Les autorités nigériennes de la transition ont annoncé la libération d’une cinquantaine de personnalités politiques et militaires arrêtées après le coup d’État de juillet 2023. Mais le président renversé Mohamed Bazoum, sa famille et plusieurs figures civiles clés restent détenus. Un pas vers l’apaisement, mais pas encore vers la rupture.
C’est un geste qui, en apparence, ouvre une fenêtre. Mais dont la serrure reste fermée. Le 1er avril au soir, à Niamey, c’est la voix monocorde du secrétaire général du gouvernement, sur fond de drapeau et de sobriété nationale, qui s’est chargée d’annoncer ce que les autorités de la transition appellent une avancée : la remise en liberté d’une cinquantaine de personnalités civiles et militaires arrêtées dans les semaines et mois ayant suivi le coup d’État de juillet 2023, qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir.
Ce que le communiqué officiel ne dit pas
L’annonce n’a rien d’anodin. Le régime de transition cherche à envoyer un signal. Et ce signal a un nom : « recommandations des assises nationales pour la refondation », un rendez-vous politique tenu en février, voulu comme l’acte fondateur du Niger version post-Bazoum.
Pendant de longues minutes, les noms défilent à l’antenne. On y retrouve un mélange hétéroclite de ministres déchus, de figures politiques, d’anciens diplomates, de journalistes et même de militaires impliqués dans d’anciennes tentatives de coup d’État.
Parmi eux : Mahamane Sani Issoufou, ex-ministre du Pétrole et fils de l’ancien président Mahamadou Issoufou (2011-2021), ou encore Kalla Moutari, Ahmed Djidoud et Ibrahim Yacoubou, respectivement anciens titulaires de la Défense, des Finances et de l’Énergie. Tous désormais libres.
Mais ce que le communiqué officiel ne dit pas, c’est ce qu’il tait. Car le nom de Mohamed Bazoum, président renversé et toujours détenu avec son épouse, n’a pas été prononcé. Pas davantage que celui de Moussa Tchangari, figure majeure de la société civile nigérienne, lui aussi maintenu en détention.
Un pas, oui. Mais sur un fil.
Et c’est là que le geste cesse d’être un tournant pour redevenir un calibrage politique : montrer l’ouverture sans céder le cœur du pouvoir. Libérer des voix, sans relâcher la légitimité.
Un début de décrispation ? Peut-être. Mais encadrée, contrôlée, dosée. Car la transition nigérienne, si elle tente aujourd’hui de se donner des habits de réconciliation, n’en reste pas moins une réalité née d’un coup de force militaire, au lendemain duquel les autorités de la transition n’ont jamais rompu avec une logique de défiance envers l’ancien régime, ses proches, et ses soutiens.
Foumakoye Gado, président du PNDS, parti de Mohamed Bazoum, a été libéré.
Mais pas le chef de file lui-même. Le journaliste Ousmane Toudou recouvre la liberté.
Mais pas ceux dont les mots étaient devenus des symboles.
Derrière les libérations, le vrai test reste à venir. La capacité ou non du régime à intégrer ses adversaires dans une trajectoire politique inclusive, au lieu de les neutraliser à travers une gestion au cas par cas des libérations, comme autant de monnaies d’échange. Un pas, oui. Mais sur un fil.
Chiencoro Diarra
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