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Migration et proxenetisme OK
Enquête

[Enquête] Migration et proxénétisme au Mali: elles ont échappé à l’enfer !

by Sahel Tribune 8 décembre 2020
written by Sahel Tribune 14 minutes read

Vendues contre leur gré, des migrantes ont réussi à s’échapper des griffes des réseaux criminels de proxénétisme. Désormais libres, ces survivantes livrent des témoignages poignants de leur traversée du désert.    

Le Bureau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Mali a eu à traiter en 2017, 260 cas de jeunes filles victimes d’exploitation sexuelle dont 238 originaires du Nigéria. En 2018, l’Organisation a assisté 188 femmes victimes de traite. Une aide qui s’est élargie à plus de 500 femmes en 2019. L’intervention de l’OIM, explique un agent de son l’Unité de Protection, consiste à fournir à ces femmes et filles un abri, de la nourriture, des vêtements, des soins médicaux et psychosociaux sans oublier le retour dans leurs pays pour celles qui souhaitent.

De janvier à août 2020, les centres d’hébergement de l’Association Jeunesse et Développement du Mali (AJDM), une association très active dans le domaine de la Protection des enfants vulnérables (filles migrantes, vendeuses ambulantes et aides ménagères) ont accueilli 1.104 femmes victimes d’exploitation sexuelle. D’après Soumah Doumbia, responsable à l’AJDM, ces femmes viennent de la Centrafrique, de la Sierre Leone, du Libéria, du Cameroun, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry, de la Gambie et du Nigeria.

Face à ce fléau, l’association War Against Human Traffinking (WATH) s’active. Spécialisée dans la lutte contre le trafic des humains, elle intervient exclusivement lorsqu’il s’agit de migrantes victimes de trafic, notamment celles enrôlées par les réseaux de proxénétisme.

Selon son Président, Amara Cissé, la WATH a procédé, en 2019, au rapatriement de 324 filles et sauvé plus de 1.000 filles victimes de réseaux de proxénétisme. En janvier 2020, 64 femmes ont été rapatriées avec le concours de l’OIM contre 109 au mois de juillet, suite à l’ouverture des frontières. Actuellement, selon Amara Cissé, 20 victimes de réseaux de proxénétisme sont en attente d’être rapatriés par l’association.

Le dernier départ organisé par WATH a eu lieu le 9 octobre dernier et concerne 3 jeunes filles nigérianes rapatriées par voie terrestre. «Le départ est volontaire» fait savoir le Président de WATH en reconnaissant un ralentissement dans les activités notamment le retour des victimes vers leurs pays du fait de la Covid 19. Le dénominateur commun de toutes ces jeunes filles est qu’elles ont tirées des griffes des individus qui les obligeaient à se vendre.

Migration et proxénétisme
Image d’illustration. Une Jeune fille victime de trafic d’êtres humains échappe à ses géôliers grâce à l’OIM. Crédit photo: Chacka Doumbia

Tout comme les 64 migrantes victimes de traite et de trafic d’être humain secourues par le Bureau national de l’Interpol du Mali sur plusieurs sites miniers et des domiciles. C’était du 3 au 11 octobre 2019. Cette opération a été baptisée «Horonya» qui signifie en langue nationale (bambara, Ndlr) « Liberté ». Selon un communiqué de presse publié par le Siège de l’Interpol basé à Lyon, en France, « des femmes et des filles ont été délivrées de l’exploitation sexuelle et du travail forcé dans le secteur minier ».

Ayant participé à cette opération en qualité de chef de la recherche de la Brigade chargée de la protection de l’enfance et des mœurs, le commandant de police Souleymane Niampougui nous a raconté le cas d’un couple burkinabé proxénète, propriétaire d’un bar sur un site d’orpaillage dans le cercle de Kangaba vers la frontière guinéenne. Piégées par ce couple, trois filles burkinabés leur devait chacune la somme d’un million de FCFA. Au moment de l’opération d’arrestation des proxénètes, explique l’officier de police judiciaire, la première fille avait déjà payé 800. 000 FCFA, la deuxième 550. 000 FCFA et la troisième 625. 000 FCFA. 

Vendues contre leur gré, les migrantes sont de plus en plus nombreuses à s’échapper des griffes des réseaux criminels de proxénétisme. Ces survivantes donnent des témoignages poignants sur leur traversée du désert.

La promesse de Precious d’obtenir un emploi bien rémunéré au Mali en quittant son Nigéria natal s’est transformée en exploitation sexuelle. Elle a été contrainte de se livrer aux hommes pendant un an, dans des hôtels. Arrêtée par une patrouille de la police malienne, elle appela en vain sa patronne qui refusa de venir à son secours. Après quelques heures de garde à vue, elle a été hébergée à l’AJDM dans le cadre d’un partenariat avec l’OIM qui a organisé son retour au pays.

Agée de 17 ans, Esther a mordu à l’hameçon d’un homme qui l’a convaincu d’abandonner son travail de coiffeuse au Nigéria pour un meilleur job à Bamako. Sur place, elle découvre la supercherie. La mineure doit se prostituer au compte d’un homme. Déterminée à retrouver sa dignité, elle parvient à s’échapper avec d’autres filles. «Je voudrais retourner à l’école et commencer de nouveaux projets au Nigeria», déclare-t-elle.

«N’essayez pas le voyage que j’ai effectué»

Patience a accepté les offres d’un recruteur qui se faisait appeler Joy. Elle va alors transiter par Cotonou, au Bénin, en compagnie de 6 autres filles avant de rejoindre Kokoyo, un site aurifère situé dans la région de Kayes, au nord-ouest du pays. Selon les explications du proxénète, les mineures, dont Patience, devaient aller à Dubaï pour un «emploi de rêve ». A leur arrivée, elles découvrent qu’elles vont devoir se prostituer.

Au bout de cinq (5) jours de travail, Patience parviendra à s’échapper en compagnie de trois autres filles, la peur au ventre. «Si Madame connaît notre plan d’évasion, elle nous tuera probablement» souligne-elle avant d’y parvenir. Dans leur fuite, ces jeunes migrantes ont reçu le précieux appui d’une association villageoise  appelée «Tomboloma» qui assure la police sur des sites d’orpaillage.

Après avoir erré à Bamako, la capitale malienne, les quatre filles vont retrouver l’Ambassade du Nigéria où elles seront prises en charge par l’OIM. Très contente d’avoir aujourd’hui retrouver son honneur et sa dignité, Patience conseille ses sœurs qui veulent tenter l’aventure : «Mon conseil pour les filles est qu’il n’y a pas de meilleur endroit comme la maison. N’essayez pas le voyage que j’ai effectué. J’ai été exploitée par des gens. Ils m’ont forcée à faire des choses que je n’aime pas. Heureusement, je suis de retour à la maison en sécurité».

«Le plus important est que je sois toujours vivante»

Agée de 18 ans, Micha, étudiante dans une école de danse, a cru en une promesse d’un emploi rémunéré à 400. 000 FCFA par mois. Séduite par un tel salaire mensuel, cette orpheline de mère, abandonnée par son père, n’a pas hésité à quitter sa sœur et sa grand’mère. Elle a quitté Lagos pour transiter par Cotonou. Micha a croisé le chemin de Loveth, une de ses compatriotes. Les deux filles vont alors recevoir une forte somme d’argent destinée à faciliter leur voyage de la part de leur patronne.

Micha et Loveth continuent leur périple jusqu’à Kéniéba, une zone aurifère de la région de Kayes où elles seront remises à une femme, gérante de bar. Surprise ! Leur tutrice dévoile les dessous de leur voyage. En lieu et place d’un emploi bien rémunéré, elles doivent faire la prostitution pour payer la bagatelle de 2 millions FCFA à celle que tout le monde appelle ‘’Madame’’. Les jeunes filles refusent de céder. Elles sont alors enfermées pendant presque une semaine, subissant des brimades et autres privations, y compris de nourritures. Forcées ensuite de se prostituer avec une obligation de résultats, chacune doit faire une recette journalière d’au moins 20. 000 FCFA.

Dans ce cycle de prostitution, Loveth tombe enceinte. Sa patronne décide qu’elle avorte et fixe la date. Avant le jour J, Loveth et son amie s’échappent pour venir à Bamako et se cachent dans un endroit sûr dans la ville minière pour ne pas être rattrapées par les hommes de «Madame» lancés à leurs trousses. Après tant de difficultés, elles sont recueillies par le Consulat du Nigeria et prises en charge par l’OIM. Avec courage, elles racontent leurs histoires. «Je vis une vie libre depuis que l’ambassade du Nigéria m’a amenée dans ce centre. Je suis tellement reconnaissante aujourd’hui pour l’aide et l’assistance que j’ai reçues ! Le plus important est que je sois toujours vivante. J’espère rentrer très bientôt chez moi, et j’aimerais empêcher d’autres filles d’aller en aventure dans un pays inconnu, sans repère. Je veux retourner à l’école, mais je veux commencer par une entreprise», confie Micha aux agents de l’Unité de protection de l’OIM.  

«Je ne suis pas prête à exercer ce métier»  

Ogome Bella a été sollicitée par un jeune homme du nom de N’Galama pour un travail au Mali. Elle effectue le voyage avec sa copine du nom de Junior. Le nommé N’Galama confie alors les deux filles à une autre personne Omo Yoroba qui les conduit à Diboli, une ville malienne frontalière avec le Sénégal. «Après les salutations et présentations, Omo Yoroba a remis nos documents de voyage à notre logeuse. Au cours de nos échanges, la dame Fina nous a fait savoir que nous sommes venues dans le cadre de la prostitution et que nous devrons chacune payer la somme d’un million cinq cent milles francs (1 500 000 FCFA) », raconte la pauvre Ogome. Elle ajoute : «Ne pouvant rien faire, j’ai accepté et j’ai commencé à travailler le même jour».

Après trois mois à Diboli, elle est transférée à Kayes pour être confiée à Sofia. «Trois mois après, Fina suite au décès de sa mère, en partant au Nigéria, m’a amenée à Kayes chez Sofia à qui, je devrais continuer à verser régulièrement son argent jusqu’à épuisement du montant. Dès lors, je suis logée chez Sofia et chaque soir, je vais à l’auberge Tounka pour mener mes activités comme les autres filles nigérianes. Mes documents de voyage se trouvent avec la patronne Fina qui est actuellement au Nigéria. Je veux seulement mes documents de voyage et mon transport pour retourner au Nigéria car je ne suis pas prête à exercer ce métier », confie Ogome au Commissariat de Police du 1er arrondissement de Kayes.

De toutes celles-ci, le cas de Mimido est le plus préoccupant. Elle a été vendue à une dame par un homme du nom d’Akimi sans autre précision de sa part. Pendant un an, elle s’est prostituée sur un site d’orpaillage à Farako au sud du Mali et reversait l’argent à sa patronne. Laquelle n’hésitera pas à l’abandonner quand elle tomba malade. Complètement défigurée aujourd’hui, Mimido suit un traitement grâce à l’association WATH qui a, par ailleurs, lancé une procédure de recherche pour parvenir à l’arrestation de son ancienne patronne. Quand elle manipule son téléphone pour nous montrer quelques photos avant son voyage au Mali, la jeune dame, ravagée par la tristesse et la déception, ne peut s’empêcher de verser des larmes.

«Nous récupérons les filles dans un état mental lamentable», explique Amara Cissé. Le responsable de WATH déplore également les cas de grossesses non désirées : «Au cours de cette année, quatre filles ont accouché dans notre centre…. elles tombent enceinte sans se rendre compte. On a des bébés qui grandissent ici ».

Ancien responsable de la Communication et de Plaidoyer d’Aracem (Association des refoulés d’Afrique centrale au Mali), Pierre Yossa est actuellement consultant en migration et Président du Groupe de recherche et d’actions sur les migrations (GRAM, Ndlr).

Sur 10 filles victimes d’exploitation sexuelle, neuf (9) présentent des signes de traumatisme, selon Pierre Yossa. «Même s’ils ne sont pas visibles, ces signes peuvent se révéler dans quelques années», indique-t-il. Les enfants constituent des victimes collatérales, a fait savoir le consultant en migration. A l’en croire, ces filles n’ont qu’un seul souhait : retrouver une vie normale. 

Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger


Encadré : la miraculée Morgan

Morgan S. est une miraculée qui a réussi à s’échapper des griffes des proxénètes qui voulaient la contraindre à la prostitution au Mali. Elle a été prise en charge par l’OIM-Mali à travers son Unité de Protection.

Agée de 30 ans, elle est de nationalité nigériane. Morgan S était à la recherche d’une meilleure condition de vie quand elle est approchée par une dame qui accepte de financer son voyage sur Bamako pour travailler dans un salon de beauté avec un salaire mensuel variant entre 300 000 et 400 000 FCFA.

A sa grande surprise, elle ne s’arrête pas à Bamako. Car, dans la capitale, elles prennent la direction de Kayes en compagnie de 3 autres filles et d’un homme. Déboussolée, elle pose la question à son accompagnateur : « Pourquoi on ne reste pas à Bamako ? » L’homme lui répond : « ma mission est de vous escorter à Kayes».

A ce moment précis, la déception apparut sur le visage de celle qui rêvait de bosser dans un salon de beauté dans la ville des trois caïmans. Cette déception sera encore plus grande lorsqu’elle sera déposée dans un petit bâtiment isolé sur un site d’orpaillage artisanal. Là se trouvaient d’autres jeunes filles. Elle donne des détails : «Une dame nous a accueillies et nous a expliqué à chacune qu’on devait se prostituer pour rembourser les frais de voyage (1. 200. 000 FCFA) qu’elle avait déboursés pour nous transporter au Mali. J’ai immédiatement décliné l’offre et 3 personnes m’ont frappée à coups de fouet. Les autres filles avaient trop peur et ont accepté la proposition de la dame. J’ai répondu que j’avais ma dignité à respecter. Elle a alors confisqué mon passeport et ne me donnait ni à boire ni à manger. Quelques filles m’aidaient à me nourrir. Grâce à cette solidarité, j’ai pu reprendre des forces et j’ai décidé de quitter les lieux».

Morgan S a bravé les menaces de la proxénète en prenant la fuite. Dans sa fuite, elle a été recueillie par un cultivateur qui accepta de l’héberger. Elle y passa un mois à aider les femmes dans leurs travaux ménagers avant de rejoindre la capitale malienne. Très attachée à la religion, elle souligne : « Je suis une femme et c’est au plus profond de mon désespoir et de ma peine que j’ai pu trouver la force pour m’extirper de cette situation et dire non à la prostitution. Je n’accepterai jamais en tant que femme que mon corps soit exploité au profit d’autrui et à des fins commerciales».

Ses conseils aux parents et aux jeunes filles : «Chères mères et sœurs, ne laissez pas vos enfants sortir ou fréquenter des inconnus. Pensez à mettre l’accent sur leur éducation. Ne soyez pas tentés de donner vos enfants à des employeurs mal intentionnés sous le prétexte de la pauvreté, elles seront exposées à plusieurs types de dangers. Gardez vos enfants auprès de vous et protégez-les, mettez tout en œuvre pour garantir leur croissance dans un environnement sain et sécurisé».

C D


Note de la rédaction

Cet article est la deuxième partie d’une vaste enquête sur les réseaux de prostitution de femmes migrantes au Mali, réalisée dans le cadre du projet «Autonomiser les jeunes en Afrique à travers les médias et la communication ». Mis en œuvre par l’UNESCO dans huit pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée-Conakry, le Mali, le Niger, le Nigeria et le Sénégal), ce projet est financé par le ministère italien des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale (MAECI) et l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS). Il  vise à donner aux jeunes garçons et filles les moyens de prendre des décisions éclairées sur les questions migratoires grâce à un meilleur accès à une information de qualité. En conséquence, le projet contribue à renforcer la capacité des professionnels des médias de la sous-région à rendre compte de la migration tout en promouvant des normes et bonnes pratiques en matière de droits de l’homme et des approches sexospécifiques et inclusives en matière de couverture de la migration dans les pays ciblés.

L’enquête est l’aboutissement d’un parcours de formation sur les techniques de journalisme d’investigation en lien avec la migration, qui a bénéficié à plus d’une centaine de journalistes, et d’un appui au travail de terrain. Cette initiative rentre par ailleurs dans le cadre du «Plan d’Action des Nations-Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité », mis en œuvre par l’UNESCO.

8 décembre 2020 1 comment
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Ismaila Samba Traore fondateur des editions La Sahelienne Mali
Opinion

[Tribune] Les écrivains entre périls et colère

by Sahel Tribune 8 décembre 2020
written by Sahel Tribune 6 minutes read

En ces temps de grande fragilisation pour le Mali, notre conviction est que notre pays, pour se relever, doit débattre, tout mettre à plat, s’écouter, accepter les conclusions issues de la synthèse. Dans ce cadre, le rôle des écrits et des écrivains n’est pas négligeable.

Nous sommes, nous écrivains, les observateurs critiques de nos sociétés, regards aigus, aussi pénétrant que possible, pour rapporter les vécus, décrypter les valeurs fondamentales et les transmettre, dénoncer l’immobilisme social et politique, la fatalité, la stagnation. En cela, nous œuvrons au réarmement moral.

Par écrivains, nous ne parlons pas des francophonesseuls, mais de l’ensemble des auteurs du patrimoine malien. On ne peut évoquer les bibliographies maliennes et même africaines sans mentionner les écrits et bibliothèques familiales dont Tombouctou et Djenné sont les porte-flambeaux.

Un écrivain malien de 75 ans m’a confié récemment :

« Vous êtes président d’un collectif d’écrivains reconnu. Faites quelque chose pour que les écrivains soient honorés par des décorations… Ka baarakè, ka sebennikè, ka sa ten, sans reconnaissance, alors que partout dans le monde, écrivain est un statut prestigieux. Honoré. »

Comme il a raison, ce doyen. Tant de métiers et filières sont honorés par les ordres nationaux, des chansonniers aux prédicateurs de banlieue, la liste est longue. Nous disons donc, regardez donc en direction des façonneurs de conscience ! L’écrivain est au service d’un schéma peu visible mais combien vital, car il sert un projet de société salvateur : porter la pensée d’une époque, faire avancer la réflexion et le sens critique, servir l’intelligence, construire les patrimoines, produire les savoirs éducatifs et les transmettre.

C’est pour cela que la colère couve dans la famille du livre. Elle pourrait, devrait prendre la forme d’une révolte, plaçant les acteurs culturels dans un devoir d’interpellation. Au nom de la pensée critique. Contre la mauvaise gouvernance des affaires éducatives et culturelles qui frappe de plein pied les professions, privant votre enfant, nos enfants, d’un des outils indispensables aux apprentissages, à savoir le livre.

Les écrivains nous apparaissent comme des transcripteurs des mémoires menacées de disparition, des passeurs des savoirs, de la singularité et de l’inter culturalité, des penseurs qui s’adressent à l’Afrique, qui l’aident à réfléchir, à penser, qui se battent pour que le continent ne soit pas le consommateur passif des concepts créés par les autres.

Disant cela, je ne pense pas seulement aux littéraires, mais aussi aux essayistes, et au-delà aux artistes, aux opérateurs culturels, à tous ceux qui, toutes disciplines confondues, traduisent l’Afrique. Nos sociétés, partie prenante dans le monde, ne participent pas assez aux réseaux mondiaux de production et de diffusion des contenus à caractère culturel, éducatif, scientifique, etc. Nous ne contrôlons même pas ce qui fait notre image.

La filière du livre au Mali est tributaire d’un contexte. Éditeurs et écrivains sont en effet des penseurs, des opérateurs privés d’une filière qui, pour atteindre ses objectifs, a besoin que soient élaborées et conduites des politiques publiques adéquates. On entend tous les jours cette formule : « nous sommes une société d’oralité. On ne lit pas, on parle, on raconte. » En somme une société de la grande palabre ! Ceux qui véhiculent ces lieux communs prolongent sans le savoir les préjugés coloniaux visant à déconsidérer les sociétés dominées. L’on oublie volontiers que toutes les communautés humaines fonctionnent à l’oralité. Que les livres saints furent d’abord formulés et transmis oralement. Lorsque se pose la question de la fixation des patrimoines et des modes de transmission des savoirs, elles se tournent vers le support écrit. À cet égard la société malienne, elle aussi, est une société de l’écrit. À travers son patrimoine de manuscrits anciens, notre pays se trouve à la tête de la plus grande bibliothèque précoloniale d’Afrique au sud du Sahara.Disant cela, nous faisons référence aux manuscrits dits « de Tombouctou », c’est-à-dire à tous les écrits réalisés par les lettrés maliens depuis le temps des grands empires, écrits en arabe ou élaborés en ajami.

Nous appelons tous ceux qui sont aux commandes à s’interroger. Que vaut la capacité de créativité de nos écrivains, chercheurs et penseurs, dans un contexte de pays fracturé, où la perception des penseurs est déclassée, au profit des professionnels de la « politique » passés maîtres dans la captation des ressources de l’Etat. Ces « pros » actionnent les leviers des fraudes électorales, des clientélismes ethniques et régionalistes, de la corruption portée par les maffias émergentes. Des antivaleurs militent contre les principes de justice, d’équité, de travail bien fait, d’argent gagné à la sueur de son front, de probité, toutes choses qui sont à l’origine des processus d’entrée en rébellion armée.

Les « masses rurales », les sociétés civiles et les secteurs privés émergents pèsent peu dans la balance. Dès lors qui et comment actionner une renaissance véritablement démocratique, après les dérives des cinquante dernières années ?

Quand nos dirigeants parlent de culture, on a l’impression qu’ils ne parlent pas le même langage que les acteurs culturels. La culture, pour certains d’entre eux, c’est en gros et en vrac. Certains ne connaissent que le jembéfola et les cantatrices. C’est tout juste s’ils admettent que le livre, la pensée, soient la culture.                                                              

Il est difficile pour les acteurs du livre de maintenir le cap, d’avancer. Parce que nous sommes dans une filière et comme toute filière, si elle n’est pas infrastructurée, les efforts sont vains. Il en est ainsi de la plupart des éditeurs maliens aujourd’hui. On ne le rappellera jamais assez, c’est l’école qui est destinataire/utilisateur privilégié du livre. Mais si le canal d’accès du livre vers l’école est obstrué, l’éditeur ne peut pas remplir sa mission. L’écrivain non plus. Cela produit un système éducatif pauvre car ne disposant pas de livres pour les apprentissages et la culture générale.

L’internet qui semble représenter la porte incontournable vers les savoirs et les apprentissages, ne saurait documenter si, en amont, des chercheurs et écrivains ne créent pas les contenus. Que d’autres s’empressent de télécharger. À cet égard, certains comportements commencent à gangréner les universités et l’édition, il s’agit notamment du plagiat, dont les multiples formes interpellent aujourd’hui les enseignants, les relecteurs et les correcteurs des maisons d’édition, qui se trouvent souvent en présence de textes pillés sur les moteurs de recherche. À cet effet, je renvoie les professionnels aux logiciels de détection : dix outils de vérification de plagiat en ligne | Observatoire des technologies de l’IST plagiarism checker & plagiarism detection : : : plagium

Ismaila Samba TRAORE

Président du Collectif d’écrivains PEN MALI

Cet article a été publié par PEN et Malivaleurs en 2018 à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Nous lui avons apporté des modifications.

8 décembre 2020 0 comments
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La ceremonie culturelle senoufo Cicaara
Seko ni Donko

La culture sénoufo se fête à Sikasso

by Sahel Tribune 7 décembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le lancement des festivités de la première édition des Journées artistiques et culturelles de Cicaara a eu lieu, vendredi 4 décembre 2020 à Sikasso.

Organisée par le Centre de Recherche pour la sauvegarde et la promotion de la Culture Sénoufo de Sikasso, cette cérémonie culturelle est le fruit du partenariat entre le Centre Culturel Blomba et le Centre culturel Sénoufo. Objectif : promouvoir la Culture Sénoufo à travers des activités culturelles. Ces Journées artistiques et culturelles, qui se sont tenues du 04 au 06 décembre 2020, s’inscrivent dans la droite ligne de la politique de conservation et de valorisation du patrimoine culturel malien en général et Sénoufo en particulier.

Pour l’occasion, une compétition entre des joueuses de Cicaara de la commune de Sikasso était à l’ordre du jour. Elles ont tenu le public en haleine durant des heures. Les troupes ont eu, chacune, droit à deux morceaux. En milieu traditionnel Sénoufo, les premiers morceaux sont dédiés au brave cultivateur pour le galvaniser dans ses travaux. Les seconds sont lancés aux paresseux. Les artistes y dénoncent le comportement de celui-ci et l’incitent à aimer les travaux champêtres.

Deux groupes de jeunes filles âgées de 7 à 14 ans, en formation chez Namisseni, l’une des vedettes du Cicaara de la commune de Sikasso ont fait deux brillantes prestations qui ont émerveillé l’assistance.

Ce fut une merveilleuse journée de rencontre entre artistes et acteurs culturels de la région et de la capitale. Étaient présents à la cérémonie, M. Kalifa SANOGO, maire de la commune de Sikasso ; le directeur régional de la Culture, le Directeur régional du Tourisme et de l’hôtellerie, le directeur régional de l’Artisanat, le directeur régional des Actions culturelles, le directeur régional de la Mission culturelle, le directeur régional de la jeunesse et des Sports et d’autres acteurs culturels venus de Bamako.

Djénéba Doumbia

7 décembre 2020 0 comments
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Colonel Malick Diaw president du CNT
Politique

Mali : le président du CNT engage les députés à la reconstruction du pays

by Sahel Tribune 7 décembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

L’élection du président du Conseil national de la transition a eu lieu, samedi 5 décembre 2020, au Centre International de Conférences de Bamako (CICB). Élu à la tête de cet organe législatif, colonel Malick Diaw a engagé ses collègues à travailler à la reconstruction du Mali.

Élu en période de crise sociale, sécuritaire, voire sanitaire, Colonel Malick Diaw, président du Conseil national de transition (CNT), rassure les Maliens qu’il a conscience de l’immensité de la tâche qui l’attend dans l’exercice de cette fonction de président de l’organe législatif de la transition. Dans son premier discours, juste après son élection par ses pairs, Colonel Diaw a indiqué sa volonté de « travailler afin de réconcilier les Maliens ainsi qu’à relever les défis liés à l’insécurité, au développement et à l’organisation des prochaines élections. »

Notons que la bonne organisation des prochaines élections occupe une importante parmi les engagements des autorités de la transition. Un engagement dont la réalisation passera par des réformes « audacieuses ».

Elu avec 111 voix, dont 7 bulletins nuls, sur les 118 votants, M. Diaw estime que face à l’ampleur du défi et aux contraintes de temps, l’atteinte des objectifs qu’il se fixe serait une promesse creuse si ses collègues députés ne se donnent pas la main. C’est pourquoi il les a invités à « transcender tous les clivages socio-politiques » en mettant « la reconstruction du pays au-dessus de tout. » Un appel nécessaire si nous savons que les 121 membres de ce Conseil national de transition sont issus de divers bords et donc sont d’idéologies voire de tempérament fort différent.

Il est important de noter qu’après le discours introductif du président nouvellement élu, une commission ad hoc, composée de 15 membres, a été mise en place afin d’élaborer un projet de règlement intérieur.

Bakary Fomba, stagiaire

7 décembre 2020 0 comments
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Plusieurs vaches tuees au Tchad
Les démystificateurs du Sahel

#Phileincheck : ces bœufs ont-ils été réellement tués au Tchad ?

by Sahel Tribune 7 décembre 2020
written by Sahel Tribune 1 minutes read

Le cadavre de plusieurs bœufs fait le tour des réseaux sociaux. Ces bœufs morts sont présentés comme des effets du conflit entre les Peuls et les agriculteurs au sud du Tchad. Nous avons essayé de comprendre ce qu’il en est. Certaines de ces images n’ont pas été prises au Tchad, mais plutôt au Nigeria depuis 2019.

Capture d’écran

Partagée plus de 800 fois sur Facebook et plus de 700 commentaires enregistrés, cette publication a fait la Une de plusieurs pages Facebook. Pourtant, à travers une recherche inversée, nous avons pu repérer une de ces images sur plusieurs sites internet, notamment celui-ci.

Crédit photo: Jeune Tchad

Cette image est issue d’une attaque d’hommes armés près d’une école en Kwall dans le comté de Bassa, État du Plateau, au Nigéria en 2019, dont le bilan faisait état de 81 vaches tuées et de 32 ​​autres enlevées. Ce site revient également sur la même information.

Les trois images semblent avoir été prises avec des appareils différents. En plus, nous n’avons trouvé aucun site internet qui a parlé de cette catastrophe présentée comme de grandes envergures. L’auteur de la publication ne précise également ni le jour, ni la date, ni la localité du Tchad où le drame a eu lieu.

Togola

7 décembre 2020 0 comments
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Se marier ou rester celibataire
Seko ni Donko

Au Mali : choix de se marier ou rester célibataire ?

by Sahel Tribune 6 décembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Au Mali, il est généralement mal vu de voir une fille ou un garçon adulte qui n’est toujours pas marié. L’individu donne lieu à plusieurs préjugés. Mais, rester célibataire, n’est-ce pas un choix ?

Atteindre un certain âge sans se marier rend la vie en famille voire en société difficile à beaucoup de jeunes. Maints préjugés sont véhiculés sur eux. Ils sont considérés comme victimes de mauvais sort, comme des individus malchanceux dans la société. Pourtant, malgré leur vieil âge, ils sont le plus souvent très sollicités par des hommes ou des femmes dans la rue. D’autres même ont des enfants hors mariage. Si mauvais sort ou malchance il y en a, ce serait plutôt celui du choix. Car « le choix est possible dans un sens, mais ce qui n’est pas possible, c’est de ne pas choisir », déclarait Jean-Paul Sartre. 

« Quand on est marié, on est respecté »

Pour comprendre ces considérations, il est important de ne pas oublier la perception que l’on se fait généralement du mariage au Mali. Étant considéré comme ce qui réalise la plénitude de l’être, le mariage est vu comme une pratique à laquelle toutes les âmes aspirent. Selon Dr Françoise Diarra, professeur de philosophie à l’École normale supérieure de Bamako (ENSUP), « quand on est marié, on est respecté ». Mais un célibataire, surtout s’il s’agit d’une femme, même des « garçons de l’âge de son enfant » lui font la cour.

Se marier ou rester célibataire est un choix

En raison de ces facteurs, beaucoup estiment qu’il est difficile qu’un être puisse choisir de rester longtemps célibataire. Mais ces gens oublient sûrement aussi que « le mariage n’est pas une plaisanterie ». En raison de son importance et surtout de la responsabilité dans laquelle il engage l’être, nombreux sont les jeunes filles ou garçons qui préfèrent attendre leur âme sœur, qu’importe le temps que cela pourrait prendre. Telle est la conception de Maïmouna (le nom a été modifié). Mère d’un enfant qu’elle considère comme un accident de sa jeunesse, Maï est toujours célibataire. Elle a décliné plusieurs demandes en mariage parmi lesquelles des Maliens de la diaspora. A chaque fois, il n’y a qu’une seule explication dans sa bouche : « Je ne peux pas fonder un foyer avec celui-ci ».

De vieilles sagesses ne nous apprennent-elles pas que le choix pour l’amour et celui pour le mariage diffèrent largement. Si des jeunes ne chôment pas sur le plan amour, pourquoi chômerait-ils sur celui du mariage. S’ils y chôment, c’est qu’ils ont choisi de chômer. Comme pour dire que se marier ou rester célibataire est juste un choix.

Togola

6 décembre 2020 1 comment
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Santé

Acceptation et adoption des vaccins covid-19 : les trois pilotes à tenir en compte pour relever les défis

by Sahel Tribune 5 décembre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

La problématique des campagnes de vaccination contre la covid-19 constitue la question centrale qui occupe les débats publics autour de cette pandémie. Dans son rapport sur la réunion du 15 octobre 2020, l’Organisation mondiale de la santé revient sur les défis liés au vaccin contre la covid-19.

Avoir des vaccins contre la pandémie de coronavirus ne résout pas la problématique de cette crise sanitaire. Plusieurs défis planent autour des vaccins covid-19. Pour relever ces défis, il importe d’adopter certains comportements. Un environnement favorable, des influences sociales et de la motivation. Voilà les trois facteurs qui déterminent le comportement des gens en matière de vaccins.   « Les trois pilotes interagissent et se chevauchent, selon les contextes », précise l’OMS dans son rapport sur la réunion du 15 octobre 2020, « Behavioural considerations for acceptance and uptake of covid-19 vaccines » («Considérations comportementales pour l’acceptation et l’utilisation des vaccins COVID-19» ). Un rapport élaboré par les membres du Groupe consultatif technique (TAG) de l’OMS sur les connaissances comportementales et les sciences pour la santé.

Des défis majeurs

Les défis autour du vaccin contre la covid-19 restent nombreux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime : « Bien que les données probantes sur la promotion de la vaccination en général sont utiles dans le contexte de la pandémie actuelle, l’acceptation et l’adoption des vaccins COVID-19 présentent un défi sans précédent ».

Parmi les nombreux défis liés au vaccin contre la covid-19, l’OMS mentionne notamment la possibilité que le vaccin ne soit effectif que pour une période inconnue, son acceptation difficile par les communautés en raison des préjugés circulant autour des produits, l’insuffisance de la quantité à offrir, etc. « Compte tenu de l’offre limitée à court et moyen terme, les vaccins seront probablement prioritaires pour les agents de santé à haut risque de contracter ou de transmettre une infection et les personnes âgées sur la base du cadre élaboré par le Groupe consultatif stratégique des experts de l’OMS sur la vaccination (6) », lit-on dans ce rapport de 18 pages publié en anglais. 

Des comportements à adopter

L’acceptation et l’adoption du vaccin contre la covid-19 dépendront surtout du comportement d’autres acteurs et aussi de stratégies adaptées, précise l’OMS. Ce qui fait dire à cette Organisation : « Pour parvenir à une adoption élevée et    équitable du vaccin, l’utilisation des connaissances scientifiques existantes est essentielle, tout comme l’acquisition de nouvelles informations et l’apprentissage en temps réel de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas ». Ce n’est pas tout, « l’apprentissage peut être accru en s’engageant auprès des populations cibles des communautés locales à écouter et à répondre à leurs points de vue, préoccupations et attentes en ce qui concerne la vaccination (7) ».

« Les efforts de vaccination s’étendront à diverses populations »

L’Organisation mondiale de la santé rassure néanmoins qu’aucune couche ne sera marginalisée des campagnes de vaccination. « [NDLR] les efforts de vaccination s’étendront à diverses populations qui ne sont généralement pas atteintes par les programmes de vaccination, tant à l’échelle [mondiale NDLR] qu’à l’intérieur de ces pays », souligne-t-on. Pour réussir sur ce chantier, l’OMS indique la nécessité de mettre en place des stratégies ciblées et adaptées, ainsi qu’une gestion des attentes.

Togola

5 décembre 2020 0 comments
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