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Signature de deux nouvelles conventions de subvention entre la France le PAM et la PUI
Actu

Aide alimentaire aux populations maliennes : la France signe deux nouvelles conventions de subvention

by Chiencoro 7 avril 2021
written by Chiencoro 4 minutes read

La France apporte une nouvelle aide alimentaire aux populations du Mali. Elle sera délivrée par l’intermédiaire du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’ONG Première urgence internationale (PUI). La signature des deux conventions de subvention de cette Aide alimentaire programmée a eu lieu, mercredi 7 avril 2021, à l’Ambassade de France au Mali, en présence de M. Redouwane Ag Mohamed Ali, ministre Commissaire à la sécurité alimentaire. Cette aide, d’un montant de 1, 801 milliards de FCFA, est destinée aux populations les plus vulnérables du Mali.

Au centre ainsi qu’au nord du Mali, l’accès humanitaire a été largement perturbé entre mai et août 2020 en raison de trois facteurs principaux : l’hivernage, avec la crue du fleuve et des inondations dans plusieurs localités ; l’insécurité ; la pandémie de la Covid-19 ainsi que les aléas climatiques. L’insécurité dans ces zones a réduit l’accès aux ressources et aux terres cultivables et a eu pour conséquence la destruction des récoltes.

Des facteurs contribuant à l’insécurité alimentaire

Dans son rapport intitulé « Pour des infrastructures sécurisées et fonctionnelles », Ocha Mali indiquait que dans la zone frontalière avec le Burkina Faso et les cercles de Bankass et Bandiagara, près de 2 000 personnes se sont déplacées vers les chefs-lieux de Timissa, Lanfiala et Koula dans le cercle de Tominan, région de Ségou, après des affrontements entre groupes armés.

Dans le cercle d’Ansongo, notamment sur les axes routiers Gao-Ansongo, Gao-Douentza, la criminalité, les affrontements armés, les incursions dans les villages, le sabotage d’antennes de télécommunication, les affrontements, les braquages de véhicules et les attaques aux engins explosifs improvisés ont entravé l’accès humanitaire, aggravant ainsi les besoins des populations, soulignait Ocha. 

Près de 2,2 millions de personnes en insécurité alimentaire

Tous ces facteurs ont contribué à l’installation de l’insécuritaire alimentaire dans ces zones du centre et du nord du Mali. Selon les résultats du Cadre Harmonisé de mars 2021, près de 1,3 millions de personnes « seront en situation d’insécurité alimentaire sévère et auront besoin d’une aide alimentaire et nutritionnelle d’urgence pendant la période de soudure [juin-août ndlr] »

Selon Mme Andrea Lafosse, cheffe de mission de l’ONG Première urgence internationale (PUI), 44 % de la population au nord et au centre du Mali vit avec moins de 2 dollars, soit plus de 1000 FCFA par personne et par jour. Une situation qui touche plus gravement les femmes. Dans ces zones, près de 2,2 millions de personnes sont affectées par l’insécurité alimentaire. En novembre 2020, dans la seule région de Gao, « le Cadre Harmonisé a identifié 46 746 personnes en situation d’insécurité alimentaire, dont 15 340, à Ansongo ».

Afin d’apporter une réponse adéquate aux besoins de ces « populations vulnérables » du Mali, « la France apporte un nouveau soutien de 1,801 milliards de FCFA ». Un financement qu’elle alloue à deux projets : le Programme alimentaire mondial (PAM) pour un montant de près de 1, 475 milliards de FCFA et l’ONG Première urgence internationale (PUI) à hauteur de près de 328 millions de FCFA.

La France à la rescousse des « populations vulnérables »

À travers cet appui de la France, l’ONG PUI apportera une assistance alimentaire à 340 ménages, soit environ 3000 individus, en améliorant la situation alimentaire, nutritionnelle et les bonnes pratiques d’hygiène des ménages ciblés. « Elle renforcera également la production agricole, vivrière et maraîchère pour 102 de ces ménages et assurera un suivi nutritionnel des enfants ainsi qu’une sensibilisation aux bonnes pratiques en nutrition, hygiène et démonstrations culinaires », a précisé l’ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer.    

Aliou Diongue, représentant adjoint du PAM au Mali, n’a pas manqué l’occasion pour préciser que cette « contribution permettra au PAM d’assister plus de 60 000 bénéficiaires, dans les zones du centre et du nord du pays ». Des populations qui constituent, selon ses explications, les « plus affectées par l’insécurité alimentaire pendant la période de soudure jusqu’à la fin de l’année 2021 ». Grâce à ce financement de la France, ajoute-t-il, près de 30 000 personnes auront une assistance alimentaire d’urgence.    Cet appui ciblera également les enfants touchés par ces crises et qui souffrent de malnutrition aiguë.

 Fousseni Togola

7 avril 2021 0 comments
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Un pauvre
Sécurité

Crise sécuritaire, sanitaire et climatique: creuset des inégalités et de la pauvreté

by Chiencoro 7 avril 2021
written by Chiencoro 5 minutes read

Les crises climatique, sanitaire ainsi que sécuritaire sont des phénomènes qui font prospérer les inégalités et la pauvreté dans le monde. Face à cette situation, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a invité les gouvernements à l’action.  

Dans la quasi-totalité des pays du monde, la pandémie de la covid-19 à aggraver les inégalités de richesse, les inégalités de genre et les inégalités raciales existantes. Cette pandémie a occasionné plus de deux millions de morts dans le monde, et basculé des centaines de millions de personnes « dans la pauvreté », révélait Oxfam dans son rapport « Le virus des inégalités », publié en janvier 2021.

« Les taux de mortalité des moins de 5 ans… »

« Pèrez, mère célibataire qui fait vivre ses quatre enfants de son commerce, a dû arrêter de travailler dès l’intensification de la pandémie », rapportait Human Right Watch (HRW). Pérez est l’image de ces nombreuses personnes à faible revenu qui ont perdu leur emploi de part et d’autre le monde en raison des mesures restrictives mises en place par les gouvernements dans le cadre de la prévention de cette pandémie.

Lire aussi Impacts de la covid-19 : 640 millions d’Africains pourraient vivre dans l’extrême pauvreté d’ici 2030 (rapport)

La covid-19 semble donc avoir frappé le plus durement les pays à revenu faible. « [ndlr] La maladie et les décès dus au covid-19 ont été plus élevés parmi les groupes confrontés à la discrimination, à la pauvreté, à l’exclusion sociale et à des conditions de vie et de travail quotidiennes défavorables [ndlr] », indique l’OMS dans son communiqué du 6 avril 2021 à l’occasion de la Journée mondiale de la santé. La même source précise : « Les taux de mortalité des moins de 5 ans parmi les enfants des ménages les plus pauvres sont le double de ceux des enfants des ménages les plus riches ».  

Recrudescence des inégalités et de la pauvreté

Selon Oxfam, bien vrai que la maladie ait eu des incidences sur toutes les couches sociales, certaines s’en sont plus vite remis que d’autres, creusant ainsi les inégalités sociales. « En neuf mois seulement, les 1 000 personnes les plus riches au monde sont déjà parvenues à compenser les pertes qu’elles avaient subies du fait de la crise causée par la covid-19 », a indiqué l’organisation humanitaire. Et de préciser : « En parallèle, il faudra plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie ». Un paradoxe qui prouve le degré d’aggravation des inégalités et de la pauvreté dans le monde en raison de cette pandémie de coronavirus.

Lire aussi La pandémie de COVID-19 risque d’entraîner 150 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici 2021

À la veille de la Journée mondiale de la santé, célébrée le 7 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a révélé que la pandémie a poussé près de 119 à 124 millions « de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté l’année dernière ».

Déjà dans son « Rapport 2020 sur la pauvreté et la prospérité partagée », la Banque mondiale prévenait qu’en raison du coronavirus, près de 100 millions de personnes pouvaient basculer dans l’extrême pauvreté en 2020. Parmi les facteurs évoqués comme cause de cette situation, l’institution financière internationale évoquait non seulement la covid-19, les conflits violents, mais aussi le changement climatique. Sous les effets de ce dernier phénomène, 132 millions de personnes pourraient basculer dans la pauvreté d’ici à 2030, indique la même source.

Lire aussi Dre Matshidiso Moeti : « Surmonter les inégalités dans nos sociétés induira une meilleure santé »

Des appels à l’action contre ces inégalités 

Oxfam explique que la crise sanitaire liée à la pandémie de la covid-19 a « démontré l’importance cruciale de l’intervention des gouvernements dans la protection de notre santé et de nos moyens de subsistance ». Sans cette riposte mondiale, les effets cumulés de la pandémie et de ses conséquences économiques, des conflits armés ainsi que du changement climatique pourraient occasionner d’énormes conséquences sur les États.

Selon le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, face à une telle situation, « il est vital que tous les gouvernements investissent dans le renforcement de leurs services de santé et pour éliminer les obstacles qui empêchent tant de personnes de les utiliser, afin que davantage de personnes aient la chance de mener une vie saine. » Dr Tedros estime que « la pandémie du covid-19 a prospéré au milieu des inégalités dans nos sociétés et des lacunes de nos systèmes de santé ».

Lire aussi Changement climatique : six (6) actions pour réduire la pauvreté et promouvoir la prospérité

En cette Journée mondiale de la santé, l’OMS lance donc cinq appels à l’action contre ces inégalités : accélérer l’accès équitable aux technologies covid-19 entre et au sein des pays ; investir dans les soins de santé primaires ; donner la priorité à la santé et à la protection sociale ;construire des quartiers sûrs, sains et inclusifs ; renforcer les données et les systèmes d’information sanitaire.

 « Nous n’avons pas besoin de choisir entre l’amélioration de la santé publique, la construction de sociétés durables, la garantie de la sécurité alimentaire et une nutrition adéquate, la lutte contre le changement climatique et la prospérité des économies locales. Tous ces résultats vitaux vont de pair », conclut le directeur général de l’OMS.

Fousseni Togola

7 avril 2021 0 comments
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Mairie de la commune V
Enquête

Bamako : à la mairie de la Commune V, mafia autour de la délivrance des fiches descriptives individuelles NINA

by Sahel Tribune 6 avril 2021
written by Sahel Tribune 7 minutes read

Au Mali, la déconcentration de la délivrance de la fiche descriptive individuelle NINA est devenue un véritable fond de commerce pour certaines personnes. À la mairie de la commune V du district de Bamako, cette fiche, censée être délivrée sans aucun frais, est cédée à beaucoup de citoyens moyennant le paiement d’une somme variant entre 10 000 et 15 000 FCFA.

Instituée en 2006 par l’ex-président de la République, feu Amadou Toumani Touré (ATT), la carte NINA résulte du recensement administratif à vocation d’état civil (RAVEC), initié en 2009. Ce processus visait à enregistrer les Maliens aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur du pays dans le but de constituer une base de données biométriques et de leur attribuer un Numéro d’identification nationale (NINA). Selon le directeur général de l’Administration territoriale, au sein du ministère du même nom, Souleymane Amadou Sangaré, le NINA vise à assainir les documents d’état civil.

Déconcentration de la délivrance de la fiche descriptive individuelle NINA

À partir de novembre 2015, les autorités maliennes ont décentralisé le RAVEC à travers le déploiement, au niveau de chaque mairie, d’agents de collecte des données. Une manière d’assurer la pérennité du système de collecte des données et permettre « d’individualiser chaque personne physique ou morale par un numéro unique ».

Dans l’article 7 de la loi instituant ce document, il est indiqué : « Le Numéro d’Identification Nationale attribué à une personne physique est inscrit sur la carte nationale, la carte consulaire, le passeport, le permis de conduire, le carnet scolaire, le carnet médical, la carte d’électeur, la carte de séjour pour les étrangers, les documents des personnes morales et les actes d’État civil ».

En raison de l’importance cruciale accordée à ce document et des retards dans la délivrance de la carte Nina, les autorités maliennes ont donné la possibilité aux citoyens enrôlés de faire une demande de fiche descriptive individuelle, remplissant la fonction de la carte Nina. « Le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, en vue de faciliter la délivrance des fiches descriptives individuelles NINA, a entrepris la déconcentration de leur remise à travers la mise en place de cellules techniques d’accueil citoyen (CTAC) », précise la Direction nationale de l’État civil.

Procédures pour obtention de la fiche

L’obtention de cette Fiche descriptive individuelle NINA est tributaire de la présentation du récépissé d’enrôlement, de l’extrait d’acte de naissance du demandeur, à un agent de la cellule technique d’accueil citoyen qui « remplit le fichier de données avec les informations fournies et remet un ticket de rendez-vous sur lequel figure le numéro d’identifiant du demandeur ». 

À travers une plateforme dédiée, ces informations enregistrées sont ensuite remontées au responsable des cellules techniques d’accueil citoyen qui « traite les données et les met à disposition des différentes cellules ». Enfin les fiches sont imprimées par l’agence et sont remises aux bénéficiaires sans aucun paiement. « Aucun texte n’exige le paiement d’une somme pour bénéficier de la Fiche descriptive individuelle », précise M. Souleymane Amadou Sangaré.

Violation de principe 

À la mairie de la Commune V du district de Bamako, ces procédures sont peu suivies. Cette fiche descriptive individuelle est livrée à certains citoyens contre le versement d’une somme allant de 10 000 à 15 000 FCFA.

Vu le nombre croissant de citoyens dans le besoin de cette fiche, on observe généralement devant ce centre d’état civil une véritable file indienne. Pour espérer obtenir le précieux sésame, certains arrivent dans ce centre depuis 3 h du matin. Le plus souvent, se réveiller tôt le matin ne suffit pas aussi pour obtenir l’inscription sur la liste du jour qui ne retient généralement qu’une quarantaine de personnes, à en croire un jeune homme que nous avons rencontré devant cette mairie. Ce dernier avoue être sur place depuis 3 h : « Je suis venu trouver que la liste est arrêtée. On m’a demandé de repasser demain ».

Le prochain jour, malgré qu’il soit arrivé à 2 heures du matin, il n’a pas obtenu la liste. Il confie d’ailleurs que ce fut le même scénario pour son frère qui lui a parlé d’un « raccourci » pour obtenir cette fiche sans avoir besoin de se réveiller tôt.

Ce raccourci, à en croire Moussa, un autre témoin qui accompagnait deux de ses frères n’est rien d’autre que ce réseau mafieux qui négocie les demandes de fiches descriptives individuelles NINA. « Nous avons obtenu le numéro d’un monsieur au sein de la mairie de Torokorobougou qui aide les gens à avoir leur fiche individuelle à 10 000 FCFA », souligne-t-il. Avant de préciser : « Pour mes deux frères, nous lui avons payé 20 000 FCFA. » Il indique lui avoir remis, en plus des 20 000, 10 000 FCFA, en raison de 5000 FCFA pour chacun des demandeurs.

Juste moins d’une semaine

Les 20 000 FCFA sont à l’agent de la cellule chargé de la réception des dossiers et de leur traitement. Quant aux 10 000, ils reviennent au sous-traitant.  

Une fois le paiement effectué et les documents remis, le sous-traitant donne un rendez-vous d’une semaine. Autant dire qu’il n’y a pas de délai fixe.

Nous nous sommes fait accompagnateur d’un jeune homme rencontré dans ce centre et qui a accepté de jouer le jeu avec nous. Ainsi, en nous déguisant, nous avons vite réussi à nous rapprocher d’un membre du réseau. Celui-ci explique sans détour que pour éviter de passer la nuit devant cette mairie, « il existe une voie de contournement ». Et d’être on ne peut plus clair : « Il suffit de m’amener tes dossiers plus 10 000 FCFA et dans une semaine, tu reviens récupérer ta fiche ».

Après le dépôt des dossiers, le lendemain, le jeune homme a été appelé pour récupérer sa fiche.

Contactés, les agents du centre ont préféré nous renvoyer vers le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Une adresse e-mail dysfonctionnelle

Si l’obtention de cette fiche descriptive individuelle continue d’être un cauchemar pour les Maliens, c’est aussi parce que le gouvernement malien n’arrive pas à obéir à certains de ses engagements. Une adresse email (fidi@ctdec.ml) avait été communiquée à travers la chaîne de télévision nationale (ORTM1). Cela afin de permettre à « chaque Malienne et Malien d’avoir sa fiche individuelle par internet et disposer rapidement de la pièce y référant ». Mais cette adresse est quasi dysfonctionnelle. Nous l’avons testé à plusieurs reprises sans réponse. À la question, le directeur général de l’Administration territoriale affirme ne rien savoir concernant cette adresse. Toutefois, il existe une plateforme de demande, ctdec.ml, mais qui semble peu connue.

Selon l’ex-ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation du Mali, Ousmane Sy, ces situations autour de la remise de cette fiche descriptive individuelle NINA relèvent juste d’une mauvaise organisation de l’État. Une situation qui fait que, explique-t-il, chacun passe la journée à dribbler cet État. Toutefois, il juge important que les administrations maliennes évoluent vers une pleine implication des nouvelles technologies dans leur système de gestion. Il est convaincu que cela permettra plus de traçabilité et contribuera à la lutte contre la corruption.

Fousseni Togola  


Cette enquête a été menée dans le cadre du projet Kenekanko financé par l’Union européenne. Kenekanko est une plateforme de lutte contre la corruption mise en place par Tuwindi, Amnesty International et Free Press Unlimilited. À travers kenekanko.com, les citoyens peuvent alerter les médias partenaires du projet sur des cas de corruption ou de crime économique au Mali.

6 avril 2021 0 comments
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Avion de guerre francais
Sécurité

« Bavure » de la France au Mali : doit-on vraiment croire à une « guerre informationnelle » ?

by Chiencoro 6 avril 2021
written by Chiencoro 3 minutes read

Le gouvernement français continue à nier la frappe de Barkhane qui aurait ciblé des civils à Bounti, au centre du Mali, malgré la publication des conclusions de l’enquête conduite par la division des droits de l’homme de la MINUSMA. Un rapport qui confirme qu’au moins 19 civils ont été tués lors de cette frappe de l’armée française visant plutôt des hommes réunis dans le cadre d’un mariage que des terroristes.

« Les éléments disponibles, qu’il s’agisse de l’analyse de la zone avant et après la frappe, comme de la robustesse du processus de ciblage, permettent d’exclure la possibilité d’un dommage collatéral », a rassurél’État-major des Armées françaises dans un communiqué du 7 janvier. Ces observations auraient permis d’identifier « un groupe d’une quarantaine d’hommes adultes dans une zone isolée », précise l’État-major dans son communiqué avant de lever toute équivoque au sujet de cette frappe : « L’ensemble des éléments renseignement et temps réel ont alors permis de caractériser et d’identifier formellement ce groupe comme appartenant à un GAT ».

« Nous n’avons jamais caché quoi que ce soit »

Seulement, la France semble être la seule détentrice de ces éléments de précision qu’elle évoque pour nier toute possibilité de « bavure ». Dans son rapport du 31 mars 2021, la MINUSMA indique qu’« aucune information sur les éléments et renseignements probants dont disposait la Force Barkhane » ne lui a été communiquée. Pourquoi ces informations n’ont-elles donc pas été communiquées à cette équipe d’enquête de la MINUSMA ? Dans quel intérêt la France entretiendrait-elle le flou autour de cette affaire ?

Devant les députés français, le 12 janvier dernier, Florence Parly, ministre français des Armées, donnait pourtant cette assurance : « Nous n’avons jamais caché quoi que ce soit, nous respectons le droit de la guerre et le droit humanitaire international : tout est fait pour éviter les dommages collatéraux ».

« Il importe de faire la lumière sur tout cela »

Mme Parly prenait ces allégations comme « une forme de guerre informationnelle ». Mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement les « réseaux sociaux » et « certains médias » qui font « état d’une “bavure” », mais plutôt une enquête menée par une équipe composée de quinze (15) chargés des droits de l’homme, de deux (2) experts de la police scientifique des Nations Unies et de
deux (2) chargés de l’information publique d’une organisation mandatée par l’ONU. Aujourd’hui, pourrions-nous encore parler de « guerre informationnelle » ou de « désinformation » ? S’il y en a, qui en sont les responsables et qui en sont les victimes ?

Finalement, les citoyens maliens ne savent pas à quel saint se vouer dans cette affaire qui ressemble à un jeu de « ping-pong ». On a l’impression que tout le monde se dit se battre pour la vérité et la justice, contre la « désinformation », mais au fond chacun ne travaillerait qu’à maintenir les citoyens dans le flou.  

Pour reprendre Drissa Traoré, porte-parole de la Coalition citoyenne pour le sahel, « l’heure n’est pas à la remise en cause de ce rapport », mais plutôt à « l’ouverture d’une enquête judiciaire pour établir les faits et le cas échéant situer les responsabilités ». Dans tous les cas, « il importe de faire la lumière sur tout cela », comme l’avait laissé entendre la ministre des armées françaises.

Fousseni Togola 

Source: Maliweb.net

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Youssouf Toloba chef de Dana Ambassagou
Sécurité

Accords locaux au Mali : « […] Ce sont les djihadistes qui mènent la danse »

by Sahel Tribune 5 avril 2021
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Au centre du Mali, pour le retour de la paix, plusieurs accords locaux ont été signés. Malgré tout, les hostilités ne connaissent pas encore de répit et dans certaines zones, la charia, la loi islamique, serait déjà appliquée. Au journal français Le Point, Youssouf Toloba, le chef de Dana Ambassagou, confie que l’affrontement demeure la solution à cette crise sécuritaire.  

Sous l’égide du Centre pour le Dialogue humanitaire, plusieurs accords ont été signés entre les communautés pour la fin des violences au centre du Mali. En 2018, dans le cercle de Djenné, un accord pour cesser les hostilités a été obtenu entre la confrérie locale des chasseurs, les communautés peules et les agriculteurs. En 2019, un accord similaire a été signé entre 34 chefs de villages des communautés peules et dogons du cercle de Koro.

Des personnalités agissant sous couvert

Les 12, 22 et 24 janvier 2021, les communautés peules et dogon ont également signé trois accords de paix à travers lesquels elles se sont engagées à garantir l’intégrité physique, la libre circulation des personnes, des biens et du bétail et ont condamné les violences dans le cercle de Koro, dans le Centre du Mali. Ces accords sont suivis par celui signé par les communautés peules, dafing et dogon, le 7 février 2021, pour le retour de la paix dans le cercle de Bankass. Récemment également, dans la région de Ségou, à Farabougou, le Haut conseil islamique (HCIM) a négocié la levée du blocus en ayant un accord entre les groupes qui y siégeaient. Nous n’en savons pas encore davantage sur les clauses de cette négociation.  

Malgré tous ces accords, les violences continuent d’endeuiller les populations dans la quasi-totalité de ces localités. Interrogé par le journal français Le Point sur la signature de ces accords locaux, Youssouf Toloba, chef du groupe d’auto-défense dogon Dana Ambassagou, n’est pas allé avec le dos de la cuillère : « En toile de fond, ce sont les djihadistes qui mènent la danse. Les personnalités impliquées dans ces rencontres de réconciliation agissent sous couvert. Elles poussent les populations à signer des accords pour permettre aux djihadistes d’être les maîtres des lieux et d’appliquer la charia ». Les accords financés par le Centre pour le dialogue humanitaire ne font pas exception, précise M. Toloba, à cette règle.

La guerre comme solution ultime

Dans des zones où de tels accords ont été signés, souligne l’interlocuteur du journal Le Point, les djihadistes exigent le port du voile aux femmes et interdisent leurs travaux champêtres. « Leur argumentation est simple : “C’est interdit par la religion.” » Quant aux hommes, ils leur demandent « de raccourcir leur pantalon et de porter la barbe ». Et de préciser : « Ce phénomène a déjà commencé en Pays dogon ».

L’absence d’école, d’autorités locales, d’humanitaires, dans la plupart des zones où ces accords ont été signés, sont des constats que relève Youssouf Toloba et qu’il explique comme une conséquence de ces Accords.

Ces faits conduisent le chef du groupe d’auto-défense dogon à déclarer : « Signer un accord avec eux [les djihadistes ndlr], c’est trahir l’État malien, qui est laïque ».

Comme solution ultime à cette crise sécuritaire qui envahit le Mali, le chef de Dana Ambassagou opte pour l’affrontement. “[ndlr] tant qu’un vainqueur ne se sera pas distingué dans ce conflit, il n’y aura pas de paix”, a-t-il laissé entendre.

Fousseni Togola

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The Achoura
Actu

Affaire thé Achoura : les consommateurs ne savent pas à quel saint se vouer

by Chiencoro 5 avril 2021
written by Chiencoro 3 minutes read

L’affaire de thé Achoura suit son petit bonhomme de chemin. Après avoir demandé, sur la base d’analyse laboratoire, le retrait d’un lot de ce thé sur le marché en raison de son « danger pour la santé humaine », les autorités maliennes corrigent le tir. Cette situation crée finalement la confusion du côté des citoyens.  

À peine les interrogations sur les négociations, ayant conduit à la levée du blocus sur Farabougou (dans la région de Ségou), éteintes, les autorités maliennes se retrouvent au cœur d’une nouvelle polémique au sujet du thé Achoura. Cette affaire constitue un tournant décisif pour les autorités de la transition qui risquent de perdre davantage leur crédibilité aux yeux des Maliens.

« Traces de deux pesticides » dans un lot du thé Achoura

Dans sa lettre du 9 février 2021, le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP) du Mali, Pr Akory Ag Iknane alertait sur le danger de consommation du thé vert de Chine expédié au Mali (Achoura). Le directeur national de l’Agriculture précisait dans sa correspondance du 3 mars 2021 que « les investigations et analyses de laboratoire ont montré les traces de deux pesticides à des quantités dépassant le seuil tolérable » dans le seul lot N° JX 403120046 du thé Achoura.

Le retrait du marché de ce lot du produit avait ainsi été instruit. Une décision qui semble avoir manqué de prudence. Pourtant, ne dit-on pas que la prudence fait partie des vertus des hommes d’État.

Certes, il est du devoir de l’État de se soucier de la santé des consommateurs, mais il est aussi de son devoir d’être prudent afin d’éviter certaines erreurs aux conséquences peu enviables. La décision des autorités publiques maliennes dans l’affaire de thé Achoura peut, malgré la correction du tir, entraîner non seulement une discrimination du produit sur le marché, mais aussi la faillite de la société et par ricochet la mise en chômage de plusieurs travailleurs. Elle crée également la confusion dans le cœur des citoyens.

« Tous les résultats sont nets »

La révélation des autorités maliennes a défrayé la chronique. Les uns s’empennant à la société Houma Ag Hamdaga et les autres la défendant « contre une cabale montée de toute pièce ».

Une « contre-analyse réalisée sur ce thé Achoura par plusieurs laboratoires du continent et de la France » aurait en effet donné raison aux défenseurs de la société contre ses détracteurs et les autorités maliennes. Aucune « substance nuisible à la santé humaine » ne figure dans le lot « incriminé ».

Me Cheick Oumar Konaré, avocat de la société, précise que« tous les résultats sont nets : il n’y a aucune espèce de résidu de pesticide dans l’échantillon incriminé ». S’agissait-il donc d’une erreur de la part des autorités maliennes ? Une volonté manifeste d’incriminer cette société au profit d’une entreprise d’État ?

Où se situe la vérité ?

Au stade actuel des choses, on ne saurait rien affirmer. Mais l’on se demanderait finalement à quel saint les consommateurs doivent finalement se vouer. De quel côté se situe la vérité ? Les autorités qui ont affirmé le produit impropre à la consommation sont les mêmes qui se dédisent en réaffirmant que « le thé Achoura actuellement sur le marché est tout à fait sans aucun danger pour la consommation humaine ». Les autorités ont-elles finalement cédé au tollé autour de cette affaire ? Achoura contiendrait-il réellement des résidus de pesticide ?

En attendant, souvenons-nous de cette citation de cet écrivain allemand : « L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement [ndlr] ».

Fousseni Togola

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Esclavage
Sécurité

Pourquoi l’« esclavage par ascendance » subsiste encore au Mali

by Chiencoro 5 avril 2021
written by Chiencoro 8 minutes read

Ces dernières années, les images de migrants africains enchaînés et vendus en Libye ont rappelé la triste contemporainité de pratiques esclavagistes semblant relever d’un autre âge. Mais en Afrique, et notamment en Afrique subsaharienne, la longue histoire, souvent méconnue, de l’esclavage a encore de lourdes conséquences dans de nombreux pays. Ainsi, au Mali, se perpétue une forme d’esclavage appelée « esclavage par ascendance ». Il s’agit de l’assignation du « statut d’esclave » à une classe de personnes sous le prétexte que l’un de leurs ancêtres aurait été réduit en esclavage par le passé par des familles de l’élite locale.

L’esclavage et les traites internes en Afrique de l’Ouest ont prédaté la traite transatlantique et se sont perpétuées au-delà des abolitions. Le commerce transatlantique a accéléré le recentrage des économies ouest-africaines sur la traite : pour répondre à la demande atlantique mais également trans-saharienne, des razzias et des guerres sont menées, les captifs sont gardés localement et/ou vendus comme esclaves pour financer les prochaines guerres.

L’esclavage en Afrique de l’Ouest connaît un regain au XIXe siècle. La multiplication de conflits locaux fait de nombreux captifs de guerre alors que l’abolition progressive de la traite transatlantique réduit la demande. L’« offre » devient alors pléthorique et les prix abordables pour toutes les couches de population. L’Afrique de l’Ouest entame à la même époque une reconversion dans l’économie de plantation, pour laquelle elle a besoin de main-d’œuvre. Les économies ouest-africaines sont dès lors basées essentiellement sur le travail des personnes esclavisées. Les enfants de ces personnes héritent du statut de leurs parents, créant une classe héréditaire reproductible et endogame, corvéable et exploitable à merci. Les rachats sont possibles mais rares.

Si le commerce des esclaves n’existe plus aujourd’hui, les pratiques d’exploitation sociale et économique héréditaire de type « esclavagage par ascendance » s’observent encore au sein des communautés nomades touarègues et peules résidant dans le centre et le nord du pays, mais elles sont en réalité présentes dans toutes les régions du Mali, ainsi que dans d’autres pays comme le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, le Soudan et le Sénégal.

En 2020, quatre militants maliens qui oeuvraient contre cette pratique ont été battus à mort à Djandjoumé, dans l’ouest du pays, sur l’ordre d’élites locales qui continuent de défendre les hiérarchies sociales héritées du passé esclavagiste. S’en sont suivies d’importantes manifestations contre l’esclavage à Kayes.

Une perpétuation silencieuse de l’esclavage

Après l’abolition de la traite interne des esclaves africains de 1905 par l’État colonial français, la libération totale des personnes esclavisées a été lente. Les autorités coloniales se préoccupaient davantage du contrôle des populations et du recrutement des populations anciennement esclavisées pour le travail forcé sur les chantiers coloniaux.

Les propriétaires d’esclaves se sont adaptés au nouvel environnement juridique en cachant la pratique sous le couvert de domesticité, de confiage et de mariage. L’esclavage par ascendance continue ainsi d’exister aujourd’hui.

esclavage et émancipation à Kayes au Mali.

Les victimes de l’esclavage par ascendance sont confrontées à des discriminations et des abus et peuvent se retrouver contraintes de travailler sans rémunération. Toute rébellion vis-à-vis de leurs supposés « maîtres » les expose à des sanctions dans les villages où elles résident : on les empêche d’accéder aux ressources essentielles comme l’eau, la terre ou les biens de consommation de base.

Un phénomène difficilement observable

Il n’y a pas de législation sur l’esclavage par ascendance. Il est donc difficile de connaître le nombre exact de personnes victimes de ce phénomène. En 2020, nous avons lancé un projet de recherche de trois ans pour analyser et cartographier les déplacements forcés de personnes cherchant à échapper aux conflits liés à l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes au Mali.

L’esclavage a une place centrale dans l’histoire de Kayes ; au XIXe siècle, la région était une zone de transit importante pour les caravanes d’esclaves. Nos recherches démontrent la continuité historique et l’ampleur des déplacements successifs liés à l’esclavage au Mali depuis le début du XXe siècle. Depuis 2018, plus de 3 000 personnes victimes d’esclavage par ascendance ont dû quitter leurs villages dans la région de Kayes, notamment en raison de leur engagement contre cette pratique. Nombre d’entre elles ont subi des exactions.

L’esclavage par ascendance se perpétue au Mali
L’esclavage par ascendance se perpétue au Mali. Nicolas Jalibert/Flickr

Ces déplacements internes – principalement au sein de l’espace rural dans le Sahel occidental – sont largement ignorés. Il est important de les étudier pour permettre une meilleure compréhension du phénomène et épauler les responsables politiques concernés dans la prévention et l’accueil de ces flux migratoires. Il s’agit également de pouvoir anticiper ces flux et renforcer la résilience des communautés d’accueil face à l’arrivée soudaine de familles déplacées. Nos recherches visent à proposer des mesures concrètes pour remédier à cette situation et pour gérer et prévenir le déplacement prolongé des victimes qui tentent d’échapper à l’esclavage.

Il n’existe pas de loi spécifique criminalisant l’esclavage par ascendance au Mali, contrairement aux pays voisins, le Niger et la Mauritanie. En raison de cette absence de cadre juridique protecteur, les victimes de l’esclavage par ascendance n’ont souvent d’autre choix que de fuir vers des régions plus « hospitalières ». Ces déplacements sont souvent causés par des conflits résultant de formes extrêmes d’exclusion ou de discrimination. Une large partie de ces déplacements est totalement invisible/invisibilisée.

Il s’agit d’une tendance historique. Depuis que les Français ont aboli l’esclavage dans la majeure partie de l’Afrique occidentale française en 1905, les résistances contre l’esclavage ont généré des vagues successives de déplacements. Parmi ceux et celles qui ont échappé à l’esclavage, certains ont tenté de retourner dans leur village d’origine, mais beaucoup ont décidé de ne pas le faire et se sont ré-installés ailleurs.

Une diaspora militante

La résistance à l’esclavage pour échapper aux violences systématiques a conduit à la fondation de communautés indépendantes mais également à la migration vers les villes et les pays voisins comme le Sénégal. Ces migrations ont été largement ignorées et passées sous silence.

Résister à l’esclavage au Mali.

Aujourd’hui, les personnes auxquelles sont encore assignés le « statut d’esclave » et leurs alliés continuent de protester contre leur traitement et leur exclusion de la société. Ils ont créé des réseaux internationaux, tels que Ganbanaxuun Fedde Armepes, qui est activement soutenu par la diaspora. Ils utilisent largement les réseaux sociaux. Le sujet a également été repris par la communauté des blogueurs maliens, qui a lancé la campagne « Mali sans esclaves » #MaliSansEsclaves.

Les partisans locaux des hiérarchies sociales historiques, avec la complicité d’une partie de l’élite dirigeante demeurée largement silencieuse sur ces questions, ont pour la plupart réagi violemment à cet activisme anti-esclavagiste. Les gens qui contestent l’ordre social basé sur l’esclavage par ascendance sont attaqués, et dans certains cas, assassinés. Ce qui provoque le déplacement forcé de centaines de familles.

Ces groupes déplacés de force, principalement des femmes et des enfants, font partie des populations les plus pauvres et les plus vulnérables du Sahel.

Une crise non reconnue

Les autorités maliennes continuent de refuser de reconnaître qu’il y a encore des victimes de l’esclavage par ascendance au Mali et prétendent plutôt que les victimes ne sont pas des esclaves mais des participants à des pratiques culturelles dites « traditionnelles », lesquelles devraient donc être respectées par souci de cohésion sociale.

Pourtant, le Mali est signataire de diverses conventions internationales contre l’esclavage et la traite et qui prévoient, entre autres, le droit à la vie et à la liberté.

Depuis 2012, une coalition d’organisations maliennes de défense des droits de l’homme plaide pour l’adoption d’une loi criminalisant l’esclavage par ascendance. Mais ce projet de loi a finalement été relégué dans un tiroir par le gouvernement sous prétexte d’autres priorités de crise.

Le gouvernement semble incapable ou peu désireux de s’attaquer à l’esclavage par ascendance et reste silencieux sur le sujet. L’esclavage est considéré comme un héritage tabou qu’il est honteux d’aborder ouvertement car il risque de délégitimer certaines élites dirigeantes actuelles qui ont fermé les yeux sur les tentatives de dissimulation de ces pratiques.

Tant que l’esclavage par ascendance ne sera pas criminalisé au Mali, il sera très difficile de poursuivre le combat contre les abus que subissent les personnes à qui est assigné le « statut d’esclave ». D’autant plus que le système judiciaire malien reste très dysfonctionnel et enclin à la corruption.

Nous proposons des mesures concrètes pour remédier à cette crise durable en formant des professionnels de la justice et en plaidant pour l’adoption d’une loi qui criminalise l’esclavage par ascendance. Nous préconisons la formation des gouvernements locaux et nationaux sur la manière de gérer efficacement les déplacements prolongés des victimes de cette pratique.


Leah Durst-Lee, qui travaille actuellement comme stagiaire de recherche à l’Université de Copenhague avec Lotte Pelckmans sur les déplacements ruraux prolongés, a contribué à la rédaction de cet article.

Marie Rodet, Reader in the History of Africa, SOAS, University of London; Bakary Camara, Professeur Titulaire Agrégé des facultés de droit et Doyen de la Faculté de Droit Public, Université des sciences juridiques et politiques de Bamako, and Lotte Pelckmans, Associate Professor, Centre for Advanced Migration Studies, University of Copenhagen

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

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