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Marchés, travail, consommation : pourquoi 2050 sera l’année charnière du Sud global

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Face à l’explosion démographique dans les pays en développement, la création massive d’emplois apparaît comme l’un des défis déterminants du XXIᵉ siècle; selon une analyse publiée initialement par Bloomberg et reprise par la banque mondiale. Entre opportunité économique mondiale et risque d’instabilité, experts et institutions alertent sur l’urgence d’investir dès aujourd’hui pour transformer cette transition en moteur de croissance durable.

Le monde avance sur deux registres simultanés. D’un côté, les chocs rapides — conflits, innovations technologiques, crises financières — captent l’attention médiatique et politique. De l’autre, des forces profondes, lentes mais irréversibles, façonnent l’avenir : évolution démographique, raréfaction des ressources, transformations économiques globales. Ces dynamiques de fond, moins visibles, déterminent pourtant les équilibres du XXIᵉ siècle.

Parmi elles, la poussée démographique dans les pays en développement constitue l’un des phénomènes les plus déterminants. Selon les estimations évoquées lors de rencontres économiques internationales, environ 1,2 milliard de jeunes atteindront l’âge de travailler dans ces États d’ici dix à quinze ans. Or les économies concernées ne devraient créer qu’environ 400 millions d’emplois sur la même période. Le déséquilibre est colossal.

Un défi économique… et sécuritaire

Le déficit d’emplois n’est pas seulement une question sociale ou de développement. Il s’impose désormais comme un enjeu stratégique global. Sans perspectives professionnelles, une jeunesse nombreuse peut alimenter migrations irrégulières, tensions sociales ou instabilité politique.

Lors du dernier Forum économique mondial à Davos, cet enjeu a pourtant été rapidement éclipsé par l’actualité immédiate. Un risque que certains experts jugent préoccupant, alors que d’autres rendez-vous internationaux majeurs — G7, G20 ou conférences de sécurité — devraient, selon eux, replacer la question de l’emploi au centre des priorités.

Face à ce défi, le Groupe de la Banque mondiale défend une stratégie structurée autour de trois axes. Le premier consiste à bâtir des infrastructures solides — énergie, transports, santé, éducation — sans lesquelles aucun tissu économique durable ne peut émerger. L’accent est particulièrement mis sur le capital humain.

À Bhubaneswar, en Inde, un centre de formation soutenu par des partenariats publics-privés forme chaque année près de 38 000 personnes dans des domaines techniques. La quasi-totalité des diplômés trouvent ensuite un emploi ou lancent leur activité, preuve que l’adéquation entre formation et marché du travail demeure déterminante.

Libérer l’initiative privée

Le second pilier repose sur la création d’un environnement favorable à l’entreprise. Des règles claires, une réglementation stable et une justice prévisible constituent les fondations indispensables pour attirer les investissements. Les emplois naissent d’abord de l’initiative entrepreneuriale, en particulier celle des micro-, petites et moyennes entreprises, principales pourvoyeuses de travail dans les économies émergentes.

Le troisième levier vise justement à aider ces entreprises à grandir. Instruments financiers, garanties contre les risques politiques, prises de participation. Ces outils permettent de canaliser les capitaux vers les acteurs locaux. Un exemple récent illustre cette approche.  Une garantie soutenant Banco do Brasil a mobilisé près de 700 millions de dollars de financements accessibles aux petites entreprises, notamment agricoles.

Les analyses convergent vers cinq domaines capables de générer massivement des postes : infrastructures et énergie, agroalimentaire, soins de santé primaires, tourisme et industrie manufacturière à valeur ajoutée. Ces secteurs présentent un potentiel d’absorption de main-d’œuvre élevé et contribuent simultanément à la croissance intérieure.

À l’horizon 2050, plus de 85 % de la population mondiale devrait vivre dans des pays en développement. Cette évolution représente la plus grande expansion de la main-d’œuvre jamais observée, mais aussi l’essor du plus vaste marché de consommateurs de l’histoire.

Un intérêt partagé entre Nord et Sud

Les bénéfices d’une telle dynamique ne concerneraient pas seulement les économies émergentes. Des marchés en croissance deviennent des partenaires commerciaux plus solides, renforcent les chaînes d’approvisionnement mondiales et réduisent les pressions migratoires. Les pays industrialisés ont donc, eux aussi, intérêt à soutenir la création d’emplois ailleurs.

Pour le secteur privé international, l’enjeu est colossal : une population jeune signifie une demande accrue en énergie, infrastructures, alimentation, santé ou logements. Le véritable obstacle n’est pas l’absence d’opportunités, mais le risque — réel ou perçu — associé à ces marchés. C’est précisément là que les institutions de développement jouent un rôle catalyseur.

L’alternative est d’investir maintenant pour transformer cette transition démographique en moteur de prospérité, ou attendre que ses effets négatifs se manifestent sous forme de crises successives. Les grandes mutations historiques ne surgissent pas toujours dans le fracas ; elles avancent souvent à bas bruit.

Ignorer ces forces lentes reviendrait à se focaliser sur l’étincelle tout en négligeant l’incendie qui couve. Comme le rappelait une analyse publiée initialement par Bloomberg, la question n’est plus de savoir si ces tendances façonneront l’avenir, mais si le monde choisira d’en faire une opportunité… ou une menace.

Chiencoro Diarra 


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