Dans son adresse à la Nation du 31 décembre 2025, le capitaine Ibrahim Traoré a placé la réforme de la justice au cœur de son bilan et de ses priorités pour 2026. Pour le chef de l’État burkinabè, « aucune nation ne peut se développer dans l’injustice ». Il estime que les tensions sociales et les conflits qui fragilisent la cohésion nationale trouvent souvent leurs racines dans un système judiciaire perçu comme éloigné des citoyens.
L’année 2025 aura ainsi marqué le début d’une restructuration profonde du système judiciaire, amorcée par la refonte du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), désormais ouvert à des personnalités non magistrates. L’objectif, selon le président du Faso, est de « transformer totalement la justice » pour la rendre plus accessible et plus ancrée dans les réalités locales.
Vers une justice enracinée dans les valeurs endogènes
Le capitaine Traoré souhaite rompre avec ce qu’il appelle une justice « importée ». Dans son discours, il a défendu l’intégration des modes traditionnels de règlement des conflits, estimant qu’ils offrent des solutions plus adaptées à la société burkinabè. « Nous devons revenir à nos sources », a-t-il déclaré, avant d’annoncer qu’en 2026 il y aura une implantation effective de tribunaux traditionnels destinés à résoudre à l’amiable les différends communautaires.
Cette réforme entend s’appuyer sur les valeurs ancestrales de cohésion et de médiation qui, selon lui, doivent compléter les institutions modernes. Une telle démarche illustre la volonté du régime de « refonder » l’État à partir de référents culturels et communautaires, tout en cherchant à renforcer la légitimité de la justice aux yeux des populations.
La réinsertion et la digitalisation au service de la cohésion
Le président burkinabè a également évoqué une autre innovation : la réinsertion sociale des détenus. Après une phase expérimentale en 2025, le programme sera élargi cette année. Les prisonniers seront encouragés à apprendre un métier et à contribuer à des travaux de reconstruction nationale. « Que vous soyez libres ou en détention, vous devez participer à la construction du pays », a lancé Ibrahim Traoré, affirmant vouloir « une justice qui ne laisse personne en marge ». Dans la même dynamique, il affirme: « En 2026, nous allons faire en sorte que les prisonniers puissent connaître une reconversion. »,
Enfin, le chef de l’État a annoncé la digitalisation progressive des procédures judiciaires, pour permettre aux citoyens d’accéder à distance à des services et documents officiels. Cette modernisation vise à réduire les lenteurs administratives et à lutter contre la corruption dans les tribunaux, souvent concentrés dans les grandes villes.
Vers une administration plus proche des citoyens
Dans la continuité de sa vision de refondation, le capitaine Ibrahim Traoré a également insisté sur la digitalisation de l’administration, qu’il considère comme un instrument central de la transparence et de la bonne gouvernance. « Aucune lutte contre la corruption n’est possible sans la digitalisation », a-t-il déclaré, annonçant un vaste programme quinquennal visant à moderniser l’État et à positionner le Burkina Faso comme un modèle régional en matière de technologie publique. Le pays a déjà franchi une étape majeure avec l’acquisition de ses premiers data centers nationaux, destinés à héberger localement les applications conçues par les ingénieurs burkinabè. La dématérialisation progressive des services administratifs est en marche. Ce qui permettra aux citoyens d’accéder à distance à un nombre croissant de procédures.
Pour accompagner cette transformation numérique, le gouvernement prévoit la construction de Maisons du citoyen dans les chefs-lieux de province et jusqu’au niveau départemental à partir de 2026. Ces espaces, véritables guichets numériques de proximité, seront destinés à aider les usagers peu familiers avec les outils informatiques à accéder aux plateformes administratives. Cette démarche vise à réduire les inégalités d’accès aux services publics, tout en renforçant la lutte contre la fraude et les abus.
Par ces réformes, Ibrahim Traoré entend bâtir une justice burkinabè à visage humain, conjuguant valeurs traditionnelles, réinsertion sociale et innovations numériques — un pilier, selon lui, indispensable pour restaurer la cohésion nationale et refonder durablement l’État.
Chiencoro Diarra
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