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Amadou_Bagayoko
A la UneSeko ni Donko

Amadou s’en est allé : l’Afrique perd l’un de ses cœurs qui chantaient

by Chiencoro 4 avril 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Amadou Bagayoko, moitié lumineuse du duo mythique Amadou & Mariam, s’est éteint ce vendredi 4 avril à Bamako, des suites d’une longue maladie. Musicien aveugle à la voix chaude et à la guitare habité, il laisse derrière lui une œuvre majeure, symbole d’un Mali rayonnant, d’un amour éternel, et d’une Afrique qui chante même dans l’obscurité.

C’était une voix. C’était un riff de guitare, entêtant, solaire, comme une promesse. C’était aussi une silhouette, humble, courbée, marchant au rythme d’un autre regard. Ce vendredi 4 avril 2025, le Mali, l’Afrique, et le monde de la musique pleurent Amadou Bagayoko, moitié d’un duo devenu légende, et miroir d’une histoire d’amour aussi indéfectible que le fil mélodique qu’il tissait depuis un demi-siècle avec Mariam Doumbia.

On connaissait son visage. On fredonnait ses refrains. Mais derrière la figure publique du tandem « Amadou & Mariam », il y avait cet homme, né le 24 octobre 1954 à Bamako, aveugle à 16 ans, et incandescent d’un feu intérieur que même la nuit n’a jamais pu éteindre. Il avait rencontré Mariam, elle aussi privée de la vue dès l’âge de 5 ans, à l’Institut des jeunes aveugles de Bamako. Ensemble, ils ne voyaient pas le monde, mais ils allaient l’éclairer.

La cécité, une clarté musicale

Leur destin bascule en 1980, l’année de leur mariage, celle où leur fusion humaine devient fusion artistique. Dans la brume des années 1980, leur musique était déjà là : hybride, sincère, mêlant blues malien, rythmes mandingues, électricité rock et tendresse acoustique. Abidjan les accueillera dans leur exil créatif. Paris les propulsera. Le monde, bientôt, les acclamera.

Leur album Sou ni tilé, en 1998, pose les jalons d’une trajectoire qui ne cessera plus de s’élever. Dimanche à Bamako, en 2005, réalisé avec Manu Chao, les propulse au rang de stars planétaires. Victoire de la musique. Scènes européennes. Une prestation historique à Oslo en 2009, lors de la remise du prix Nobel de la paix à Barack Obama. Deux artistes aveugles venus de Bamako, chantant pour l’homme le plus puissant du monde.

La douceur d’un combat

Amadou n’était pas une icône fabriquée. Il était un musicien viscéral, enraciné. Son art était politique, sans slogan. Il chantait l’amour, les départs, la poussière, la lumière, la beauté du vivre-ensemble. Il avait cette élégance des grands silencieux, et cette modernité de ceux qui savent s’ouvrir à l’universel : collaborations avec Damon Albarn, Santigold, Coldplay, ou U2. Et pourtant, toujours fidèle à sa guitare peule, à ses riffs bambara, à Bamako, toujours.

En 2024, le duo avait encore publié un Best-of, La vie est belle. Un titre testamentaire ? Peut-être. Car si la vie a parfois été rude pour Amadou, il l’a toujours chantée comme une fête.

Il y a désormais ce vide. Ce trou dans la mémoire mélodique de l’Afrique. Mais Amadou, comme toutes les grandes voix, ne meurt pas tout à fait. Il s’éteint sur terre pour mieux résonner ailleurs. Il laisse derrière lui une œuvre, une femme, une légende. Tant qu’un griot n’a pas chanté ton nom, tu n’es pas vraiment mort.  Amadou a chanté. Amadou a été chanté. Alors, il vivra.

Chiencoro Diarra

4 avril 2025 0 comments
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Marraine du mois de mars et conférencière, Dr Fatoumata Coulibaly dite FC
A la UneSeko ni Donko

 Bamako, une conférence pour réconcilier jeunesse et identité

by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Dans le cadre de « 2025, année de la culture au Mali », décrétée par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, une conférence s’est tenue ce jeudi 3 avril 2025 à l’Université Yambo Ouologuem de Bamako. Placée sous le thème « Citoyenneté et valeurs culturelles », cette rencontre était animée par la Marraine du mois de mars, Dr Fatoumata Coulibaly dite FC. 

L’événement, initié par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme en partenariat avec celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a rassemblé de nombreux acteurs du monde culturel, des universitaires et des étudiants. DAGNOKO

La Marraine du mois de mars et conférencière, Dr Fatoumata Coulibaly dite FC a mis l’accent sur l’importance de parler de la citoyenneté et des valeurs culturelles dans les établissements scolaires et universitaires. « On n’en parle pas beaucoup dans nos établissements, et pourtant, il faut en parler dans nos langues nationales, dans toutes nos langues nationales. Il est essentiel que la jeunesse sache qui elle est, d’où elle vient, sans renier son ethnie, son pays, sa localité, ni sa culture », a-t-elle affirmé avec conviction.

Elle a souligné que la culture englobe tous les aspects de la vie : éducation, santé, environnement, traditions, et bien plus encore. Pour elle, la citoyenneté repose sur des valeurs universelles comme l’écoute, la tolérance et l’égalité entre les citoyens, quel que soit leur statut social ou leur appartenance ethnique. « Nos cultures sont riches et variées, et leurs valeurs doivent façonner notre citoyenneté. Être un bon citoyen, c’est être en accord avec soi-même, s’aimer et se respecter », a-t-elle ajouté.

L’engagement des autorités maliennes

Représentant le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Alamouta Dagnoko a rappelé l’importance de la culture comme outil de transformation sociale et de consolidation de la cohésion nationale. « Depuis 2012, le Mali fait face à une crise multiforme qui a entraîné une perte de valeurs identitaires et de repères culturels. La restauration de ces valeurs est aujourd’hui un enjeu primordial », a-t-il déclaré.

L'assistance lors de la Conférence, le 3 avril 2025 à l'université Yambo Ouologuem
L’assistance lors de la Conférence, le 3 avril 2025 à l’université Yambo Ouologuem de Bamako. Ibrahim Kalifa Djitteye/ Sahel Tribune.

Cette journée a mis en avant l’importance de la transmission des valeurs maliennes, notamment par l’éducation et l’oralité, afin de renforcer la cohésion sociale et l’identité nationale. Dans cette dynamique, le projet « Culture Mali 2025 » a été lancé pour faire de la culture un levier de transformation sociale et économique. Il repose sur trois axes majeurs, notamment la revitalisation culturelle des territoires, la valorisation du patrimoine pour la paix et la réconciliation, ainsi que le repositionnement de l’image du Mali à l’international. Dix initiatives phares, telles que l’éducation à la citoyenneté, le développement des industries culturelles et la promotion des talents, accompagneront ce programme ambitieux visant à insuffler un nouvel élan à la culture malienne.

En marge de la conférence, les participants ont eu l’opportunité d’assister à la projection du film « La danse du singe du réalisateur malien Salif Traoré ». Ce moment cinématographique a permis de mettre en lumière l’importance de l’art et du patrimoine culturel dans la transmission des valeurs sociétales et identitaires.

Vers une réappropriation des valeurs culturelles

L’intervention de Dr Fatoumata Coulibaly dite FC et des autorités présentes a mis en exergue l’urgence d’un retour aux valeurs culturelles maliennes. La conférencière a exhorté la jeunesse à être « comme un bon jardinier », selon les mots d’Amadou Hampâté Bâ : « Un arbre a besoin de profondes racines pour grandir et s’épanouir ».

Cette conférence marque ainsi une étape importante dans l’éveil des consciences et la promotion des valeurs culturelles comme socle de la citoyenneté. Avec des initiatives comme « Culture Mali 2025 », le pays s’engage dans un processus de revitalisation identitaire et culturelle, porté par des actions concrètes et des discours inspirants. Un pas de plus vers le « Mali Kura » voulu par les autorités de la Transition.

Ibrahim Kaflifa Djitteye 

4 avril 2025 0 comments
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mine de lithium de Goulamina
A la UneÉconomie

Mali: Vers l’exploitation commerciale du spodumène à Bougouni

by Sahel Tribune 4 avril 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Bougouni n’est plus une simple localité du sud malien. C’est désormais un nom qui pèse dans les cartes du nouveau capitalisme vert mondial.

À une époque où la transition énergétique redéfinit la géopolitique des ressources, le sous-sol malien — longtemps convoité pour son or — se dote d’un autre métal stratégique : le lithium. Et la mine opérée par Kodal Minerals, via sa filiale Kodal Mining UK (KMUK), vient d’entrer dans une phase décisive.

Ce 4 avril 2025, la compagnie britannique annonce une série de jalons techniques et administratifs, posant les fondations d’une exploitation commerciale imminente. En ligne de mire, les marchés asiatiques, notamment la Chine, pourvoyeurs insatiables de spodumène, ce concentré de lithium devenu indispensable aux batteries du XXIe siècle.

Une montée en puissance à la cadence anglo-sahélienne

Déjà plus de 11 000 tonnes de concentré produites. Une cadence régulière, soutenue, dopée par une usine de traitement DMS en phase finale de mise au point. La dernière semaine de mars, 13 400 tonnes de minerai ont été traitées pour une production de 1 920 tonnes de concentré titrant à 5,63 % de Li₂O. Dans le jargon minier, cela signifie que la courbe de rodage se tend vers le cap de rentabilité.

Mais l’essentiel n’est peut-être pas là. Il réside dans une phrase, noyée dans un communiqué au ton technique. On précise que l’exportation vers la Chine est suspendue à l’obtention… d’un transfert de permis attendant la signature de la partie malienne. Et voilà comment un métal léger devient l’objet d’un jeu d’équilibristes entre entreprises étrangères, souveraineté nationale et intérêts géopolitiques croisés.

Le lithium sous signature présidentielle

Le permis minier, actuellement au nom de Future Minerals SARL, doit basculer entre les mains de Les Mines de Lithium de Bougouni SA (LMLB), société malienne adossée à KMUK. Toutes les étapes intermédiaires sont franchies. Le décret final est sur la table du président. Une formalité administrative ? Pas exactement. Un signal politique, plutôt. Celui d’un Mali qui entend, désormais, superviser les flux de ses richesses naturelles en amont et en aval.

Dans ce bras de fer feutré, la société Kodal a demandé un report du versement de 7,5 millions de dollars, deuxième tranche d’un accord scellé en novembre 2024. Le gouvernement malien accuse réception. Mais n’a, pour l’heure, rien signé. Le temps joue pour les deux parties. Mais aussi pour les partenaires stratégiques de Bamako, qui suivent, de Pékin à Moscou, ce dossier comme un thermomètre du nouveau rapport de forces minier en Afrique de l’Ouest.

Une mine, des chiffres, un symbole

531 des 555 employés de la mine sont maliens. Près des deux tiers sont issus des communautés locales. À Bougouni, les routes sont reconstruites, les camps ouvriers s’installent, les stocks s’accumulent. Une nouvelle route vers le village de Ngoualana — 3 km de bitume stratégique — incarne l’espoir d’un développement local plus tangible que les anciennes promesses d’extraction.

Kodal Minerals ne le cache pas, l’usine n’a pas encore atteint sa capacité nominale. Mais le démarrage commercial est à portée de main. Un stock équivalent à un mois de production est déjà prêt pour l’export. Et le sous-sol malien semble n’avoir jamais été aussi connecté aux grandes transitions économiques mondiales.

Ce que montre ce communiqué, derrière la technicité apparente, c’est une autre vérité. Celle d’un Mali qui ne se contente plus de concéder ses minerais. Il les gouverne. Il en retarde l’exportation si nécessaire. Il en fait un levier de puissance et de légitimité.

Bougouni, c’est bien plus qu’un projet industriel. C’est un manifeste. Une preuve que les ressources naturelles, gérées avec méthode et fermeté, peuvent contribuer à ce « Mali Kura » dont le président Goïta se veut l’artisan. À condition, bien sûr, que la rente minière se traduise en transformation locale, en emplois durables, et en souveraineté assumée. Autrement dit, que le lithium ne soit pas une fuite, mais un socle.

A.D

4 avril 2025 0 comments
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Mory Kaba, chargé de Protection au Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
ActuSécurité

Interview. Les engins explosifs improvisés : l’un des plus grands dangers pour les civils 

by Sahel Tribune 4 avril 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Qu’ils soient dissimulés sous terre ou tapis à la surface, les engins explosifs improvisés (EEI) causent des ravages considérables. Invisibles et souvent insoupçonnés, ils détruisent les vies, blessent grièvement et compromettent les moyens de subsistance des populations. Mory Kaba, chargé de Protection au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) nous éclaire sur ce sujet préoccupant.

Sahel Tribune : Qu’entend-on par « engins explosifs improvisés » ?

Mory : Selon les normes internationales de l’action contre les mines, un engin explosif improvisé est un dispositif fabriqué ou déployé de manière artisanale, contenant des matières explosives ou des produits chimiques destructeurs, létaux, toxiques, incendiaires ou pyrotechniques. Il est conçu pour détruire, mutiler, distraire ou harceler. Contrairement aux armes conventionnelles, il agit sans discrimination, frappant indifféremment combattants et civils.

Que dit le droit international humanitaire (DIH) concernant des engins explosifs ?

Bien que l’usage des engins explosifs ne soit pas interdit en soi par le DIH, leur utilisation est strictement encadrée par les principes fondamentaux de la conduite des hostilités : 

  • Distinction : Les parties au conflit doivent distinguer en tout temps les civils des combattants et les biens civils des objectifs militaires.
  • Précaution : Il est impératif de prendre des mesures pour protéger la population civile des effets des engins explosifs, pendant et après les hostilités.
  • Proportionnalité : Toute attaque doit évaluer les risques, notamment si un engin n’explose pas à l’impact, ce qui peut entraîner une contamination dangereuse à long terme.

Les zones touchées doivent être localisées, marquées et décontaminées. De plus, les civils doivent être informés des risques liés à ces dispositifs pour éviter de nouvelles victimes. L’emplacement ou l’usage des EEI ne doit en aucun cas entraîner des dommages civils excessifs ni entraver l’accès aux services essentiels.

Quels sont les impacts des engins explosifs sur les populations ?

Les engins explosifs improvisés agissent sans discrimination. Ils tuent, blessent et mutilent, provoquant des séquelles physiques et psychologiques souvent irréversibles. En plus de la perte de vies humaines, ils perturbent gravement le quotidien des communautés en :

  • Empêchant l’accès aux services sociaux essentiels : écoles, centres de santé, points d’eau ;
  • Compromettant les moyens de subsistance : agriculture, élevage, marchés ;
  • Entravant la fourniture d’aide humanitaire, vitale pour les populations affectées ;
  • Ralentissant les processus de réconciliation dans des contextes fragilisés par le conflit.

Quelles sont les actions du CICR en faveur des victimes des engins explosifs ?

Le CICR mène plusieurs activités en faveur des victimes des engins explosifs :

– la prise en charge médicale d’urgence, 

– la prise en charge psychologique dans les structures de santé soutenues par le CICR, 

– la réadaptation physique (en collaboration avec le Centre National d’Appareillage Orthopédique et les Centres Régionaux d’Appareillages Orthopédique). 

– Assistance économique pour permettre aux victimes les plus vulnérables de retrouver leur autonomie.  

Parallèlement, dans le cadre de la prévention, le CICR mène aussi des campagnes de sensibilisation auprès des communautés les plus exposées. Ces activités visent à réduire les risques et à renforcer la résilience des populations face à cette menace.

Réalisée par la rédaction 

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Pacte social
A la UneTaabolow ani Tabiaw

Pacte de stabilité sociale au Mali : un engagement menacé par la multiplication des grèves

by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Le 25 août 2023, le gouvernement malien et plusieurs organisations syndicales ont signé un pacte de stabilité sociale visant à instaurer un climat de travail apaisé. Ce document, fruit de discussions approfondies et de recommandations issues de la Conférence sociale d’octobre 2022, se structure autour de deux axes majeurs, notamment le dialogue social et la liberté syndicale. Conçu pour une mise en œuvre sur cinq ans, il comprend 60 engagements et 125 activités programmées. Pourtant, moins de deux ans après sa signature, la multiplication des grèves remet en question son efficacité et sa viabilité.

La signature du pacte a suscité un espoir immense. Il devait permettre de prévenir les conflits sociaux en favorisant des discussions ouvertes entre les employeurs, les travailleurs et l’État. Parmi les signataires figuraient des organisations syndicales influentes telles que la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) et l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). L’objectif était de stabiliser le climat social pour encourager l’investissement et la croissance économique.

Cependant, la réalité actuelle contraste fortement avec ces ambitions. Depuis le début de l’année 2025, plusieurs préavis de grève ont été déposés. Ce qui témoigne des tensions grandissantes entre les employeurs et les travailleurs. Cette situation soulève une question cruciale, à savoir si le pacte est encore un outil pertinent pour réguler les relations sociales au Mali.

Des revendications sociales persistantes

Parmi les préavis les plus marquants, celui du Syndicat National des Banques, Assurances, Établissements Financiers, Microfinances, Entreprises Pétrolières et Commerces du Mali (SYNABEF) se distingue. Ce syndicat a annoncé une grève de 72 heures, reconductible à 120 heures, à partir du 17 avril 2025. Il exige, entre autres, la relaxe de travailleurs poursuivis en justice, la réintégration d’employés licenciés, ainsi que la finalisation de conventions collectives.

Le secteur de l’enseignement supérieur n’est pas en reste. Le Syndicat National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (CEN-SNESUP) a déposé un préavis de grève de 144 heures, renouvelable, du 7 au 12 avril 2025. Ses revendications portent principalement sur le paiement des arriérés des frais d’heures supplémentaires et des tâches liées aux examens.

Dans le secteur de la santé, une crise majeure s’est déclenchée avec l’arrestation du Professeur Broulaye M. Samaké. Le personnel du CHU Gabriel Touré a ainsi entamé un arrêt de travail, suivi par d’autres établissements hospitaliers comme le CHU Point G et l’Hôpital du Mali, exigeant la libération de leur collègue et un meilleur respect des droits des travailleurs. Le Pr Broulaye M. Samaké a été mis en liberté provisoire hier jeudi 3 avril 2025. 

De son côté, le Comité syndical du Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté (CAMM-BFK), affilié au Syndicat National de l’Éducation et de la Culture (SNEC), avait annoncé un arrêt de travail à compter du vendredi 28 mars dernier. Cette décision fait suite à l’absence de paiement des vacataires et des heures supplémentaires du personnel enseignant, une situation qui perdure depuis 2022.

Un pacte en danger ?

Face à cette vague de contestations, plusieurs interrogations se posent. La multiplication des revendications montre une certaine incapacité du pacte à contenir les tensions sociales. La principale critique formulée par les syndicats est le manque de respect des engagements pris par le gouvernement et les employeurs. Nombre de travailleurs considèrent que les promesses formulées en août 2023 n’ont pas été tenues.

Si le pacte était censé renforcer la stabilité sociale et éviter les conflits, les faits démontrent que son application demeure incomplète. Le gouvernement doit donc réagir en mettant en place des mécanismes de suivi et en accélérant la mise en œuvre des engagements. Autrement, l’accord risque de perdre toute crédibilité. Certains observateurs nationaux affirment que « le pacte social signé le 25 août 2023 devait être une arme défensive contre la rue et non le contraire ». Aussi, ils ont appelé les parties prenantes à se donner les mains pour trouver une solution durable à tous les problèmes sociaux qui risque de mettre le pays dans une situation très complexe dans les prochains jours.

Quelles perspectives ?

Pour assurer l’avenir du pacte, plusieurs pistes de solutions peuvent être envisagées, selon des observateurs nationaux. D’abord, un dialogue social renforcé et inclusif est nécessaire. Les parties prenantes doivent se retrouver autour de la table pour évaluer objectivement l’application du pacte et identifier les défaillances. Ensuite, la mise en place d’un mécanisme indépendant de suivi et d’évaluation pourrait garantir un meilleur respect des engagements. Enfin, le gouvernement doit accorder une attention particulière aux revendications les plus urgentes, notamment celles liées aux salaires et aux conditions de travail.

L’enjeu est de taille, un pacte social efficace est un levier essentiel pour la stabilité du pays et son attractivité économique. Mais si les tensions persistent, le Mali risque de s’enliser dans une spirale de contestations qui pourrait fragiliser davantage son climat social et économique. Le gouvernement a donc la lourde tâche de restaurer la confiance des travailleurs en prouvant que le pacte de stabilité sociale n’est pas qu’un simple engagement symbolique, mais bien une feuille de route effective pour un avenir apaisé.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Cour de justice de la CEDEAO
ActuPolitique

CEDEAO : les juges d’Abuja enterrent les dossiers du Mali, du Burkina Faso et du Niger

by Sahel Tribune 4 avril 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

La Cour de justice de la CEDEAO a acté la radiation de 33 affaires impliquant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais sortis de l’organisation. Un geste administratif aux airs de rupture politique, qui signe la fin d’une ère judiciaire régionale.

C’est une page d’histoire judiciaire qui se tourne en silence, mais dont les échos résonnent déjà entre Bamako, Ouagadougou et Niamey. Dans une ordonnance aussi sobre que lourde de sens, datée du siège d’Abuja, la Cour de Justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé de rayer purement et simplement 33 affaires pendantes impliquant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La raison ? Le retrait officiel de ces trois pays de l’organisation sous-régionale.

Le sort des plaignants

Dans cette liste funèbre des litiges judiciaires désormais orphelins de juge, on retrouve tout : des plaintes contre les États par des personnalités politiques (comme l’ancien président malien Bah N’Daw ou encore Kassoum Keïta), des griefs déposés par des journalistes, des ONG, des sociétés privées ou encore de simples citoyens estimant avoir été victimes d’injustices flagrantes. De Reporters Sans Frontières à des regroupements de victimes du régime, en passant par des sociétés industrielles ou des organisations de la société civile, c’est tout un pan de la justice régionale qui disparaît.

Le motif invoqué par la juridiction ouest-africaine est limpide. En quittant officiellement la CEDEAO, ces trois pays membres fondateurs de l’AES (Alliance des États du Sahel) se sont de facto soustraits à la compétence de la Cour. En conséquence, cette dernière se dit dans l’impossibilité juridique de trancher leurs affaires. Et le couperet tombe, les procédures sont déclarées nulles et non avenues.

Ce retrait n’est pas qu’un acte diplomatique ou politique. Il a désormais des conséquences directes pour des centaines de justiciables. Une radiation en bloc de 33 dossiers — 5 pour le Burkina Faso, 16 pour le Mali, 12 pour le Niger — qui pose la question du sort des plaignants. Où iront-ils désormais chercher réparation ? Dans quelles juridictions régionales ou internationales pourront-ils espérer faire valoir leurs droits ?

Un silence judiciaire plus assourdissant qu’une condamnation

Car au-delà des symboles et des rapports de force géopolitiques, il y a des vies, des combats, des attentes. Il y a cette tension entre souveraineté retrouvée et justice évaporée. Entre la volonté de se libérer d’un joug perçu comme néocolonial et la nécessité d’offrir à ses citoyens un recours supranational.

En se retirant de la CEDEAO, les pays de l’AES tournent la page d’un cadre juridique qu’ils jugeaient biaisé, voire instrumentalisé. Mais en l’absence d’une Cour sous-régionale alternative, cette décision crée un vide. Un vide où les victimes n’ont plus d’interlocuteur, où les promesses de justice restent lettre morte.

L’histoire retiendra cette ordonnance comme un tournant. Non pas pour ce qu’elle dit, mais pour ce qu’elle empêche. Un silence judiciaire qui, à bien des égards, est plus assourdissant qu’une condamnation.

A.D

4 avril 2025 0 comments
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Les ministres des Affaires étrangères, dans l'ordre gauche vers la droite, du Niger, du Mali, de la Russie et du Burkina Faso assistent à une conférence de presse conjointe à l’issue d’une réunion, le jeudi 3 avril 2025. Photo AP/Pavel Bednyakov, Pool
A la UnePolitique

Le camp des déracinés : ce que dit l’alliance AES-Russie du monde qui vient

by Chiencoro 3 avril 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

À Moscou, la Confédération des États du Sahel (AES) et la Russie ont scellé une alliance stratégique lors de consultations inédites. Coopération militaire, offensive diplomatique, rupture avec l’Occident. Un nouveau pacte se dessine, entre réalignement géopolitique et quête de souveraineté.

Il faut parfois quitter les forums convenus et les sommets standardisés de l’Union africaine ou de l’ONU pour lire les véritables lignes de fracture du monde qui vient. À Moscou, ce 3 avril 2025, c’est dans le cadre solennel d’une conférence de presse commune que la Russie et les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso, Niger – ont donné le ton d’une alliance naissante mais déjà assumée.

Dans la salle, les regards convergent vers Sergueï Lavrov, l’inoxydable patron de la diplomatie russe, et vers Abdoulaye Diop, Bakary Yaou Sangaré et Karamoko Jean-Marie Traoré, figures désormais familières d’une géopolitique sahélienne en recomposition. Le message ? Clair, direct, et sans la moindre ambigüité : l’AES tourne le dos aux anciennes tutelles, et scelle avec Moscou un pacte nouveau — à la fois militaire, économique et idéologique.

Un second « réveil de l’Afrique »

Pour Lavrov, la Confédération AES incarne « le second réveil de l’Afrique ». Allusion à peine voilée au « printemps des indépendances », dont il sous-entend que les fruits ont été confisqués par des puissances néocoloniales. En ligne de mire, la France et ses partenaires occidentaux. Le chef de la diplomatie russe annonce une coopération renforcée : création d’une force conjointe, fourniture d’armes, formation par des instructeurs russes, et institutionnalisation d’un dialogue annuel au format quadripartite.

Quant aux chiffres, ils parlent d’eux-mêmes. Les échanges commerciaux entre Moscou et les pays de l’AES ont été multipliés par dix en un an. Une envolée que les diplomates sahéliens attribuent à la clarté du partenariat avec la Russie, « sans ingérence ni condition ».

Du côté malien, Abdoulaye Diop ne fait pas dans la nuance. Pour lui, Kiev est un « État terroriste » qui soutient activement les groupes terroristes au Sahel, avec la complicité de l’Occident. L’analyse est tranchante, radicale, mais conforme à la ligne adoptée par Bamako depuis le tournant anti-français. Le chef de la diplomatie malienne confirme l’intention des trois pays de mettre sur pied une force militaire conjointe, tandis que les ruptures s’accumulent : départ de l’OIF, marginalisation du français comme vecteur linguistique exclusif. « Aucun problème », dit-il, les langues nationales prendront le relais. Une déclaration tout aussi politique que linguistique.

La Russie, soutien de la première heure

À ses côtés, Bakary Yaou Sangaré rappelle que Moscou fut le « premier pays » à apporter son appui au Niger, après la prise du pouvoir par le CNSP. Quant à Ouagadougou, son représentant salue la percée des entreprises russes dans le secteur privé burkinabè, et annonce la visite prochaine du capitaine-président Ibrahim Traoré à Moscou, à l’invitation de Vladimir Poutine, pour les cérémonies du 80e anniversaire de la victoire sur le nazisme. Un geste symbolique fort, en guise de reconnaissance mutuelle.

Entre les lignes d’un discours diplomatique musclé se lit la naissance d’un nouveau paradigme géopolitique. L’AES ne veut plus être la périphérie docile d’un ordre occidental vacillant. En se tournant vers Moscou et les BRICS, elle cherche à inscrire son destin dans celui d’un monde multipolaire. Ce partenariat avec la Russie n’est pas seulement un choix militaire ou économique. C’est un acte de foi politique. Une déclaration d’indépendance — enfin assumée — sur la scène internationale.

Reste à savoir si cette alliance tiendra les promesses qu’elle formule aujourd’hui. Mais une chose est sûre, le Sahel ne parle plus à voix basse.

Chiencoro Diarra 

3 avril 2025 0 comments
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