Le transfert monétaire via le téléphone mobile (mobile money) devient de plus en plus une pratique courante au Mali. Dans le souci de mobiliser l’épargne nationale pour financer des projets d’ordre social, le gouvernement a décidé de retenir un pourcentage sur les transferts mobile money. Parmi les principaux opérateurs qui font le transfert monétaire, un ne s’est pas soumis à cette décision des autorités nationales. Et le gouvernement a décidé de le rappeler à l’ordre.
C’est à travers la décision N° 2026-0001/ MIC-DGCCC du 02 février 2026 que l’opérateur en question a été invité à respecter la mesure de retenue d’1 % sur les transferts monétaires mobiles. Il s’agit de Wave Mobile Money, le dernier des opérateurs arrivés dans le secteur au Mali.
Déséquilibre le marché face aux autres opérateurs
En effet, cet opérateur, contrairement aux deux concurrents, ne s’est pas conformé à la mesure. Par cette décision, la Direction Générale du Commerce de la Consommation et de la Concurrence (DGCCC) reproche à Wave d’avoir absorbé la taxe d’État de 1 % au lieu de la répercuter. Une pratique jugée contraire à la concurrence loyale, entraînant une probable hausse des tarifs pour les utilisateurs.
En termes clairs, la DGCCC estime que le fait pour Wave d’absorber la taxe de 1 % sur les retraits (instaurée en février 2025) déséquilibre le marché face aux autres opérateurs. Pour préserver une concurrence équitable et assurer la stabilité du secteur financier, la DGCCC indique, dans sa décision, que Wave doit cesser de prendre cette taxe en charge, ce qui devrait provoquer une augmentation des frais de retrait pour les clients finaux.
Avec cette décision, les autorités nationales visent à rétablir l’ordre sur le marché du mobile money, où Wave s’est distingué par des tarifs agressifs, mais jugés anticoncurrentiels dans ce contexte précis.
La taxe d’État d’1 %
Le mercredi 05 février 2025, le conseil des ministres a adopté un projet d’ordonnance instituant une contribution spéciale de solidarité et une taxe spéciale sur la consommation de certains biens et services pour le financement des programmes de développement. Il s’agit, entre autres, d’un prélèvement spécifique sur la consommation des services commerciaux des communications téléphoniques et les opérations de retrait dans le cadre des transferts d’argent via le mobile money.
De façon explicite, désormais, sur chaque recharge, par exemple de 1000 francs CFA, le consommateur recevra 900 F sur son compte crédit, soit une retenue de 10 % qui va dans les caisses du Fonds. Concernant les transactions mobile money, le client paiera le double, soit 1 % pour l’opérateur et 1 % pour l’État. À titre d’illustration, les frais de retrait de 10 000 F CFA passent de 100 à 200 F CFA.
Le mobile money en pleine expansion au Mali
D’après Autorité malienne de régulation des télécommunications, des TIC et des postes, il y a 14,5 millions de comptes mobile money au Mali en 2022. Il s’agit d’une croissance de 150 % par rapport aux 5,8 millions de comptes déclarés par les opérateurs en 2017.
Sur la période, le taux de pénétration de l’argent mobile est passé de 31 % à 66 %. L’AMRTP n’explique pas directement cette croissance de l’adoption de l’argent mobile au Mali ces dernières années. Si les plateformes Orange Money et Moov Money sont les plus dynamiques, l’entrée sur le marché de nouveaux acteurs comme Sama Money, Wave, Wizall Money entraîne une concurrence de plus en plus rude.
L’AMRTP reconnaît le mobile money comme un « véritable catalyseur » de l’inclusion financière et des paiements publics. En effet, l’argent mobile a contribué à hauteur de 30 % au taux d’inclusion financière du Mali, qui était de 54 % en 2022, selon les chiffres publiés par le régulateur. En tant que levier important pour le développement de l’économie numérique, le régulateur encourage toutes les initiatives en faveur du développement de ce service.
Wave avait eu maille à partir avec un concurrent au Sénégal
Pris de court par l’offre ultra concurrentielle que propose depuis mai 2020 cette start-up américaine spécialisée dans les transactions à bas coûts, Orange Sénégal a décidé début juin 2020 de lui bloquer la possibilité de distribuer du crédit téléphonique via son application mobile et par code USSD.
« Après plusieurs échanges avec l’opérateur téléphonique, un accord nous permettant de vendre du crédit directement ou par l’intermédiaire d’un grossiste agréé n’a toujours pas été conclu », a ainsi confirmé Wave dans un communiqué publié le 5 juin 2021, annonçant aussi que l’Autorité de régulation des télécoms et des postes (ARTP) a été saisie pour « qu’une décision équitable puisse être prise ». « Wave a dû demander de pouvoir avoir la même commission que le circuit normal de distribution d’Orange et ce dernier a refusé », analyse un bon connaisseur des télécoms sénégalaises.
Wave money s’impose de plus en plus en Afrique
L’origine de Wave Mobile Money remonte à 2018, avec un lancement initial au Sénégal. Contrairement aux services classiques d’Orange ou MTN, Wave n’est pas né d’un opérateur télécom, mais d’une initiative technologique américaine tournée vers l’Afrique.
L’entreprise a été fondée par deux entrepreneurs américains, Drew Durbin et Lincoln Quirk. Avant Wave, ils ont créé Sendwave, une application spécialisée dans les transferts d’argent internationaux vers l’Afrique. Wave Mobile Money est un service de paiement mobile très populaire en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire) qui propose des frais très bas, notamment 1 % pour les transferts. Il permet de déposer, retirer, envoyer de l’argent et payer des factures sans frais de gestion, en utilisant une application ou des codes QR.
Bien que les fondateurs soient américains et l’entreprise enregistrée aux USA, son siège opérationnel est à Dakar, au Sénégal. Depuis 2018, elle s’est étendue à la Côte d’Ivoire (2019/2021), au Mali, au Burkina Faso, au Bénin, à la Gambie, à l’Ouganda et récemment au Cameroun.
À retenir qu’en septembre 2021, Wave est devenue la première « licorne » (entreprise valorisée à plus d’un milliard de dollars) d’Afrique francophone.
Sidi Modibo Coulibaly
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