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Macky Sall, ancien président du Sénégal, lance une critique sévère contre la gestion de ses successeurs, qu’il accuse d’avoir plongé le pays dans une « situation catastrophique » à l’approche des législatives du 17 novembre. Détails.
L’ex-président Macky Sall a décidé de sortir de son silence, et il le fait en des termes amers. Dans une lettre adressée aux Sénégalais, le 6 novembre dernier, il critique sans détour la gestion de ses successeurs, qu’il accuse d’avoir plongé le pays dans une « situation catastrophique ». Ce coup de plume intervient alors que le Sénégal se prépare pour les législatives du 17 novembre, où Macky Sall prend la tête de la coalition Takku Wallu Sénégal. En décrivant un pays en proie à des problèmes économiques, institutionnels et sociaux croissants, il brosse un tableau sombre, espérant mobiliser l’électorat sénégalais à sa cause. Que cache réellement cette missive, et quels en sont les enjeux pour le Sénégal ?
Le choix du moment n’est pas anodin. Macky Sall a attendu la dernière ligne droite avant les élections pour frapper fort. Pendant huit mois, il s’est montré discret, adoptant la posture d’un ancien président respectueux des institutions et de la transition démocratique. Ce silence, brisé à quelques jours des législatives, marque une volonté de reprendre le contrôle du débat politique. En présentant une « situation catastrophique », Sall espère raviver l’inquiétude et la colère des électeurs déçus par le nouveau régime.
L’ex-président rappelle avec insistance les « réussites » de son mandat : croissance économique malgré la crise du Covid-19, infrastructures modernes, réformes sociales ambitieuses et une influence diplomatique accrue pour le Sénégal. Par contraste, il accuse ses successeurs d’avoir laissé les choses se dégrader. Cet argumentaire, qu’il déroule dans une rhétorique d’urgence, s’adresse directement aux Sénégalais déçus de l’actuelle administration et en quête d’une figure expérimentée pour redresser le pays.
La lettre de Macky Sall ne fait pas que vanter son bilan. Elle vise à ébranler la confiance dans le gouvernement actuel, qu’il accuse d’être incompétent, populiste et manipulateur. Il fait état d’une économie en déclin, d’un chômage croissant, de la détérioration des infrastructures et d’une gouvernance qu’il juge « incohérente » et « calamiteuse ». Ces accusations s’appuient sur des faits marquants : la baisse de la note souveraine du Sénégal par les agences de notation, des scandales non résolus dans des institutions publiques, et des promesses électorales non tenues. En dénonçant ce qu’il considère comme un reniement des engagements de campagne et une absence d’action concrète, Macky Sall se pose en défenseur de l’intégrité et de la cohérence institutionnelle.
Son message est clair : il appelle les Sénégalais à refuser cette gouvernance qu’il estime « stérile » et à privilégier une équipe expérimentée et dévouée aux intérêts du pays. La coalition Takku Wallu Sénégal, qu’il dirige, se présente ainsi comme le dernier rempart contre la chute de l’économie et le délitement des institutions. En insistant sur les valeurs de « réconciliation » et de « stabilité », Macky Sall tente de convaincre que son retour aux affaires est une nécessité pour sauvegarder la paix et la prospérité du Sénégal.
L’ancien président expose également une feuille de route concrète en cas de victoire de sa coalition : restauration des institutions républicaines, réconciliation nationale, aide d’urgence aux victimes des inondations, soutien à l’emploi des jeunes et réduction du coût de la vie. Ce programme, énuméré comme une série d’engagements, vise à donner aux Sénégalais une vision claire de ce que pourrait être un retour de Sall aux commandes. L’objectif est de mobiliser les électeurs sur des promesses tangibles, tout en se posant en alternative sérieuse face à l’actuel pouvoir, perçu comme populiste et inefficace.
Ce projet de redressement prend une teinte de patriotisme, Sall évoquant les « idéaux et valeurs » qui, selon lui, font la grandeur du Sénégal : la paix, la liberté et la cohésion nationale. En appelant les citoyens à un « sursaut citoyen d’envergure », il cherche à transcender les clivages partisans, prônant une mobilisation collective pour éviter ce qu’il voit comme une déroute nationale.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Ayib Daffé, secrétaire général du Pastef, parti au pouvoir, a rapidement fustigé la démarche de Macky Sall, l’accusant de « mépris » envers les Sénégalais. Pour Daffé, un véritable retour de l’ancien président sur le terrain sénégalais, plutôt qu’un discours à distance, aurait été plus respectueux de la population. Cette réponse cinglante souligne la profondeur des divisions politiques actuelles et l’intensité de la bataille électorale. Macky Sall est perçu comme une figure du passé, et certains opposants tentent de discréditer sa tentative de retour en l’associant à une époque révolue.
Néanmoins, en s’adressant aux Sénégalais avec une lettre qui se veut solennelle, Macky Sall joue la carte de l’expérience et de la stature d’homme d’État. Sa lettre est autant une critique du présent qu’une réaffirmation de sa capacité à gouverner et à rassembler, une manœuvre politique qui pourrait convaincre une partie de l’électorat de lui donner une seconde chance. La question que l’on pourrait amener à se poser est : Macky Sall compte-t-il prendre les rênes du pouvoir au Sénégal comme l’a fait Donald Trump aux Etats-Unis ?
Le 17 novembre, c’est donc bien l’avenir du pays qui se jouera dans les urnes, sous le regard attentif de l’ancien président, déterminé à redevenir une figure centrale de la vie politique nationale.
Alassane Diarra
Le retour de Starlink au Mali et son adoption au Niger marquent un acte fort de souveraineté numérique dans un Sahel en quête d’indépendance technologique. Analyse.
Le retour de Starlink au Mali et son autorisation au Niger sont bien plus qu’une simple affaire de connexion internet. Pour ces nations sahéliennes, souvent isolées des infrastructures mondiales et dépendantes des réseaux de télécommunications lents ou limités, l’arrivée de Starlink est une véritable bouffée d’air. Pourtant, au Burkina Faso, la situation reste bloquée, soulignant les tensions réglementaires autour de l’entreprise de Musk. Ce développement s’inscrit dans un contexte de réorganisation politique et économique de la région, marquée par la création de la Confédération des États du Sahel et la sortie conjointe de ces pays de la CEDEAO, des étapes cruciales pour l’autonomie et la coopération régionale.
Après des années de méfiance, le Niger et le Mali, qui avaient interdit Starlink en raison de craintes sécuritaires, ont finalement décidé de l’intégrer dans leur paysage numérique. Le Mali, après quelques mois d’interdiction, a choisi de légaliser l’utilisation de Starlink, sous condition d’un encadrement réglementaire temporaire. L’objectif : s’assurer que le réseau Starlink ne soit pas utilisé à des fins nuisibles, notamment par des groupes armés, tout en offrant aux citoyens un accès internet dans des zones jusque-là inaccessibles.
Au Niger, un accord signé avec l’entreprise promet un déploiement de réseau sans précédent, couvrant des zones où la connectivité est à peine existante. Le taux de couverture en 2G, 3G et 4G y est inférieur à un tiers du territoire. Pour les entrepreneurs nigériens, l’offre de Starlink, avec du haut débit à un tarif abordable, est une opportunité qui pourrait transformer le secteur économique.
L’approche pragmatique adoptée par le Mali et le Niger montre une volonté d’avancer vers une souveraineté numérique assumée. Ces États, membres de la Confédération des États du Sahel, forment un bloc uni cherchant à prendre le contrôle de leur destin face à des défis sécuritaires et économiques. L’Alliance des États du Sahel, créée en septembre 2023, a marqué le début de cette dynamique, renforcée par la création de la Confédération en juillet 2024. Le retrait de la CEDEAO annoncé par ces trois pays en janvier 2024 a également cristallisé leur refus de dépendre d’organisations régionales ou internationales perçues comme éloignées des réalités locales.
L’intégration de Starlink dans ce cadre de souveraineté renforcée est une décision salvatrice, visant à offrir aux populations un accès direct et indépendant à internet, en contournant les réseaux nationaux parfois insuffisants ou soumis à des pressions extérieures. Pour ces États de l’AES, Starlink est ainsi un outil qui va bien au-delà de la simple connexion ; il devient une pièce essentielle d’un projet politique d’autonomie et de modernisation.
Au Burkina Faso, en revanche, l’Autorité de Régulation des Communications électroniques et des Postes (ARCEP) a réitéré son opposition à Starlink, jugeant « irrégulière » la commercialisation de ses terminaux internet. L’ARCEP a rappelé que toute entreprise de communication doit se conformer aux lois locales. Les Burkinabés sont ainsi invités à se méfier de ce service, qui demeure interdit tant que Starlink n’aura pas satisfait aux exigences réglementaires du pays.
Ce positionnement contraste avec les choix faits au Mali et au Niger, mais reflète une prudence que l’on peut comprendre, surtout dans un pays où les préoccupations sécuritaires sont très fortes. Néanmoins, la décision du Burkina Faso de ne pas encore autoriser Starlink pourrait à terme isoler davantage sa population, en la privant de services numériques essentiels dans des zones souvent coupées du reste du pays.
Ce retour de Starlink au Mali et son entrée au Niger s’inscrivent dans un contexte de réorganisation du Sahel. La Confédération des États du Sahel, au-delà de son objectif de coordination sécuritaire et économique, cherche à réduire la dépendance de ses membres vis-à-vis des acteurs extérieurs et des institutions perçues comme lointaines. Le numérique fait désormais partie intégrante de ce projet de modernisation. Offrir aux citoyens et aux entreprises locales un accès fiable au haut débit contribue à consolider l’autonomie de cette Confédération dans des domaines critiques, de l’éducation à la santé, en passant par l’économie et la sécurité.
L’ouverture à Starlink n’est donc pas un simple acte de libéralisation des télécommunications : elle incarne le choix de ces États de prendre en main leur développement, de se doter d’outils de communication qui répondent à leurs besoins spécifiques et de contourner les obstacles technologiques hérités de l’histoire coloniale et de la dépendance postcoloniale.
Pour le Mali et le Niger, le cadre réglementaire imposé à Starlink démontre une volonté de ne pas reproduire les erreurs du passé. En imposant une période d’essai au Mali et en négociant des accords précis au Niger, ces États entendent garder la maîtrise de l’utilisation de cette technologie sur leur territoire. La législation en cours d’élaboration et les plateformes d’enregistrement d’utilisateurs permettront d’assurer que Starlink serve les intérêts du plus grand nombre, tout en limitant les risques liés à son exploitation par des groupes armés ou des acteurs non désirés.
Avec Starlink, le Mali et le Niger font le pari de l’innovation et de l’ouverture au monde sans pour autant perdre le contrôle de leur infrastructure numérique. Ils démontrent qu’il est possible de conjuguer indépendance et progrès technologique. Face aux défis du 21e siècle, ces États sahéliens tracent une voie ambitieuse et nécessaire : celle d’une autonomie numérique au service de leur développement et de la souveraineté des peuples africains.
Chiencoro Diarra
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Sahel Tribune est un site indépendant d’informations, d’analyses et d’enquêtes sur les actualités brûlantes du Sahel. Il a été initialement créé en 2020, au Mali, sous le nom Phileingora…
