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Présentation du rapport de l'OCLEI au Premier ministre
A la UneÉconomie

Mali : l’OCLEI ou l’architecture d’une révolution silencieuse

by Chiencoro 31 mai 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Au moment où d’autres fuient leurs bilans comme la peste, lui les dépose sur la table du Premier ministre en toute sérénité. Moumouni Guindo, magistrat d’État et président sortant de l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI), a livré le vendredi 30 mai 2025, un rapport qui fera date. Huit années de lutte contre l’argent sale, le silence coupable, les fortunes suspectes. Huit années à désacraliser l’impunité.

Dans le Mali des années de transition, un mot naguère tabou fait désormais partie du lexique républicain : corruption. Pas pour en faire un slogan, mais pour l’éradiquer par la rigueur de l’institution. Ce mot, pourtant absent dans l’intitulé officiel de l’OCLEI – une anomalie que Moumouni Guindo n’a pas manqué de relever dans ses recommandations finales – a été au cœur de l’action de l’organe depuis 2017.

Un État mis en chiffres

32 milliards de francs CFA. C’est le montant total des détournements identifiés par l’Office sur 63 dossiers de corruption, soigneusement extraits d’un lot de 100 cas documentés. Les suspects ? Une quarantaine de noms, liés à plus de 500 biens immobiliers répartis dans le pays et au-delà. Des villas, des comptes, des investissements, des entreprises. La cartographie d’un Mali vampirisé par ses propres serviteurs, désormais contraints de justifier leurs fastes.

Mais l’OCLEI ne s’est pas contenté de dénoncer. Elle a aussi proposé. Organisé. Éduqué. Depuis 2017, plus de 2000 déclarations de biens ont été collectées, contre 43 avant la création de l’institution. Grâce à un protocole d’accord inédit avec la Cour suprême, le Mali entre enfin dans l’ère de la transparence patrimoniale.

L’éthique comme politique publique

De Ségou à Kayes, de Mopti à Sikasso, l’OCLEI a sillonné le pays. Conférences, clubs scolaires, relais religieux, émissions radiophoniques : la corruption a été placée au banc des accusés, jusque dans l’imaginaire collectif. Mieux : elle est devenue un sujet d’enseignement civique. Le pari de la pédagogie n’était pas gagné d’avance. Il est en passe d’être remporté.

Sur le plan diplomatique, l’Office a su bâtir un réseau discret mais solide. Douze accords signés avec des pays partenaires pour traquer les avoirs mal acquis, pour empêcher que Bamako finance, sans le vouloir, des villas sur la Riviera ou des entreprises-écrans à Dubaï. La lutte contre l’enrichissement illicite, désormais, a des ramifications et des relais. Elle ne se joue plus à huis clos.

Un engagement politique renforcé

En recevant le rapport des mains du président sortant, le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a été clair : « La lutte contre l’enrichissement illicite est une priorité présidentielle ». Pas une option. Pas un habillage cosmétique. Une priorité.

Dans un pays où l’on a trop souvent volé l’État avec la bénédiction de l’administration, voir un magistrat tenir la chronique de huit ans d’intégrité est, à lui seul, un acte politique fort. En l’invitant au cœur du dispositif institutionnel, les autorités de la transition ont non seulement soutenu l’OCLEI, elles en ont fait un pilier du nouveau contrat social.

Le combat est loin d’être terminé. Le secteur privé reste à réguler. Les textes doivent être harmonisés. Et surtout, les moyens juridiques renforcés. Mais une chose est certaine : la peur a changé de camp. Et cela, le président sortant peut l’inscrire en lettres capitales dans le marbre de son mandat.

Chiencoro Diarra 

31 mai 2025 0 comments
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Bola Tinubu, le président du Nigéria en position débout.
A la UneSécurité

Nigeria : 10 000 morts, des villages rayés de la carte, des soldats accusés — le chaos d’un État en déroute

by Chiencoro 31 mai 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Dix mille morts en deux ans. Des soldats qui vendent leurs armes aux terroristes. Des villages entiers disparus sous les flammes. Au Nigeria, ce ne sont plus seulement les marges de l’État qui vacillent, mais son cœur même. Une descente aux enfers que les promesses de Bola Tinubu n’ont pu enrayer — pour l’instant.

Bénin City, Abuja, Jos ou Maiduguri : les noms changent, l’hémorragie demeure. Dans le Nigeria de Bola Tinubu, la réalité n’a rien d’un conte fédéral, mais plutôt d’une chronique d’un effondrement annoncé — et ininterrompu.

Le 29 mai 2025, Amnesty International a rendu publique une enquête glaçante : plus de 10 000 Nigérians ont perdu la vie en deux ans, victimes des exactions de groupes terroristes, de bandes armées, et de milices sans foi ni loi. Un chiffre brut. Mais derrière les statistiques, des villages entiers effacés de la carte, des enfants enlevés, des puits dynamités, des écoles devenues ruines, des chefs traditionnels assassinés. Le Nigeria est à la peine, et l’État semble parfois aux abonnés absents.

Une carte du désastre

Benue, Plateau, Zamfara… Le centre du Nigeria, longtemps tampon entre les franges musulmanes du nord et les bastions chrétiens du sud, est devenu le théâtre d’une guerre sans front. Dans ces zones jadis prospères, Amnesty dénombre près de 6 900 morts dans le seul État de Benue, 2 600 dans celui du Plateau. Avril dernier, ce sont plus de 150 personnes qui ont été massacrées en quelques jours — dans une indifférence officielle qui confine au cynisme.

Les groupes armés ne se contentent plus de tuer. Ils imposent des taxes, organisent des enlèvements, détruisent tout symbole d’ordre ou de présence républicaine. Les routes sont devenues impraticables, les campagnes désertées, la peur généralisée. Et les armes ? Elles ne manquent pas.

La trahison dans les rangs

Le pire ? Il ne vient pas forcément d’en face. Il est dans les rangs mêmes de ceux censés défendre la République. Ce mercredi, l’armée nigériane a révélé l’arrestation de 18 soldats, 15 policiers mobiles et huit civils, accusés de collusion avec les groupes jihadistes. Certains, pour quelques poignées de billets, détournaient des munitions, vendaient des fusils, informaient les terroristes. L’un des officiers arrêtés aurait même conclu un pacte secret avec une cellule de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Trahison à l’uniforme, effondrement de la confiance, cancer de la corruption militaire.

« À ce jour, 18 soldats, 15 policiers mobiles et huit civils, dont un chef traditionnel, ont été arrêtés », a déclaré Ademola Owolana, porte-parole de l’armée. L’aveu est brutal : 20 % des armes utilisées par les jihadistes du Sahel proviendraient de raids contre des bases militaires, selon le Conflict Armament Research (CAR). Une partie vient aussi de ces ventes internes, de ces circuits souterrains qui alimentent le monstre.

Tinubu au pied du mur

Que fait le pouvoir ? Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International au Nigeria, l’affirme : « Les mesures de sécurité du président Tinubu ne fonctionnent tout simplement pas ». Le chef de l’État, qui avait promis en 2023 de faire de la lutte contre l’insécurité une priorité, voit aujourd’hui son image écornée par cette vague de sang incontrôlable. Les déclarations ne suffisent plus. Les Nigérians attendent des actes, une stratégie, une ligne de front. Pas des condamnations générales ou des visites ministérielles expéditives.

Car ce qui se joue au Nigéria, ce n’est pas seulement la sécurité des villages reculés du centre ou du nord-est. C’est l’avenir de la première économie d’Afrique, de son État fédéral, de son unité territoriale.

Une poudrière au cœur de l’Afrique de l’Ouest

Le Nigeria n’est pas un pays comme les autres. Il est la colonne vertébrale du Golfe de Guinée. S’il tombe, c’est toute la région qui s’en ressentira. Déjà, les ramifications des terroristes nigérians traversent les frontières, contaminent le Niger, le Bénin, parfois même le Cameroun et le Tchad. Le feu ne connaît pas les lignes sur les cartes.

Dans ce contexte, le silence — ou pire, l’inefficacité — est un luxe que la présidence Tinubu ne peut plus se permettre. À défaut de gouverner par la prospérité, il lui faut aujourd’hui gouverner par la sécurité. Ou céder le terrain.

Chiencoro Diarra

31 mai 2025 0 comments
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De petits agriculteurs récoltent des tomates dans la région sahélienne de Ségou, dans le centre du Mali.
A la UneClimat et environnementEnquête

Enquête — Sécheresse 2024-2025 : dans les campagnes maliennes, la revanche des terroirs

by Chiencoro 30 mai 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Alors que le ciel se ferme, que les nuages désertent les savanes, les campagnes maliennes, elles, s’organisent. Dans un pays faisant face à de longues périodes de sécheresse, l’espoir renaît des sillons. Moisson d’adaptation dans un Sahel en surchauffe.

Il est des silences plus éloquents que les cris. Celui qui plane, asséché, sur les terres de Koula ou de Ménaka n’est pas celui d’un abandon, mais d’une métamorphose. La sécheresse, qui ravage le Mali rural en cette année 2024-2025, aurait pu signifier la fin. Elle devient le commencement d’autre chose. D’une nouvelle grammaire agraire, où l’on conjugue résilience, innovation et transmission.

Le thermomètre s’affole, mais la terre pense.

Depuis plusieurs mois, les chiffres font frémir : +1,5 °C au-dessus des moyennes globales, des précipitations en chute libre, des événements extrêmes de plus en plus fréquents. Le nord-est du pays, de Ménaka à Gao, revit les cauchemars de 1984, mais cette fois, les villages ne se contentent pas de survivre. Ils inventent.

À Koula, dans la région de Ségou, l’agriculture n’a plus rien de rudimentaire. Elle écoute la météo, elle scrute les sols, elle lit les données. Les paysans sèment désormais des semences calibrées pour résister à l’aridité. Ils compostent, planifient, récupèrent. Surtout, ils irriguent… mais avec parcimonie. Grâce à un projet combinant techniques agricoles et savoirs nucléaires, 500 petits exploitants, en majorité des femmes, ont vu leurs rendements croître de 37 %, tout en réduisant de 43 % leur consommation d’eau.

Le miracle a un nom : la science alliée à l’expérience. Et un symbole : le retour de la tomate. Culture abandonnée faute d’eau, elle renaît dans les champs transformés en serres. Elle est l’image de la reconquête.

Les nomades en sursis

Mais l’histoire n’est pas uniforme. Au nord, dans l’épure désolée de Ménaka, les éleveurs, eux, sont à l’os. Là où paissaient des milliers de têtes, seule une centaine de dromadaires et de moutons attendent sous un soleil vertical. Le bétail ne vaut plus rien : -30 % en moyenne, jusqu’à -50 % en période de soudure. Certains fuient. Vers le Niger, vers une herbe plus verte qui tarde à venir.

Le pastoralisme sahélien, pilier économique et culturel, vacille. « Nos troupeaux meurent, et avec eux notre mode de vie », souffle Arrab, berger peul du Liptako-Gourma. Un mode de vie ancestral, rongé par la sécheresse autant que par l’indifférence.

L’État, enfin stratège

Depuis 2021, l’État malien tente une riposte systémique avec son Plan national sécheresse. Objectif : anticiper, prévenir, répondre. Au cœur de ce plan, une conviction : seule une approche intégrée, mêlant météorologie, législation, genre et équité peut tenir tête à la nature déréglée.

Le réseau de « paysans-relais », équipé de radios et de thermomètres, transmet les données du terrain à la cellule météorologique nationale. Douze heures plus tard, les bulletins reviennent, convertis en consignes concrètes. C’est le nerf du dispositif : réconcilier l’État et le paysan par la circulation de l’information.

Pendant ce temps, les ONG creusent. Littéralement. L’association Forages Sahel, présente depuis 1983, a déjà équipé 160 000 villageois en accès à l’eau, grâce à 400 infrastructures hydrauliques, moins que le nombre de forages installés par le président de la transition, le général Assimi Goïta, entre 2021 et 2025. Au total, plus de 400 forages dans le cadre de ses œuvres sociales.  Ce n’est pas une goutte d’eau dans l’océan : c’est une révolution douce qui redessine le quotidien des villages.

Et à Koula, l’aide matérielle continue de faire la soudure. Sans elle, nombre de paysans auraient déserté leurs terres pour les villes.

Science, savoir et semences

La clé, c’est l’hybridation : entre savoirs traditionnels et sciences de pointe. À Koula, on utilise la mémoire des anciens pour lire les nuages, mais aussi les isotopes pour mesurer l’évapotranspiration. C’est cette double lecture du monde — ancestrale et moderne — qui sauve.

Et mieux encore : les paysans formés deviennent à leur tour des formateurs. Ils transmettent, adaptent, améliorent. L’innovation devient contagieuse. Le progrès, viral.

Le Mali, habitué à être cité comme terrain de crise, devient peut-être, paradoxalement, une matrice d’innovation. Un laboratoire sahélien. Bien sûr, les défis restent colossaux. L’élevage agonise dans certaines zones. Les migrations climatiques se multiplient. Les ressources de l’État sont limitées.

Mais dans le chaos climatique, il y a cette lumière obstinée : celle d’un pays qui refuse de céder. Le futur n’est pas à Bamako. Il est dans les champs silencieux de Koula. Dans les puits profonds de Ménaka. Dans la main calleuse du paysan qui, face au ciel muet, continue de semer.

Chiencoro Diarra 

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ActuPolitique

Journée de l’Afrique et avenir panafricain : Perspective sahélienne et African initiative en synergie à Bamako

by Cheickna Coulibaly 30 mai 2025
written by Cheickna Coulibaly 2 minutes read

‎Le samedi 25 mai, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique, l’association Perspective sahélienne, en partenariat avec African Initiative de Russie, a organisé à Bamako une journée de réflexion et de célébration autour du thème : « Quel panafricanisme avons-nous ? »

‎La conférence-débat, tenue au siège de l’association, a réuni plusieurs personnalités engagées, parmi lesquelles Ibréhima Kébé Tamaguidé, Djibril Diallo, Daouda Naman Tékété et Daouda Moussa Koné.

‎Pour ouvrir la rencontre, Nathalie, représentante de Perspective sahélienne, a rappelé la portée symbolique du 25 mai. « Cette journée incarne notre unité, notre résilience et notre aspiration à un avenir meilleur », a-t-elle déclaré. Elle a salué les progrès du continent en matière de démocratie et d’intégration régionale, tout en insistant sur la nécessité de « défendre la paix, investir dans notre jeunesse et construire une Afrique autosuffisante ». Elle a conclu par un appel fort : « L’Afrique doit s’unir ! »

‎Prenant la parole, Ibréhima Kébé a apporté une vision militante du panafricanisme. Selon lui, le combat pour l’unité ne peut venir uniquement des élites ou des institutions. « Ce n’est pas à travers des conférences qu’on construira notre unité. Le panafricanisme se forge dans les rues, dans les familles, dans les champs et dans les usines », a-t-il martelé.

Concours de poésie et défilé de mode traditionnelle

‎Dans la continuité du débat, Djibril Diallo, ingénieur et géologue minier, a mis l’accent sur la souveraineté économique. Il a dénoncé le fait que les ressources naturelles africaines profitent davantage à des intérêts extérieurs. « Nous avons l’or, la bauxite, mais nous n’en contrôlons presque rien. La souveraineté économique est indispensable si l’on veut être réellement indépendants », a-t-il expliqué, tout en critiquant les politiques d’ajustement structurel imposées aux États africains.

‎Apportant une perspective internationale, André, journaliste russe et représentant de l’organisation African Initiative, a quant à lui évoqué les liens historiques entre le Mali et la Russie. Il a présenté son organisation comme un pont culturel et médiatique entre les deux régions. « L’information peut être une arme destructrice ou un outil de construction. À nous de choisir », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d’une coopération fondée sur le respect mutuel et la compréhension réciproque.

‎En marge des échanges intellectuels, la journée a aussi été ponctuée par un concours de poésie sur l’unité africaine, où des jeunes ont livré des textes puissants, et par un défilé de mode traditionnelle, célébrant la diversité des tenues africaines et la richesse du patrimoine culturel.

‎Cheickna Coulibaly

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Authentification des billets de banque
A la UneAnalyses

Billets fantômes, économies piégées : quand la fausse monnaie devient arme de guerre silencieuse

by Chiencoro 30 mai 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Faux billets, douanes débordées, valises de devises illicites : un front méconnu s’ouvre dans la bataille pour la souveraineté économique du Sahel. Entre Dakar et Bamako, les saisies se multiplient, révélant une stratégie insidieuse de déstabilisation financière. Une nouvelle forme de terrorisme économique, que les autorités malienne et sénégalaise combattent désormais comme un acte de guerre silencieuse.

C’est un fléau discret, un poison diffus, un virus monétaire qui infiltre les circuits de l’économie comme une lame dans la chair. À Dakar, Bamako, Ziguinchor ou Thiès, les saisies de fausse monnaie se suivent et se ressemblent. Mais ce qui, hier encore, pouvait être classé dans les méfaits du banditisme ordinaire s’apparente désormais à autre chose : une stratégie d’asphyxie économique. En toile de fond, un terrorisme financier rampant qui, sans bombes ni kalachnikovs, vise les artères vitales des États sahéliens.

Tentative de miner la valeur réelle des échanges

Dans la nuit du 18 au 19 mai 2025, dans la banlieue de Keur Massar, ce sont des billets « noirs » — ces faux dollars imbibés de mercure et censés être « lavés » pour paraître vrais — que les douaniers sénégalais retrouvent, abandonnés sur le sol d’un appartement transformé en atelier de faux-monnayeurs. Dans les sachets plastiques, 12 724 coupures de 100 dollars, 2 800 coupures de 50 euros, pour un total qui frôle 1,6 milliard de francs CFA. Une opération parmi d’autres. Le 1er mai, la police et les douanes sénégalaises interceptaient pour près de 8 milliards en fausse monnaie, entre Dakar et Thiès.

À Bamako, les saisies ne sont pas moins spectaculaires, bien que souvent passées sous silence par des autorités qui préfèrent l’efficacité discrète à la médiatisation tapageuse. Le 26 mai 2025, à l’aéroport international Modibo Keïta de Sénou, 580 150 euros sont découverts dans les bagages d’un passager à destination de l’Afrique centrale. Quelques mois plus tôt, un ressortissant malien tentait de faire passer 1,27 million d’euros dissimulés sous plastique thermoscellé. Si les billets n’étaient pas faux, le procédé, lui, s’inscrivait dans une dynamique parallèle : celle des flux monétaires opaques, potentiellement couplés à des réseaux criminels transnationaux.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la régulation des devises ou la lutte contre la contrefaçon. C’est la souveraineté monétaire, la confiance dans la monnaie, la stabilité économique même des États. Introduire massivement des faux billets dans une économie, c’est miner la valeur réelle des échanges, c’est fausser les circuits commerciaux, c’est accroître artificiellement la masse monétaire et créer de l’inflation. C’est — à bas bruit — créer le chaos.

Une guerre douce et silencieuse, mais une guerre tout de même.

Au Mali comme au Sénégal, les services de renseignement ne s’y trompent plus. Le phénomène est aujourd’hui considéré comme une forme de sabotage économique, un levier indirect de déstabilisation. Pour les autorités sahéliennes, confrontées déjà à un terrorisme armé, cette guerre de l’ombre exige des réponses à la hauteur : coopération régionale renforcée, dispositifs de détection avancée dans les aéroports, sanctions pénales exemplaires.

Dans le viseur, une nébuleuse criminelle, mêlant faux-monnayeurs, trafiquants d’influence, réseaux de blanchiment, parfois liés aux économies parallèles que les groupes armés exploitent dans les zones grises. L’enjeu dépasse la simple sécurité douanière. Il est politique, géopolitique même : affaiblir les États en ruinant leur capacité à protéger leur monnaie, c’est les priver de leur instrument de souveraineté le plus fondamental.

Les États sahéliens ne sont plus des proies faciles

Le général Assimi Goïta, président de la Transition malienne et fervent défenseur d’une Afrique souveraine, l’a d’ailleurs martelé à plusieurs reprises, notamment lors de sa visite à Sikasso en 2024 : la lutte contre les trafics économiques fait partie intégrante de la guerre globale contre l’insécurité. Et à l’heure où le Mali, avec ses partenaires de l’AES, cherche à reconstruire un modèle économique fondé sur l’intérêt des peuples plutôt que sur les logiques de dépendance, le combat contre la fausse monnaie prend des allures de bras de fer stratégique.

Derrière chaque billet noir, il y a un dessein : celui de fragiliser, d’étouffer, de discréditer les efforts de redressement. Mais derrière chaque saisie, il y a un signal : les États sahéliens ne sont plus des proies faciles. Ils se défendent, avec méthode, avec détermination, avec l’appui d’une diplomatie décomplexée et d’une souveraineté retrouvée.

Chiencoro Diarra 

30 mai 2025 0 comments
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Le Mauritanien Sidi Ould Tah a été élu président de la BAD ce jeudi 29 mai.
A la UneÉconomie

BAD : Sidi Ould Tah, l’homme du consensus africain

by Sahel Tribune 29 mai 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Élu le 29 mai à la tête de la Banque africaine de développement, le Mauritanien Sidi Ould Tah incarne une nouvelle génération de dirigeants panafricains, enracinés dans leurs territoires, adossés à une vision souveraine du développement. L’accession de ce technocrate rompu aux logiques multilatérales, soutenue en coulisses par le Mali, résonne comme une revanche stratégique du Sud contre les tropismes de la Banque mondiale.

Ce jeudi 29 mai, à Abidjan, l’histoire s’est écrite dans le silence feutré d’un auditorium sécurisé du Palais des congrès. Les 81 gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD), représentants des ministères des Finances et des banques centrales de 81 États membres – africains et non africains – ont déposé un à un leur bulletin. Un rituel à la fois arithmétique et diplomatique. À l’issue de plusieurs tours de scrutin, le nom qui s’est imposé est celui du Mauritanien Sidi Ould Tah, en tête des suffrages dès le deuxième tour, porté à bout de conviction par le socle régional de l’Afrique de l’Ouest.

Une élection qui, au-delà du parcours du lauréat, révèle les lignes de force d’un continent en recomposition.

L’homme BADEA élu à la BAD

Natif d’Atar, formé entre Nouakchott, Rabat et les cercles financiers du Golfe, Sidi Ould Tah n’est pas un inconnu dans les cercles du financement africain. Ancien ministre mauritanien de l’Économie, il dirigeait depuis 2015 la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), où il a su réconcilier logique d’investissement et souveraineté des États. En obtenant une double majorité – celle des 54 pays africains membres, et celle des 27 non régionaux, dont les États-Unis, l’Allemagne et le Japon –, il a su s’imposer comme le trait d’union d’un continent tiraillé entre orthodoxie budgétaire et volontarisme politique.

Face à lui, quatre prétendants : le Sénégalais Amadou Hott, l’ex-banquier vert de la BAD ; le Zambien Samuel Maimbo, technocrate mondial passé par la Banque mondiale ; la Sud-Africaine Swazi Tshabalala, seule femme en lice, et le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, gouverneur émérite de la BEAC. Tous portaient des profils solides, mais un seul incarnait, dans les yeux de nombreux États sahéliens, la synthèse entre technicité, enracinement et loyauté continentale.

Assimi Goïta, soutien de poids dans l’ombre des urnes

Le Mali ne s’est pas contenté de suivre. Il a pesé. Dès le 19 mai, soit dix jours avant l’élection, le général Assimi Goïta recevait à Koulouba une délégation de haut niveau dépêchée par Nouakchott, conduite par la ministre mauritanienne de l’Hydraulique, Amal Mint Maouloud. Aux côtés du chef de l’État malien, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop officialisait le soutien de Bamako à la candidature mauritanienne. Une démarche aux allures de pacte sahélien, révélatrice de la nouvelle diplomatie de l’AES, proactive, concertée, affranchie des injonctions de la CEDEAO et des bailleurs conditionnalistes.

Ce soutien n’était pas neutre. Il est politique, géostratégique, et surtout idéologique. À travers Ould Tah, le Sahel veut voir émerger une BAD non plus technocratique, mais stratégique. Une banque de développement libérée des paradigmes post-Washington, et alignée sur les priorités africaines : infrastructures, industrialisation, souveraineté alimentaire, transitions énergétiques contrôlées.

Du symbole à la stratégie

L’arrivée d’un sahélien à la tête de la BAD est tout sauf un hasard. Elle intervient dans un contexte où les économies du Sahel, longtemps marginalisées dans les circuits du crédit multilatéral, veulent reprendre la main sur leurs trajectoires. Sidi Ould Tah devra composer avec les contradictions de la maison BAD, tiraillée entre ses actionnaires du Nord et les attentes pressantes du Sud. Mais il dispose d’un atout : une crédibilité historique dans les négociations entre partenaires arabes et africains, et un sens du tempo diplomatique hérité de ses années à la BADEA.

Alors que l’Afrique s’apprête à franchir le cap du milliard d’actifs économiques en 2030, la BAD version Ould Tah devra changer de peau. Moins de projets vitrines, plus de réalisations rurales ; moins de consultants extérieurs, plus d’ingénierie locale ; moins de dépendance aux standards extérieurs, plus de résilience structurelle. En cela, le mandat de l’ancien ministre mauritanien s’annonce comme un test grandeur nature de la capacité du continent à piloter lui-même ses leviers de transformation.

C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre. Et le Sahel, cette fois, n’est pas en marge du récit. Il en est l’auteur.

A.D

29 mai 2025 0 comments
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Un champ agricole verdoyant, avec un drone survolant les cultures, tandis qu’un agriculteur consulte une tablette numérique montrant des données agricoles. En arrière-plan, on devine une station météo ou un petit capteur IoT, symbolisant l’analyse prédictive et l’IA en action.
A la UneÉconomie

Quand l’intelligence artificielle entre dans la guerre contre la faim

by Fousseni TOGOLA 29 mai 2025
written by Fousseni TOGOLA 5 minutes read

Dans un monde où les saisons deviennent imprévisibles, les récoltes incertaines et l’aide humanitaire de plus en plus rare, l’intelligence artificielle pourrait bien devenir la dernière arme de prévention contre les famines. Du Sahel au Soudan du Sud, de l’analyse satellitaire à la détection des crises agricoles, des géants technologiques aux coopératives locales, l’IA commence à transformer silencieusement la gestion des crises alimentaires. Encore faut-il qu’elle reste un outil au service des populations – et non des intérêts. Une révolution est en marche. Discrète, mais décisive.

Le climat dérègle les saisons, les conflits pulvérisent les marchés, les chocs économiques ferment les greniers. Pendant ce temps, un acteur discret, invisible mais puissant, commence à tracer sa route dans la gestion des crises alimentaires : l’intelligence artificielle. Longtemps cantonnée aux laboratoires des géants de la tech, l’IA pourrait bien devenir, demain, l’outil décisif pour anticiper les famines, coordonner les réponses humanitaires, et peut-être, sauver des millions de vies.

Ce n’est pas une promesse. C’est une possibilité. Et dans un monde où plus de 295 millions de personnes souffrent aujourd’hui de faim aiguë, selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires 2024, il serait irresponsable de ne pas l’explorer.

Voir venir la faim avant qu’elle ne morde

Ce que l’IA sait faire mieux que nous ? Croiser les signaux faibles. Analyser les précipitations dans la vallée du Rift, les cours du sorgho sur les marchés de Gao, le déplacement de troupeaux vers le Tchad, et l’évolution du prix du pain à Omdurman. Des informations disparates, que seuls les algorithmes peuvent transformer en modèles prédictifs d’alerte précoce.

C’est le cœur du mécanisme Famine Action Mechanism (FAM), une initiative mondiale lancée par l’ONU, la Banque mondiale et des géants comme Google, Amazon et Microsoft. En croisant données climatiques, économiques, agricoles et de conflit, ce système prédit les zones à risque de famine et déclenche des financements d’urgence avant que le pire ne se produise. Au Nigeria, en Somalie ou au Soudan du Sud, cette technologie a déjà permis d’agir plus tôt — là où, traditionnellement, les humanitaires arrivent trop tard.

L’œil numérique sur les champs africains

L’IA n’est pas qu’un cerveau de prévision. Elle devient aussi le regard qui surveille les champs, les sols et les rendements. En collaboration avec des instituts comme l’OCP (Office Chérifien des Phosphates), plusieurs gouvernements africains testent des plateformes d’analyse satellitaire capables de repérer les zones à faible croissance, de détecter les carences des sols, ou même d’identifier les besoins en fertilisants. Résultat : des conseils ciblés, des semis mieux planifiés, des récoltes moins incertaines.

Dans certains cas, ces technologies intègrent même des fonctions d’apprentissage automatique. Des modèles pilotés par IA apprennent à détecter les stress hydriques, les maladies des cultures comme le mildiou du manioc, et formulent des recommandations en temps réel — parfois transmises par SMS en langues locales.

L’IA dans la logistique de la faim

L’intelligence artificielle sait aussi gérer le chaos mieux que les humains. Dans la chaîne de distribution de l’aide, elle peut prédire la demande, organiser les stocks, optimiser les trajets de livraison et identifier les zones de rupture. Moins de pertes post-récolte, moins de gaspillage, plus de rapidité.

Dans un contexte où les financements humanitaires s’effondrent, comme le déplore le rapport GRFC 2024, cette efficacité algorithmique devient une nécessité morale. Le moindre sac de riz doit compter. Et la moindre journée gagnée peut éviter un drame.

La sécurité alimentaire sous contrôle digital

Dans les usines de transformation, les laboratoires, les dépôts, l’IA est aussi en train de transformer les standards de sécurité alimentaire. Grâce à la détection automatique des anomalies dans les chaînes HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Points), elle peut déclencher des actions correctives sans attendre l’inspection humaine. Cela garantit une traçabilité plus fiable, un contrôle qualité renforcé — et donc une confiance plus grande dans les systèmes d’aide.

Dans les zones pastorales, notamment au Sahel, des outils IA suivent déjà la santé des troupeaux, identifient les zones de pâturage, optimisent les déplacements saisonniers. Pour ces communautés fragiles, souvent en marge des politiques agricoles, c’est un pas vers la prévisibilité, l’adaptation, et la survie.

Et dans les fermes semi-industrielles du Kenya ou du Ghana, les robots d’analyse vétérinaire appuyés par IA commencent à s’intégrer aux pratiques d’élevage. Ils détectent les infections, régulent l’alimentation, préviennent les épidémies. Moins de pertes animales, plus de revenus durables.

Une révolution sous condition

Mais attention. L’IA n’est pas une baguette magique. Elle suppose un accès à la donnée, une gouvernance éthique, une souveraineté numérique. Et surtout, elle doit être co-construite avec les acteurs locaux. Un algorithme conçu à Seattle mais déployé à Bamako sans adaptation peut faire plus de mal que de bien.

Il faut donc des garde-fous : transparence des modèles, responsabilité partagée, inclusion des agriculteurs, des pasteurs, des coopératives. Sinon, la technologie risque de reproduire les inégalités qu’elle prétend combattre.

Ce que le climat détruit, l’intelligence humaine et artificielle peut contribuer à réparer — à condition d’agir maintenant. Car si les crises alimentaires deviennent structurelles, c’est aussi parce que les réponses sont trop lentes, trop segmentées, trop technocratiques.

Avec l’IA, nous avons enfin les moyens de prévoir la tempête. Reste à savoir si nous aurons le courage d’agir avant que le vent ne souffle.

F. Togola 

29 mai 2025 0 comments
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