La justice malienne a rendu, vendredi 27 mars, son verdict dans l’affaire dite « Paramount et Embraer », liée à des contrats d’équipements militaires conclus en 2015 sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta. Plusieurs anciens ministres et responsables militaires ont été reconnus coupables de détournement de fonds et condamnés à de lourdes peines.
C’est l’épilogue judiciaire d’un dossier emblématique des dérives présumées dans la gestion des finances publiques au Mali. Après trois mois de procès, la chambre criminelle du pôle national économique et financier a prononcé, vendredi, des peines particulièrement lourdes à l’encontre de plusieurs figures de l’ancien régime.
L’ancien Premier ministre Boubou Cissé a été condamné à 20 ans de réclusion. Une peine identique a été infligée à Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre des Affaires étrangères, et à Mamadou Igor Diarra, ex-ministre de l’Economie. Même sanction pour Babaly Bah, ancien directeur de la Banque malienne de solidarité (BMS), soupçonnée d’avoir servi de canal pour des flux financiers irréguliers.
En revanche, Tiéna Coulibaly, autre ancien ministre de l’Economie, a été condamné à cinq ans de prison. Plusieurs officiers des Forces armées maliennes (FAMa) ont également écopé de peines similaires.
Un contrat militaire au cœur des soupçons
L’affaire remonte à 2015, dans un contexte de dégradation sécuritaire aiguë. Le gouvernement d’alors, dirigé par Ibrahim Boubacar Keïta, chef de l’Etat à l’époque des faits, engage une politique de renforcement des capacités militaires à travers la loi d’orientation et de programmation militaire (LOPM).
Dans ce cadre, l’État malien conclut un contrat d’environ 60 millions de dollars avec les sociétés Paramount Group et Embraer. L’accord porte sur l’acquisition de véhicules blindés, de pièces détachées et la remise en état de deux appareils de l’armée de l’air.
Mais rapidement, des soupçons émergent : surfacturation, irrégularités dans les procédures d’attribution, et détournements présumés de fonds publics. Le dossier devient explosif, mêlant enjeux sécuritaires et accusations de corruption à haut niveau.
Audits post-coup d’État et mandats d’arrêt
Après le renversement d’IBK en 2020, les autorités de transition dirigées par le général d’armée Assimi Goïta lancent une série d’audits sur la gestion des finances publiques. L’un d’eux met en évidence des « irrégularités majeures » dans les contrats passés avec Paramount et Embraer.
Sur la base de ces conclusions, la justice malienne émet, en juillet 2022, des mandats d’arrêt internationaux visant plusieurs anciens responsables, dont Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra, Tiéman Hubert Coulibaly et Babaly Bah.
Un procès à forte portée politique
Ouvert le 22 décembre, le procès s’est déroulé dans un climat tendu, sur fond d’attentes fortes de l’opinion publique. Le ministère public avait requis la réclusion à perpétuité contre les principaux accusés en exil, et dix ans de prison contre ceux présents à l’audience.
Les juges ont finalement retenu plusieurs chefs d’accusation, notamment « faux et usage de faux », « atteinte aux biens publics » et « blanchiment de capitaux ». Sept coaccusés ont, en revanche, été relaxés.
Au-delà des condamnations individuelles, ce verdict marque une étape importante dans la lutte contre la corruption au Mali. Il intervient dans un contexte où les autorités de transition affichent leur volonté de rompre avec les pratiques passées et de restaurer la crédibilité de l’État.
Dans un pays confronté à des défis sécuritaires et économiques majeurs, la question de la gouvernance publique demeure, plus que jamais, au cœur des enjeux.
Chiencoro Diarra
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