Les crises au sahel ont des causes profondes. Au cours de la vidéoconférence pour le lancement de la Coalition citoyenne pour le sahel, ce jeudi 16 juillet 2020, Niagalé Bagayoko, présidente de l’African sécurity secteur Network (ASSN), experte sécurité en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, s’est prononcé sur la question.
Les États du Sahel sont perçus comme ayant failli en termes de démocratisation, de décentralisation, de développement, d’urbanisation, de sécurité. C’est ce qui explique la crise multidimensionnelle des pays de cette région, selon Niagalé Bagayoko. Elle estime que ces crises ont pour racine « une remise en cause profonde du modèle d’État qui a été mis en place depuis les indépendances ».
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Ces remises en cause se font sous différentes formes, explique Niagalé. « On s’aperçoit que les protestations prennent différentes formes ». Des rébellions, des mobilisations de type djihadistes, le repli communautaire autour de groupes d’autodéfense, des mouvements de protestations populaires, explique-t-elle. Selon l’experte en sécurité, toutes ces protestations visent à remettre en cause la façon dont les différents groupes se voient protéger par l’État. À l’en croire, tous ces groupes estiment que l’État a manqué à leur donner de l’éducation, une vie meilleure.
Cette analyse conduit la présidente de l’African sécurity secteur Network a signalé qu’« aujourd’hui, travailler sur les causes profondes signifie aussi réfléchir au modèle d’État, au modèle de contrat social auquel on a à faire aujourd’hui et inscrire cela dans une démarche de concertation qui implique bien entendu des États ».
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Au cours de cette visioconférence pour le lancement de la Coalition citoyenne pour le sahel, Niagalé Bagayoko n’a pas pu s’empêcher de se prononcer sur la crise sociopolitique actuelle au Mali. Sur la question, elle déplore : « Il n’est pas possible que des forces de maintien de l’ordre viennent tirer à balles réelles sur des manifestants ». Cette situation l’amène à proposer un renforcement de capacité non seulement des militaires, mais aussi des forces de sécurité. Elle invite à aller au-delà de la formation purement militaire. Car « les formations ne suffisent pas ». Il convient de former les forces armées aux mécanismes d’inspections, au mécanisme de sanction, mais aussi renforcer le rôle d’acteurs extérieurs, a-t-elle suggéré. Outre cela, elle estime que « le renforcement des capacités militaires signifie aussi travailler sur la gouvernance ». Car les détournements de budgets militaires au Mali, au Niger, au Burkina Faso, pendant que des soldats meurent au front tous les jours, ne sont que révélateurs d’une crise de gouvernance dans ces pays.
F.T
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