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Une graphique réalisée pour illustrer les édito sur notre site.
A la UneEdito

Éditorial — Lithium malien : la revanche des entrailles de la Terre

by Chiencoro 2 juin 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Le Mali entre dans une nouvelle ère économique avec l’exploitation du lithium de Goulamina. Portée par un code minier ambitieux et une volonté politique affirmée, cette relance minière transformera le pays en acteur stratégique de la transition énergétique mondiale.

Dans les failles telluriques du sous-sol malien repose aujourd’hui bien plus que du minerai : s’y joue, en sourdine, l’avenir stratégique d’un pays longtemps confiné au rôle ingrat d’exportateur de misère et de miséricorde. Le 15 décembre 2024, en inaugurant la mine de Goulamina, le président Assimi Goïta n’a pas simplement donné le coup d’envoi d’une opération industrielle — il a enclenché une transition historique : celle d’un Mali des marges vers un Mali des leviers.

Démonstration musclée de volontarisme économique

Lithium, vous avez dit lithium ? Le mot, désormais omniprésent dans les cénacles diplomatiques et les salles de marché, est devenu le symbole chimique d’un monde post-pétrole en quête de protons verts. Ce sel blanc de l’avenir, la République du Mali en est aujourd’hui le deuxième détenteur africain. Et Bamako, dans un sursaut souverain, a décidé qu’il ne serait plus question que d’autres écrivent les clauses et encaissent les dividendes.

Car au cœur de ce basculement énergétique mondial, les autorités de la transition ont sorti de leur malle constitutionnelle un outil de reconquête : le nouveau Code minier de 2023. Participation obligatoire de l’État, sous-traitance locale majoritaire, et surtout, redistribution régionale des revenus. Une révolution tranquille dont la mine de Goulamina est le prototype. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 160 millions de dollars par an, 2 000 emplois directs, 10 000 indirects, et un apport budgétaire équivalant à 12 % des recettes publiques. Autant dire un pactole — encore faut-il savoir s’en servir.

Et c’est là que le général-président semble avoir compris une chose que d’autres avant lui ont ignorée : dans les relations extractives, la géologie sans stratégie n’est qu’un mirage de plus dans l’océan sahélien des illusions perdues. Ce n’est pas pour rien que l’État malien, dans une démonstration musclée de volontarisme économique, a injecté 20 milliards de FCFA dans le projet. Désormais, 35 % du gâteau appartient à la nation — un chiffre qui, dans les palais feutrés des anciens bailleurs, fait grincer quelques dents en or.

Des chiffres implacables

Mais, que l’on ne s’y trompe pas : le pari est risqué. Car pour chaque mine d’or ou de lithium, le Mali a connu son lot d’envolées lyriques non suivies d’effets. Goulamina doit être autre chose qu’un mirage de plus. Il faudra surveiller les clauses locales, traquer les contournements juridiques, auditer chaque centime et garantir qu’aucun dividende ne s’évapore sous forme de commissions dissimulées ou d’évasions tropicales.

Plus encore, il faudra penser au lendemain. À quoi bon extraire, si l’on n’industrialise pas ? Bamako l’a compris. L’ambition désormais, c’est d’aller plus loin : construire des unités de transformation du spodumène, produire localement de l’hydroxyde de lithium, voire assembler demain — pourquoi pas — des batteries ou des composants pour l’automobile verte. Une souveraineté minérale qui devient souveraineté technologique. Et c’est là que le mot « refondation », trop souvent galvaudé, prend son sens.

Reste l’écueil environnemental. Les chiffres sont implacables : 4,5 millions de litres d’eau aspirés chaque jour, des déchets chargés en fluorine, des régions déjà assoiffées. La mine peut-elle cohabiter avec la vie ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle gouvernance malienne, qui impose études d’impact, fonds de garantie et consultations citoyennes. Oui, il faut concilier développement et durabilité. Mais la misère, elle aussi, pollue — et elle tue plus sûrement que n’importe quelle exploitation minière.

Le lithium malien, ce n’est pas seulement un minerai : c’est un test. Test de gouvernance, de patriotisme économique, de vision géostratégique. Car dans cette partie de bras de fer entre nations africaines éveillées et multinationales gourmandes, ceux qui gagneront ne seront pas forcément ceux qui creusent le plus profond — mais ceux qui négocient le plus haut.

Chiencoro Diarra 

2 juin 2025 0 comments
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Ousmane Issoufi MAÏGA, Président du Comité de pilotage du Dialogue inter-malien.
A la UnePolitique

Charte nationale : le Mali à l’aube d’une nouvelle ère de paix et de réconciliation 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 31 mai 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Le Mali se rapproche d’un jalon décisif dans sa quête de paix et de réconciliation nationale. La Commission de rédaction de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation est sur le point d’achever sa mission, marquant une étape cruciale recommandée par le Dialogue inter-maliens (DIM). Ce document fondamental, structuré en 16 titres, 39 chapitres et 105 articles, s’apprête à être remis au Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, dans les jours à venir.

Avant cette remise officielle, le président de la Commission, Ousmane Issoufi Maïga, a rencontré la presse ce jeudi 29 mai 2025 pour dresser le bilan de sa mission. Cette conférence de presse, qui a rapidement pris des allures de cours magistral sur la culture de la paix et du vivre ensemble, a été l’occasion pour M. Maïga de lancer un vibrant appel à l’unité nationale et à un dialogue « sincère » entre tous les Maliens. Pour lui, il s’agit d’un véritable « retour à la source », une réappropriation des valeurs intrinsèques qui ont toujours fondé la société malienne.

« Il faut lutter contre l’injustice et l’incivisme, faites en sorte qu’un dialogue sincère s’instaure entre nous Maliens », a-t-il insisté avec conviction. « Très souvent, on raconte ce qui est fait ailleurs, mais disons entre nous, qu’est-ce que nous pouvons faire pour notre société ? Il est temps d’éradiquer les maux qui minent la société », a-t-il souhaité.

Les valeurs cardinales du Mali au cœur de la charte

La Charte nationale n’est pas qu’un simple document juridique ; elle est une cristallisation des valeurs cardinales du Mali, celles qui ont toujours cimenté la cohésion sociale : le respect des parents, l’amour de la patrie, le travail bien fait, le pardon, le vivre ensemble et la solidarité. Ces principes, profondément ancrés dans l’identité malienne, sont la boussole qui doit guider le pays vers une paix durable.

Le président Maïga a souligné l’importance capitale du dialogue dans ce processus. « Il faut faire en sorte que nous puissions nous parler, le dialogue est central, s’il n’y a pas de dialogue entre nous, on n’ira nulle part. Donc, il faut continuer à parler d’unité nationale partout où vous êtes. Dieu nous pardonnera, si nous arrivons à nous pardonner », a-t-il expliqué.

L’individualisme, un obstacle à la cohésion sociale

Un point crucial abordé par Ousmane Issoufi Maïga fut la critique virulente de l’individualisme grandissant dans les sociétés contemporaines. Pour lui, cette notion, qui promeut les valeurs et les droits de l’individu au détriment de ceux de la société, est une pratique occidentale étrangère aux traditions africaines.

« Déjà, nos communautés ont des conflits. Nous sommes dans un contexte de crise multidimensionnelle dont les facteurs ont été déterminants pour cette déchirure (individualisme) », a-t-il affirmé. « Elle entrave la paix, la cohésion sociale, le vivre ensemble et la réconciliation nationale ». Cette mise en garde contre l’individualisme souligne l’importance de renforcer les liens communautaires et la solidarité, piliers essentiels pour surmonter les défis actuels du Mali.

Le rôle indispensable de la presse

Le président de la Commission a également tenu à saluer le rôle crucial de la presse malienne dans ce processus. « Vous avez tous été corrects, disciplinés et c’est ça le Mali », a-t-il déclaré, reconnaissant l’engagement des médias pour la paix, la réconciliation et le vivre ensemble. Il a même suggéré la nécessité de répéter de telles rencontres « toutes les fois où les besoins seront nécessaires », témoignant de la confiance accordée au pouvoir de la communication pour sensibiliser et mobiliser l’opinion publique.

La mission de la Commission de rédaction de la Charte nationale doit s’achever officiellement le 30 juin prochain. Avant cette date butoir, Ousmane Issoufi Maïga et son équipe devront remettre au Général d’Armée Assimi Goïta ce document capital.

Un engagement commun pour la vulgarisation

L’impact de cette Charte dépendra largement de sa diffusion et de son appropriation par l’ensemble de la population malienne. À cet égard, Bandiougou Danté, président de la Maison de la Presse du Mali, a réaffirmé l’engagement des médias à accompagner le processus de vulgarisation de la Charte à travers tout le pays. Cet engagement mutuel entre la Commission et la presse est un signe encourageant pour l’avenir de la paix au Mali.

Alors que le pays se prépare à recevoir ce document historique, l’espoir d’une paix durable et d’une réconciliation sincère s’intensifie. La Charte nationale est plus qu’un texte ; elle est une invitation à chaque Malien à contribuer à la reconstruction d’une société plus juste, plus unie et plus solidaire.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

31 mai 2025 0 comments
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OPAM
ActuÉconomie

Mali : l’OPAM, colosse aux pieds d’argile d’une sécurité alimentaire toujours en sursis

by Sahel Tribune 31 mai 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

À quoi sert un géant s’il ne marche plus ? L’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM), censé être le pilier de la politique de sécurité alimentaire nationale, se révèle, selon un rapport du Vérificateur général, comme une structure en panne de stratégie, minée par l’improvisation et la dépendance budgétaire. Dans un pays où plus d’un million de personnes sont menacées de famine, cette contre-performance pose question.

Si l’on devait résumer l’état de santé de l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM) en une image, ce serait celle d’un dinosaure essoufflé, aux membres atrophiés par des décennies d’inertie bureaucratique, avançant à reculons vers une mission qu’il ne maîtrise plus. Le dernier rapport du Bureau du Vérificateur Général sur la société, couvrant la période 2020-2024, est implacable : entre déficience chronique de gouvernance, carence dans la gestion des stocks de céréales, et une activité commerciale quasi inexistante, l’OPAM ressemble plus à un lest qu’à un levier dans le dispositif national de sécurité alimentaire.

Une dépendance structurellement problématique

Créée pour veiller à ce que nul ne meure de faim dans les villages oubliés du Gourma ou les faubourgs de Kati, l’institution s’est figée dans une logique de survie institutionnelle. Pourtant, elle a englouti plus de 115 milliards de FCFA en quatre ans – soit 24 milliards de plus que les fonds réellement alloués – sans réussir à garantir un système de stockage efficace ni à rendre ses activités rentables. Loin de générer des recettes propres, l’Office vit sous perfusion étatique, dans une dépendance qui n’est plus simplement inconfortable, mais structurellement problématique.

Il faut lire entre les lignes du rapport pour percevoir l’ironie tragique : un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) dont les activités commerciales sont à peine embryonnaires, pendant qu’il consacre l’essentiel de ses ressources à des missions de service public – reconstitution du Stock National de Sécurité (SNS) et du Stock d’Intervention de l’État (SIE) – menées avec une efficacité discutable. Le constat est sans appel : non seulement l’OPAM n’a pas respecté les engagements de son contrat-plan, mais ses propres entrepôts, mal réhabilités ou laissés à l’abandon, compromettent la qualité des céréales stockées.

Le pays cherche ses repères alimentaires

Les recommandations fusent, en rafales, comme les ultimes coups d’épée dans une structure qui tangue : doter l’OPAM d’un logiciel de gestion intégrée, actualiser les fiches de poste, certifier les comptes, tenir des réunions de conseil… Autant de mesures qui relèvent davantage de la médecine d’urgence que d’un plan de transformation stratégique.

Faut-il dès lors maintenir ce mastodonte en vie ? La question, pourtant taboue, affleure en filigrane du rapport. En attendant, dans les marchés de Mopti ou les greniers du Macina, les sacs de mil se vident plus vite que les mots. Et pendant que le pays cherche ses repères alimentaires dans la poussière des promesses non tenues, l’OPAM continue son chemin. Sans cap. Sans boussole.

A.D

31 mai 2025 0 comments
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Présentation du rapport de l'OCLEI au Premier ministre
A la UneÉconomie

Mali : l’OCLEI ou l’architecture d’une révolution silencieuse

by Chiencoro 31 mai 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Au moment où d’autres fuient leurs bilans comme la peste, lui les dépose sur la table du Premier ministre en toute sérénité. Moumouni Guindo, magistrat d’État et président sortant de l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI), a livré le vendredi 30 mai 2025, un rapport qui fera date. Huit années de lutte contre l’argent sale, le silence coupable, les fortunes suspectes. Huit années à désacraliser l’impunité.

Dans le Mali des années de transition, un mot naguère tabou fait désormais partie du lexique républicain : corruption. Pas pour en faire un slogan, mais pour l’éradiquer par la rigueur de l’institution. Ce mot, pourtant absent dans l’intitulé officiel de l’OCLEI – une anomalie que Moumouni Guindo n’a pas manqué de relever dans ses recommandations finales – a été au cœur de l’action de l’organe depuis 2017.

Un État mis en chiffres

32 milliards de francs CFA. C’est le montant total des détournements identifiés par l’Office sur 63 dossiers de corruption, soigneusement extraits d’un lot de 100 cas documentés. Les suspects ? Une quarantaine de noms, liés à plus de 500 biens immobiliers répartis dans le pays et au-delà. Des villas, des comptes, des investissements, des entreprises. La cartographie d’un Mali vampirisé par ses propres serviteurs, désormais contraints de justifier leurs fastes.

Mais l’OCLEI ne s’est pas contenté de dénoncer. Elle a aussi proposé. Organisé. Éduqué. Depuis 2017, plus de 2000 déclarations de biens ont été collectées, contre 43 avant la création de l’institution. Grâce à un protocole d’accord inédit avec la Cour suprême, le Mali entre enfin dans l’ère de la transparence patrimoniale.

L’éthique comme politique publique

De Ségou à Kayes, de Mopti à Sikasso, l’OCLEI a sillonné le pays. Conférences, clubs scolaires, relais religieux, émissions radiophoniques : la corruption a été placée au banc des accusés, jusque dans l’imaginaire collectif. Mieux : elle est devenue un sujet d’enseignement civique. Le pari de la pédagogie n’était pas gagné d’avance. Il est en passe d’être remporté.

Sur le plan diplomatique, l’Office a su bâtir un réseau discret mais solide. Douze accords signés avec des pays partenaires pour traquer les avoirs mal acquis, pour empêcher que Bamako finance, sans le vouloir, des villas sur la Riviera ou des entreprises-écrans à Dubaï. La lutte contre l’enrichissement illicite, désormais, a des ramifications et des relais. Elle ne se joue plus à huis clos.

Un engagement politique renforcé

En recevant le rapport des mains du président sortant, le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a été clair : « La lutte contre l’enrichissement illicite est une priorité présidentielle ». Pas une option. Pas un habillage cosmétique. Une priorité.

Dans un pays où l’on a trop souvent volé l’État avec la bénédiction de l’administration, voir un magistrat tenir la chronique de huit ans d’intégrité est, à lui seul, un acte politique fort. En l’invitant au cœur du dispositif institutionnel, les autorités de la transition ont non seulement soutenu l’OCLEI, elles en ont fait un pilier du nouveau contrat social.

Le combat est loin d’être terminé. Le secteur privé reste à réguler. Les textes doivent être harmonisés. Et surtout, les moyens juridiques renforcés. Mais une chose est certaine : la peur a changé de camp. Et cela, le président sortant peut l’inscrire en lettres capitales dans le marbre de son mandat.

Chiencoro Diarra 

31 mai 2025 0 comments
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Bola Tinubu, le président du Nigéria en position débout.
A la UneSécurité

Nigeria : 10 000 morts, des villages rayés de la carte, des soldats accusés — le chaos d’un État en déroute

by Chiencoro 31 mai 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Dix mille morts en deux ans. Des soldats qui vendent leurs armes aux terroristes. Des villages entiers disparus sous les flammes. Au Nigeria, ce ne sont plus seulement les marges de l’État qui vacillent, mais son cœur même. Une descente aux enfers que les promesses de Bola Tinubu n’ont pu enrayer — pour l’instant.

Bénin City, Abuja, Jos ou Maiduguri : les noms changent, l’hémorragie demeure. Dans le Nigeria de Bola Tinubu, la réalité n’a rien d’un conte fédéral, mais plutôt d’une chronique d’un effondrement annoncé — et ininterrompu.

Le 29 mai 2025, Amnesty International a rendu publique une enquête glaçante : plus de 10 000 Nigérians ont perdu la vie en deux ans, victimes des exactions de groupes terroristes, de bandes armées, et de milices sans foi ni loi. Un chiffre brut. Mais derrière les statistiques, des villages entiers effacés de la carte, des enfants enlevés, des puits dynamités, des écoles devenues ruines, des chefs traditionnels assassinés. Le Nigeria est à la peine, et l’État semble parfois aux abonnés absents.

Une carte du désastre

Benue, Plateau, Zamfara… Le centre du Nigeria, longtemps tampon entre les franges musulmanes du nord et les bastions chrétiens du sud, est devenu le théâtre d’une guerre sans front. Dans ces zones jadis prospères, Amnesty dénombre près de 6 900 morts dans le seul État de Benue, 2 600 dans celui du Plateau. Avril dernier, ce sont plus de 150 personnes qui ont été massacrées en quelques jours — dans une indifférence officielle qui confine au cynisme.

Les groupes armés ne se contentent plus de tuer. Ils imposent des taxes, organisent des enlèvements, détruisent tout symbole d’ordre ou de présence républicaine. Les routes sont devenues impraticables, les campagnes désertées, la peur généralisée. Et les armes ? Elles ne manquent pas.

La trahison dans les rangs

Le pire ? Il ne vient pas forcément d’en face. Il est dans les rangs mêmes de ceux censés défendre la République. Ce mercredi, l’armée nigériane a révélé l’arrestation de 18 soldats, 15 policiers mobiles et huit civils, accusés de collusion avec les groupes jihadistes. Certains, pour quelques poignées de billets, détournaient des munitions, vendaient des fusils, informaient les terroristes. L’un des officiers arrêtés aurait même conclu un pacte secret avec une cellule de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Trahison à l’uniforme, effondrement de la confiance, cancer de la corruption militaire.

« À ce jour, 18 soldats, 15 policiers mobiles et huit civils, dont un chef traditionnel, ont été arrêtés », a déclaré Ademola Owolana, porte-parole de l’armée. L’aveu est brutal : 20 % des armes utilisées par les jihadistes du Sahel proviendraient de raids contre des bases militaires, selon le Conflict Armament Research (CAR). Une partie vient aussi de ces ventes internes, de ces circuits souterrains qui alimentent le monstre.

Tinubu au pied du mur

Que fait le pouvoir ? Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International au Nigeria, l’affirme : « Les mesures de sécurité du président Tinubu ne fonctionnent tout simplement pas ». Le chef de l’État, qui avait promis en 2023 de faire de la lutte contre l’insécurité une priorité, voit aujourd’hui son image écornée par cette vague de sang incontrôlable. Les déclarations ne suffisent plus. Les Nigérians attendent des actes, une stratégie, une ligne de front. Pas des condamnations générales ou des visites ministérielles expéditives.

Car ce qui se joue au Nigéria, ce n’est pas seulement la sécurité des villages reculés du centre ou du nord-est. C’est l’avenir de la première économie d’Afrique, de son État fédéral, de son unité territoriale.

Une poudrière au cœur de l’Afrique de l’Ouest

Le Nigeria n’est pas un pays comme les autres. Il est la colonne vertébrale du Golfe de Guinée. S’il tombe, c’est toute la région qui s’en ressentira. Déjà, les ramifications des terroristes nigérians traversent les frontières, contaminent le Niger, le Bénin, parfois même le Cameroun et le Tchad. Le feu ne connaît pas les lignes sur les cartes.

Dans ce contexte, le silence — ou pire, l’inefficacité — est un luxe que la présidence Tinubu ne peut plus se permettre. À défaut de gouverner par la prospérité, il lui faut aujourd’hui gouverner par la sécurité. Ou céder le terrain.

Chiencoro Diarra

31 mai 2025 0 comments
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De petits agriculteurs récoltent des tomates dans la région sahélienne de Ségou, dans le centre du Mali.
A la UneClimat et environnementEnquête

Enquête — Sécheresse 2024-2025 : dans les campagnes maliennes, la revanche des terroirs

by Chiencoro 30 mai 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Alors que le ciel se ferme, que les nuages désertent les savanes, les campagnes maliennes, elles, s’organisent. Dans un pays faisant face à de longues périodes de sécheresse, l’espoir renaît des sillons. Moisson d’adaptation dans un Sahel en surchauffe.

Il est des silences plus éloquents que les cris. Celui qui plane, asséché, sur les terres de Koula ou de Ménaka n’est pas celui d’un abandon, mais d’une métamorphose. La sécheresse, qui ravage le Mali rural en cette année 2024-2025, aurait pu signifier la fin. Elle devient le commencement d’autre chose. D’une nouvelle grammaire agraire, où l’on conjugue résilience, innovation et transmission.

Le thermomètre s’affole, mais la terre pense.

Depuis plusieurs mois, les chiffres font frémir : +1,5 °C au-dessus des moyennes globales, des précipitations en chute libre, des événements extrêmes de plus en plus fréquents. Le nord-est du pays, de Ménaka à Gao, revit les cauchemars de 1984, mais cette fois, les villages ne se contentent pas de survivre. Ils inventent.

À Koula, dans la région de Ségou, l’agriculture n’a plus rien de rudimentaire. Elle écoute la météo, elle scrute les sols, elle lit les données. Les paysans sèment désormais des semences calibrées pour résister à l’aridité. Ils compostent, planifient, récupèrent. Surtout, ils irriguent… mais avec parcimonie. Grâce à un projet combinant techniques agricoles et savoirs nucléaires, 500 petits exploitants, en majorité des femmes, ont vu leurs rendements croître de 37 %, tout en réduisant de 43 % leur consommation d’eau.

Le miracle a un nom : la science alliée à l’expérience. Et un symbole : le retour de la tomate. Culture abandonnée faute d’eau, elle renaît dans les champs transformés en serres. Elle est l’image de la reconquête.

Les nomades en sursis

Mais l’histoire n’est pas uniforme. Au nord, dans l’épure désolée de Ménaka, les éleveurs, eux, sont à l’os. Là où paissaient des milliers de têtes, seule une centaine de dromadaires et de moutons attendent sous un soleil vertical. Le bétail ne vaut plus rien : -30 % en moyenne, jusqu’à -50 % en période de soudure. Certains fuient. Vers le Niger, vers une herbe plus verte qui tarde à venir.

Le pastoralisme sahélien, pilier économique et culturel, vacille. « Nos troupeaux meurent, et avec eux notre mode de vie », souffle Arrab, berger peul du Liptako-Gourma. Un mode de vie ancestral, rongé par la sécheresse autant que par l’indifférence.

L’État, enfin stratège

Depuis 2021, l’État malien tente une riposte systémique avec son Plan national sécheresse. Objectif : anticiper, prévenir, répondre. Au cœur de ce plan, une conviction : seule une approche intégrée, mêlant météorologie, législation, genre et équité peut tenir tête à la nature déréglée.

Le réseau de « paysans-relais », équipé de radios et de thermomètres, transmet les données du terrain à la cellule météorologique nationale. Douze heures plus tard, les bulletins reviennent, convertis en consignes concrètes. C’est le nerf du dispositif : réconcilier l’État et le paysan par la circulation de l’information.

Pendant ce temps, les ONG creusent. Littéralement. L’association Forages Sahel, présente depuis 1983, a déjà équipé 160 000 villageois en accès à l’eau, grâce à 400 infrastructures hydrauliques, moins que le nombre de forages installés par le président de la transition, le général Assimi Goïta, entre 2021 et 2025. Au total, plus de 400 forages dans le cadre de ses œuvres sociales.  Ce n’est pas une goutte d’eau dans l’océan : c’est une révolution douce qui redessine le quotidien des villages.

Et à Koula, l’aide matérielle continue de faire la soudure. Sans elle, nombre de paysans auraient déserté leurs terres pour les villes.

Science, savoir et semences

La clé, c’est l’hybridation : entre savoirs traditionnels et sciences de pointe. À Koula, on utilise la mémoire des anciens pour lire les nuages, mais aussi les isotopes pour mesurer l’évapotranspiration. C’est cette double lecture du monde — ancestrale et moderne — qui sauve.

Et mieux encore : les paysans formés deviennent à leur tour des formateurs. Ils transmettent, adaptent, améliorent. L’innovation devient contagieuse. Le progrès, viral.

Le Mali, habitué à être cité comme terrain de crise, devient peut-être, paradoxalement, une matrice d’innovation. Un laboratoire sahélien. Bien sûr, les défis restent colossaux. L’élevage agonise dans certaines zones. Les migrations climatiques se multiplient. Les ressources de l’État sont limitées.

Mais dans le chaos climatique, il y a cette lumière obstinée : celle d’un pays qui refuse de céder. Le futur n’est pas à Bamako. Il est dans les champs silencieux de Koula. Dans les puits profonds de Ménaka. Dans la main calleuse du paysan qui, face au ciel muet, continue de semer.

Chiencoro Diarra 

30 mai 2025 0 comments
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ActuPolitique

Journée de l’Afrique et avenir panafricain : Perspective sahélienne et African initiative en synergie à Bamako

by Cheickna Coulibaly 30 mai 2025
written by Cheickna Coulibaly 2 minutes read

‎Le samedi 25 mai, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique, l’association Perspective sahélienne, en partenariat avec African Initiative de Russie, a organisé à Bamako une journée de réflexion et de célébration autour du thème : « Quel panafricanisme avons-nous ? »

‎La conférence-débat, tenue au siège de l’association, a réuni plusieurs personnalités engagées, parmi lesquelles Ibréhima Kébé Tamaguidé, Djibril Diallo, Daouda Naman Tékété et Daouda Moussa Koné.

‎Pour ouvrir la rencontre, Nathalie, représentante de Perspective sahélienne, a rappelé la portée symbolique du 25 mai. « Cette journée incarne notre unité, notre résilience et notre aspiration à un avenir meilleur », a-t-elle déclaré. Elle a salué les progrès du continent en matière de démocratie et d’intégration régionale, tout en insistant sur la nécessité de « défendre la paix, investir dans notre jeunesse et construire une Afrique autosuffisante ». Elle a conclu par un appel fort : « L’Afrique doit s’unir ! »

‎Prenant la parole, Ibréhima Kébé a apporté une vision militante du panafricanisme. Selon lui, le combat pour l’unité ne peut venir uniquement des élites ou des institutions. « Ce n’est pas à travers des conférences qu’on construira notre unité. Le panafricanisme se forge dans les rues, dans les familles, dans les champs et dans les usines », a-t-il martelé.

Concours de poésie et défilé de mode traditionnelle

‎Dans la continuité du débat, Djibril Diallo, ingénieur et géologue minier, a mis l’accent sur la souveraineté économique. Il a dénoncé le fait que les ressources naturelles africaines profitent davantage à des intérêts extérieurs. « Nous avons l’or, la bauxite, mais nous n’en contrôlons presque rien. La souveraineté économique est indispensable si l’on veut être réellement indépendants », a-t-il expliqué, tout en critiquant les politiques d’ajustement structurel imposées aux États africains.

‎Apportant une perspective internationale, André, journaliste russe et représentant de l’organisation African Initiative, a quant à lui évoqué les liens historiques entre le Mali et la Russie. Il a présenté son organisation comme un pont culturel et médiatique entre les deux régions. « L’information peut être une arme destructrice ou un outil de construction. À nous de choisir », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d’une coopération fondée sur le respect mutuel et la compréhension réciproque.

‎En marge des échanges intellectuels, la journée a aussi été ponctuée par un concours de poésie sur l’unité africaine, où des jeunes ont livré des textes puissants, et par un défilé de mode traditionnelle, célébrant la diversité des tenues africaines et la richesse du patrimoine culturel.

‎Cheickna Coulibaly

30 mai 2025 0 comments
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