À Ménaka, le gouverneur signe la levée partielle de suspension des salaires d’enseignants jadis en abandon de poste. Une décision qui dit, en creux, tout le drame de l’école dans les zones de guerre : partir, survivre, puis revenir. Entre l’effacement et la résilience, le tableau d’une République à reconstruire par la craie.
C’est une décision qui dit beaucoup plus que ce qu’elle énonce. Un document administratif, certes. Mais aussi un instantané, à bas bruit, de l’état de notre école dans les zones de guerre.
Les salaires suspendus seront à nouveau versés
Le 2 avril 2025, le gouverneur de la région de Ménaka, le colonel-major Lanzeni Konaté, a signé une levée partielle de la suspension des salaires de plusieurs enseignants précédemment en « abandon de poste ». Ils sont dix-sept. Dix-sept noms, dix-sept matricules, dix-sept disciplines. Autant de silhouettes floues revenues d’un hors-champ, celui de la désertion contrainte, du départ sans adieu, de l’école silencieuse.
Car à Ménaka, l’école ne se ferme pas par décret, elle meurt à petit feu, au rythme des menaces, des assauts, des fuites. Depuis plus de deux ans, les enseignants désertent — non par désengagement, mais par instinct de survie. Certains n’ont pas pu revenir. D’autres sont revenus. Pour ceux-là, l’administration territoriale signe l’acte de réhabilitation symbolique. Ils « réintègrent ». Et avec eux, peut-être, une forme de normalité.
La décision vise expressément les enseignants du lycée public de Ménaka et des centres d’animation pédagogique de Ménaka, Anderamboukane, Tidermène et Inekar. Leur salaire, suspendu jusqu’au 1er avril 2025, sera à nouveau versé. À une condition, avoir repris le poste avant le 3 mars.
L’État les sanctionnait pour leur absence. Aujourd’hui, il les remercie pour leur retour, après un compromis avec le gouvernement malien. Entre-temps, il y a eu l’exil, l’angoisse, la survie.
Une reconquête modeste de l’espace scolaire
Derrière la technicité froide des articles de loi et des décrets mentionnés, une autre lecture s’impose. Celle d’une République qui tente, dans ses marges, de renouer avec sa propre promesse : l’école. Une promesse rendue presque chimérique dans ces régions au nord du pays, abandonnées aux violences djihadistes, à la fuite des fonctionnaires, à l’effacement progressif de toute présence étatique.
Mais le geste n’est pas neutre. Il vise aussi à dire que la souveraineté passe par la craie. Que l’enseignant est un soldat civil. Et que revenir enseigner à Ménaka, aujourd’hui, c’est plus qu’une vocation : c’est un acte de courage politique.
On ne sait encore combien de classes rouvriront. Ni si les élèves reviendront. Mais une chose est certaine, en publiant cette décision, l’administration tente une reconquête. Une reconquête modeste, mais réelle, de l’espace scolaire. Et c’est peut-être par-là que recommencera l’histoire.
Chiencoro Diarra
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