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ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher
A la UnePolitique

Le forum Tounkan blon : une passerelle renforcée entre le Mali et sa diaspora

by Ibrahim Kalifa Djitteye 14 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Samedi 12 avril 2025, dans la salle de visioconférence du ministère de la Communication à Bamako, les regards sont tournés vers les écrans. D’un côté, le ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher ; de l’autre, des visages familiers mais éloignés géographiquement : ceux de Maliens établis au Nigeria, en Guinée, en France, en Allemagne, en Espagne, en Belgique, en Italie ou encore en Türkiye. Tous réunis autour d’un même espace virtuel : TOUNKAN BLON, littéralement « le Vestibule de la Migration ».

Ce forum, inauguré le 31 janvier dernier, n’en est qu’à sa deuxième session, mais il est déjà devenu une institution. Porté par le ministère en charge de la diaspora, TOUNKAN BLON est pensé comme un espace de dialogue stratégique et permanent entre le gouvernement malien et ses ressortissants vivant à l’étranger. Un cadre inédit, fondé sur l’écoute, la co-construction et la confiance mutuelle.

Un espace de dialogue ancré dans la culture malienne

En choisissant l’appellation TOUNKAN BLON, le ministère fait référence à un lieu traditionnel de palabre dans la culture mandingue. Un endroit sacré où les anciens et les membres de la communauté discutent, débattent et prennent des décisions collectives. En transposant cette symbolique au contexte migratoire, le gouvernement malien entend offrir à sa diaspora bien plus qu’un canal de communication : un véritable levier d’action pour le développement du pays.

« Ce forum est certes un moment de communication descendante, mais il constitue surtout un espace de concertation, où vos préoccupations seront placées au cœur de nos priorités », a déclaré Mossa Ag Attaher dans son mot d’ouverture. Un ton solennel, mais empreint de proximité. Car ici, l’ambition est claire : instaurer une relation nouvelle entre l’État malien et sa diaspora, trop longtemps cantonnée à un rôle de bailleur silencieux.

Une volonté d’inclusion et de co-construction

« Je compte sur vous pour faire de TOUNKAN BLON non seulement un espace de parole, mais surtout un levier d’action, d’unité et de transformation pour le Mali de nos rêves », a poursuivi le ministre. Des paroles fortes, qui résonnent d’autant plus que la diaspora malienne représente aujourd’hui une force vive essentielle – à la fois économiquement, culturellement et socialement.

Ce dialogue renouvelé s’inscrit par ailleurs dans les orientations fixées par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta. Dans sa lettre de cadrage, le chef de l’État a mis un accent particulier sur la nécessité de renforcer la protection des Maliens vivant à l’étranger et de favoriser leur implication active dans la vie nationale. Le forum TOUNKAN BLON répond précisément à cette mission, en donnant la parole aux expatriés tout en recueillant leurs idées pour bâtir ensemble le Mali de demain.

Une tribune de solidarité nationale

Mais cette deuxième session s’est tenue dans un contexte particulier, marqué par des tensions diplomatiques. Le ministre Mossa Ag Attaher n’a pas manqué de l’évoquer : « Cette rencontre se tient également à un moment où notre pays fait l’objet d’une agression de la part de son voisin algérien, qui n’a pas hésité à abattre un de nos drones sur notre territoire. Partout, les Maliens s’organisent et se mobilisent contre ce terrorisme d’État. »

Une déclaration qui a renforcé la dimension patriotique de l’événement. Car au-delà des sujets migratoires, TOUNKAN BLON est aussi un espace de mobilisation pour la souveraineté nationale et la défense des intérêts du pays. Une plateforme où les Maliens de l’extérieur peuvent exprimer leur solidarité, leur attachement à la patrie et leur volonté d’agir.

Vers une gouvernance plus participative

À terme, l’ambition du ministère est claire : faire de ce forum une instance régulière de dialogue, mais aussi un canal d’impulsion pour les politiques publiques. En mobilisant l’intelligence collective de la diaspora, en écoutant ses attentes, en intégrant ses suggestions, le Mali cherche à écrire une nouvelle page de son histoire, plus inclusive, plus participative, et surtout plus unie.

TOUNKAN BLON n’est donc pas un simple rendez-vous virtuel. C’est une avancée majeure dans la gouvernance migratoire, un symbole de reconnaissance et de respect, et un outil puissant de refondation nationale.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

14 avril 2025 0 comments
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Consulat du Mali au Ghana
A la UneÉconomie

Diplomatie en porte-à-faux : À Accra, la vitrine du Mali fissurée par la mauvaise gestion

by Sahel Tribune 14 avril 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Censée incarner le sérieux de l’État malien à l’international, l’ambassade du Mali à Accra s’est révélée, à la faveur d’un audit, comme un condensé de dysfonctionnements administratifs, de gestions opaques et d’impunités budgétaires. À travers cette représentation diplomatique décriée, c’est toute une idée de l’État républicain qui vacille, entre négligence institutionnelle et faillite morale.

Dans le langage diplomatique, tout est mesure, pondération, codes. Mais à Accra, la représentation du Mali semble avoir oublié jusqu’au sens de la responsabilité républicaine. Un rapport du Vérificateur Général, couvrant les exercices 2021 à 2024, enfonce la porte d’une ambassade où les dérives budgétaires, les errements administratifs et les négligences comptables tiennent lieu de gouvernance.

Il y a un paradoxe saisissant à voir l’une des vitrines les plus symboliques de l’État malien à l’extérieur devenir le décor d’une dérive silencieuse. Car à l’Ambassade du Mali au Ghana, rien — ou presque — ne fonctionne comme il se doit. Selon le rapport, 36,6 millions de FCFA de dysfonctionnements financiers sont recensés : salaires indûment perçus, dépenses injustifiées, reliquats non reversés au Trésor. À cela s’ajoute un hallucinant florilège de pratiques irrégulières : comptes bancaires ouverts sans autorisation, frais médicaux couverts deux fois, encaissements de chancellerie non traçables, et une comptabilité-matières aussi opaque qu’inexistante.

Une crise de rigueur dans une tradition d’austérité

Mais l’élément le plus glaçant n’est pas tant la somme des anomalies que le sentiment d’impunité qui en ressort. À Accra, un diplomate démis de ses fonctions continue de percevoir son salaire. Des agents admis à la retraite sont maintenus dans les fichiers de paie. L’ambassadeur, quant à lui, agit comme s’il était maître et comptable à la fois — violant ainsi le principe fondamental de la séparation des fonctions.

Dans une région d’Afrique de l’Ouest où les ambassades ont souvent servi de relais actifs pour défendre la souveraineté politique et culturelle de leurs pays, le cas du Mali à Accra fait tache. Il contraste brutalement avec le souvenir de ces diplomates maliennes des années 1970, imprégnés de la rigueur modibiste, à la parole rare mais au sens de l’État aigu.

Aujourd’hui, c’est un autre visage que ce poste avancé donne à voir. Celui d’une bureaucratie relâchée, d’un État qui peine à se faire respecter même par ses représentants. Un comble pour un pays engagé dans un processus de refondation.

Le miroir de ce que nous sommes devenus

À la vérité, cette ambassade n’est pas une exception. Elle est un symptôme. Ce que le Mali exporte ici, ce n’est pas une diplomatie, mais une forme d’anomie administrative. Le fait que le Ministère des Affaires étrangères ait laissé perdurer de telles pratiques, sans audit préalable ni sanction claire, pose la question du contrôle institutionnel réel au sommet.

La réaction du Vérificateur Général est sans équivoque : transmission aux juridictions compétentes. Mais suffira-t-elle ? Car ce qui se joue à Accra dépasse les frontières du Ghana. C’est la crédibilité internationale du Mali qui est en jeu — dans une période où la diplomatie se doit d’être offensive, structurée, et au-dessus de tout soupçon.

Reste une question que François Soudan poserait sans détour : comment un État peut-il se projeter à l’extérieur s’il ne parvient même plus à se discipliner à l’intérieur ? À Accra, le Mali ne s’est pas seulement montré négligent. Il s’est trahi.

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A.D

14 avril 2025 0 comments
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Pr. Boureima Kansaye, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
A la UneÉducation

Enseignement supérieur au Mali : avancée dans la création de l’Université de Kayes

by Sidi Modibo Coulibaly 14 avril 2025
written by Sidi Modibo Coulibaly 3 minutes read

Lors de sa mémorable visite à Kayes, le dimanche 23 juillet 2023, le président de la transition a annoncé la création d’universités dans plusieurs capitales régionales du pays. Par la même occasion, le Général d’armée Assimi Goïta a, officiellement, indiqué que la ville de Kayes sera dotée, elle aussi, de son université. Ce qui a commencé à être une réalité.

En tout cas, c’est ce qui ressort du communiqué de la session du conseil des ministres du mercredi, 09 avril 2025. Ainsi, au chapitre des mesures législatives et règlementaires, la session hebdomadaire du gouvernement a, sur rapport du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, adopté des projets de texte relatifs à la création, à l’organisation et aux modalités de fonctionnement de l’Université de Kayes.

Des textes constituant une avancée 

Auparavant, une mission universitaire pour Kayes avait été créée par le décret n° 2024 -0206/PM-RM du 2 avril 2024 en vue de préparer la création et l’ouverture d’universités dans la région de Kayes. Dans son rapport remis le vendredi 09 août 2024, au ministre chargé de l’Enseignement supérieur, la mission dirigée par le Pr à la retraite Arouna Coulibaly a mis en évidence la nécessité de créer une université avec des filières de formation orientées sur les potentialités locales. 

« Les projets de texte, adoptés, créent l’Université de Kayes avec pour mission de contribuer à la mise en œuvre de la Politique nationale en matière d’Enseignement supérieur et de Recherche scientifique », a précisé le communiqué du conseil des ministres. Entre temps, le projet Université de Sikasso est en train d’être mis en œuvre.

Université de Sikasso déjà fonctionnelle

Bâtie sur une superficie de 400 ha, l’université de Sikasso est située dans la Commune de Gongasso, à 40 kilomètres de la ville de Sikasso. Sa première pierre a été officiellement posée, samedi 22 juin 2024 par le chef de l’État, Général d’armée Assimi Goïta lors de sa première visite officielle dans la capitale du Kénédougou, 3è région administrative du Mali. 

L’université polyvalente est composée de 8 Facultés et 5 instituts, d’un campus pédagogique moderne numériser, d’un service de documentation commun, d’un restaurant moderne pour chaque faculté et institut, des logements pour 700 professeurs, d’un internat pour 20 000 étudiants, d’une maison des hôtes pour les partenaires, d’un centre de santé, des centres de loisirs, d’un complexe sportif équipé, etc. Le coût de sa réalisation s’élève à 133,24 milliards FCFA. Le démarrage des cours a été fixé, en janvier 2024, avec le lancement des activités de l’Institut universitaire de développement rural (IUDR) qui est situé dans la ville de Sikasso pour un début. Auparavant, un appel à candidatures avait été lancé pour les filières disponibles que sont notamment l’ingénierie rurale, la mécanisation agricole, la construction métallique et la transformation des produits agricoles.

Il faut signaler dans le but d’améliorer le système éducatif malien, le Chef de l’État a prévu la construction, en plus des universités, de 13 lycées publics, dont 2 lycées d’excellence respectivement à Kati et à Ségou. Les 11 autres le seront à Beleko, Moribabougou, Sénou, Molobana, Farako, Kouralé, Kiyan, Sanando, Nigari, Douentza et Konna. 

Sidi Modibo Coulibaly

14 avril 2025 0 comments
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Une graphique réalisée pour illustrer les édito sur notre site.
Edito

Édito. Le choc des empires se rejoue à Kiev.

by Bakary FOMBA 14 avril 2025
written by Bakary FOMBA 2 minutes read

Dans un monde où les certitudes s’effritent, l’Ukraine émerge comme un acteur central d’une refonte géopolitique inédite.

Dans un monde où les repères géopolitiques s’effacent, l’Ukraine n’est plus seulement un pays meurtri par la guerre. Elle est devenue le carrefour de toutes les tensions, de toutes les projections de puissance, de toutes les incertitudes du XXIe siècle. Une scène ouverte où les grands empires — anciens, nouveaux, vacillants — rejouent leur destin.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ne cache pas son intention de rebattre les cartes. En plaçant l’Ukraine au cœur de sa stratégie internationale, il sape les équilibres patiemment construits depuis la guerre froide. Son choix de tendre la main à Moscou plutôt que de la sanctionner, sa défiance envers l’OTAN et son mépris des mécanismes multilatéraux ne sont pas des écarts de langage. Ils traduisent une volonté assumée : réorienter la politique étrangère américaine vers une logique transactionnelle, unilatérale, décomplexée.

Ce pivot stratégique inquiète les alliés traditionnels des États-Unis. L’Europe, prise en étau entre la fidélité transatlantique et l’urgence d’une autonomie stratégique, peine à trouver sa voix. La France et l’Allemagne, pourtant piliers de l’Union, oscillent entre prudence diplomatique et prise de conscience. Car l’enjeu est clair : si l’Ukraine devient la variable d’ajustement d’un nouveau « deal » américano-russe, c’est tout l’édifice européen de sécurité qui vacillera.

Kiev redevient ce qu’elle fut dans l’histoire

Sur le plan économique, la guerre commerciale engagée par Trump, combinée au rapprochement sino-russe, redessine les lignes de force. La Chine, stratégique et patiente, tisse ses réseaux. Washington brouille les siens. Et l’Europe, elle, regarde les plaques tectoniques se déplacer sans toujours oser affirmer sa propre gravité.

L’histoire retiendra peut-être que Kiev n’aura pas seulement été l’épicentre d’un conflit militaire, mais aussi le point de bascule vers un monde multipolaire. Encore faut-il que cette transition ne se fasse ni dans la confusion ni dans la compromission. Si la stratégie de Trump produit une désescalade durable, elle pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans les relations internationales. Mais si elle échoue, elle risque d’accélérer un effondrement des alliances, un isolement américain, et une consolidation sino-russe.

Alors, une question demeure : l’Europe est-elle prête à sortir de sa position périphérique pour devenir un acteur autonome et crédible ? Le sort de l’Ukraine pourrait bien conditionner celui de tout l’Occident.

Car à l’heure où les empires se jaugent, se contournent et s’opposent, Kiev redevient ce qu’elle fut dans l’histoire : un point de fracture… et un point de départ.

Bakary Fomba

14 avril 2025 0 comments
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Brice Oligui Nguema, président de la Transition du Gabon.
ActuPolitique

Gabon : Brice Oligui Nguema élu président avec 90,35 % des voix, un scrutin à forte portée symbolique

by Sahel Tribune 13 avril 2025
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Brice Oligui Nguema a été élu président du Gabon avec plus de 90 % des voix, selon les résultats provisoire officiels. Ce scrutin, premier depuis la chute du régime Bongo, s’est déroulé dans le calme, avec une participation élevée. Au-delà du plébiscite, cette élection marque une étape décisive pour la transition politique du pays, et interroge plus largement sur la forme que prend la démocratie dans un contexte post-coup d’État.

Sans surprise, Brice Oligui Nguema a été élu président du Gabon dimanche 13 avril, avec 90,35 % des suffrages exprimés. Cet ancien chef de la garde républicaine, à la tête de la transition depuis le renversement d’Ali Bongo en août 2023, entame ainsi un mandat de sept ans. Il devient le premier président gabonais, depuis 1967, à ne pas porter le nom de Bongo Ondimba.

Avec une participation annoncée à 70,4 %, le scrutin s’est déroulé dans le calme, sans incidents majeurs. Contrairement aux élections précédentes marquées par des contestations violentes, le vote du 12 avril s’est tenu dans une atmosphère sereine, avec maintien des réseaux de communication et accès autorisé aux médias lors du dépouillement.

Annoncé comme son principal rival, Alain Claude Billie-By-Nze, ancien Premier ministre d’Ali Bongo, n’a recueilli que 3,02 % des voix. Les six autres candidats n’ont pas franchi la barre des 1 %. Ce résultat, sans équivoque, reflète autant l’ancrage populaire d’Oligui Nguema que le rejet massif de l’ancien régime.

Une transition désormais incarnée

Porté au pouvoir par un coup d’État qui avait mis fin à 55 ans de règne familial, Brice Oligui Nguema bénéficie d’une forte popularité, notamment parmi les jeunes. Son élection formelle vient clore la séquence transitoire. Mais elle ouvre une autre interrogation, celle de la capacité d’un pouvoir issu d’un coup d’Etat à s’ancrer dans un cadre institutionnel démocratique.

L’ouverture du processus électoral à l’observation, la participation élevée et l’absence de violence ont été saluées, y compris par des observateurs internationaux. Des éléments qui contrastent avec la défiance persistante autour de certains scrutins dans la région. En cela, le Gabon projette une image stabilisatrice – encore fragile – dans un espace sahélien marqué par les transitions militaires.

Un signal pour l’Afrique et au-delà

L’élection gabonaise intervient dans un contexte continental où les modèles démocratiques peinent à se renouveler. Si le retour au vote est à souligner, le score obtenu interroge sur la pluralité réelle de l’offre politique. La faiblesse de l’opposition et l’absence d’alternance effective posent la question de la construction d’une démocratie durable.

À l’échelle régionale, cette élection pourrait néanmoins servir de repère : celui d’un passage, même imparfait, d’une transition militaire à un pouvoir civil. Pour nombre de pays africains confrontés aux turbulences institutionnelles, le cas gabonais sera observé de près – à la fois comme espoir, et comme mise en garde.

A.D

13 avril 2025 0 comments
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Macron et Tebboune
ActuPolitique

Algérie-France : une crise consulaire de trop dans un climat géopolitique explosif

by Chiencoro 13 avril 2025
written by Chiencoro 4 minutes read


Alors que les signaux d’un réchauffement diplomatique commençaient à poindre entre Paris et Alger, l’arrestation en France d’un agent consulaire algérien soupçonné d’implication dans l’enlèvement d’un influenceur hostile au régime de Tebboune ravive brutalement les tensions. Entre coups de menton judiciaires, accusations de provocation et spectres d’un passé jamais tout à fait digéré, les deux capitales semblent de nouveau s’éloigner, prisonnières d’un tête-à-tête où la défiance le dispute à la diplomatie.

Alors que ses relations avec le Mali s’enveniment, qu’Alger est accusée par Bamako d’avoir abattu un drone malien sur fond de tensions croissantes au Sahel, voilà que la diplomatie algérienne entre de plain-pied dans une autre zone de turbulence. Cette fois, c’est avec Paris que le ton monte, et avec une virulence inédite depuis des années. En cause, l’arrestation, en plein territoire français, d’un agent consulaire algérien, soupçonné d’avoir pris part à l’enlèvement d’un célèbre influenceur exilé, connu pour ses diatribes féroces contre le régime. Un épisode de haute tension dans un moment de fragilité extrême pour l’État algérien, qui se retrouve cerné sur plusieurs fronts.

L’incident consulaire qui fait déborder le vase

Le 12 avril, à Alger, le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères convoque d’urgence l’ambassadeur de France. Un geste rare, chargé de colère contenue. La raison ? L’interpellation musclée d’un agent consulaire algérien à Créteil, placé en garde à vue sans notification diplomatique. Une « atteinte flagrante aux conventions internationales », selon Alger, qui dénonce une « provocation préméditée » orchestrée par le Parquet antiterroriste français.

La réponse du pouvoir algérien est d’une fermeté inhabituelle. Ce n’est plus seulement une protestation, c’est une dénonciation en règle : « faconde anti-algérienne », « argumentaire vermoulu », « choix cynique des fossoyeurs de la normalisation ». Le ton est celui d’une rupture assumée. Et ce, alors même que l’Algérie affronte une crise ouverte avec son voisin malien, qui l’accuse d’acte de guerre en ayant neutralisé l’un de ses drones. Deux fronts diplomatiques, deux foyers d’incendie, une même crispation.

Pourtant, il y a à peine quelques semaines, un appel entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune faisait naître l’espoir d’une détente. Dialogue rétabli, promesses de coopération renforcée, climat apaisé. Mais les vieux démons ne dorment jamais très longtemps dans la relation franco-algérienne. Il aura suffi d’une affaire mêlant espionnage, justice et réseaux sociaux pour que le fil ténu de la confiance se rompe à nouveau.

Les vieilles blessures, jamais cicatrisées

Car derrière l’affaire AmirDZ — ce vidéaste exilé, à la verve acide et aux 3 millions d’abonnés — se rejoue l’éternel procès qu’Alger intente à Paris. Celui de l’asile offert aux dissidents, du refus d’extrader les opposants, et d’une justice française jugée à géométrie variable. Une justice prompte à poursuivre un diplomate algérien, mais si lente à instruire les dossiers transmis depuis Alger contre les activistes « liés aux organisations terroristes ».

L’Algérie, aujourd’hui, se retrouve donc à croiser le fer simultanément avec deux puissances — le Mali au Sud, la France au Nord. Deux crises qui, chacune à leur manière, révèlent la fragilité du positionnement algérien sur la scène régionale et internationale. À Bamako, on la soupçonne d’ingérence armée. À Paris, on l’accuse d’espionnage consulaire. Et dans les deux cas, Alger répond avec la même véhémence. Celle d’un pouvoir ébranlé, mais décidé à ne rien céder.

Un duel d’usure entre deux États en miroir

Si la France et l’Algérie ont des raisons de coopérer — lutte antiterroriste, gestion des flux migratoires, enjeux économiques — elles n’ont plus, semble-t-il, le langage commun pour le faire sans fracas. Chaque incident devient prétexte à rappeler les rancunes enfouies. L’arrestation de l’agent consulaire n’est donc pas un simple dérapage judiciaire. C’est un révélateur. Celui d’une relation malade, minée par l’histoire et lestée par une défiance mutuelle.

L’Algérie exige désormais la libération immédiate de son agent. Elle promet de « tirer toutes les conséquences » de cette affaire. Une menace à peine voilée qui pourrait geler pour de bon les efforts de rapprochement récents. Car dans cette relation passionnelle, où chaque geste diplomatique est interprété à travers le prisme du passé colonial, le réel — celui des intérêts et des susceptibilités — reprend toujours ses droits. Et il le fait, une fois de plus, dans le fracas.

Chiencoro Diarra 

13 avril 2025 0 comments
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Mobilisation des Maliens au CICB
A la UneActuVidéo

Bamako : une foule massive pour dire non à l’ingérence d’Algérie 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 13 avril 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

À l’appel de plusieurs organisations de la société civile malienne, des milliers de jeunes ont convergé ce samedi 12 avril 2025 vers le Centre international de conférences de Bamako (CICB) pour exprimer leur solidarité aux Forces armées maliennes (FAMa) et dénoncer ce qu’ils qualifient d’agression de l’Algérie contre le Mali. Ce meeting de protestation, organisé dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre les deux pays voisins, a été marqué par une mobilisation impressionnante et des discours percutants.

Dès les premières heures de la matinée, sous un soleil de plomb, la foule a investi la cour du CICB. Malgré la chaleur accablante de ce mois d’avril, l’espace ne désemplissait pas : pancartes et banderoles brandies avec ferveur, slogans scandés en chœur, et drapeaux de la Confédération des États du Sahel (AES) fièrement agités. Le message des manifestants était clair : soutien inconditionnel aux FAMa et rejet total de toute forme d’ingérence étrangère, notamment celle de l’Algérie.

Un drone malien abattu, la goutte de trop

Le point de cristallisation de cette indignation remonte à la nuit du 31 mars au 1er avril dernier, lorsque l’Algérie aurait, selon les organisateurs, abattu un drone malien engagé dans une opération contre les Groupes armés terroristes à Tinzawatène, dans le Cercle d’Abeïbara, région de Kidal. Ce geste, perçu comme une atteinte grave à la souveraineté nationale, a provoqué une vague de colère dans l’opinion publique malienne.

À l’intérieur de la salle Djéli Baba Sissoko, bondée de monde, il était pratiquement impossible de circuler. Les messages inscrits sur les banderoles en disaient long sur l’état d’esprit des manifestants : « Égalité et respect entre Nations », « La coopération oui, mais toujours dans le respect sans ingérence étrangère », ou encore « Mali-Algérie, le passé comme le présent, la reconnaissance forge des alliances solides ».

Une jeunesse mobilisée pour la souveraineté

Dans une déclaration lue devant l’assistance, le président du Conseil national de la jeunesse (CNJ), Sory Ibrahim Cissé, a exprimé au nom de la jeunesse malienne une « profonde indignation » face à ce qu’il a qualifié d’« acte de provocation » de l’Algérie. « Nous exigeons que les autorités algériennes cessent immédiatement leur ingérence et qu’elles respectent les accords bilatéraux et internationaux », a-t-il martelé.

Il a également appelé à l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur les circonstances exactes de la destruction du drone malien.

La rencontre a été ponctuée par la projection d’un film documentaire intitulé « Mali-Algérie, frères de sable et de silence », retraçant les liens historiques entre les deux pays depuis les années 1960, avec notamment le soutien crucial apporté par le Mali à l’indépendance algérienne. Une manière pour les organisateurs de rappeler la profondeur des relations entre les deux nations et d’en appeler à la raison.

Des prises de parole engagées

Plusieurs intervenants ont pris la parole pour partager leur analyse et interpeller l’opinion publique. Pour Mohamed Kassoum Djiré, membre de la Commission d’organisation, « le Mali est agressé. Comme le dit notre hymne national, “lorsque l’ennemi découvre son front, au-dedans, au-dehors, debout debout sur les remparts”, il faut se lever. Nous sommes sortis massivement pour condamner cet acte barbare. Le peuple malien et celui de l’Algérie sont des frères, et ce combat n’est pas contre un peuple, mais contre le terrorisme ».

Mobilisation des Maliens au CICB, le 12 avril 2025.
Mobilisation des Maliens au CICB, le 12 avril 2025. I.K.D/ Sahel Tribune.

De son côté, Coumba Yarissy, citoyenne engagée, a pointé du doigt l’attitude ambiguë de l’Algérie depuis plusieurs décennies. « L’Algérie a toujours joué au pompier pyromane. Elle n’a pas accepté que cette transition lui tienne tête. Ce refus de porter la camisole de force, notamment l’Accord d’Alger, explique en partie cette réaction. Depuis Tamanrasset, aucun accord ne nous a apporté la paix », a-t-elle soutenu.

Un appel aux institutions internationales

Pour Aboubacar Sidiki Fomba, membre du Conseil national de Transition (CNT), la responsabilité de l’Algérie est manifeste. « C’est une violation flagrante de l’article 2 paragraphe 4 de la Charte des Nations Unies. C’est un acte d’agression contre un État souverain, une trahison d’État à État. Si un État se met à soutenir ou à couvrir le terrorisme, il devient un État voyou », a-t-il dénoncé avec vigueur.

À travers ce meeting, la jeunesse malienne a montré qu’elle reste mobilisée pour défendre la souveraineté nationale et réclamer le respect des engagements internationaux. Au-delà de l’émotion, c’est une exigence de vérité et de justice que les manifestants ont portée, appelant à un sursaut diplomatique mais surtout à une refondation des rapports entre Bamako et Alger, dans le respect mutuel et la transparence.

Cette grande mobilisation a eu lieu dans toutes les régions du Mali. Les Maliens résident à l’étranger ont aussi manifesté leur opposition à cette ingérence algérienne. 

Ibrahim Kalifa Djitteye 

13 avril 2025 0 comments
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