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samedi,10 janvier , 2026
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Photo de famille des chefs d’état de l‘AES lors de la deuxième session du collège des chefs d’état de l‘AES, le 23 décembre 2025. Présidence du Mali.
A la UnePolitique

Coup de force américain au Venezuela : l’AES dénonce une violation de la souveraineté

by Sahel Tribune 8 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Dans un communiqué officiel signé par son président en exercice, la Confédération des États du Sahel (AES) a exprimé jeudi 8 janvier 2026 sa vive préoccupation face à l’opération militaire menée par les États-Unis sur le territoire du Venezuela.  Cette action a conduit à l’enlèvement illégal du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, un acte grave qualifié d’atteinte directe à la souveraineté d’un État indépendant par l’organisation sahélienne.  

L’AES rappelle que l’usage de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État constitue une ingérence inacceptable. Le président en exercice, Capitaine Ibrahim Traoré, a déclaré : « Nous ne pouvons tolérer que la souveraineté d’un État soit bafouée par une intervention militaire étrangère. Cet acte est une violation flagrante du droit international. Il met en péril la stabilité mondiale ».  

Une violation du droit international

La Confédération AES, attachée à la défense de la souveraineté et de l’indépendance, condamne fermement cet acte qu’elle juge contraire aux règles internationales. Elle rappelle que la Charte des Nations Unies consacre le respect de l’intégrité territoriale et de l’égalité souveraine des États. Le président du Faso a insisté : « La Charte des Nations Unies n’est pas une option, elle est une obligation pour tous. Son respect est la condition de la paix. Ceux qui la violent fragilisent l’ordre international ».  

L’organisation dénonce également le recours unilatéral à la force, regrettant profondément qu’un membre permanent du Conseil de sécurité se livre à une telle violation. Pour l’AES, cette attitude fragilise davantage l’ordre international déjà marqué par des tensions croissantes. Les conséquences de cette action sont jugées néfastes pour la stabilité mondiale, car elles ouvrent la voie à une logique de confrontation et d’instabilité, au détriment des efforts collectifs pour préserver la paix.  

Appel au Conseil de sécurité

Face à cette situation, la Confédération des États du Sahel interpelle directement le Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle rappelle que cette institution détient la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. L’AES exhorte le Conseil à assumer pleinement sa mission en condamnant clairement l’action militaire américaine et en œuvrant au rétablissement de la légalité internationale. Le président Traoré a souligné : « Le Conseil de sécurité doit être la voix de la justice. Il ne peut rester silencieux face à l’agression. Sa crédibilité dépend de son action ».  

En parallèle, l’AES réaffirme son attachement à un ordre mondial fondé sur le respect mutuel et l’égalité souveraine des États. Elle insiste sur le respect strict des principes de la Charte des Nations Unies, considérés comme le socle indispensable pour garantir la coexistence pacifique entre nations. En mettant en avant ces valeurs, la Confédération entend rappeler que la stabilité mondiale ne peut être assurée que par l’application rigoureuse du droit international.  

Solidarité avec le peuple vénézuélien

Dans son communiqué, l’AES exprime sa solidarité au peuple vénézuélien dont la souveraineté a été bafouée par cette agression. L’organisation souligne que cette atteinte ne concerne pas seulement le Venezuela, mais qu’elle constitue un précédent dangereux pour tous les États attachés à leur indépendance. Le président en exercice a affirmé : « Nous sommes aux côtés du peuple vénézuélien dans cette épreuve. Leur combat est celui de tous les peuples souverains. Nous ne resterons pas indifférents ».  

La Confédération réitère enfin son attachement au multilatéralisme et au respect scrupuleux du droit international. Pour l’AES, ces principes sont essentiels afin d’assurer la sécurité collective et la paix internationale. Ce positionnement illustre la volonté des États du Sahel de s’affirmer comme défenseurs de la légalité internationale et de la souveraineté des nations.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

8 janvier 2026 0 comments
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Un groupe diversifié de citoyens engagés activement dans un processus démocratique.
A la UneOpinion

Le Mali face à la crise du modèle démocratique importé

by Chiencoro 8 janvier 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Plus de Trente ans après l’avènement du multipartisme, le Mali se retrouve toujours à la croisée des chemins. Les conclusions de l’audit national des partis politiques, publiées par la Cour suprême, sont sans appel. La démocratie importée de 1991, fondée sur le mimétisme institutionnel de l’occident, a échoué à incarner la souveraineté populaire. Le président Assimi Goïta, conscient de cet état de fait, a d’abord suspendu l’activité des partis politiques avant de les dissoudre. Le but de cette démarche n’est point un musèlement de l’espace politique, mais plutôt de poser les bases d’un modèle politique enraciné dans les réalités maliennes, voire africaines, à travers une refondation philosophique et civique du contrat social.

L’audit des partis politiques, publié par la cour suprême, anime le débat politique malien en ce début d’année. Cet audit révèle l’essoufflement d’un système devenu sa propre caricature. En plus de trente ans de pluralisme, plus de 280 partis ont vu le jour, souvent sans base sociale, sans projet idéologique, et encore moins sans enracinement territorial. Les élections sont devenues, non pas des moments de délibération collective, mais des rituels d’appartenance clientélisme où la citoyenneté se marchande au gré des alliances de circonstance. Ce qui a d’ailleurs fait dire à certains citoyens que les partis politiques au Mali ne sont que des G.I.E, entendu par là des Groupements d’intérêts économique, ne cherchant donc qu’à satisfaire à leurs propres intérêts politiques. 

Cette inflation partisane illustre la dérive d’un modèle démocratique copié sur les architectures occidentales, sans réelle adaptation aux structures sociales africaines. Le peuple malien, naguère acteur de sa destinée, s’est vu réduit à un spectateur de querelles partisanes, tandis que la politique s’est technocratisée, coupée du réel. Pourtant, la conférence de Baule avait alerté sur ce risque et laissé des consignes pour la démocratisation de l’Afrique. François Mitterand, en 1990, dans son discours à la Baule, avait déclaré : « Enfin, on respire, enfin on espère, parce que la démocratie est un principe universel. Mais il ne faut pas oublier les différences de structures, de civilisations, de traditions, de mœurs. Il est impossible de proposer un système tout fait. » 

La démocratie, censée rapprocher le pouvoir du citoyen, s’est transformée en machine à produire de la défiance et de l’aliénation politique. Pendant 30 ans, des décisions importantes ont été prises au nom du peuple sans que celui-ci ne soit réellement impliqués dans les processus de prise de décision. Ce qui rejoint le rejet du principe de la représentativité du peuple par Jean Jacques Rousseau, qui déplore le fait que « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ».

Le rejet du mimétisme institutionnel

Le président Assimi Goïta, en annonçant l’ouverture en 2026 de nouvelles concertations nationales autour de la relecture de la Charte des partis politiques, semble posé un diagnostic sans complaisance. Celui qui consiste à souligner la nécessité d’une démocratie qui nous ressemble, qui s’enracine dans nos valeurs, et non une démocratie d’imitation. Il dissolvant les partis politiques en 2025, il s’agissait pour lui de reculer afin de mieux sauter. « L’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques, prévu à l’article 39 de la Constitution », a annoncé le chef de l’Etat dans son adresse à la nation, le 31 décembre 2025.

Mais que dit l’article 39 de la Constitution du 22 juillet 2023 auquel fait référence le président Goïta ? Il stipule : « Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminés par la loi. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité du territoire national, de l’unité national, et de la laïcité de l’Etat ». Des conditions sine qua non pour la stabilité d’un pays qui sort d’une guerre qui a longtemps duré. 

Alors l’annonce du président de la transition marque un tournant dans le paysage politique malien. Elle rompt avec la logique postcoloniale qui, depuis les années 1990, avait fait du modèle représentatif occidental un dogme indiscutable. Le Mali doit désormais s’affranchir des institutions importées pour réinventer sa propre grammaire politique. Cela va en droite ligne avec la politique souverainiste des autorités maliennes de la transition. Une politique qui explique d’ailleurs leur prise de distance avec plusieurs organisations dont la MINUSMA, la CEDEAO, l’OIF, le G5 Sahel, etc.

Cette posture rejoint la critique formulée depuis plusieurs décennies par les penseurs africains de la décolonisation politique, de Joseph Ki-Zerbo à Souleymane Bachir Diagne : la démocratie ne peut être authentique que si elle s’enracine dans les traditions de délibération, de palabre et de consensus qui caractérisent les sociétés africaines. Le « village africain », dans son organisation communautaire, offre une forme ancestrale de gouvernance participative où le pouvoir se légitime par le dialogue, la sagesse et le sens du collectif.

Repenser le contrat social à l’africaine

Ce que propose aujourd’hui Bamako n’est donc point une rupture autoritaire, mais une refondation philosophique. Il s’agit de retrouver l’esprit du politique, celui qui lie le pouvoir à la morale, le citoyen à la communauté, la décision à la responsabilité. Un acte hautement patriotique visant à instaurer une souveraineté fondée sur les valeurs ataviques à la société malienne. Il ne s’agit pas du retour à un ordre social révolu, comme certains le pensent, mais plutôt d’une mise en pratique de la démocratie à partir des mécanismes endogène de gouvernance.

Dans une tribune publiée chez Jeune Afrique, l’historien et politologue, Achille Bembé, explique que « Vouloir expliquer les dynamiques en cours sur le continent en termes de crise de la démocratie est un contresens. De démocratie en tant que telle, il n’y en a tout simplement pas en Afrique. »  Selon ses explications, « Partout dans le monde, y compris dans les vieux pays d’Occident, on assiste au recul et à l’évidement de la démocratie, à l’émasculation des institutions multilatérales et à la destruction des formes de solidarité internationale. » 

Le futur cadre législatif que le Mali entend élaborer sur les partis politiques ne vise pas à restreindre la liberté politique, mais à restaurer le sens même de l’engagement public. Les concertations annoncées pour 2026 s’inscrivent dans cette dynamique de « souveraineté politique ». Une souveraineté qui refuse la dépendance idéologique et institutionnelle vis-à-vis de l’extérieur. 

Les pères de la démocratie africaine, depuis les conférences nationales de 1991, semblent avoir omis volontairement la volonté de leur « Maître à penser ». Ils ont tenté de transposer la démocratie occidentale sur leur continent, généralement en déphasage avec les mécanismes endogènes de gouvernance. C’est ce système importé qui semble aujourd’hui avoir montré ses limites. D’où les crises de gouvernance que l’on observe un peu partout sur le continent. 

Un horizon pour le Mali Kura

La démocratie africaine ne se définit plus par la seule tenue d’élections, mais par la participation réelle des citoyens à la vie de la cité, la responsabilisation des acteurs publics et la réhabilitation du sens du devoir collectif. Repenser la démocratie, c’est refonder la confiance. Et refonder la confiance, c’est replacer le peuple, non les partis, au centre du politique. Voilà ce que le chemin que le Mali a entrepris depuis août 2020 jusque’à nos, à travers les Assises nationales de la refondation en 2021 ainsi que les différents Etats généraux. 

Le Mali entre donc  dans une phase historique de réflexion collective. En ouvrant le débat sur la nature même de la démocratie, la Transition ne cherche pas à se soustraire au pluralisme, mais à le purifier. Le pays se pose une question universelle : comment articuler souveraineté, justice et identité dans un monde où les modèles dominants vacillent ?

Ce qui se joue à Bamako dépasse le cadre national. C’est la possibilité pour l’Afrique de redevenir sujet de sa propre histoire politique. Entre héritage et innovation, le Mali Kura trace la voie d’une « démocratie de souveraineté », une démocratie pensée par et pour les Africains, fidèle à leurs valeurs, ouverte sur l’avenir, et fondée sur une philosophie simple : celle d’un peuple qui se gouverne enfin selon sa propre vérité. Car « Ce qui est en crise, ce sont les arrangements institutionnels hérités de la colonisation et qui, dans les années 1990, ont fait l’objet d’un ravalement de façade. », analyse Achille Bembé. 

Chiencoro Diarra

8 janvier 2026 0 comments
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Général Chico
ActuSociété

Sénégal : l’influenceur malien « Général Chico » condamné pour incitation à la haine religieuse

by Sahel Tribune 7 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Condamné à un an de prison ferme par le tribunal de Dakar, l’influenceur malien Cheikhna Nimaga, alias Général Chico, devient le symbole des dérives d’une parole numérique sans filtre. Ses vidéos polémiques, mêlant insultes et provocations religieuses, ont déclenché une vague d’indignation et ravivé le débat sur les limites de la liberté d’expression en Afrique de l’Ouest. Entre justice nationale, pressions sociales et responsabilité numérique, l’affaire Chico marque un tournant dans la régulation des discours en ligne sur le continent.

Cheikhna Nimaga, plus connu sous le pseudonyme de « Général Chico » ou « Chico 223 », n’a que 25 ans, mais son nom est désormais associé à l’une des affaires judiciaires les plus commentées entre le Mali et le Sénégal. Ce jeune influenceur malien, installé à Dakar, a été condamné le 7 janvier 2026 à un an de prison ferme pour « injures publiques par le biais d’un système informatique » et « incitation à la discrimination religieuse ».

Son parcours illustre la dérive d’une célébrité numérique devenue symbole des excès des réseaux sociaux en Afrique de l’Ouest. L’affaire met en lumière la difficile conciliation entre liberté d’expression, responsabilité en ligne et respect des sensibilités religieuses.

La chute d’un influenceur

L’affaire trouve son origine dans un conflit personnel entre Chico et le chanteur malien Sidiki Diabaté. Admirateur devenu détracteur, l’influenceur avait multiplié sur TikTok des directs dans lesquels il accusait la star de comportements immoraux. Ces vidéos, suivies par des milliers d’internautes, ont conduit le musicien à porter plainte pour diffamation, injures publiques et chantage.

Mais le différend a rapidement pris une tournure plus grave. Le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) et plusieurs organisations religieuses se sont constitués parties civiles contre l’influenceur, l’accusant d’avoir tenu des propos blasphématoires et outrageants envers l’islam.

Arrêté à Dakar le 4 décembre 2025, Chico a été jugé par le tribunal hors classe de la capitale sénégalaise. Les juges l’ont reconnu coupable d’avoir diffusé, à plusieurs reprises, des propos jugés contraires aux bonnes mœurs et à la tolérance religieuse.

Le verdict, assorti d’une amende de 500 000 francs CFA, a été salué comme un « rappel à l’ordre ». Cette décision judiciaire vise à préserver la paix sociale dans un contexte régional marqué par la montée des discours haineux et des tensions confessionnelles en ligne.

Une justice transfrontalière à l’ère du numérique

Le procès de Chico, bien que mené au Sénégal, a mobilisé la diaspora malienne et relancé le débat sur les responsabilités des influenceurs dans l’espace numérique ouest-africain. Les faits étant survenus sur les réseaux sociaux, leur dimension transfrontalière a obligé la justice sénégalaise à intervenir, rappelant la nécessité d’une coopération judiciaire renforcée entre pays de la région.

Les juges ont aussi voulu rappeler que les propos tenus en ligne, même sous couvert d’humour ou de provocation, restent soumis aux lois nationales. Dans son jugement, le tribunal a souligné que la liberté d’expression « ne saurait s’exercer au détriment du respect dû aux croyances et à la dignité d’autrui ».

Une leçon pour les réseaux sociaux africains

Au-delà du cas Chico, cette affaire ouvre un débat de fond sur la régulation du discours numérique dans un espace médiatique en pleine mutation. Les plateformes sociales sont devenues des arènes politiques, religieuses et sociales où les frontières entre satire, critique et incitation sont souvent floues.

Pour de nombreux observateurs, cette condamnation marque un tournant dans la gouvernance numérique africaine. Les États cherchent désormais à établir un équilibre entre la liberté d’expression et la préservation de la cohésion sociale.

Chico, lui, paie le prix fort d’une parole devenue incontrôlable. Son cas restera sans doute un précédent pour les influenceurs du continent, invités à mesurer, désormais, le poids de chaque mot prononcé à l’écran.

A.D

7 janvier 2026 0 comments
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Doumbia Mariam Tangara
A la UnePlanète

Mali : Bamako renforce la décentralisation environnementale

by Sahel Tribune 7 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le gouvernement malien adopte deux décrets transférant aux collectivités territoriales la gestion de l’assainissement, des forêts et de la faune.

Réuni en session ordinaire le 7 janvier 2026 sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la décentralisation au Mali. Deux décrets majeurs ont été adoptés sur proposition du ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Doumbia Mariam Tangara.

Le premier fixe le détail des compétences transférées de l’État aux collectivités territoriales en matière d’assainissement et de lutte contre les pollutions et nuisances. Le second concerne la gestion des ressources forestières et fauniques. Ces textes s’inscrivent dans la continuité de la réforme territoriale initiée depuis 2023 et visent à rendre plus efficace la gouvernance locale de l’environnement.

Une réforme structurelle de la gouvernance territoriale

L’adoption de ces deux décrets découle directement de la loi n°2023-002 du 13 mars 2023, qui a modifié la loi fondamentale sur l’organisation administrative du territoire de 2012. Cette réforme a supprimé le niveau de collectivité territoriale appelé « cercle », redistribuant ainsi les compétences entre les communes, les régions et le district de Bamako.

Avec cette nouvelle architecture, l’État entend rapprocher les politiques publiques environnementales des citoyens, tout en clarifiant les responsabilités des différents niveaux de gouvernance locale. Les services centraux et déconcentrés du ministère de l’Environnement seront désormais chargés d’un rôle d’appui-conseil auprès des collectivités territoriales, afin de garantir la cohérence nationale de l’action environnementale.

Assainissement, forêts, faune : des compétences transférées mais encadrées

Les décrets adoptés précisent la nature des missions désormais confiées aux communes et aux régions. Elles incluent la gestion des déchets, la lutte contre les pollutions, la protection des ressources naturelles, la reforestation et la préservation de la faune. Ces domaines, jusque-là largement centralisés, deviennent des leviers essentiels de développement local et de gouvernance environnementale participative.

L’enjeu est double : renforcer la responsabilisation des collectivités tout en assurant une meilleure efficacité dans la gestion durable des ressources naturelles. Dans un contexte de changement climatique et de pressions croissantes sur les écosystèmes, cette approche vise aussi à prévenir les conflits liés à l’exploitation des ressources.

Une décentralisation au cœur de la refondation nationale

Ces décisions s’inscrivent dans la philosophie politique du président de la Transition, le général Assimi Goïta, qui prône une gouvernance plus ancrée dans les réalités locales. La décentralisation est considérée par Bamako comme un pilier de la refondation nationale, au même titre que la souveraineté politique et la réforme institutionnelle.

En donnant plus d’autonomie aux collectivités pour gérer leur environnement, l’exécutif malien mise sur la proximité, la redevabilité et la participation citoyenne pour faire face aux défis écologiques et sociaux. Cette évolution confirme la volonté des autorités de doter les territoires d’un rôle accru dans la construction du Mali Kura, le « Mali nouveau » voulu par la Transition.

Avec l’adoption de ces deux décrets, le Mali entre dans une nouvelle phase de sa décentralisation. Le transfert des compétences environnementales et forestières aux collectivités territoriales incarne la volonté politique de rapprocher l’État des citoyens et d’ancrer la gouvernance du développement durable dans les réalités locales.

A.D

7 janvier 2026 0 comments
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Claude Pivi
A la UnePolitique

Guinée : le parquet annonce le décès de Claude Pivi dit « Coplan »

by Ibrahim Kalifa Djitteye 7 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Claude Pivi, plus connu sous le surnom de « Coplan », officier militaire guinéen et ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle sous le règne du capitaine Moussa Dadis Camara, est décédé ce mardi à l’âge de 66 ans. Le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry a annoncé sa mort, survenue après deux jours de soins intensifs à l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré, où il avait été admis en urgence après une hypoglycémie sévère.

Né en 1960 à N’Zérékoré, Claude Pivi avait connu une ascension fulgurante au sein de l’armée guinéenne. Ancien karatéka, il avait intégré les rangs militaires en 1985 avant de se faire remarquer lors de la mutinerie de mai 2008. Après le coup d’État du 23 décembre 2008, il fut nommé ministre dans le gouvernement de Kabiné Komara et devint capitaine en avril 2009. Figure influente du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), il s’imposa rapidement comme un acteur central.

Une carrière militaire marquée par la politique

Membre du CNDD, Claude Pivi fut rapidement associé aux violences politiques qui endeuillèrent la Guinée, notamment le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Cet épisode tragique, au cours duquel des centaines de manifestants furent tués ou blessés, marqua durablement l’histoire du pays. La responsabilité de commandement de Pivi dans ces événements fut mise en avant par la justice, qui le poursuivit pour crimes contre l’humanité, une accusation lourde qui allait sceller son destin judiciaire.

Le 31 juillet 2024, après un long processus judiciaire, Claude Pivi fut reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans. Cette décision marqua l’aboutissement d’un procès historique en Guinée, visant à rendre justice aux victimes du massacre du stade. La condamnation de Pivi fut perçue comme un signal fort contre l’impunité, même si son parcours judiciaire fut marqué par des rebondissements spectaculaires.

Condamnation et évasion spectaculaire

En novembre 2023, avant même la conclusion de son procès, Claude Pivi avait réussi une spectaculaire évasion de la maison centrale de Conakry. Cet épisode fit grand bruit dans le pays, révélant les failles du système carcéral guinéen. Sa fuite alimenta les spéculations et renforça son image controversée. Pendant plusieurs mois, il demeura introuvable, jusqu’à ce que les autorités parviennent à le localiser au Liberia, où il fut arrêté en septembre 2024 avant d’être extradé vers la Guinée.

Son retour forcé à Conakry permit la reprise du processus judiciaire, qui se conclut par sa condamnation définitive. L’ancien ministre, autrefois figure redoutée du régime de Dadis Camara, se retrouva ainsi derrière les barreaux, marqué par une trajectoire oscillant entre ascension militaire et chute judiciaire. Son parcours illustre les turbulences politiques de la Guinée contemporaine, où les figures militaires ont souvent joué un rôle central dans les crises et les transitions du pouvoir.

Un décès entouré de questions médicales

Selon le communiqué du Parquet, Claude Pivi souffrait de plusieurs pathologies chroniques, dont le diabète et l’hypertension. La non-observance de son traitement aurait entraîné une hypoglycémie sévère le 4 janvier, nécessitant son évacuation en urgence vers l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré. Malgré deux jours de soins intensifs, son état ne s’est pas amélioré, et son décès a été constaté le 6 janvier, plongeant ses proches et l’opinion publique dans une nouvelle onde de choc.

Le Parquet a annoncé qu’une autopsie médico-légale avait été ordonnée afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Cette décision vise à clarifier les causes du décès d’un homme dont la vie fut marquée par la controverse et les procès. La disparition de Claude Pivi, dit « Coplan », clôt ainsi un chapitre tumultueux de l’histoire politique et militaire guinéenne, où se mêlent ascension fulgurante, violences tragiques, condamnation judiciaire et fin brutale dans un contexte médical complexe.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

7 janvier 2026 0 comments
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Alliance des Bérabich
ActuSécurité

Alliance des Berabich du Mali : Engagement renouvelé pour la paix et la réconciliation

by Ibrahim Kalifa Djitteye 6 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

La cité des 333 saints, Tombouctou, a accueilli le 1er janvier 2026 la Rencontre Statutaire annuelle de l’Alliance des Berabich du Mali (ABM). Plus de mille participants, venus des différentes localités du pays et de la diaspora, se sont rassemblés autour de la Flamme de la Paix. Autorités religieuses, chefs traditionnels, leaders communautaires et représentants coutumiers ont répondu présents, témoignant d’une mobilisation historique pour la cohésion nationale et la réconciliation.  

Le président Sidi Mohamed a précisé dans la déclaration : « Forts de notre passé commun, bâti sur une culture de paix, de tolérance, de pardon et de cohabitation pacifique, nous réaffirmons notre volonté de préserver l’harmonie et le vivre-ensemble. Nous sommes convaincus que seule l’union sacrée autour des objectifs prioritaires de réconciliation peut conduire à une cohésion nationale durable, conformément à la politique de refondation nationale édictée par les plus Hautes Autorités ».  

Une mobilisation historique pour la cohésion nationale

Les débats se sont déroulés dans un climat de fraternité et de responsabilité, témoignant de la maturité collective des communautés Berabich. Le Président a rappelé « l’esprit d’unité et de rassemblement qui a prévalu tout au long des travaux, traduisant une volonté commune inébranlable de renforcer la cohésion sociale, la paix durable et le vivre-ensemble au sein de l’ensemble des communautés ».  

La rencontre a également mis en avant les liens fraternels et séculaires qui unissent les communautés. Ould Ahmed Salem a souligné « Nos rapports sociaux, nos liens de sang et nos traditions partagées sont les fondements essentiels de notre société. Ils constituent le socle sur lequel nous devons bâtir une réconciliation nationale solide, respectueuse des valeurs républicaines et des aspirations profondes des populations ».  

Le projet « MALIDENKO » et l’approche DCC

Un accent particulier a été mis sur la mise en œuvre du projet MALIDENKO à travers l’approche DCC. Sid Mohamed Ould Ahmed Salem a insisté « Le projet MALIDENKO, à travers l’approche DCC, est une ultime occasion d’opérationnaliser adéquatement la région de Taoudéni, en rapprochant l’action publique des réalités locales et en incitant un sens élevé de responsabilité selon le principe : par les populations, pour les populations ».  

Les participants ont salué cette démarche comme une avancée majeure pour l’opérationnalisation de Taoudéni. Sidi Mohamed a mis en avant « Cette approche innovante, dynamique et inclusive, constitue une véritable opportunité de développement pour les communautés à la base. Elle incarne une vision où les populations deviennent actrices de leur propre avenir, renforçant ainsi la citoyenneté agissante et la cohésion sociale ».  

Les acquis de l’Alliance des Berabich du Mali

Le Bureau de l’ABM a été félicité pour ses progrès tangibles en matière de rassemblement communautaire et de consolidation de la paix. Le Président a déclaré « Nous saluons les efforts du Bureau de l’Alliance qui, par ses actions concrètes, a su promouvoir la paix, la cohésion sociale et offrir des perspectives économiques aux jeunes et aux femmes, contribuant ainsi à un développement durable et inclusif ».  

La vision portée par l’ABM repose sur l’équité, l’inclusion et la justice sociale. Ould Ahmed Salem a rappelé « une vision claire, objective et porteuse d’espoir, fondée sur le respect des droits et devoirs de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Cette vision insiste sur la nécessité de renforcer la citoyenneté agissante, condition essentielle pour instaurer une paix durable et un développement harmonieux ».  

Reconnaissance et inspiration collective

Un moment fort de la rencontre a été la reconnaissance exprimée envers les acteurs engagés pour la paix et la cohésion nationale. Sidi Mohamed Ould Ahmed Salem a souligné « l’homme de Paix, l’homme d’État, l’infatigable, l’inoxydable, l’incomparable ». Il a précisé que cet engagement exemplaire demeure une source d’inspiration et de rassemblement pour la Nation toute entière. Cette reconnaissance traduit la volonté des communautés Berabich de mettre en avant les valeurs de stabilité et de réconciliation.  

Les participants ont réaffirmé leur soutien total et indéfectible à cette vision. Le Président a insisté « sur l’importance de poursuivre cette dynamique, symbole de la volonté commune de bâtir un Mali réconcilié et prospère ». L’Alliance entend poursuivre son engagement aux côtés des autorités et des partenaires pour consolider ces acquis et bâtir un avenir serein.  

Engagements pour l’avenir

La rencontre a pris l’engagement de faire de l’ABM « un cadre permanent de dialogue, de concertation et d’actions concrètes au service de la paix et de la réconciliation nationale. Nous exhortons l’ensemble des filles et fils des communautés Berabich, où qu’ils se trouvent, à privilégier le dialogue, la tolérance et la solidarité comme fondements du vivre-ensemble », a rappelé Sidi Mohamed dans la déclaration.  

Ainsi, Ould Ahmed Salem a réaffirmé « notre engagement indéfectible à œuvrer, aux côtés des autorités, des partenaires et des communautés sœurs, pour la paix, la stabilité, la réconciliation nationale et le développement durable, dans le respect des valeurs républicaines et des aspirations profondes des populations ». 

Ibrahim Kalifa Djitteye  

6 janvier 2026 0 comments
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Guerre mondiale
A la UneAnalyses

Le monde au bord du gouffre : vers une troisième guerre mondiale inévitable ?

by Chiencoro 6 janvier 2026
written by Chiencoro 8 minutes read

Face à la recrudescence des tensions entre grandes puissances (de Kiev à Caracas, de Gaza à Taïwan), le monde glisse inexorablement vers un nouveau point de rupture. A l’instar de 1914 ou de 1939, les rivalités économiques, idéologiques et militaires s’entremêlent, dans une indifférence diplomatique assourdissant. La Troisième Guerre mondiale n’est plus une hypothèse lointaine, mais une perspective que l’effritement de l’ONU rend chaque jour plus plausible. À l’image de la Société des Nations avant 1939, l’Organisation des Nations unies semble atteindre la fin de son cycle historique. Seule une refondation du multilatéralisme, tant prôné, pourrait encore éviter à l’humanité de sombrer à nouveau dans le chaos.

Quelques jours après coup de force américain contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, Kim Jong-un a saisi l’occasion pour justifier la stratégie nucléaire de Pyongyang. « La récente crise géopolitique et les événements internationaux complexes montrent pourquoi cela est nécessaire », a-t-il déclaré, selon l’agence KCNA, en allusion directe à cette opération.

Une planète divisée en blocs antagonistes

Le dirigeant nord-coréen a affirmé que d’importants progrès avaient été réalisés pour préparer les forces nucléaires de son pays « à une guerre réelle », insistant sur la nécessité de renforcer la dissuasion face à ce qu’il qualifie d’« impérialisme sans limite ». Une manière à peine voilée de rappeler que dans un monde où les puissants renversent les chefs d’État qui leur résistent, seuls les États dotés d’une capacité nucléaire peuvent garantir leur survie.

L’humanité marche à nouveau sur un fil. En observant la multiplication des foyers de tension (de l’Ukraine au Proche-Orient, du Venezuela au Sahel, de la mer de Chine à la mer Rouge), il devient difficile d’écarter l’hypothèse d’un basculement global. Le monde entre, lentement mais sûrement, dans une phase que les historiens du futur pourraient nommer l’avant-guerre mondiale.

Comme en 1914, la planète est aujourd’hui divisée en blocs antagonistes. D’un côté, les puissances occidentales, sous leadership américain, déterminées à préserver un ordre international qu’elles ont façonné. De l’autre, un axe hétérogène de nations émergentes (Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, mais aussi des États du Sud désormais rétifs à la domination unipolaire), qui contestent ouvertement cette hégémonie. Les affrontements sont encore périphériques, indirects, mais ils se multiplient. Chacun croit pouvoir contenir la tension, mais chacun se trompe.

Les causes lointaines d’un désastre annoncé

Les grandes guerres ne surgissent jamais d’un coup. Elles s’enracinent dans des déséquilibres accumulés, des humiliations, des méfiances et des malentendus qui finissent par exploser. Avant 1914, il y eut les rivalités coloniales et la course aux armements. Avant 1939, il y eut la crise économique, les sanctions, les traités inéquitables. Aujourd’hui, ce sont la fragmentation du multilatéralisme, la prolifération des conflits hybrides et la guerre de l’information qui nourrissent le même engrenage fatal.

Les sanctions économiques imposées à la Russie, l’escalade militaire au Proche-Orient, les opérations américaines en Amérique latine et les tensions sino-américaines en mer de Chine ne sont que les manifestations visibles d’un désordre plus profond : la fin d’un monde. L’ordre né de 1945, construit sur la dissuasion et les institutions internationales, s’effrite. L’ONU, à l’image de la Société des Nations avant elle, semble désormais impuissante à prévenir les crises et à réguler les ambitions.

L’ONU, un géant fatigué

Tout comme la Société des Nations dans les années 1930, l’Organisation des Nations unies a atteint la fin de son cycle historique. Prisonnière du droit de veto, paralysée par les intérêts de ses membres permanents, incapable de parler d’une seule voix sur Gaza, Kiev ou Caracas, ou encore des situations politiques en Afrique où les plaintes se multiplient sur la composition même de l’organisation qui ne compte pas de membres permanents parmi les Africains, l’ONU est aujourd’hui réduite à un rôle symbolique. Les grandes puissances s’affranchissent des résolutions, les interventions unilatérales se multiplient, et les peuples du Sud constatent que la promesse d’un monde régi par le droit s’efface devant le retour de la force.

En effet, la politisation des droits de l’homme est une réalité que nul ne saurait refuser aujourd’hui. Les droits semblent écrits par les plus forts pour mieux entretenir leur domination sur les plus faibles, les seuls censés violés la « volonté générale ». Le retour de « l’état de nature » hobbésien est un aspect craintif puisque annonciateur de la chute de l’humanité dans son état primitif, qui est une stade de non droit, où seule la loi du plus fort règne en souverain absolu. Dans un tel état, les questions de propreté privée deviennent une chimère. Car les uns s’en prennent aux autres dans le but d’extorquer leur richesse. Dans cet de « guerre de tous contre tous », il faut craindre un choc planétaire tragique, aux conséquences dévastatrices et inoubliables comme les deux bombes largués sur Hiroshima et Nagasaki. 

L’ONU doit donc renaître ou disparaître. Renaître, c’est accepter de se réformer en profondeur, de reconnaître le poids démographique, économique et politique des nations africaines et asiatiques, et d’imposer une gouvernance mondiale réellement équitable. Lors du 2ème sommet Russie-Afrique à Saint-pétersburg en 2023, le président malien de la transition avait pourtant formulé la demande dans son intervention : « Le Mali reste attaché à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables. » Le Mali allait plus loin en demandant une réforme de l’ONU: « La multiplication des crises et des conflits en dépit de limplication de la communauté internationale plaide en faveur dune nouvelle architecture de la sécurité internationale qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de lONU. » Sans cela, le système international continuera de glisser vers la loi du plus fort, et la guerre mondiale ne sera plus une hypothèse, mais une échéance.

L’Afrique face à la recomposition du monde

Dans ce contexte d’instabilité globale, le continent africain, notamment les États de la Confédération du Sahel (AES), ne peut rester simple spectateur. La militarisation des rivalités internationales sur son sol, la guerre informationnelle et les batailles d’influence économique rappellent que l’Afrique est redevenue un champ de compétition mondiale. Chose que rappelle la période des colonisations où les grandes puissances avaient « partagé le monde » entre elle. Un ordre qui semble aujourd’hui révolu en raison de la révolte des dominés. 

Hegel, dans sa dialectique du maître et de l’esclave, expliquait pourtant ce phénomène. La domination, une fois qu’elle atteint un certain stade, l’on assiste à un renversement au cours duquel le dominé devient le dominant. « Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce que – au prime abord – il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail maître de la Nature, l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. », écrit Hegel dans la phénoménologie de l’Esprit. 

Cette dialectique du Maître et de l’Esclave pourrait survenir dans le nouveau basculement du monde. Le vaincu pourrait ainsi devenir le vainqueur. L’Afrique peut donc être un laboratoire de paix. En prônant une diplomatie de non-alignement, en affirmant la souveraineté culturelle et économique, les États africains peuvent offrir une voie alternative à la bipolarisation. Une voie fondée sur la coopération entre peuples et non sur la domination entre blocs.

Une humanité à la croisée des chemins

Le monde de 2026 ressemble étrangement à celui de 1938 : les puissances s’arment, les alliances se durcissent, la peur s’installe. L’histoire bégaie, mais elle ne se répète jamais à l’identique. L’humanité a encore le choix entre la raison et le chaos.

Pour l’heure, le compte à rebours semble enclenché. Si l’ONU ne se réinvente pas, si les grandes puissances persistent dans leur surdité, et si les nations du Sud ne s’unissent pas pour refonder un ordre juste, alors la Troisième Guerre mondiale ne sera plus une crainte académique. Elle deviendra une tragédie inévitable.

« La seule chose que nous apprenons de l’histoire, disait Hegel, c’est que nous n’apprenons rien de l’histoire». Ces propos du philosophe allemand soulignent avec acuité que malgré les leçons tirées des événements passés, les nations et les individus tendent à répéter les mêmes erreurs, car l’expérience historique ne se traduit pas toujours en sagesse pratique pour le présent et l’avenir. Mais peut-être est-il encore temps de lui donner tort.

Selon les philosophes Adorno et Horkheimer, les grands théoriciens de la rationalité, la rationalité moderne, lorsqu’elle se sépare de l’éthique, engendre la barbarie sous des formes toujours plus perfectionnées. La Troisième Guerre mondiale, si elle éclate, ne sera pas le triomphe de la folie, mais celui d’une raison sans conscience. Le progrès technique et politique, s’il n’est pas guidé par la morale et la conscience, ramène l’humanité à la barbarie — non plus primitive, mais rationalisée. Ce qui a fait dire à Rabelais que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Le monde, pris entre impérialismes concurrents et effondrement du multilatéralisme, court vers cette Troisième Guerre mondiale civilisée en apparence, mais barbare dans son essence. « L’humanité, au lieu de s’élever à un état véritablement humain, s’enfonce dans une nouvelle forme de barbarie. », déplorait déjà Theodor W. Adorno & Max Horkheimer. 

Chiencoro Diarra 

6 janvier 2026 0 comments
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