Un milliard de francs CFA mobilisés, des projets pour les femmes et les enfants dans tout le pays… mais aussi des irrégularités administratives et financières de plus de 50 millions. Dans son rapport 2022-2025, le Vérificateur général épingle la gestion du Fonds d’Appui à l’Autonomisation de la Femme et à l’Épanouissement de l’Enfant (FAFE). Ce qui révèle les failles d’un dispositif pourtant vital pour l’avenir social du Mali.
Derrière l’acronyme lisse, FAFE — Fonds d’Appui à l’Autonomisation de la Femme et à l’Épanouissement de l’Enfant — se cache une ambition immense : donner aux femmes et aux enfants du Mali des leviers économiques et sociaux pour briser le cercle de la pauvreté. Créé en 2012, rattaché au ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, il devait être l’instrument phare de la politique genre et jeunesse. Mais voilà que le rapport publié en août 2025 par le Bureau du Vérificateur général (BVG) dresse un tableau contrasté, entre acquis tangibles et dérives préoccupantes.
Les chiffres d’abord
Sur la période 2022-2025 (au 31 janvier), le FAFE a mobilisé plus d’un milliard de francs CFA, dont 888 millions provenant du budget national et 134 millions des partenaires techniques et financiers. Dix-neuf ONG ont été sélectionnées pour déployer ces ressources dans onze régions du pays, de Kayes à Kidal en passant par Bamako. Objectifs : financer l’entrepreneuriat féminin, renforcer le leadership politique des femmes, et accompagner la réinsertion des enfants en difficulté.
Les ombres au tableau
Mais le Vérificateur général pointe des irrégularités administratives. Un Comité de pilotage qui ne s’est réuni que deux fois en trois ans au lieu des six sessions prévues, une Cellule technique qui s’arroge la sélection des fournisseurs à la place des ONG, et l’absence d’évaluations à mi-parcours des projets. Autant de manquements qui fragilisent la transparence et le suivi des actions.
S’y ajoutent des irrégularités financières évaluées à 50,6 millions de francs CFA. En cause : des marchés non enregistrés au fisc, régularisés partiellement, et surtout un dépôt à terme (DAT) de 50 millions de francs CFA consentis en 2022 au SFD Nyogondeme Soba qui n’a pas été remboursé à échéance en septembre 2024. Pire, les intérêts annuels dus (3,5 %) et les pénalités de retard n’ont pas été intégralement acquittés. Le BVG a saisi le procureur du Pôle économique et financier, indique-t-on dans le rapport.
Entre ambitions et réalités
Le rapport n’est pourtant pas qu’un réquisitoire. Il rappelle l’importance stratégique du FAFE dans un pays où les femmes représentent plus de la moitié de la population active et où les enfants constituent l’avenir d’une nation sous pression démographique. Des centaines de projets financés dans les régions rurales, des formations dispensées, des initiatives économiques accompagnées témoignent que le mécanisme peut fonctionner, à condition de corriger ses failles de gouvernance.
Le Vérificateur recommande la tenue régulière des sessions du Comité de pilotage, le respect des procédures de passation par les ONG, et des évaluations systématiques en cours de convention. En clair, il s’agit de remettre de la rigueur dans la gestion pour restaurer la confiance des partenaires et éviter que les fonds destinés aux plus vulnérables ne se diluent dans les sables du clientélisme ou de la négligence.
Un test politique
Au-delà du FAFE, ce rapport s’inscrit dans le chantier plus vaste de la refondation de l’État malien. À l’heure où Bamako proclame haut et fort sa volonté de souveraineté et d’autonomie, la transparence dans l’utilisation des ressources publiques devient un test de crédibilité, tant vis-à-vis des citoyens que des bailleurs internationaux. Le dossier du FAFE, par son objet — femmes et enfants — est hautement symbolique. Il incarne l’avenir social du pays.
Le Mali avance sur un fil : entre l’affirmation de politiques sociales ambitieuses et la persistance de pratiques administratives défaillantes. Le rapport du Vérificateur général, par sa précision et sa sévérité, n’est pas seulement un diagnostic technique; il sonne comme une alerte politique.
A.D
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