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Le monde au bord du précipice

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Dans un contexte d’escalade militaire impliquant les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, la stratégie internationale attribuée à Donald Trump ravive le spectre d’un monde régi par la force plutôt que par le droit. Une situation qui relance le débat sur la place des peuples dans les décisions de guerre et sur l’avenir de l’ordre mondial.

Le monde vacille, et l’époque semble redécouvrir ses vieux démons. Sous l’ombre portée de Donald Trump, les États‑Unis paraissent renouer avec une vision brutale des relations internationales : celle d’un ordre régi non plus par le droit, mais par la force. Une sorte de retour à l’« état de nature » décrit par le philosophe Thomas Hobbes, où la sécurité n’est jamais garantie et où la méfiance devient la règle.

Plus de 36 000 morts civils dans quatorze guerres rien en 2024

La frappe coordonnée menée le 28 février 2026 par Washington et Israël contre des cibles en Iran — notamment à Téhéran et dans plusieurs centres stratégiques — marque un seuil supplémentaire dans l’escalade. L’opération, mêlant missiles de croisière et saturation aérienne, a été suivie de représailles iraniennes visant des installations militaires américaines et israéliennes dans la région. En quelques heures, la mécanique de dissuasion s’est transformée en spirale d’action-réaction. La logique est de frapper pour prévenir, riposter pour dissuader, escalader pour ne pas perdre la face.

Ce basculement vers une conflictualité permanente se déroule dans un silence quasi-assourdissant des institutions censées préserver l’équilibre mondial. Les organisations internationales, héritières de l’ordre d’après-guerre, semblent paralysées. Comme si les règles construites sur les ruines de 1945 n’étaient plus que des vestiges juridiques face au retour des rapports de puissance.

Or, derrière les démonstrations militaires et les discours martiaux, ce sont rarement les peuples qui décident des guerres, mais presque toujours eux qui les subissent. Une étude publiée en 2024 par Handicap International recensait tortures, violences sexuelles, déplacements forcés ou prises d’otages comme réalités ordinaires des civils dans les conflits contemporains. De son côté, le Conseil de sécurité des Nations unies a comptabilisé plus de 36 000 morts civils dans quatorze guerres rien qu’en 2024. Les chiffres changent et font froid dans le dos, mais la logique reste.

« Comment empêcher les gouvernants de nuire ? »

C’est ici que la pensée de Karl Popper retrouve une brûlante actualité. Pour le philosophe, la démocratie ne se définit pas par la promesse abstraite du bonheur collectif — illusion dangereuse — mais par la capacité des citoyens à renverser pacifiquement leurs dirigeants. Là où ce mécanisme disparaît, commence la tyrannie. Autrement dit, la véritable question politique n’est pas « qui doit gouverner ? », mais « comment empêcher les gouvernants de nuire ? ». Cette question doit se poser avec acuité dans le monde actuel. L’on ne devrait plus se préoccuper de la personnalité dirigeante, mais plutôt s’assurer du maintien des libertés, du protectionnisme de l’Etat afin que les citoyens disposent permanemment du droit de dire « non », sans déstabiliser l’ordre politique. 

Popper insistait sur un point décisif : ceux qui prennent les décisions ne sont presque jamais ceux qui en paient le prix. Si les citoyens étaient réellement associés aux choix majeurs — guerres, sanctions, politiques hostiles — ils hésiteraient davantage à enclencher des processus dont ils seraient les premières victimes. La distance entre décideurs et populations constitue ainsi l’un des moteurs invisibles des conflits modernes.

L’humanité est-elle condamnée à répéter l’histoire

Autre intuition poppérienne, tout aussi actuelle, c’est la dénonciation des récits simplistes et complotistes. Quand les sociétés refusent d’analyser rationnellement leurs problèmes, elles cherchent des coupables plutôt que des causes. La théorie du complot devient alors une arme politique commode. Elle soude un camp, désigne un ennemi et dispense de toute autocritique. Dans un monde saturé d’informations instantanées, cette tentation n’a jamais été aussi forte.

L’escalade entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran n’est donc pas seulement un épisode géopolitique de plus. Elle est le symptôme d’un dérèglement plus profond. L’érosion progressive des garde-fous rationnels qui limitaient autrefois la violence internationale. Quand la diplomatie recule, l’imaginaire guerrier avance.

Reste une question, simple et vertigineuse : l’humanité est-elle condamnée à répéter l’histoire, ou saura-t-elle enfin apprendre d’elle ? Car si le XXe siècle a démontré la capacité des hommes à détruire le monde, le XXIe teste désormais leur volonté — ou leur incapacité — à l’empêcher.

Chiencoro Diarra 


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