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Couverture de George Orwell
A la UneBillet d'humeur

Billet. Pourquoi relire 1984 en 2025 ?

by Fousseni TOGOLA 3 avril 2025
written by Fousseni TOGOLA 2 minutes read

En 2025, Orwell n’est plus une référence littéraire, mais un miroir. Dans un monde où la surveillance est volontaire et la vérité négociable, relire 1984 devient un acte de résistance tranquille.

Il n’a jamais été aussi urgent de relire 1984. Pas pour le plaisir morbide de constater à quel point George Orwell avait vu juste, mais pour mesurer tout ce que nous avons accepté, lentement, insidieusement, au nom de la sécurité, du progrès, ou du confort. 

Nous vivons dans un monde où la surveillance est désormais invisible et consentie. Les écrans sont devenus les complices dociles de notre dépendance à l’instant. La langue se simplifie, se désosse, jusqu’à en devenir inoffensive. L’Histoire s’efface, se réécrit ou s’ignore — selon les besoins du jour. Big Brother n’est plus un dictateur, c’est un algorithme.

Plus qu’une suggestion littéraire, un acte de lucidité

Orwell, lui, pensait en dictatures bruyantes. Nous avons inventé des démocratures muettes. Et chacun y va de son écran, de son identifiant, de sa géolocalisation offerte, de son visage numérisé avec le sourire. Qui a besoin de policiers quand il y a des abonnements ? Qui a besoin de censure quand l’autocensure est devenue une politesse sociale ?

1984 ne prédisait pas un régime. Il annonçait une tentation. Celle du repli, de la pensée unique, du refus du doute. Celle, surtout, de croire que la vérité est relative, manipulable, reprogrammable. Relire Orwell aujourd’hui, c’est mesurer à quel point nous avons banalisé l’absurde.

C’est aussi se demander, à quel moment avons-nous cessé de nous en offusquer ? En 2025, alors que les IA rédigent des lois, que les réseaux effacent des réputations, que les vérités se marchandent en temps réel, relire 1984 n’est plus une suggestion littéraire  mais un acte de lucidité. Une urgence civique.

Pas pour pleurer ce qui s’est perdu. Mais pour défendre, encore, ce qui peut être sauvé.

F. Togola 

3 avril 2025 0 comments
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Des animaux transhumants.
ActuÉconomie

Guinée-Mali : quand les bêtes font les frais du politique

by Sahel Tribune 2 avril 2025
written by Sahel Tribune 2 minutes read

La porosité saisonnière des frontières a toujours été, en Afrique de l’Ouest, un fait plus culturel que politique. Jusqu’à ce qu’un décret en fasse une ligne rouge.

Dans une note officielle datée du 28 mars 2025, le gouverneur de la région administrative de Kankan, au sud-est de la Guinée, ordonne la suspension immédiate des mouvements de transhumance en provenance du Mali. Une interdiction ferme, sans appel, qui court jusqu’à nouvel ordre, et s’applique à tous les troupeaux de zébus maliens.

Motif invoqué : la mise en cause d’un protocole inter-États ratifié par Conakry et Bamako dans le cadre de la CEDEAO, relatif à la gestion des flux pastoraux. En d’autres termes, l’échec, une fois de plus, d’un accord régional à contenir les tensions locales.

Le document, signé du colonel Moussa Condé, gouverneur de la région, instruit les préfets de Kankan, Kouroussa, Kérouané, Mandiana et Siguiri d’interdire toute nouvelle entrée de troupeaux étrangers sur le territoire guinéen.
Le ton est martial, l’avertissement clair. Tout contrevenant s’exposera à des « sanctions judiciaires sévères ».

En Guinée, le zébu est devenu suspect

La date butoir est fixée au 15 avril 2025. Passé ce délai, tout animal malien franchissant la frontière guinéenne le fera à ses risques et périls.

Derrière cette décision, des tensions sourdes. Celles qui opposent, depuis des années, éleveurs et agriculteurs dans les zones rurales aux équilibres précaires. Celles aussi, plus récentes, qui traduisent un climat de méfiance régionale entre États voisins devenus « frères ennemis » depuis les bouleversements politiques de 2021 et 2023.

Les autorités guinéennes de la transition, tout comme celle du Mali, ont beau partager une défiance vis-à-vis des institutions classiques de la CEDEAO, leurs intérêts ne convergent pas toujours sur le terrain. 

A Kankan, c’est l’autorité territoriale qui prime sur la diplomatie régionale. Au-delà de la technicité apparente du communiqué, ce que révèle cette mesure, c’est une lente mais certaine re-fermeture des frontières ouest-africaines, longtemps tenues pour perméables, presque symboliques. Le bétail, comme souvent, devient le thermomètre d’une intégration en panne. Et ce sont les pasteurs, les nomades, les éleveurs — ces citoyens sans carte d’identité mais avec un mode de vie — qui en paient le prix fort.

Dans cette Guinée-là, le zébu est devenu suspect. Et la transhumance, un délit.

A.D

2 avril 2025 0 comments
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Moussa Dadis Camara
A la UneAnalyses

Guinée : la grâce de trop

by Chiencoro 2 avril 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Condamné pour crimes contre l’humanité, l’ancien président Moussa Dadis Camara vient d’être gracié par décret présidentiel. En Guinée, cette décision remet en cause les fondements mêmes de la justice transitionnelle, et ravive le spectre de l’impunité.

La justice, en Guinée, vient de recevoir un coup de grâce. Littéralement. Dans la nuit du 29 au 30 mars, Moussa Dadis Camara, ancien chef d’Etat guinéen entre 2008 et 2010, condamné à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité, a quitté sa cellule. Officiellement pour raison de santé. Officieusement, par décision présidentielle. Une grâce surprise, signée par le général Mamadi Doumbouya, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021.

Cette sortie de scène judiciaire d’un homme condamné pour sa responsabilité directe dans l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine guinéenne — le massacre du 28 septembre 2009 dans le stade de Conakry — a aussitôt déclenché un torrent de réactions. Des protestations internationales, des ONG indignées, et une société civile abasourdie.

Mais surtout l’on se demande que vaut encore le droit dans un État gouverné par la force ? Le procès avait pourtant été présenté comme exemplaire. Deux ans d’audiences. Des dizaines de témoins. Une condamnation ferme. Et l’espoir, pour des centaines de familles, de voir enfin le deuil accompagné de justice.

Ce 28 septembre 2009, les faits sont documentés. Plus de 150 personnes tuées, parfois à la baïonnette. Plus de 100 femmes violées. Des centaines de blessés. Des leaders de l’opposition tabassés dans l’enceinte même d’un stade transformé, ce jour-là, en chambre de torture à ciel ouvert.

Pour cela, Moussa Dadis Camara avait été jugé. Reconnu coupable. Et condamné. Sa grâce, aujourd’hui, vient tout simplement saper ce qui restait d’une promesse de justice post-dictature.

Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU ne s’y est pas trompé.


Dans un communiqué sans ambiguïté, son porte-parole, Seif Magango, a dénoncé une décision qui « sape les procédures judiciaires nationales », qui « contrevient aux engagements internationaux » de la Guinée, et qui « méconnaît les droits des victimes à des recours effectifs ».

La FIDH, l’OGDH et l’Avipa ont, de leur côté, exprimé leur « profonde indignation » face à une décision qu’elles qualifient de « signal désastreux », illustrant le mépris pour les principes fondamentaux de justice et de responsabilité.

Ce geste politique, non seulement viole le symbole, mais réactive un traumatisme.
Dans l’imaginaire guinéen, le 28 septembre est une date de sang et de silence.
Un jour où l’État s’est retourné contre son peuple. Et voilà qu’en 2025, le même État — sous un autre uniforme, mais avec la même verticalité militaire — efface l’arbitrage de la justice au nom d’une souveraineté mal comprise.

La vérité finit toujours par être graciée

Car il ne s’agit pas ici de débattre de la santé d’un homme. Il s’agit de savoir si, dans la Guinée d’aujourd’hui, la justice peut encore se rendre au nom des victimes, ou seulement à la discrétion du prince.

Mamadi Doumbouya avait pourtant annoncé, quelques jours plus tôt, la prise en charge de l’indemnisation des victimes du massacre. Une promesse saluée. Mais que vaut un chèque si l’horreur n’est pas reconnue ? Que vaut un geste réparateur si le crime n’est plus puni ?

En libérant Dadis Camara, le pouvoir guinéen indique que  la justice est une parenthèse. La force, une constante. Et pour les survivants, une seule question persiste : À quoi bon témoigner, si la vérité finit toujours par être graciée ?

Chiencoro Diarra 

2 avril 2025 0 comments
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Des drones et des avions de combat
A la UneSécurité

Incident aérien près de Tin-Zawatene : un drone des FAMa hors service

by Ibrahim Kalifa Djitteye 2 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 2 minutes read

L’État-Major Général des Armées a informé l’opinion publique qu’un drone appartenant aux Forces Armées Maliennes (FAMa) s’est écrasé dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, à proximité de Tin-Zawatene, dans la région de Kidal. L’appareil était en mission de surveillance du territoire dans le cadre des opérations de sécurisation des personnes et des biens.

L’engin, qui opérait dans une zone stratégique marquée par des tensions sécuritaires, s’est écrasé dans une zone non habitée, évitant ainsi toute victime ou dégât matériel.

Une enquête pour élucider les causes

Selon le communiqué de l’État-Major, les dispositifs de sécurité en place ont permis d’empêcher toute explosion de l’armement embarqué, écartant ainsi tout risque supplémentaire pour les populations et les infrastructures environnantes. Cet aspect témoigne de l’efficacité des mesures de sécurité adoptées par l’armée malienne pour minimiser les conséquences en cas d’incident technique.

Immediatement après l’incident, une enquête a été ouverte afin d’élucider les causes exactes du crash et d’identifier d’éventuelles responsabilités. Cette enquête devra déterminer s’il s’agit d’une défaillance technique, d’une erreur de pilotage à distance, ou d’un éventuel acte hostile ayant provoqué la chute de l’appareil.

Cet incident survient alors que les FAMa poursuivent leur engagement dans la lutte contre l’insécurité sur l’ensemble du territoire national. L’usage de drones militaires pour la surveillance et le renseignement joue un rôle stratégique dans le renforcement des opérations des forces armées maliennes, en leur permettant d’anticiper et de contrer les menaces pesant sur le pays.

Toutefois, les défis techniques et logistiques associés à l’utilisation de ces appareils soulèvent des interrogations sur leur fiabilité et leur maintien en condition opérationnelle.

Un engagement inébranlable des FAMa

L’État-Major Général des Armées a tenu à rassurer les populations maliennes que cet événement ne remet en cause ni la volonté ni la capacité des forces de défense à remplir leur mission de protection du territoire national.

Il a en outre exprimé sa gratitude envers le peuple malien pour son soutien constant aux FAMa, soulignant le dévouement et le sacrifice des soldats engagés au quotidien dans la défense de la Patrie.

Alors que l’enquête suit son cours, les autorités militaires ont promis de tenir l’opinion informée des avancées sur les circonstances exactes du crash et les conclusions qui en découleront.

Dans un contexte de sécurité fragile, la vigilance des forces armées demeure une priorité pour assurer la stabilité et la sécurité des Maliens. Par ailleurs, cet incident rappelle l’importance de l’investissement dans la modernisation des équipements militaires et dans le renforcement des capacités techniques afin de prévenir de tels incidents à l’avenir.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

2 avril 2025 0 comments
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Les joueurs de basket ball du Mali.
ActuSport

Tournoi international de l’amitié de basket-ball U16 : le Mali triomphe !

by Ibrahim Kalifa Djitteye 1 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Les sélections nationales féminine et masculine du Mali ont une fois de plus confirmé leur suprématie sur la scène sous-régionale. Comme lors des éditions précédentes, les jeunes basketteurs maliens ont dominé le Tournoi international de l’amitié de basket-ball en s’adjugeant les deux trophées en jeu.

Dans la catégorie féminine, les Maliennes ont surclassé leurs homologues ivoiriennes sur un score sans appel de 68-28. De leur côté, les garçons ont également imposé leur loi face à la Côte d’Ivoire avec une victoire convaincante de 70-59. Une double consécration qui témoigne du talent et de la détermination des jeunes basketteurs maliens.

Des performances individuelles remarquables

Cerise sur le gâteau, Assan Dako et Bakary Ballo ont été désignés respectivement meilleure joueuse et meilleur joueur (MVP) du tournoi. Les deux athlètes ont brillé en finale, inscrivant 16 et 20 points chacun, contribuant ainsi de manière décisive au triomphe de leurs équipes.

Le sélectionneur malien, Mamoutou Kané, n’a pas caché sa satisfaction après ces performances remarquables. « Je félicite les jeunes, c’était important de remporter ce trophée à domicile. Je remercie les autres pays qui ont participé à ce tournoi ainsi que la Fédération malienne de basket-ball et le département de tutelle pour l’organisation de cette compétition. La compétition a été un test grandeur nature pour nous dans la perspective de l’Afrobasket », a-t-il déclaré.

Une préparation pour l’Afrobasket

Toutefois, le technicien malien reste lucide sur les axes d’amélioration. « Il y a eu quelques imperfections que nous allons corriger avant l’Afrobasket, prévu en septembre au Rwanda », a-t-il ajouté, soulignant l’importance de ces préparations pour la prochaine échéance continentale.

Les équipes B maliennes n’ont pas démérité, s’offrant les troisièmes places tant chez les filles que chez les garçons, synonyme de médailles de bronze. Une performance qui souligne la richesse du vivier malien en matière de basketball et la qualité de la formation des jeunes talents.

Un tournoi suivi de près par les autorités

Les finales se sont déroulées sous les yeux du président de la Fédération malienne de basket-ball (FMBB), Me Jean Claude Sidibé, et du directeur national des sports et de l’éducation physique (DNSEP), Aliou dit Boubou Diallo. Une présence de haut niveau qui illustre l’engagement des autorités sportives à promouvoir le basketball malien.

Pour mémoire, cette 3e édition du Tournoi international de l’amitié U16 a réuni quatre pays : le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire et l’Algérie. Le Mali, hôte de l’événement, avait aligné deux équipes (A et B), en plus de la participation de deux clubs locaux, le Djoliba et le Stade malien. Ces différentes équipes ont offert un spectacle de qualité, mettant en avant le potentiel de la jeunesse africaine dans cette discipline.

Avec cette nouvelle victoire, les jeunes basketteurs maliens tournent désormais leur regard vers l’Afrobasket U16, prévu du 2 au 14 septembre à Kigali, au Rwanda. Une compétition où ils espèrent confirmer leur domination et hisser encore plus haut les couleurs du Mali sur la scène africaine. En attendant, les préparatifs s’annoncent intensifs pour corriger les quelques faiblesses observées et affiner les stratégies qui permettront au Mali de briller encore une fois sur le continent.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

1 avril 2025 0 comments
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Couverture du livre Enfants des ruines.
A la UneSeko ni Donko

Littérature malienne : Seydou ou l’enfant aux cicatrices du siècle

by Bakary FOMBA 1 avril 2025
written by Bakary FOMBA 3 minutes read

Le roman Enfant des ruines de Fousseni Togola est désormais disponible au Mali, aux éditions L’Harmattan, situées à l’immeuble Jean Marie Cissé à Hamdallaye ACI 2000, ainsi qu’à la librairie Bah du Grand Hôtel de Bamako.

Il est des livres qui se lisent comme on marche dans un champ de ruines : avec précaution, respect et une forme de vertige. Enfant des ruines, dernier roman de Fousseni Togola, après Bintou, une fille singulière, est de ceux-là. L’auteur malien, philosophe de formation, journaliste dans l’âme et romancier par devoir de mémoire, livre ici un récit d’une force rare. Celle qui naît du silence des victimes, de l’écho des coups de feu, et de cette question qui traverse l’Afrique contemporaine : que reste-t-il de l’enfance lorsqu’elle croise le chemin de la guerre ?

Les influences d’Aimé Césaire, de Cheikh Hamidou Kane,…

Son héros, Seydou, est tout sauf un personnage de fiction. Il est une synthèse. Une condensation littéraire de milliers de destins brisés du Sahel, du Kivu ou du Nil Bleu. Il est cet enfant gorgé de lumière, né dans le confort, initié à Aristote par un père pédagogue, nourri de contes par une mère aimante — et que la barbarie, un jour, arrache à l’innocence. La bascule est brutale, sans transition. La tendresse laisse place au sang, l’éveil à la brutalité, et l’écolier modèle devient Scorpion 11, enfant-soldat d’une guerre qui ne dit jamais son vrai nom.

Togola, qui ne verse jamais dans le pathos, écrit avec une retenue poignante. Il ne cherche pas à faire pleurer. Il fait penser. À travers les pages, l’auteur interroge les fractures de nos sociétés, les trahisons de l’éducation, et cette incapacité du politique à protéger ce qu’il y a de plus fragile : les enfants. Il y a chez lui une volonté évidente de rendre à ces enfants soldats leur dignité narrative. De rappeler que derrière chaque kalachnikov, il y a un regard d’enfant.

Ce roman n’est pas un simple cri. C’est une thèse déguisée. Une réflexion philosophique sur la résilience, le libre arbitre et la part de lumière qu’il reste en l’homme, même au cœur de la nuit. On y retrouve, en filigrane, les influences d’Aimé Césaire, de Cheikh Hamidou Kane, et parfois même de Malraux. L’écriture est sobre, presque austère, mais d’une précision chirurgicale. Chaque mot compte. Chaque image frappe.

Dans les ténèbres, un enfant peut choisir la lumière

Et puis, il y a cette phrase, comme un aveu : « Il savait qu’il marchait sur un fil, oscillant entre la survie et le refus de se laisser totalement corrompre par la haine. » Tout est dit. La ligne de crête. Le combat intérieur. Le refus de sombrer.

Enfant des ruines est un roman nécessaire. Parce qu’il donne voix à ceux que les rapports d’ONG chiffrent mais que les nations oublient. Parce qu’il montre que même dans les ténèbres, un enfant peut choisir la lumière. Parce qu’il rappelle que, parfois, la littérature est la seule patrie possible pour ceux qu’on a privés de terre, de toit, et d’avenir.

Bakary Fomba

1 avril 2025 0 comments
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Le Président de transition du Burkina Faso s'adresse à la nation dans un discours poignant, entouré de militaires en tenue, symboles de la sécurité , de la souveraineté nationale et de la détermination.
ActuPolitique

Burkina Faso : grâce ciblée et loyauté recomposée

by Chiencoro 1 avril 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

En graciant 21 anciens putschistes du coup d’État manqué de 2015, le capitaine Ibrahim Traoré ne se contente pas d’un geste de clémence. Il redéfinit, dans l’urgence sécuritaire, les contours mouvants de la fidélité militaire, à condition qu’elle serve désormais la République.

Dans l’Afrique des transitions militaires, où les priorités s’écrivent souvent à l’encre de l’urgence, chaque geste présidentiel vaut déclaration d’intention. En graciant, par décret, 21 anciens militaires condamnés pour leur implication dans le putsch manqué de 2015, le capitaine Ibrahim Traoré a fait davantage que tendre la main aux vaincus d’hier. Il a envoyé un signal politique aux alliés, un message tactique à ses ennemis, et un avertissement voilé à sa propre armée.

L’annonce, rendue publique le 31 mars, s’appuie sur une loi adoptée en décembre dernier. Elle accorde une grâce dite « amnistiante » à ceux ayant été poursuivis pour leur tentative de renversement du régime provisoire mis en place après la chute de Blaise Compaoré. À l’époque, les hommes de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle avaient échoué à rétablir l’ancien ordre, battus en douze jours par les unités loyalistes. L’épisode, brutal, avait fait 14 morts et près de 270 blessés. Le verdict judiciaire, lui, était tombé en 2019 : « atteinte à la sûreté de l’État », « meurtres », « trahison ».

Une grâce sans effacement

Les bénéficiaires de cette faveur présidentielle – six officiers et quinze sous-officiers et soldats du rang – verront leur uniforme réattribué, mais sans carrière reconstruite, ni pension, ni indemnité. Le décret est formel. Il s’agit d’une réintégration, non d’une réhabilitation.

Ceux qui restent à l’écart – les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, piliers de l’appareil Compaoré – incarnent la ligne rouge que Traoré refuse de franchir. Si l’on peut pardonner l’obéissance, on ne saurait effacer la planification.

À Ouagadougou, cette décision n’est pas née dans le confort de la paix. Elle répond à une réalité de terrain. Un pays en guerre ardue contre les groupes jihadistes et leurs sponsors étrangers. Le gouvernement burkinabè est en quête de combattants. Et dans cette guerre d’usure, les bras valides d’hier peuvent redevenir les fusils utiles de demain.

Comme l’a précisé le ministre de la Justice Edasso Rodrigue Bayala, ces anciens « putschistes » ne seront pas graciés gratuitement. Ils devront « manifester un engagement patriotique dans la reconquête du territoire » et « participer activement à la lutte contre le terrorisme ». En d’autres termes, prouver leur loyauté, non plus dans les discours, mais sur les champs de bataille.

Une mémoire recomposée, une loyauté réassignée

L’Afrique de l’Ouest a connu d’autres tentatives de recomposition sécuritaire à partir de fragments d’anciens régimes. La Côte d’Ivoire post-crise, le Tchad post-Habré, ou plus récemment, la Guinée en refonte militaire silencieuse. Partout, la même équation : transformer les rebelles d’hier en remparts d’aujourd’hui, sans que la mémoire collective ne se dissolve dans l’amnistie.

Ibrahim Traoré, lui, avance à pas calculés. À la croisée du pardon pragmatique et de la discipline de guerre. À l’image d’un pouvoir qui, pour durer, apprend à conjuguer verticalité, réversibilité et nécessité.

L’histoire dira si ces hommes, un jour traîtres, sauront être soldats. Et si cette grâce, accordée à défaut d’oubli, suffira à bâtir la loyauté de demain.

Chiencoro Diarra 

1 avril 2025 0 comments
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