Au Mali, la ferveur populaire autour de la CAN 2025 a une fois de plus tourné à la croyance aveugle. Des charlatans se présentant ont promis la victoire finale contre espèces sonnantes. Ils ont profité d’un peuple trop prompt à troquer la raison contre l’émotion. L’affaire Karamoko Sinayoko, entre escroquerie mystique et déception nationale, est la révélation des dérives d’une société où la foi irrationnelle supplante l’esprit critique, jusque sur les terrains de football.
Au Mali, chaque Coupe d’Afrique des Nations réveille la même ferveur, la même foi… et les mêmes illusions. La passion du football s’y confond souvent avec la croyance mystique. ce qui donne aux marabouts et charlatans autoproclamés un rôle aussi central que les entraîneurs. À la CAN 2025, le phénomène a pris une tournure spectaculaire. Un certain Karamoko Sinayoko, présenté comme « maître spirituel des Aigles », a promis la victoire finale du Mali contre la modique somme de cent millions de francs CFA.
L’affaire aurait pu prêter à sourire si elle n’avait pas révélé un mal bien plus profond : celui d’un peuple qui, au lieu de raisonner, préfère croire.
La magie plus forte que la tactique
Tout a commencé par une vidéo virale. Le marabout y affirmait, avec une assurance quasi divine, que les Aigles remporteraient la CAN « sans aucun doute ». Des supporters, des commerçants, même quelques notables s’y sont laissés prendre, apportant leur contribution financière comme on offre un sacrifice à l’espoir.
Mais après l’élimination du Mali, la foi s’est muée en colère. Une foule furieuse a pris d’assaut la maison du marabout à Bamako, réclamant remboursements et explications mystiques. La police a dû intervenir. Sinayoko, lui, aurait disparu, probablement aussi vite que ses promesses. Mais selon certaines sources non officielles au moment où nous mettons sous presse cet article, le charlatan serait arrêté ce samedi 10 janvier 2025.
Derrière cette comédie, une réalité tragique. L’émotion a une fois de plus supplanté la raison. Le peuple, trop souvent déçu par ses élites, cherche ailleurs le réconfort : dans la magie, la religion ou la rumeur. Les charlatans, eux, savent parfaitement surfer sur cette naïveté collective.
La crédulité comme sport national
Ce n’est pas la première fois que la ferveur populaire malienne bascule dans la croyance irrationnelle. Mais le cas Sinayoko montre combien l’illusion s’est industrialisée. Les réseaux sociaux transforment désormais les imposteurs en stars. Leurs vidéos cumulent des millions de vues, leurs promesses deviennent virales, et leurs adeptes — sincères mais dupés — forment une armée numérique de croyants du ballon rond.
Pendant ce temps, les vrais artisans de la performance, les joueurs, les entraîneurs, les analystes, sont relégués au second plan. Le mérite est effacé par le miracle, et la réflexion remplacée par le réflexe.
Une morale simple : penser avant de croire
Ce scandale ne concerne pas seulement le football. Il dit quelque chose de la société malienne contemporaine. Une société où la frustration, la pauvreté et la désillusion politique, de 1991 à 2020, rendent le peuple perméable à la manipulation. Les charlatans ne sont que le miroir grossissant d’un mal plus général: celui d’un peuple qui confond foi et crédulité, émotion et jugement, ferveur et discernement.
Un peuple qui croit que le destin se négocie à coups d’incantations plutôt qu’à force d’efforts, finit toujours par être trahi, dans ses convictions.
À l’heure où les Aigles rentrent du Maroc les ailes brisées, une autre victoire reste possible : celle de la lucidité. Car le Mali n’a pas seulement besoin de buts… il a besoin d’esprit critique. À défaut de marabouts, peut-être faudrait-il des maîtres d’école ?
A.D
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