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Côte d’Ivoire : le succès planétaire de Tam Sir « Coup du Marteau » suspendu par la justice pour litige sur les droits d’auteur

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L’un des plus grands succès musicaux africains récents, Coup du Marteau de Tam Sir, vient d’être frappé d’une interdiction de diffusion en Côte d’Ivoire, le 24 décembre 2025. Un différend judiciaire oppose le beatmaker à ses anciens collaborateurs du collectif Team Paiya, qui l’accusent de s’être attribué seul la paternité du morceau. Une affaire symptomatique des fragilités juridiques du show-business africain.

Rien ne semblait pouvoir freiner l’ascension de Coup du Marteau, hymne viral de la Coupe d’Afrique des Nations 2023 en Côte d’Ivoire. Sorti en décembre 2023, le titre signé Tam Sir, beatmaker de 26 ans d’origine ivoiro-camerounaise et sénégalaise, a battu tous les records : disque de platine en France et triple disque de diamant en Afrique francophone, plus de 158 millions de vues sur YouTube et des millions d’écoutes sur les plateformes de streaming.

Mais derrière le succès planétaire, une bataille juridique se prépare depuis des mois. Les membres du groupe Team Paiya, apparus dans le clip et présents lors de la production du morceau, affirment avoir été exclus des bénéfices et de la reconnaissance officielle.

La paternité du tube contestée

Le cœur du conflit réside dans la déclaration faite auprès du BURIDA, l’organisme ivoirien de gestion des droits d’auteur. Tam Sir s’y serait enregistré comme seul auteur et compositeur de la chanson, captant ainsi la quasi-totalité des revenus générés.

Les membres de Team Paiya, dont Ste Milano, Zagba le Requin et Noukou Loba, soutiennent au contraire avoir contribué à la composition, à l’interprétation et à la promotion du titre. Selon leurs avocats, la répartition des recettes aurait été « disproportionnée », Tam Sir percevant près de 87 % des gains contre seulement 13 % pour l’ensemble du groupe.

« Je pense qu’il n’a pas déclaré nos noms à la Sacem [Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, société française de gestion des droits d’auteur] », regrette Samo, l’un des membres du groupe, sur un plateau d’émissions.  

Le verdict : suspension immédiate du titre

Le 3 janvier 2026, le juge des référés du tribunal d’Abidjan a donné raison aux plaignants. Dans une décision inédite, la justice a ordonné la suspension immédiate de la diffusion du morceau sur tout le territoire ivoirien : radios, télévisions, plateformes numériques et lieux publics inclus.

Tam Sir dispose de peu de marge de manœuvre. Chaque jour de retard dans l’exécution de la décision entraîne une astreinte de 100 000 francs CFA (environ 150 euros). Le coût financier pourrait rapidement devenir considérable.

Cette mesure, qui s’applique à l’artiste à ses propres frais, est rare dans le monde du divertissement africain et marque une volonté claire des autorités judiciaires de protéger les droits collectifs des créateurs.

Tam Sir, pour sa part, soutient qu’il est le concepteur principal du projet et qu’il a légitimement déposé l’œuvre à son nom, estimant que la contribution des autres membres ne justifiait pas un partage équitable des droits.

Selon son entourage, le producteur invoque l’existence d’un contrat d’édition et d’une structure distincte de production qui lui conférerait la pleine titularité du morceau. Des arguments que le tribunal n’a pas retenus à ce stade.

Un enjeu financier colossal

Les revenus générés par Coup du Marteau sont évalués à plusieurs dizaines de millions de francs CFA, sans compter les cachets d’apparition, les droits de diffusion et les contrats publicitaires associés.

Pour les membres de Team Paiya, l’affaire dépasse le simple partage de revenus. Il s’agit d’un combat pour la reconnaissance dans une industrie encore marquée par des zones d’ombre juridiques.

Cette décision judiciaire crée un précédent important dans le paysage musical africain. Elle met en lumière la nécessité pour les artistes et producteurs de formaliser leurs collaborations à travers des contrats clairs, définissant les droits et obligations de chacun.

Dans une industrie où la création collective est fréquente mais rarement encadrée, le cas Coup du Marteau agit comme le rappel fracassant que le succès ne protège pas du droit.

L’affaire, désormais renvoyée devant le tribunal pour un jugement au fond, pourrait redéfinir la jurisprudence en matière de propriété intellectuelle musicale en Afrique francophone.

A.D


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