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Balles de coton brulées
ActuÉconomie

Incendie à l’usine CMDT de Bamako : plus de 1 000 balles de coton détruites

by Ibrahim Kalifa Djitteye 12 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Un violent incendie s’est déclaré dans la nuit du 08 au 09 mars 2025 sur l’aire de stockage de l’usine CMDT de Bamako, détruisant plus de 1 000 balles de coton et causant des pertes estimées à 250 millions de francs CFA. Malgré une intervention rapide des équipes de sécurité et des pompiers, les flammes ont ravagé une grande partie du stock. Une enquête est en cours pour déterminer l’origine du sinistre, tandis que la direction de l’usine prévoit déjà un renforcement des mesures de sécurité pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise.

L’alerte a été donnée par le chef de garde, permettant une mobilisation immédiate des équipes de sécurité incendie. L’usine de Bamako, dotée d’un atelier de sécurité incendie bien équipé, possède une réserve d’eau de 260 m³ et plusieurs poteaux d’incendie. Son personnel est formé aux situations d’urgence, ce qui a permis une intervention immédiate.

Malgré ces moyens, l’incendie s’est propagé rapidement, attisé par la nature inflammable du coton stocké sur le site. Une pile de 860 balles a été entièrement consumée, et 166 balles supplémentaires, situées à proximité, ont également été détruites. Les pompiers, déployés en urgence, ont lutté plusieurs heures avant de maitriser le feu.

Des pertes considérables, mais assurées

L’incendie qui a ravagé l’aire de stockage de l’usine de la compagnie malienne des textiles (CMDT) de Bamako a causé des pertes matérielles considérables, estimées à environ 250 millions de francs CFA. Toutefois, la direction a tenu à rassurer ses partenaires et employés en confirmant que toutes les balles de coton détruites étaient intégralement couvertes par une assurance. Cette protection financière permettra ainsi de limiter l’impact économique de cet incident et d’assurer une reprise rapide des activités.

Dans un communiqué officiel, la compagnie a exprimé sa reconnaissance envers toutes les personnes et institutions ayant contribué aux efforts pour maitriser le feu. Elle a particulièrement salué la réactivité de ses équipes internes ainsi que l’intervention des services de protection civile, qui ont tout mis en œuvre pour limiter la propagation de l’incendie. Cet élan de solidarité a été essentiel pour éviter des dommages encore plus graves.

Une enquête en cours pour déterminer l’origine du sinistre

L’origine exacte de l’incendie qui a ravagé l’aire de stockage de l’usine de Bamako reste pour l’instant inconnue. Afin d’éclaircir les circonstances de cet événement, une enquête a été ouverte par les autorités compétentes. Des experts en sécurité incendie ont été mandatés pour examiner l’ensemble des installations et identifier tout élément susceptible d’avoir déclenché le sinistre.

Plusieurs pistes sont actuellement étudiées. Parmi les hypothèses envisagées figurent un court-circuit électrique, une source de chaleur accidentelle ou encore un problème lié aux conditions de stockage du coton, une matière hautement inflammable. Les enquêteurs procéderont à l’analyse des images de vidéosurveillance et interrogeront les employés présents au moment des faits pour reconstituer précisément le déroulement de l’incident.

L’incendie survenu à l’usine CMDT de Bamako met en lumière l’importance des dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies dans les sites industriels à haut risque. Consciente de cet enjeu, la direction de l’usine prévoit déjà un renforcement de ses mesures de sécurité afin d’éviter qu’un tel sinistre ne se reproduise. 

Ibrahim K Djitteye 

12 mars 2025 0 comments
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Téléphone mobile
A la UneSécurité

L’écran, nouvelle arme des groupes terroristes

by Chiencoro 12 mars 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Les groupes terroristes exploitent désormais les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies pour recruter, financer leurs opérations et diffuser leur propagande, transformant la radicalisation en un phénomène numérique insaisissable.

Si le terrorisme au Sahel repose sur des causes profondes — pauvreté, conflits ethniques, effondrement des États —, il s’adapte aussi aux évolutions technologiques. Les djihadistes d’aujourd’hui n’ont plus besoin de recruter dans les mosquées ou les camps d’entrainement. Un smartphone et une connexion internet suffisent. Le dernier Indice mondial du terrorisme 2025 met en lumière une mutation profonde du processus de radicalisation, alimentée par l’intelligence artificielle, les cryptomonnaies et les plateformes numériques.

L’algorithme, nouvelle arme du terrorisme

La radicalisation n’a jamais été aussi rapide. Selon le rapport, « la majorité des attentats en Occident sont désormais perpétrés par des individus sans affiliation formelle à un groupe, qui se radicalisent via les réseaux sociaux, les plateformes de jeux et les applications de messagerie cryptées. » Le passage à une radicalisation en ligne permet aux terroristes potentiels d’accéder à des contenus extrémistes et de s’organiser avec un minimum de contacts physiques.

Ce phénomène s’observe aussi bien en Europe qu’en Afrique de l’Ouest, où des jeunes sont ciblés par des contenus extrémistes adaptés à leur réalité locale. « L’ISK a considérablement développé son arsenal numérique, produisant des contenus vidéos améliorés par l’IA et des magazines en ligne sophistiqués en plusieurs langues. »

Les groupes djihadistes exploitent les recommandations automatiques des réseaux sociaux, où chaque clic sur une vidéo radicale en entraîne une autre, toujours plus extrême. L’objectif ? Créer un effet d’enfermement idéologique, où l’utilisateur est progressivement exposé à une vision du monde où la violence devient légitime.

Cryptomonnaies et financement occulte du djihadisme

Autre outil technologique au service des terroristes : les cryptomonnaies. Les canaux traditionnels de financement devenant de plus en plus surveillés, les groupes djihadistes se tournent vers des transactions anonymes en Bitcoin et autres monnaies virtuelles.

Le rapport souligne ainsi que « les organisations terroristes utilisent les cryptomonnaies pour collecter des fonds, tout en exploitant l’IA pour créer une propagande localisée visant des cibles étrangères. »

Au Sahel, où les systèmes bancaires sont peu développés, ces nouvelles méthodes permettent aux groupes terroristes de contourner les sanctions et d’échapper à la surveillance financière internationale.

Messageries cryptées, la guerre de l’ombre

L’une des batailles les plus difficiles à mener contre la radicalisation se joue sur les applications de messagerie sécurisées, comme Telegram ou Signal. Ces outils, conçus à l’origine pour protéger la vie privée des utilisateurs, sont devenus des refuges pour les groupes extrémistes.

Selon l’Indice mondial du terrorisme 2025, « les extrémistes exploitent de plus en plus les applications cryptées et les forums du dark web pour se radicaliser et planifier leurs opérations. »

Là où les anciens réseaux terroristes nécessitaient des contacts physiques, des déplacements et une logistique lourde, aujourd’hui, il suffit d’un groupe de discussion secret et d’une connexion internet pour organiser des attentats coordonnés à des milliers de kilomètres.

Un combat technologique à mener

Face à cette montée en puissance du terrorisme numérique, les États peinent à réagir. Les services de renseignement doivent désormais traquer non seulement les cellules terroristes physiques, mais aussi des milliers de profils anonymes disséminés sur la toile.

Le rapport précise que « l’IA permet également aux services de renseignement d’analyser de grandes quantités d’informations et de détecter la radicalisation plus tôt. » Mais encore faut-il que les gouvernements disposent des outils et des moyens pour mener cette lutte efficacement.

Les défis sont immenses : réguler les contenus extrémistes sans basculer dans une surveillance généralisée, encadrer l’usage des cryptomonnaies sans freiner l’innovation financière, infiltrer les messageries cryptées sans violer la vie privée des citoyens.

Une chose est certaine. Le terrorisme a changé d’ère. Il ne se limite plus aux champs de bataille du Sahel ou du Moyen-Orient. Il se joue aussi sur les écrans, dans l’anonymat du cyberespace, où un clic peut suffire à transformer un individu en bombe humaine.

Chiencoro Diarra

12 mars 2025 0 comments
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OPAM
A la UneÉconomie

Fraude, stocks fantômes et insécurité alimentaire : un cocktail explosif pour l’OPAM

by Sahel Tribune 11 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le rapport du Vérificateur général sur la gestion de l’OPAM entre 2020 et 2022 révèle de graves irrégularités financières et administratives, compromettant la transparence des marchés publics et la sécurité alimentaire du Mali.

L’Office des Produits agricoles du Mali (OPAM), cette structure censée garantir la régulation du marché céréalier et la sécurité alimentaire des populations, est aujourd’hui dans la tourmente. Le dernier rapport du Vérificateur général dresse un constat accablant : mauvaise gestion, paiements injustifiés, irrégularités administratives… Une faillite silencieuse qui met en péril l’un des piliers essentiels du pays.

Une gestion des stocks qui frôle le scandale

L’OPAM est censé gérer avec rigueur les stocks stratégiques de céréales, garants de la résilience du pays face aux crises alimentaires. Pourtant, le rapport révèle des dysfonctionnements criants dans la gestion des ressources. « L’Office n’a pas respecté les procédures de passation des marchés, entraînant des contrats irréguliers et un manque de contrôle sur les prestations exécutées », souligne le rapport du BVG.

Pire encore, des fournisseurs ont été payés sans preuve de services rendus. Le Vérificateur met ainsi en lumière des « paiements effectués en l’absence de pièces justificatives suffisantes », une pratique qui interroge sur la transparence de la gestion financière de l’institution.

Le rapport pointe également du doigt l’opacité dans la gestion des céréales. En principe, l’OPAM est chargé d’assurer « le suivi rigoureux des entrées et sorties des stocks », mais les auditeurs ont découvert des écarts inexplicables entre les quantités déclarées et les stocks réellement disponibles.

Dans un pays où l’insécurité alimentaire frappe régulièrement des milliers de foyers, de telles irrégularités ne relèvent pas de la simple négligence, mais d’une mise en danger manifeste de la population.

Un impact direct sur les populations vulnérables

Le rôle de l’OPAM ne se limite pas à une simple gestion administrative des céréales. Il est censé être le rempart contre la faim, particulièrement pour les populations les plus exposées aux crises alimentaires. Or, le rapport souligne « l’incapacité de l’Office à assurer un approvisionnement régulier des stocks stratégiques », une situation qui aggrave la précarité alimentaire dans plusieurs régions.

Comment comprendre qu’en pleine période de crise, des stocks censés être disponibles se volatilisent sans explication crédible ? Comment justifier des paiements à des fournisseurs alors que les denrées ne sont pas livrées en temps voulu ?

L’urgence d’une réforme en profondeur

Le Vérificateur général ne se contente pas de pointer les manquements, il appelle aussi à des mesures correctives immédiates. Il recommande notamment « le renforcement des contrôles internes, la mise en conformité des procédures d’achats et une gestion plus rigoureuse des stocks. »

Si des réformes ne sont pas rapidement engagées, le Mali court le risque de voir son dispositif de sécurité alimentaire totalement fragilisé, au moment où le pays a plus que jamais besoin d’une gestion transparente et efficace de ses ressources stratégiques.

L’OPAM survivra-t-il à ce scandale ? Une chose est sûre, l’opinion publique ne pourra plus détourner le regard. L’heure des comptes a sonné.

A.D

11 mars 2025 0 comments
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Image: Un graphique réalisé pour illustrer les chroniques du Mardi.
A la UneChroniques

Quand la rupture du jeûne rime avec rationnement et débrouille

by Sahel Tribune 11 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Dans un Sahel ravagé par l’insécurité et la faim, le Ramadan devient à la fois une épreuve de survie et un révélateur des fractures d’une région en quête d’avenir.

Le Sahel traverse l’un des moments les plus critiques de son histoire, depuis des décennies. Guerres, insécurité alimentaire, déplacements massifs, autant de fléaux qui transforment ce mois de jeûne en une épreuve d’une rare intensité. Pourtant, là où l’État se délite, là où l’économie vacille, la religion demeure. Elle structure le temps, elle donne un sens aux privations, elle permet d’organiser la survie.

Le Ramadan, dans cette région du monde, n’est pas qu’un rituel religieux, il est une boussole sociale, un test de résilience, un révélateur des failles et des espoirs d’une civilisation en mutation.

Un Sahel en rupture

Depuis plus d’une décennie, le Sahel est devenu le laboratoire des crises du XXIᵉ siècle. Crise climatique, crise sécuritaire, crise politique, crise alimentaire. Tout s’y cumule, tout s’y entrechoque. En 2023, les violences djihadistes ont causé plus de 12 000 morts, les États se sont effondrés les uns après les autres, et des millions de personnes ont été déplacées.

Dans ce chaos, les structures traditionnelles se recomposent. L’État se fait rare ? Les chefs de village reprennent du pouvoir. L’économie est asphyxiée ? Le troc et les solidarités informelles refont surface.

Et le Ramadan, lui, continue. Parce qu’il est une discipline avant d’être une célébration. Parce qu’il impose un ordre dans un monde qui se délite.

Entre pénurie et contrôle des ressources

Mais comment jeûner quand la faim n’est plus une option spirituelle, mais une réalité quotidienne ?

Les marchés sont fermés ou contrôlés par des groupes armés, les routes sont devenues des corridors de l’insécurité, les champs sont impraticables faute de sécurité. Dans certaines zones, « l’OPAM n’est plus en mesure d’assurer un approvisionnement régulier des stocks stratégiques », et des millions de personnes souffrent de malnutrition sévère.

Là où la rareté s’installe, de nouveaux pouvoirs émergent. Les groupes djihadistes qui contrôlent certaines régions permettent la pratique religieuse, mais imposent leur lecture rigoriste de la charia. La prière est obligatoire, mais surveillée. L’aumône est exigée, mais réquisitionnée. Les lois de la guerre redessinent les lois de la foi.

Un futur à inventer

Que restera-t-il de cette période ? Une région encore plus fracturée ? Une société en quête de nouveaux repères ?

Le Sahel est aujourd’hui un avant-poste du monde à venir. Le dérèglement climatique y préfigure celui de la planète entière. Les guerres hybrides, entre États et groupes armés, annoncent les conflits du futur. L’effondrement des économies locales anticipe ce qui attend d’autres territoires.

Si les États veulent éviter un siècle de chaos, ils devront repenser entièrement leur mode de gouvernance, redonner du pouvoir aux communautés locales, investir dans l’éducation et l’agriculture, créer un système économique adapté à ces nouvelles réalités.

Le Ramadan, chaque année, rappelle aux populations du Sahel leur capacité à surmonter l’épreuve. Mais il ne peut être un refuge éternel.

Si rien ne change, ce n’est plus un mois de privation qui attend le Sahel, mais une génération entière de survie sous contrainte.

A.D

11 mars 2025 0 comments
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Mahamat Idriss Déby
ActuPolitique

Arrestation de journalistes : un symptôme du basculement tchadien vers l’AES ? 

by Sahel Tribune 11 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

L’arrestation de deux journalistes tchadiens pour des publications liées à la Russie et à l’AES révèle un basculement silencieux. Le Tchad navigue entre la CEDEAO et le bloc sahélien, cherchant sa place dans un nouvel ordre géopolitique en mutation.

Dans les couloirs feutrés du pouvoir à N’Djamena, un frisson parcourt les élites. Deux journalistes tchadiens arrêtés, une Russie omniprésente en filigrane, et une ligne de fracture qui se dessine entre le Tchad et les poids lourds de la CEDEAO. Loin d’être un simple fait divers, l’interpellation de Mahamat Saleh Alhissein, journaliste de Télé Tchad, et d’Olivier Monodji Mbaindiguim, directeur de l’hebdomadaire Le Pays, sonne comme le révélateur d’une recomposition diplomatique en cours.

Derrière cette affaire aux allures d’imbroglio politico-médiatique, un enjeu de fond se dessine. Le Tchad est-il en train de se rapprocher de la Confédération des États du Sahel (AES), créée en juillet 2024, au risque de s’éloigner des dogmes occidentaux et de la CEDEAO ?

Un séisme médiatique aux accents géopolitiques

Tout commence par l’arrestation d’Olivier Monodji Mbaindiguim, correspondant de Radio France Internationale (RFI) et directeur du journal Le Pays. Le motif ? La publication d’informations liées à la présence russe au Sahel. Puis vient l’interpellation de Mahamat Saleh Alhissein, journaliste de Télé Tchad, accusé d’avoir traduit des documents relatifs aux opérations des forces russes au Mali et à l’économie sahélienne.

Derrière l’affaire, un malaise s’installe. Que reproche-t-on exactement aux deux journalistes ? D’avoir relayé une réalité géopolitique que plus personne ne peut ignorer. L’influence croissante de Moscou dans l’arc sahélien ? Ou bien faut-il voir dans cette affaire une lutte d’influence où les camps se redéfinissent, où chacun doit désormais choisir son bord ?

Le Tchad en équilibre instable entre la CEDEAO et l’AES

Le président Mahamat Idriss Déby Itno n’ignore rien de ce jeu d’échecs. Depuis le renversement des alliances opéré par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, N’Djamena se retrouve à la croisée des chemins. Rester fidèle à la CEDEAO et aux partenaires occidentaux ou épouser la dynamique de l’AES et de ses soutiens russes ?

Jusqu’ici, le Tchad a tenté une posture d’équilibriste. D’un côté, il reste un allié clé de Paris et Washington dans la lutte antiterroriste. De l’autre, il ne peut ignorer la dynamique de ses voisins sahéliens, qui s’émancipent de l’ordre établi et cherchent à imposer une nouvelle architecture régionale.

L’arrestation de ces journalistes, si elle ne s’explique pas officiellement par des considérations diplomatiques, n’en est pas moins un signal fort. Pourquoi une telle nervosité autour des informations liées à la Russie et à l’AES ? Pourquoi frapper là où le discours officiel ne s’est pas encore clarifié ?

Une Afrique sahélienne en mutation

Loin d’être un épiphénomène, l’affaire Alhissein-Monodji témoigne d’une Afrique sahélienne en pleine mutation. L’influence occidentale vacille, l’ordre sécuritaire et politique hérité des indépendances est en train d’être redéfini par des alliances alternatives. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger l’ont compris et acté en créant l’AES. Le Tchad, lui, hésite encore, mais pour combien de temps ?

Ce qui se joue à N’Djamena dépasse de loin le sort de deux journalistes. Il s’agit d’un test grandeur nature. Jusqu’où le Tchad est-il prêt à aller dans son rapprochement avec l’AES, et à quel prix ?

Dans cette recomposition, un basculement n’est jamais une rupture soudaine, mais une succession de signaux faibles. Et ce que le pouvoir tchadien vient d’envoyer au monde en arrêtant ces deux journalistes n’a rien d’anodin.

A.D

11 mars 2025 0 comments
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John Dramani Mahama du Ghana
A la UneAnalyses

John Mahama en tournée dans l’AES : diplomatie du pragmatisme ou repositionnement stratégique ?

by Chiencoro 11 mars 2025
written by Chiencoro 5 minutes read

En visitant successivement le Mali, le Niger et le Burkina Faso, le président ghanéen John Dramani Mahama marque un tournant diplomatique majeur, privilégiant le dialogue et la coopération avec l’AES sur les questions économiques et sécuritaires.

Il y a des tournées officielles qui relèvent du simple protocole. Il y en a d’autres, plus rares, qui traduisent une réorientation géopolitique majeure. La visite du président ghanéen John Dramani Mahama dans les trois pays de la Confédération des États du Sahel (AES) appartient incontestablement à la seconde catégorie. Mali, Burkina Faso, Niger, en l’espace de trois jours, Accra a multiplié les gestes de rapprochement avec ses voisins sahéliens, bousculant ainsi les équilibres traditionnels de la CEDEAO et redéfinissant sa propre stratégie d’influence.

Si cette tournée traduit une volonté de décrisper les tensions entre l’AES et la CEDEAO, elle est aussi une manœuvre soigneusement réfléchie. Pourquoi Mahama tend-il aujourd’hui la main à des régimes de transition qui ont claqué la porte de la CEDEAO ? Simple diplomatie ? Pas uniquement. Derrière ce rapprochement se cache une série d’intérêts économiques, stratégiques et énergétiques cruciaux pour le Ghana.

Accra-Koulouba, une relation à renforcer pour garantir l’accès aux corridors commerciaux

C’est à Bamako, le 8 mars, que John Mahama a entamé son périple sahélien. Accueilli avec les honneurs militaires par le Général Assimi Goïta, le chef d’État ghanéen a immédiatement donné le ton. Le temps des postures rigides entre la CEDEAO et l’AES est révolu, place au dialogue et à la coopération concrète.

Au menu des discussions, sécurité et intégration économique. Le président ghanéen n’a pas caché son ambition de fluidifier les échanges entre Accra et Bamako, notamment via le corridor sud, axe vital pour l’approvisionnement du Mali enclavé. Pour le Ghana, un accès facilité aux marchés sahéliens représente un atout économique de taille, à l’heure où la sous-région se redessine autour de nouveaux équilibres commerciaux.

Mais le dossier brûlant, c’est bien celui de la fracture entre l’AES et la CEDEAO. Mahama le sait. Si la rupture est actée politiquement, elle n’est pas irréversible diplomatiquement. D’où son plaidoyer pour un dialogue apaisé entre les blocs, à rebours de l’intransigeance affichée par certains leaders ouest-africains.

« Nous sommes frères et nous sommes appelés à vivre ensemble. Le manque de confiance doit être corrigé afin qu’un respect mutuel puisse exister », a-t-il martelé, en s’engageant à jouer le rôle de médiateur entre l’AES et la CEDEAO.

Mais Accra ne cherche pas seulement à jouer les pacificateurs. Le Ghana veut surtout s’assurer que le Mali, malgré sa rupture avec la CEDEAO, continue à privilégier le port de Tema pour ses exportations et importations, plutôt que de se tourner vers d’autres options comme la Mauritanie ou l’Algérie.

À Niamey, une offensive diplomatique pour la stabilité régionale et l’or

Deuxième escale : Niamey, le 9 mars 2025, où John Mahama a été reçu en grande pompe par le Général Abdourahamane Tiani. Un accueil qui en dit long sur la volonté du Niger d’affirmer sa place dans cette recomposition diplomatique.

Pour Accra, le Niger représente bien plus qu’un simple voisin en crise avec la CEDEAO. C’est un partenaire clé sur le plan minier, riche en ressources naturelles et dont la production d’uranium et d’or intéresse fortement les opérateurs ghanéens.

En renforçant les liens avec Niamey, Mahama cherche à positionner les entreprises ghanéennes sur le marché nigérien, notamment dans les secteurs minier et énergétique. De plus, une relation solide avec le Niger permettrait d’anticiper et de contenir toute expansion du terrorisme vers le sud du Ghana, un scénario que redoutent les autorités d’Accra.

Le message est clair. Le Ghana ne veut pas voir l’AES évoluer en autarcie, et l’AES, de son côté, n’a aucun intérêt à se couper des États ouest-africains pragmatiques. Niamey, qui a déjà tourné la page CEDEAO, sait que les alliances se jouent désormais sur un rapport de force économique et militaire. Et dans ce jeu, Accra reste un partenaire incontournable.

Ouagadougou-Accra, une connexion stratégique pour l’énergie et les infrastructures

Troisième et dernière étape : Ouagadougou, le 10 mars 2025, où Mahama a été reçu par le Capitaine Ibrahim Traoré. Loin des discours feutrés de la diplomatie classique, cette rencontre a donné lieu à des annonces concrètes.

D’abord, un vol direct quotidien entre Ouaga et Accra. L’objectif ? Faciliter la mobilité des hommes d’affaires et des travailleurs, et ancrer un peu plus le Burkina Faso dans la dynamique d’un commerce extraverti vers l’océan Atlantique.

Ensuite, un projet de gazoduc entre le Ghana et le Burkina Faso, destinés à sécuriser l’approvisionnement énergétique d’un pays où l’électricité demeure un enjeu stratégique.

Pourquoi cet intérêt soudain d’Accra pour le Burkina Faso, en pleine rupture avec la CEDEAO ? Parce que Mahama sait que le pays est en quête de nouveaux partenaires énergétiques, après des mois de tensions avec la Côte d’Ivoire et le Ghana sur l’approvisionnement en électricité.

En devenant un fournisseur énergétique clé pour Ouagadougou, Accra s’assure une position dominante sur le marché de l’énergie dans la sous-région et évite que le Burkina ne se tourne vers l’Algérie ou d’autres partenaires pour ses besoins énergétiques.

Mais plus que tout, les questions sécuritaires ont occupé une place centrale. Mahama et Traoré partagent une même lecture du péril djihadiste. Une menace transnationale, qui ne peut être vaincue qu’avec une coordination militaire accrue. « Le terrorisme est un cancer qui exige une réponse commune », a insisté le président ghanéen, en appelant à une mutualisation des efforts entre Accra et Ouagadougou.

Un réalignement en marche ?

En trois jours et trois capitales, John Mahama a redéfini la posture du Ghana face aux bouleversements ouest-africains. Là où Abuja campe sur une ligne dure vis-à-vis de l’AES, Accra privilégie la voie du pragmatisme. Commerce, énergie, sécurité : loin des querelles institutionnelles, le président ghanéen veut ancrer son pays comme un partenaire économique et stratégique incontournable pour les trois États sahéliens.

Une prise de position qui ne manquera pas de susciter des remous au sein de la CEDEAO, où le Ghana, traditionnellement proche du Nigeria, semble aujourd’hui jouer sa propre carte.

Un réajustement tactique ? Un virage stratégique ? Une chose est sûre. Accra regarde désormais autant vers Bamako, Ouagadougou et Niamey que vers Abuja. Et dans cette recomposition régionale, Mahama vient de poser ses premiers jalons.

Chiencoro Diarra 

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Des militaires maliens, burkinabé et nigériens
ActuSécurité

Opération Yereko 2 : une démonstration de force réussie de l’Alliance des États du Sahel

by Ibrahim Kalifa Djitteye 10 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Dans le cadre de l’opération tripartite Yereko 2, la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES) a mené une vaste patrouille militaire dans la zone sensible des trois frontières. Ce qui marque une nouvelle avancée dans la lutte contre les groupes armés terroristes (GAT). Cette offensive coordonnée s’est déroulée du 24 février au 6 mars 2025 et a permis d’affaiblir significativement les capacités des groupes hostiles opérant dans cette région stratégique.

Pilotée depuis le Poste de Commandement Interarmées de Théâtre (PCIAT-EST) de Gao, l’opération Yereko 2 a couvert plusieurs localités clés, notamment Tessit, Téra, Markoy et leurs environs. La présence renforcée des forces alliées dans ces zones témoigne de la détermination des États membres de l’AES à rétablir l’ordre et la sécurité pour leurs populations.

Cette offensive militaire a permis la destruction de plusieurs bases et refuges terroristes, l’arrestation de nombreux suspects, ainsi que la saisie de matériels stratégiques. Parmi les équipements récupérés figurent des motos et pick-up, un stock important de munitions et d’armements, ainsi qu’une grande quantité de produits pharmaceutiques destinés aux groupes terroristes. L’opération a également bénéficié d’un appui aérien conséquent, optimisant ainsi l’efficacité des forces terrestres engagées dans cette mission.

Un message fort contre l’insécurité

L’un des principaux objectifs de cette intervention était de rassurer les populations locales face à la menace persistante des GAT. La force unifiée de l’AES a ainsi multiplié les patrouilles dans plusieurs villages stratégiques, notamment Ourara, Argou, Hourara, Tagalalt, Tofagado, Tinatassen Aroune, Sekreoul, Téméra, Marikanka, Taratakoun, Lemdou, Ouanzerbé, Bankilaré, Gorom Gorom et Seytang, avant de converger vers le Point Triple, zone symbolique où se croisent les frontières des trois pays concernés.

Au-delà de l’aspect militaire, l’opération visait également à réaffirmer l’autorité des États et à envoyer un signal fort aux groupes terroristes. Ainsi, leurs capacités de nuisance sont en train d’être drastiquement réduites. En frappant leurs bases logistiques et en récupérant du matériel essentiel, les forces de l’AES espèrent affaiblir leur emprise et influencer certains combattants à faire défection.

Des autorités militaires satisfaites

Le Lieutenant-colonel Hamidou Karimou, commandant des forces nigériennes, a exprimé sa satisfaction quant au déroulement de l’opération, soulignant que cette initiative conjointe illustre la solidité de la coopération militaire entre les États de l’AES. Selon lui, la force unifiée est désormais une réalité sur le terrain, au-delà des simples engagements politiques. Il a également mis en avant la disponibilité des ressources humaines et matérielles, tout en exhortant ses hommes à redoubler d’efforts face aux défis sécuritaires.

De son côté, le Capitaine Kamrou AG Younouss, chef de mission des Forces Armées Maliennes (FAMa), a salué le bon déroulement des opérations et la démonstration de force réussie des pays de l’AES. Il a insisté sur le fait que l’action militaire conjointe est un gage de sécurité et de stabilité pour l’ensemble de la région.

L’un des moments forts de l’opération Yereko 2 a été la rencontre des différentes unités de la force unifiée au Point Triple, marquant la convergence des efforts de trois nations engagées dans une lutte commune. Ce moment de fraternité, d’échanges et de solidarité a renforcé l’esprit de corps entre les militaires des trois pays, réaffirmant l’idéal de « Un espace — Un peuple — Un destin » cher à l’Alliance des États du Sahel.

Une réussite stratégique pour l’avenir de l’AES

Avec cette deuxième opération conjointe en quelques mois, l’AES démontre qu’elle est capable de planifier et exécuter des offensives militaires d’envergure contre les groupes terroristes qui sévissent dans la région. La mise en œuvre de telles stratégies est cruciale pour l’éradication progressive du terrorisme et la stabilisation des territoires touchés par l’insécurité.

L’opération Yereko 2 est déjà considérée comme un succès, les objectifs fixés ayant été pleinement atteints. Ce type d’initiative pourrait ainsi poser les bases d’une coopération militaire durable au sein de l’AES, renforçant ainsi la souveraineté et la sécurité des États membres face aux défis sécuritaires de la région.

Ibrahim K. Djitteye 

10 mars 2025 0 comments
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