Pendant le mois de ramadan, Bamako change de rythme. Les rues s’animent, les carrefours deviennent des marchés improvisés. Jus de bissap, gingembre, boissons gazeuses ou non gazeuses, citrons, dattes et glaces remplissent les bassines et glacières. Les vendeuses profitent de l’arrêt des véhicules pour écouler leurs produits. L’économie informelle prend toute son ampleur, portée en grande partie par des femmes et jeunes filles qui trouvent là une opportunité unique.
Au feu tricolore de Garantiguibougou, en Commune V du District de Bamako, l’ambiance est particulière. Les vendeuses s’installent dès la fin d’après-midi, alignant leurs bouteilles de jus sur des tables improvisées. « Ici, les gens n’attendent pas longtemps. Dès que le feu est rouge, ils achètent rapidement », explique Mariam, vendeuse de jus. Pour elle, ce carrefour est une chance de gagner sa vie et de fidéliser une clientèle pressée.
Les dattes, quasi-indispensables, pour rompre le jeûne, sont vendues en grande quantité. « En dehors du Ramadan, je vends quelques fruits, mais c’est seulement ce mois-ci que je peux gagner assez pour payer la scolarité de mes enfants », confie Aïssata, vendeuse de dattes rencontrée près du Monument Sogolon.
Les carrefours stratégiques
À Kalaban-Coura, en Commune V du district de Bamako, sur la route de l’aéroport, les vendeuses de jus attirent une foule pressée. Gingembre et bissap sont les stars, mais certaines proposent aussi des boissons gazeuses et non gazeuses. « Pendant le Ramadan, je vends jusqu’à cent bouteilles par jour. C’est une activité temporaire, mais elle me permet de soutenir ma famille », raconte Fanta, jeune vendeuse.
Le ramadan est aussi l’occasion pour de nombreuses femmes de se lancer dans la pâtisserie. Beignets, gâteaux locaux et petites douceurs envahissent les trottoirs. « Je prépare des beignets chaque soir et mes enfants m’aident à les vendre. Les clients ne manquent pas », explique Mariam, mère de famille croisée à Sabalibougou qui ajoute que c’est une activité autant économique que familiale.
À Sabalibougou, en Commune V du district de Bamako, sur la rive droite du fleuve Niger, les vendeuses de bouillies attirent une foule régulière. Les odeurs de friture et de boissons sucrées envahissent l’air. « Les clients savent que je suis là chaque soir, ils viennent directement », raconte Kadidia, vendeuse de bouillie qui souligne que sa régularité lui assure une clientèle fidèle et un revenu stable durant le mois sacré.
Diversité des produits proposés
Les bouillies et laits caillés complètent l’offre. Ces préparations, profondément ancrées dans la culture locale, sont consommées chaque soir. « Les dattes sont le produit que les clients recherchent le plus. Grâce à cette demande, je parviens à écouler mon stock chaque jour », raconte Abdoulaye, vendeur de dattes.
La vente de glace est une nouveauté qui attire de plus en plus de clients. Les jeunes filles proposent des sachets glacés, souvent parfumés au citron ou au gingembre. « Les enfants adorent la glace et les adultes aussi. Je peux vendre des dizaines de sachets en une heure », explique Aminata, vendeuse de glace.
Les consommateurs sont au cœur de cette dynamique. « En quittant le boulot, de temps en temps, je m’arrête pour payer ce qui manque à la maison. Aujourd’hui, je me suis arrêté pour acheter des dattes », témoigne Mamadou, salarié dans une société privée.
Un mois de vitalité économique
À l’intersection de l’Hôtel Olympe et du Monument Sogolon, les vendeuses profitent du flux constant de passants. Les clients descendent parfois de moto ou de voiture pour acheter en vitesse. « Je gagne plus en une soirée de Ramadan qu’en une semaine ordinaire », confie Aminata, vendeuse de bissap qui estime que ce lieu stratégique lui assure des revenus rapides et réguliers.
Le Ramadan représente aussi une opportunité pour les jeunes filles. Beaucoup s’y lancent pour la première fois, découvrant le commerce et l’autonomie financière. « Je suis étudiante, mais pendant le Ramadan je vends du gingembre. Cela m’aide à payer mes frais de cours », explique Awa, jeune vendeuse. Son expérience illustre la fonction éducative et formatrice de ces activités.
Cette période témoigne d’une vitalité économique et sociale remarquable. Bien qu’éphémères, ces activités offrent des opportunités de revenus, renforcent la convivialité et valorisent les savoir-faire locaux. « Sans le Ramadan, je n’aurais pas cette chance de vendre et de rencontrer autant de monde », conclut Mariam, vendeuse de jus.
Ibrahim Kalifa Djitteye
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