Dans le silence feutré des salles de réunion parisiennes, où se tiendra les 10 et 11 février 2025 le Sommet intergouvernemental pour l’action sur l’Intelligence artificielle, une certitude s’impose : l’avenir du monde se décide ici. Mais sans véritablement l’Afrique.
Là où l’Europe cherche une régulation, où les États-Unis et la Chine s’affrontent à coups d’algorithmes et de supercalculateurs, l’Afrique, elle, regarde encore la révolution se faire sans elle.
L’IA, nouveau champ de bataille mondial
Le duel entre OpenAI et DeepSeek, entre Washington et Pékin, dépasse de loin la seule performance des modèles d’intelligence artificielle. Il ne s’agit plus seulement de vitesse de calcul ou de puissance des algorithmes. Il s’agit de souveraineté. De contrôle. De domination.
Celui qui maîtrisera l’IA maîtrisera l’économie mondiale, les flux financiers, la guerre de l’information, les industries stratégiques. Et pour l’instant, l’Afrique reste spectatrice de cette bataille, terrain convoité mais acteur secondaire, grande consommatrice mais faible productrice.
Les entreprises étrangères y installent leurs solutions, collectent des données locales, conçoivent des outils sur mesure. Mais où sont les centres de recherche africains sur l’IA ? Où sont les algorithmes développés par des ingénieurs africains pour répondre aux réalités africaines ?
Du Mali à l’ensemble du continent, un modèle à suivre
Le Mali a pourtant pris une initiative qu’il faut observer de près. Le général Assimi Goïta, président de la transition, a fait de la formation technologique un axe majeur de sa politique. Il ne s’agit plus seulement d’acheter du matériel militaire ou des équipements étrangers, mais de former des Maliens capables de les entretenir, voire de les fabriquer.
Appliquer cette logique à l’IA, c’est offrir à l’Afrique les outils de sa souveraineté. Sans cela, le continent continuera d’être une colonie numérique, tributaire de technologies qu’il ne comprend qu’à moitié, incapable d’influencer les règles du jeu.
Les trois freins majeurs à surmonter
Mais cette ambition se heurte à trois obstacles majeurs :
- L’absence d’infrastructures
Aujourd’hui, la majorité des données africaines sont stockées à l’étranger. Un continent qui ne maîtrise pas ses données est un continent qui se condamne à l’impuissance. L’IA repose sur l’analyse de données massives ; si ces données sont aux mains d’acteurs étrangers, toute tentative d’autonomie est vouée à l’échec.
- Le déficit de formation
L’Afrique compte trop peu d’ingénieurs spécialisés en IA, et ceux qui émergent sont souvent recrutés par des entreprises étrangères. Sans une politique massive de formation et de rétention des talents, le continent continuera d’importer l’innovation plutôt que de la produire.
- Le problème énergétique
L’IA est gourmande en électricité. Or, 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une énergie fiable. Comment concevoir des centres de calcul performants sans garantir une alimentation électrique stable ? Le développement du numérique africain passera d’abord par une révolution énergétique.
L’Afrique a encore le choix. Celui de l’autonomie technologique ou de la dépendance permanente. Celui d’une révolution subie ou d’une révolution maîtrisée.
Créer ses propres algorithmes, former ses propres experts, protéger ses propres données, investir dans ses propres infrastructures : voilà les conditions d’un réveil africain dans l’ère numérique.
L’histoire est en marche. Reste à savoir si l’Afrique décidera d’en être l’auteur ou le simple figurant.
F. Togola
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