La gouvernance au Mali devient de plus en plus problématique. À chaque dirigeant son problème. Dans ce réductionnisme, la stabilité et le développement risquent de rester en plan.
La crise éducative, sécuritaire, politique, sociale, économique, sanitaire, la mauvaise gouvernance, sont autant de maux attribués à Ibrahim Boubacar Keïta et son régime. Le chef d’État est la cible de toutes les colères du peuple malien qui ne demande finalement que sa tête. Car comme le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) l’a si bien mentionné dans son communiqué de presse du samedi 20 juin 2020, IBK est « le seul et unique responsable » de ces crises.
Face à cette poussée de colère populaire, on a envie de se demander comment sommes-nous arrivés à ce point ?
Cumul des souffrances
Nous dirons que les souffrances cumulées explosent le plus souvent en produisant des bruits d’engins explosifs. Les différentes crises étant liées les unes aux autres ont fini par engendrer comme conséquence la cherté de la vie dans un contexte où la plupart de la population active vivent en chômage.
Dans ce contexte, l’aveuglement empêche de faire usage de la raison. Ce qui nous fait tomber dans le réductionnisme. Le peuple résume tous ses maux à un seul et unique aspect. Il pense alors qu’en enlevant ce qu’il considère comme l’obstacle cardinal, il accèdera ipso facto au bonheur tant souhaité.
Au Mali, IBK est le souffre-douleur des souffrances d’un peuple en mal de vivre. Les contestateurs tiennent le président de la République comme le véritable responsable de toutes les crises que traverse le pays.
Tirer les leçons du passé
Ce réductionnisme laisse voir l’insuffisance de la mémoire du peuple qui ne tire pas des leçons du passé. La colère populaire a détrôné Soumeylou Boubeye Maiga, alors Premier ministre, qui avait été tenu pour responsable de tous les maux du Mali en son temps. Avant le « Tigre », nous savons ce qui a entrainé le coup d’État militaire contre Amadou Toumani Touré, communément appelé ATT, en 2012. Cet ex-président avait même été qualifié de « rebelle en chef » en raison de l’aggravation de la situation sécuritaire.
De 2012 à nos jours, les maux ne font pourtant que s’aggraver. Aucun président n’est épargné. L’histoire politique même du Mali est jalonnée de ces contestations populaires qui entraînent dans la plupart des cas la chute des régimes en place. Ce phénomène n’a ni épargné Modibo Keïta, ni Moussa Traoré. Le seul qui a pu réussir à se sauver la peau a été Alpha Oumar Konaré. Pourtant aujourd’hui nombreux sont les quelques intellectuels qui estiment que tous les maux, notamment la crise éducative, remontent à cet enseignant de formation et de profession.
Si le peuple malien était sage, il aurait tiré des leçons de ces anciennes situations. Car après chaque renversement, le peuple vit dans le remords.
La vague de protestation qui fait gronder les rues de la capitale malienne depuis près d’un mois, si elle venait à réussir, le peuple pourrait bien s’attendre à vivre dans les mêmes remords.
Togola
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