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Le coup de force américain au Venezuela ravive les peurs d’un monde sans règles

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Le 3 janvier 2026, l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines a fait l’effet d’un séisme diplomatique. L’opération américaine confirme le retour brutal des logiques impériales et l’affaiblissement d’un multilatéralisme déjà vacillant. Le monde, désormais livré à la loi du plus fort, semble glisser vers ce que le capitaine Ibrahim Traoré appelle « l’hiver noir » : un âge de fer où les puissances redessinent leurs zones d’influence, au mépris du droit international.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines ont lancé une opération d’envergure contre Caracas. Une opération qui se termine par la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. L’annonce, faite triomphalement par Donald Trump sur Truth Social, a sonné comme un coup de tonnerre dans le paysage géopolitique mondial. Le dirigeant américain, revenu à la Maison Blanche un an plus tôt, a salué une « victoire contre le terrorisme et le narcotrafic ». Le chef d’Etat américain place cette intervention sous la bannière de la sécurité nationale.

Washington redessine sa doctrine d’intervention

Au-delà du spectaculaire, cette action unilatérale marque le retour d’une diplomatie américaine de coercition directe. Elle rappelle la capture de Manuel Noriega au Panama en 1990. Avec Maduro désormais détenu par la justice américaine, le Venezuela entre dans une phase d’incertitude politique totale, tandis que l’Amérique latine redoute une nouvelle ère d’instabilité et d’hégémonie américaine.

Depuis plusieurs mois, l’administration Trump avait préparé le terrain : déploiement militaire massif dans les Caraïbes, frappes ciblées contre des infrastructures vénézuéliennes et mise à prix de 50 millions de dollars (plus de 27 milliards 959 millions de FCFA) pour la capture du président. Accusé de « terrorisme lié à la drogue » et de collusion avec les FARC, Maduro était considéré à Washington comme un ennemi prioritaire de la sécurité nationale américaine.

Cette opération relance le débat sur l’unilatéralisme de la politique étrangère américaine, opérant sans mandat onusien ni aval du Congrès. Plusieurs parlementaires américains ont d’ailleurs dénoncé une « violation de la Constitution » et une « militarisation de la justice ». Mais pour Donald Trump, ce coup de force constitue une victoire symbolique majeure à un an de la présidentielle américaine de 2027.

Le retour des politiques de puissance : un signal fort pour l’Afrique

Au-delà de l’Amérique latine, cette démonstration de force résonne jusque sur le continent africain, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023, et qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces États, engagés dans une quête affirmée de souveraineté politique, économique et militaire, pourraient y voir une preuve supplémentaire que le multilatéralisme vacille face au retour brutal des logiques impériales.

Le multilatéralisme est plus en plus malade. Le monde se trouve sur une pente glissante. D’un coté, la Russie et l’Ukraine s’affrontent, sans qu’il ait un espoir d’apaisement. Maintenant, c’est les Etats-unis qui s’en prennent au Zénézuela, au nez et à la barbe des Nations unis sans que personne ne lève le petit doigt. Qui seront les prochains ? La Chine aussi va-t-elle s’en prendre à un pays ? Qu’en est-il de la France ou de l’Allemagne ?

Le monde rétrograde-t-il dans la logique ringarde de la « loi du plus fort » ? Un état de guerre permanente où « l’homme est un loup l’homme ». Bref, assisterait-on à un retour à « l’état de nature » décrit par le philosophe anglais Thomas Hobbes ou plutôt au début d’un nouveau « partage du monde », tel chanté par l’artiste reggae man Tiken Jah Fakoly ? 

Dans son discours d’ouverture à la 2ème session du collège des chefs d’Etat de l’AES, le capitaine Ibrahim Traoré, avait pourtant lancé l’avertissement « l’hiver noir » arrive en Afrique de l’Ouest. « L’hiver noir arrive. Il serait un hiver très froid, un hiver sanglant, un hiver meurtrier. […] L’hiver viendra parce que la guerre se transporte en Afrique de l’Ouest. Les impérialistes font tout pour mettre l’Afrique de l’Ouest à feu et à sang. » A travers cette métaphore dans le sillage du printemps arabe, le nouveau président de la confédération des Etats du sahel aurait vu et compris ce qui se trempe dans les salons de la géopolitique. 

Il faut rappeler les frappes aériennes américaines le 25 décembre 2025, menées contre l’organisation Etat islamique (EI) dans le nord-ouest du Nigeria. Le président Donald Trump a promis de nouvelles attaques si l’organisation continuait de tuer des chrétiens dans le pays. Faut-il donc parler d’ingérence politiques ou plutôt d’un retour de l’humanité à l’âge révolu de la bestialité. 

Ce qui vient de se passer au Venezuela confirme ce que redoutent déjà de nombreux Africains et de citoyens du monde entier : qu’aucun État du Sud n’est à l’abri d’une telle opération, dès lors qu’il remet en cause un ordre mondial dominé par les grandes puissances. Pour les pays de l’AES, qui prônent une diplomatie de non-alignement et une autonomie stratégique face aux anciennes puissances coloniales, le précédent vénézuélien constitue un avertissement. Ces pays doivent davantage travailler de concert pour parer à ce genre d’agression ou de violation de leur souveraineté. 

L’AES, entre solidarité et vigilance stratégique

Depuis 2023, les dirigeants de l’AES — Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani — insistent sur la nécessité d’une souveraineté complète, du contrôle des ressources naturelles à la maîtrise des orientations diplomatiques. L’arrestation de Maduro, figure de résistance face à l’hégémonie occidentale, pourrait renforcer leur conviction que seule une alliance régionale forte peut dissuader toute forme d’ingérence extérieure. C’est pourquoi, prônant son attachement « à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables », le Mali a plaidé, lors du sommet Russie-Afrique, en juillet 2023, à Saint-Pétersbourg, en faveur dune « nouvelle architecture de la sécurité internationale » qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU.  

Aujourd’hui, si Washington peut renverser un président élu en Amérique du Sud, que peuvent faire de petits États africains sans armée unie ni doctrine commune de défense ? Déjà, les États sahéliens renforcent leurs partenariats sécuritaires avec Moscou et cherchent à établir une architecture militaire commune, à travers notamment la création Force unifiée AES, fort de 5000 hommes et dotée d’équipements de pointe, le tout dans un contexte de tension croissante avec les États-Unis, l’Union européenne et certains sponsors régionaux du terrorisme. 

Vers une recomposition des alliances Sud-Sud

L’affaire Maduro pourrait paradoxalement accélérer le rapprochement entre l’Afrique et certains pôles émergents, notamment la Russie, la Chine et l’Iran. Ces pays dénoncent une violation flagrante du droit international et appellent à un nouvel ordre mondial multipolaire. Le Venezuela, longtemps allié des nations africaines anti-impérialistes, pourrait devenir un symbole de solidarité entre les États du Sud face à la coercition occidentale. 

Au-délà de son aspect pratique, cette opération de Trump au Vénézuela se trouve en droite ligne avec sa politique de coup de communication. Il tient surtout à sa présence dans les médias. Pour ce faire, il ne manque aucune occasion. « Toutes les guerres de l’impérialisme commencent d’abord par la communication. », a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré dans son adresse à la nation, le 31 décembre 2025. 

Pour les pays de l’AES, la souveraineté n’est jamais acquise, elle se défend. Et face à la démonstration américaine, qui démontre l’orientation vers un nouvel ordre mondial, le Sahel, en pleine refondation politique, pourrait bien accélérer la construction de son propre modèle de gouvernance — enraciné, endogène et solidaire.

Chiencoro Diarra 


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