19 avril 1961, 1 400 combattants anticastristes, entraînés et financés par la CIA, tentèrent de débarquer à la baie des Cochons, à 250 kilomètres de La Havane, sans parvenir à renverser le régime communiste cubain. Ces combats firent une centaine de morts de chaque côté.

« Avec la victoire de Salvador Allende aux élections du 4 septembre 1970 au Chili et la présence déjà de Fidel Castro à Cuba, nous allons nous retrouver avec un sandwich rouge en Amérique latine qui deviendra inévitablement entièrement rouge », craignait Richard Nixon, et sa crainte fut bientôt confirmée par les résultats des élections.

Face à cette réalité déplaisante pour les États-Unis, une solution s’imposait. Elle fut trouvée le matin du 11 septembre 1973, lorsqu’un coup d’État militaire fut perpétré sous la direction du général Augusto Pinochet, avec le soutien des États-Unis, mais aussi du Brésil, dont le régime militaire était parfaitement ami et coopératif avec les États-Unis. Les putschistes, après avoir encerclé et bombardé le palais présidentiel, prirent d’assaut ce dernier. Salvador Allende et ses proches collaborateurs furent tués après une résistance acharnée.

Du Panama au Venezuela : la continuité d’une politique de force

Les États-Unis ont également envahi le Panama à la mi-décembre 1989, sous la présidence de George Bush, l’Ancien. L’objectif de cette invasion militaire était de destituer le dirigeant de facto du Panama, le général Manuel Noriega, accusé par les autorités américaines d’extorsion et de trafic de drogue.

Ainsi, si l’on cherche un parallèle historique où les États-Unis ont arrêté le dirigeant de facto d’un pays et l’ont extradé vers les États-Unis pour y être jugé, l’affaire Noriega est la plus caractéristique. Et cela s’est produit après une véritable invasion militaire, c’est-à-dire dans le contexte d’une intervention armée coordonnée, et certainement pas dans un contexte de paix « normale ».

Noriega parvint à s’échapper et se réfugia à l’ambassade du Vatican à Panama, la capitale du pays, où il resta onze jours. Il y subit une intense guerre psychologique pour le contraindre à se rendre. L’armée américaine installa un mur de son assourdissant devant l’ambassade. Une flotte de Humvees équipés de haut-parleurs diffusait en permanence du hard rock et, parfois, du heavy metal. On y passait notamment le titre « Panama » du groupe Van Halen.

Le Saint-Siège s’en est plaint à juste titre auprès du président Bush, et la guerre musicale prit fin après trois jours. Le 3 janvier 1990, le général accepta de se rendre.

Les véritables motivations : le pétrole et les ressources naturelles

Mais quelles sont les raisons profondes de l’invasion militaire américaine du Venezuela et de la volonté de renverser le régime insubordonné en place?

Le Venezuela possède donc les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à environ 303,8 milliards de barils en 2021. À titre de comparaison, les principaux pays producteurs de pétrole disposent de réserves plus modestes. L’Arabie saoudite, par exemple, en possède environ 267 milliards de barils et le Koweït 101,5 milliards.

Dans le même temps, les réserves prouvées de gaz naturel du pays ont dépassé 5,6 billions de mètres cubes en 2021. Il convient de noter, par ailleurs, que dans l’hémisphère occidental, seuls les États-Unis disposaient de réserves plus importantes.

Par ailleurs, les réserves totales de minerai de fer du Venezuela sont estimées à 4,5 milliards de tonnes. Il convient de souligner que le pays se classe deuxième dans la région après le Brésil pour ces réserves. Enfin, le Venezuela possède certaines des plus importantes réserves mondiales de bauxite, un minerai utilisé pour la production d’aluminium. Ses réserves totales de bauxite s’élèvent à 950 millions de tonnes.

Il est donc clair pour tout observateur objectif que les États-Unis convoitent les ressources naturelles du Venezuela, sources de richesse. Des ressources qu’ils ne peuvent obtenir avec le régime actuel, partenaire politique et militaire et allié de Moscou, Pékin et Téhéran, mais aussi principal fournisseur de pétrole de la Chine, dont le contrôle tarit le flux.

Une condamnation universelle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

Pour les États-Unis, la solution pour asseoir leur suprématie dans la compétition internationale impitoyable réside dans le renversement du régime vénézuélien actuel et l’installation d’un président et d’un gouvernement parfaitement complaisants et à leur service. Le reste – à savoir la légalité et la nature démocratique d’une telle chose – leur importe peu.

En conclusion, je tiens à souligner que les dirigeants d’un pays ne sont renversés que par leur peuple, c’est-à-dire par des soulèvements populaires et des révolutions, comme cela s’est produit dans divers pays par le passé. Ils ne sont pas renversés par l’intervention militaire d’un autre pays, d’une puissance étrangère. Par conséquent, l’invasion militaire américaine du Venezuela et l’enlèvement de son président, Nicolas Maduro, sont absolument condamnables pour tout citoyen du monde attaché à la démocratie et à la liberté de pensée.

Isidoros Karderinis

NB: Le chapô et les inter-titres sont de notre rédaction.

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Forum mondial des civilisations
A la UneArts et Culture

Année de la Culture 2025 : Les valeurs endogènes comme socle de la refondation nationale  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 minutes read

L’Année de la Culture 2025 au Mali a été décrétée par le Général d’armée Assimi Goïta, Président de la Transition. Cette décision a marqué une étape clé dans la refondation nationale. Elle visait à replacer la culture au cœur du projet de société, en affirmant qu’elle n’était pas un simple divertissement, mais un pilier de souveraineté et de cohésion. Le décret présidentiel a donné une légitimité institutionnelle forte à cette initiative.  

Cette proclamation s’inscrivait dans la vision du Mali Kura, où la culture devient un instrument de mémoire et de transmission. En décrétant cette année, le Chef de l’État a voulu rappeler que la culture est une force vivante, capable de guider la jeunesse et de consolider l’identité nationale. L’Année de la Culture s’est ainsi imposée comme un cadre structurant pour l’avenir, donnant aux institutions et aux citoyens un horizon commun.  

Les valeurs endogènes comme socle

Au cœur de cette initiative, les valeurs endogènes ont été mises en avant. Hospitalité, solidarité, respect des anciens et promotion des langues nationales ont été placés au centre des actions. Ces valeurs, profondément enracinées dans les communautés, ont été présentées comme des repères essentiels pour surmonter les crises sociales et politiques. L’Année de la Culture a permis de rappeler que le Mali possède ses propres références, capables de nourrir une souveraineté culturelle authentique.  

La feuille de route présentée par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a renforcé cette orientation. Baptisée Mali den Kura, elle visait à restaurer les traditions tout en ouvrant la voie aux industries culturelles modernes. Cette stratégie cherchait à conjuguer patrimoine et innovation, mémoire et créativité. En mettant en avant les valeurs endogènes, le projet a affirmé que la culture malienne n’est pas figée, mais qu’elle peut évoluer sans perdre son identité.  

Le parrainage du mois et les grands programmes

Durant toute l’année, le département en charge de la Culture, sous l’impulsion du ministre Mamou Daffé, a instauré le concept de parrainage ou marrainage du mois . Cette initiative mettait à l’honneur un homme ou une femme de culture, valorisant ainsi les figures emblématiques qui incarnent la mémoire et la créativité nationale. Ce dispositif a permis de donner une visibilité régulière aux acteurs culturels et de renforcer le lien entre institutions et citoyens.  

Parallèlement, plusieurs grands programmes ont marqué l’année. Parmi eux, les États généraux de la culture, l’Assurance Volontaire pour la Culture (AVOC), l’Initiative Siguida-Nièta, ainsi que les espaces d’éducation à la citoyenneté et aux valeurs culturelles « Faso Sifinso » et « Faso Baro Kènè ». L’élaboration de la politique culturelle de la culture, de l’artisanat et du tourisme, ainsi que le soutien aux événements culturels et à la création artistique, ont donné une dimension concrète et durable à l’Année de la Culture.  

Les grands rendez-vous culturels et artisanaux

L’Année de la Culture a également été marquée par des rendez-vous majeurs qui ont rythmé la vie artistique et artisanale du pays. Le Festival international Triangle du Balafon a célébré l’un des instruments emblématiques de l’Afrique de l’Ouest, en réunissant des musiciens et des chercheurs autour de ce patrimoine vivant. Ce festival a montré que la culture malienne est aussi un vecteur de dialogue régional et de rayonnement international, en valorisant un symbole de l’identité musicale africaine.  

Le Salon International de l’Artisanat du Mali (SIAMA 2025) a constitué un autre temps fort. Il a mis en lumière la créativité des artisans maliens et leur rôle dans l’économie culturelle. Ce salon a permis de promouvoir les savoir-faire traditionnels tout en ouvrant des perspectives commerciales et touristiques. En donnant une visibilité internationale à l’artisanat, l’Année de la Culture a renforcé la souveraineté économique et culturelle du Mali, en affirmant que ses traditions peuvent être sources de développement durable.  

La Biennale de Tombouctou, apothéose de l’année

La clôture de l’Année de la Culture s’est déroulée en décembre 2025 à Tombouctou, lors de la Biennale artistique et culturelle. Une cérémonie solennelle au monument de la Flamme de la Paix a incarné la mémoire des conflits et l’espoir de réconciliation. Cet événement a synthétisé l’année : un dialogue entre patrimoine et modernité, entre mémoire et paix. Tombouctou, ville symbole, a rappelé que le Mali est dépositaire d’un patrimoine universel reconnu.  

Cette Biennale a été le point culminant d’une dynamique populaire et inclusive. La participation active des communautés : artistes, familles et associations, a donné chair à l’Année de la Culture. Cette mobilisation a prouvé que la souveraineté culturelle ne peut être décrétée uniquement par l’État, mais qu’elle doit être vécue par les citoyens. L’inclusion des acteurs locaux a renforcé l’idée que la culture est un bien commun, partagé et transmis par tous.  

Une rétrospective porteuse d’avenir

Ainsi, l’Année de la Culture 2025, décrétée par le général Assimi Goïta, a été une réussite institutionnelle et populaire. Elle a permis de réaffirmer les valeurs endogènes, d’affirmer la souveraineté culturelle et de projeter le Mali sur la scène internationale. Cette année n’a pas été une parenthèse, mais un laboratoire d’initiatives. La pérennité de ses acquis dépendra de la capacité des institutions et des citoyens à prolonger cet élan.  

Cette rétrospective révèle une année riche en événements, en symboles et en mobilisations. Elle montre un Mali qui cherche à se réconcilier avec son histoire, à valoriser ses talents et à projeter son image culturelle au-delà de ses frontières. L’Année de la Culture a été un moment fondateur, où la mémoire et la créativité se sont conjuguées pour bâtir un avenir souverain. Elle reste une référence pour l’avenir du Mali Kura et pour la consolidation de son identité culturelle.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Donald Trump propose son appui au Mali
ActuAnalyses

Maduro capturé, mais pas de putsch ? Le double standard des puissances occidentales

by Sahel Tribune 3 janvier 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines, le 3 janvier 2026, est un tournant géopolitique majeur, mais aussi un révélateur saisissant du double standard médiatique et diplomatique occidental. Tandis que Washington célèbre une « opération de libération démocratique », nombre d’observateurs y voient un coup d’État en bonne et due forme, mais on préfère des termes plus diplomatique puisqu’il s’agit d’un renversement anticonstitutionnel mené au mépris du droit international par l’une des grandes puissances du monde. Mais lorsqu’il s’agit de l’Afrique, tous les termes péjoratifs sont employés pour qualifier les auteurs et leur opération.

« […] Les milliardaires sont […] les rédacteurs en chef du monde. Si le monde était un journal, ils en définiraient la ligne éditoriale. Ceci pour des raisons structurelles évidentes : les idées ont besoin d’argent pour se diffuser. », écrit Myret Zaki. Une analogie qui explique exactement comment le monde est gouvernée. Les plus puissants font les lois qui sont appliquées sur les autres mais dont eux-mêmes sont épargnés. Le bien et le mal devient toujours relatif. Le vocabulaire même est taillé sur mesure selon qu’il s’agit d’un puissant ou d’un faible. C’est cela le nouveau multilatéralisme respectant le droit international et protégeant les plus faibles contre les puissants.   

Lénine avait raison de le dire : « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme ». Quoi de plus normal si l’on sait que « Les États-Unis sont gouvernés par les superriches », selon Francis Fukuyama. Quelques heures après les frappes massives menées contre le Venezuela et le coup d’Etat militaire contre le président Nicolás Maduro, le putschiste Donald Trump est apparu triomphal devant les caméras depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. Le président américain a revendiqué le coup d’Etat en des termes spectaculaires, la qualifiant d’« assaut comme on n’en avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale ». « Tard, hier soir, et tôt, ce matin, à ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela », a-t-il déclaré, présentant cette intervention comme un acte de justice internationale destiné à « confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolás Maduro ».

Un putsch qualifié d’arrestation 

Poursuivant sur un ton de conquérant, Donald Trump a annoncé que les États-Unis « allaient désormais diriger le Venezuela » et y déployer des compagnies pétrolières américaines afin de « réparer les infrastructures pétrolières vétustes et relancer l’économie du pays ». Cette déclaration rappelle les logiques d’occupation et de spoliation économique des interventions américaines passées en Amérique latine, de l’Irak à Panama. Derrière le discours de justice se cache une reprise en main directe des ressources stratégiques du Venezuela. Que reste-t-il donc du modèle démocratique enseigné dans les grandes écoles de sciences politiques ? Que reste-t-il de la souveraineté des Etats et de leur droit fondamental de disposer d’eux-mêmes ? Lorsque les Etats ne peuvent plus exercer leur souveraineté sur leur territoire, difficile de parler de liberté ou de souveraineté. 

Dans la plupart des grands médias occidentaux ou dans le langage des diplomates occidentaux, le mot « putsch » n’apparaît nulle part. Donald Trump, qui vient de renverser un président en exercice, n’est pas qualifié de « putschiste » ou de « chef d’État renversant un gouvernement souverain par la force ». On parle pudiquement d’« opération spéciale », de « capture ciblée », voire d’« action antiterroriste ». Un lexique soigneusement choisi, bien éloigné de celui utilisé lorsqu’un renversement de pouvoir a lieu en Afrique ou en Amérique latine sans l’aval de l’Occident.

Quand l’Afrique n’a pas droit au même vocabulaire

Dans les faits, le déroulement de l’opération ne laisse place à aucun doute. Des unités d’élite américaines — notamment la Delta Force — ont mené des frappes coordonnées sur Caracas et plusieurs villes du Venezuela avant d’arrêter le président Maduro et son épouse, Cilia Flores. Ce coup d’Etat, conduit sans aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, constitue une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et du droit international.

L’annonce triomphale de Donald Trump sur son réseau Truth Social — « Les États-Unis ont capturé Maduro et mis fin à son règne » — a provoqué un séisme diplomatique. Caracas dénonce un « acte impérialiste » et exige la libération immédiate de son président. La vice-présidente Delcy Rodríguez parle d’une « agression d’État » et réclame une « preuve de vie ».

Mais dans les chancelleries occidentales, le silence domine. À Bruxelles, à Londres ou à Paris, l’on « observe la situation avec attention ». Aucun mot de condamnation, aucune allusion à un coup d’État. 

Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé sur le réseau social X sans aucune condamnation de ce coup de force. Au contraire, il s’en réjouit et réaffirme son accompagnement au peuple vénézuelien : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. »

La retenue lexicale contraste fortement avec le ton habituellement employé lorsque des événements similaires se produisent en Afrique. Au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Gabon ou en Guinée, les prises de pouvoir militaires de 2020 à 2023 ont immédiatement été qualifiées de « putschs » et leurs auteurs de « juntes militaires ». Les dirigeants africains ont été bannis des forums internationaux, leurs États sanctionnés, leurs économies asphyxiées au nom de la « défense de la démocratie ». On se demande finalement de quelle démocratie défend-on ? Sûrement une démocratie deux poids, deux mesures. Les puissants font la démocratie mais ne violent jamais ses principes. Toute violation par ceux-bin est vu comme une restauration des principes démocratiques. 

Mais à Caracas, point de telles indignations. Aucune voix occidentale ne parle de « coup d’État américain » ni ne qualifie Donald Trump de « putschiste ». Au contraire, certains éditorialistes saluent même la « restauration de la démocratie » au Venezuela. Ce deux poids, deux mesures met en lumière un biais profond : celui d’un multilatéralisme sélectif, où la souveraineté des nations du Sud reste conditionnelle, suspendue à l’approbation des puissances du Nord.

Vers la fin du multilatéralisme ?

Ce coup de force américain, survenu sans l’aval des Nations unies ni consultation du Congrès, illustre la fragilité d’un ordre mondial que beaucoup jugeaient déjà moribond. Entre la guerre en Ukraine, les frappes américaines au Nigeria contre des positions de l’État islamique, et désormais l’intervention au Venezuela, les équilibres internationaux vacillent.

Le retour assumé des logiques impériales pose une question vertigineuse : le monde entre-t-il dans une ère post-multilatérale, où les puissances imposent leur loi sans retenue ? À Caracas comme à Bamako, la conviction que la souveraineté ne se quémande plus, mais qu’elle se défend, émerge.

A.D

3 janvier 2026 0 comments
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Arrestation de Nicolas Maduro
A la UneAnalyses

Le coup de force américain au Venezuela ravive les peurs d’un monde sans règles

by Chiencoro 3 janvier 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Le 3 janvier 2026, l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines a fait l’effet d’un séisme diplomatique. L’opération américaine confirme le retour brutal des logiques impériales et l’affaiblissement d’un multilatéralisme déjà vacillant. Le monde, désormais livré à la loi du plus fort, semble glisser vers ce que le capitaine Ibrahim Traoré appelle « l’hiver noir » : un âge de fer où les puissances redessinent leurs zones d’influence, au mépris du droit international.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines ont lancé une opération d’envergure contre Caracas. Une opération qui se termine par la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. L’annonce, faite triomphalement par Donald Trump sur Truth Social, a sonné comme un coup de tonnerre dans le paysage géopolitique mondial. Le dirigeant américain, revenu à la Maison Blanche un an plus tôt, a salué une « victoire contre le terrorisme et le narcotrafic ». Le chef d’Etat américain place cette intervention sous la bannière de la sécurité nationale.

Washington redessine sa doctrine d’intervention

Au-delà du spectaculaire, cette action unilatérale marque le retour d’une diplomatie américaine de coercition directe. Elle rappelle la capture de Manuel Noriega au Panama en 1990. Avec Maduro désormais détenu par la justice américaine, le Venezuela entre dans une phase d’incertitude politique totale, tandis que l’Amérique latine redoute une nouvelle ère d’instabilité et d’hégémonie américaine.

Depuis plusieurs mois, l’administration Trump avait préparé le terrain : déploiement militaire massif dans les Caraïbes, frappes ciblées contre des infrastructures vénézuéliennes et mise à prix de 50 millions de dollars (plus de 27 milliards 959 millions de FCFA) pour la capture du président. Accusé de « terrorisme lié à la drogue » et de collusion avec les FARC, Maduro était considéré à Washington comme un ennemi prioritaire de la sécurité nationale américaine.

Cette opération relance le débat sur l’unilatéralisme de la politique étrangère américaine, opérant sans mandat onusien ni aval du Congrès. Plusieurs parlementaires américains ont d’ailleurs dénoncé une « violation de la Constitution » et une « militarisation de la justice ». Mais pour Donald Trump, ce coup de force constitue une victoire symbolique majeure à un an de la présidentielle américaine de 2027.

Le retour des politiques de puissance : un signal fort pour l’Afrique

Au-delà de l’Amérique latine, cette démonstration de force résonne jusque sur le continent africain, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023, et qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces États, engagés dans une quête affirmée de souveraineté politique, économique et militaire, pourraient y voir une preuve supplémentaire que le multilatéralisme vacille face au retour brutal des logiques impériales.

Le multilatéralisme est plus en plus malade. Le monde se trouve sur une pente glissante. D’un coté, la Russie et l’Ukraine s’affrontent, sans qu’il ait un espoir d’apaisement. Maintenant, c’est les Etats-unis qui s’en prennent au Zénézuela, au nez et à la barbe des Nations unis sans que personne ne lève le petit doigt. Qui seront les prochains ? La Chine aussi va-t-elle s’en prendre à un pays ? Qu’en est-il de la France ou de l’Allemagne ?

Le monde rétrograde-t-il dans la logique ringarde de la « loi du plus fort » ? Un état de guerre permanente où « l’homme est un loup l’homme ». Bref, assisterait-on à un retour à « l’état de nature » décrit par le philosophe anglais Thomas Hobbes ou plutôt au début d’un nouveau « partage du monde », tel chanté par l’artiste reggae man Tiken Jah Fakoly ? 

Dans son discours d’ouverture à la 2ème session du collège des chefs d’Etat de l’AES, le capitaine Ibrahim Traoré, avait pourtant lancé l’avertissement « l’hiver noir » arrive en Afrique de l’Ouest. « L’hiver noir arrive. Il serait un hiver très froid, un hiver sanglant, un hiver meurtrier. […] L’hiver viendra parce que la guerre se transporte en Afrique de l’Ouest. Les impérialistes font tout pour mettre l’Afrique de l’Ouest à feu et à sang. » A travers cette métaphore dans le sillage du printemps arabe, le nouveau président de la confédération des Etats du sahel aurait vu et compris ce qui se trempe dans les salons de la géopolitique. 

Il faut rappeler les frappes aériennes américaines le 25 décembre 2025, menées contre l’organisation Etat islamique (EI) dans le nord-ouest du Nigeria. Le président Donald Trump a promis de nouvelles attaques si l’organisation continuait de tuer des chrétiens dans le pays. Faut-il donc parler d’ingérence politiques ou plutôt d’un retour de l’humanité à l’âge révolu de la bestialité. 

Ce qui vient de se passer au Venezuela confirme ce que redoutent déjà de nombreux Africains et de citoyens du monde entier : qu’aucun État du Sud n’est à l’abri d’une telle opération, dès lors qu’il remet en cause un ordre mondial dominé par les grandes puissances. Pour les pays de l’AES, qui prônent une diplomatie de non-alignement et une autonomie stratégique face aux anciennes puissances coloniales, le précédent vénézuélien constitue un avertissement. Ces pays doivent davantage travailler de concert pour parer à ce genre d’agression ou de violation de leur souveraineté. 

L’AES, entre solidarité et vigilance stratégique

Depuis 2023, les dirigeants de l’AES — Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani — insistent sur la nécessité d’une souveraineté complète, du contrôle des ressources naturelles à la maîtrise des orientations diplomatiques. L’arrestation de Maduro, figure de résistance face à l’hégémonie occidentale, pourrait renforcer leur conviction que seule une alliance régionale forte peut dissuader toute forme d’ingérence extérieure. C’est pourquoi, prônant son attachement « à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables », le Mali a plaidé, lors du sommet Russie-Afrique, en juillet 2023, à Saint-Pétersbourg, en faveur dune « nouvelle architecture de la sécurité internationale » qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU.  

Aujourd’hui, si Washington peut renverser un président élu en Amérique du Sud, que peuvent faire de petits États africains sans armée unie ni doctrine commune de défense ? Déjà, les États sahéliens renforcent leurs partenariats sécuritaires avec Moscou et cherchent à établir une architecture militaire commune, à travers notamment la création Force unifiée AES, fort de 5000 hommes et dotée d’équipements de pointe, le tout dans un contexte de tension croissante avec les États-Unis, l’Union européenne et certains sponsors régionaux du terrorisme. 

Vers une recomposition des alliances Sud-Sud

L’affaire Maduro pourrait paradoxalement accélérer le rapprochement entre l’Afrique et certains pôles émergents, notamment la Russie, la Chine et l’Iran. Ces pays dénoncent une violation flagrante du droit international et appellent à un nouvel ordre mondial multipolaire. Le Venezuela, longtemps allié des nations africaines anti-impérialistes, pourrait devenir un symbole de solidarité entre les États du Sud face à la coercition occidentale. 

Au-délà de son aspect pratique, cette opération de Trump au Vénézuela se trouve en droite ligne avec sa politique de coup de communication. Il tient surtout à sa présence dans les médias. Pour ce faire, il ne manque aucune occasion. « Toutes les guerres de l’impérialisme commencent d’abord par la communication. », a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré dans son adresse à la nation, le 31 décembre 2025. 

Pour les pays de l’AES, la souveraineté n’est jamais acquise, elle se défend. Et face à la démonstration américaine, qui démontre l’orientation vers un nouvel ordre mondial, le Sahel, en pleine refondation politique, pourrait bien accélérer la construction de son propre modèle de gouvernance — enraciné, endogène et solidaire.

Chiencoro Diarra 

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Transhumance en Afrique de l'ouest
ActuÉconomie

Élevage au Mali : NINA-B, la solution digitale pour identifier et suivre les mouvements du bétail

by Sidi Modibo Coulibaly 3 janvier 2026
written by Sidi Modibo Coulibaly 5 minutes read

Premier de la zone UEMOA et deuxième de la CEDEAO, le secteur de l’élevage du Mali représente 12 % du PIB (Produit Intérieur Brut). Ce qui fait de lui le troisième contributeur aux recettes d’exportation après l’or et le coton. En 2024, le bétail, à lui seul, a rapporté 113 milliards de F CFA. Au regard de son importance dans l’économie nationale, les autorités ne ménagent aucun effort pour son développement. D’où l’organisation annuelle d’une campagne nationale de vaccination.

Le lancement de la campagne 2025-2026 a eu lieu le vendredi 26 décembre 2025 à Kati-Draal, dans la commune de Kambila, cercle de Kati. Présidée par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, cette campagne vise à vacciner 83 426 948 têtes d’animaux et de volailles, conformément aux prévisions triennales du Plan de campagne agricole harmonisé et consolidé, afin de réduire l’incidence des maladies ciblées.

Plusieurs maladies ciblées

D’après le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, le cheptel du Mali était estimé en 2024 à environ 14 millions de bovins, 52 millions de petits ruminants, 1,4 million de camelins, 600 000 équins, 1,2 million d’asins, 90 000 porcins et 57 millions de volailles. Avec cet énorme potentiel, on comprend aisément la motivation du gouvernement à vacciner plus de 83 millions de têtes d’animaux et de volailles.

Ainsi, pour préserver ce capital, plusieurs maladies ont été ciblées : la péripneumonie contagieuse bovine, la peste des petits ruminants, les pasteurelloses, la maladie de Newcastle, la variole aviaire, la maladie de Gumboro, la bronchite infectieuse, les charbons, la fièvre aphteuse, la dermatose nodulaire contagieuse bovine, la rage et la fièvre de la Vallée du Rift.

Ces maladies demeurent des fléaux majeurs pour le cheptel malien. En luttant contre elles par la prévention, le gouvernement vise à renforcer la productivité du secteur de l’élevage, à contribuer à la sécurité alimentaire et au développement économique du pays.

Le Premier ministre a souligné, lors du lancement, l’importance stratégique de la vaccination animale dans la prévention des maladies zoonotiques, la protection du cheptel national et l’amélioration des conditions de vie des éleveurs. Auparavant, le ministre Youba Ba avait rappelé que de nombreuses maladies animales restent endémiques au Mali et que leur gestion demeure un défi majeur. Selon lui, le pays est engagé dans plusieurs programmes sous-régionaux et internationaux de lutte contre ces maladies.

Environ 80 % des revenus des ruraux proviennent de l’élevage

Parlant du rôle de l’élevage dans l’économie du pays, le ministre Ba a précisé que, selon les statistiques de l’INSTAT (Institut national de la statistique), l’élevage constitue la principale source de subsistance pour plus de 30 % de la population malienne, contribuant à hauteur de 12 % au PIB, 24 % à la production du secteur rural, environ 80 % aux revenus des populations rurales et près de 20 % aux recettes d’exportation.

L’objectif principal de la vision du département, a-t-il ajouté, est d’accroître significativement la contribution de l’élevage et de la pêche à la croissance économique, tout en rendant les produits plus compétitifs sur les marchés nationaux et internationaux. Cette vision repose sur des systèmes de production animale et piscicole intensifiés et résilients, alimentant une industrie de transformation conforme aux normes internationales et capable de fournir des produits standardisés répondant aux exigences des marchés.

Concernant la lutte contre le vol du bétail, le ministre a présenté un projet digital innovant : le Système national d’identification et de traçabilité du bétail (SNITB), dénommé NINA-B. Cette solution, une fois opérationnelle, constituera un instrument majeur de suivi des mouvements des animaux et de traçabilité de leurs produits.

Des défis à relever d’ici 2029

Le secteur de l’élevage au Mali reste confronté à d’importants défis : le changement climatique, la pression foncière croissante, les conflits et la sédentarisation des troupeaux transhumants dans les zones d’accueil. Pour y faire face, la 14ᵉ session du Conseil supérieur de l’Agriculture a recommandé des mesures fortes pour stabiliser le cheptel malien.

C’est dans ce cadre qu’a été élaborée la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien, conformément à la vision « Mali kura ɲɛtaasira ka ben 2063 ma », à la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033 et au Cadre stratégique de la refondation de l’État. Elle vise à stabiliser et sécuriser, à l’horizon 2034, le cheptel sur des espaces aménagés avec une production optimale.

Articulée autour de quatre axes stratégiques — aménagement et gestion des ressources pastorales, promotion des cultures fourragères, valorisation du bétail et création d’emplois, renforcement du suivi et des mesures d’accompagnement —, cette stratégie sera mise en œuvre à travers des plans d’actions quinquennaux, dont le premier couvre la période 2025-2029.

Le ministre Youba Ba a précisé que les requêtes des éleveurs ont été pleinement intégrées dans la mise en œuvre du plan d’actions.

Rappelons que lors de la campagne nationale de vaccination 2024-2025, 81 millions de têtes d’animaux et de volailles avaient été concernées. Le coup d’envoi avait alors été donné par le Premier ministre Abdoulaye Maïga, le 14 décembre 2024, à Konobougou, dans la région de Ségou.

Sidi Modibo Coulibaly

Mali, Élevage, Bétail, Traçabilité, NINA-B, Système national d’identification et de traçabilité du bétail, Vol de bétail, Digitalisation, Innovation numérique, Technologie agricole, Ministère de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, Gouvernement malien, Sécurité du cheptel, 

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