Le classement 2026 des armées africaines les plus puissantes établi par Global Firepower place le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans des positions intermédiaires du continent. Fondé sur un indice composite reposant sur une soixantaine de critères, cet outil de comparaison met en lumière certaines tendances capacitaires, mais soulève aussi des interrogations quant à sa capacité à rendre compte de la transformation rapide des forces armées des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Depuis 2006, Global Firepower publie un classement annuel des armées mondiales reposant sur un indice dit PowerIndex. Celui-ci agrège près de soixante critères, parmi lesquels figurent les effectifs militaires, les équipements terrestres, aériens et navals, les infrastructures, la logistique, ainsi que les budgets de défense.
Les pondérations exactes de ces critères ne sont pas rendues publiques, ce qui limite la transparence méthodologique de l’outil. Le classement reste néanmoins l’un des rares instruments comparatifs disponibles à l’échelle internationale pour apprécier l’évolution des capacités militaires des États.
La position des pays de l’AES dans le classement 2026
Dans l’édition 2026, dans la partie consacrée aux armées africaines, les pays membres de l’Alliance des États du Sahel occupent les rangs suivants : Mali : 17ᵉ rang africain, Niger : 26ᵉ rang africain (PowerIndex : 2,6867), Burkina Faso : 30ᵉ rang africain (PowerIndex : 2,9213)
Ils se situent ainsi derrière des armées disposant de structures plus anciennes et de budgets plus élevés, telles que l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria ou l’Afrique du Sud, mais devant certains pays d’Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire (pour le Mali) et le Sénégal ( pour le Niger et le Mali). Le Burkina Faso arrive aussi derrière ses voisins sénégalais et ivoiriens.
Ces positions traduisent un différentiel important en matière de capacités conventionnelles lourdes (aviation de combat, blindés, marine, logistique stratégique).
Des critères adaptés aux armées conventionnelles
L’architecture du Global Firepower Index privilégie des indicateurs quantifiables : nombre d’avions, de chars, de navires, effectifs formels, volume budgétaire. Ce choix méthodologique favorise mécaniquement les armées organisées selon des modèles conventionnels classiques.
Or, les armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger sont engagées depuis plusieurs années dans une guerre asymétrique contre des groupes armés non étatiques. Leurs priorités capacitaires concernent davantage : la mobilité terrestre, le renseignement, la surveillance par drones, les forces spéciales, la coordination avec les populations locales.
Ces dimensions, difficiles à quantifier, sont peu visibles dans un indice centré sur les inventaires matériels.
L’accès aux données, un facteur déterminant
La fiabilité d’un classement repose en grande partie aussi sur l’accessibilité des données nationales. Or, depuis la reconfiguration diplomatique et sécuritaire des pays de l’AES, une part croissante des informations relatives aux équipements, aux partenariats militaires et aux capacités opérationnelles relève du secret défense.
Cette opacité relative peut introduire un biais statistique : les données utilisées par Global Firepower reposent principalement sur des sources ouvertes (rapports publics, annonces officielles, bases de données internationales), qui ne reflètent pas nécessairement l’ensemble des capacités réelles.
Dans ce contexte, les armées de l’AES apparaissent dans le classement à partir d’informations partielles, ce qui peut conduire à une sous-estimation de certaines évolutions récentes.
Entre outil comparatif et construction de perception
Depuis 2021, les trois pays ont augmenté leurs budgets de défense et engagé des réformes structurelles en faisant de la sécurité leur priorité numéro 1: recrutement accru, diversification des partenaires militaires, modernisation partielle des équipements, montée en compétence opérationnelle.
Ces transformations s’inscrivent dans une dynamique régionale de réorganisation sécuritaire, mais leur traduction statistique reste lente et inégale dans les classements internationaux.
Le Global Firepower Index offre ainsi une photographie statique, tandis que la situation des armées sahéliennes relève davantage d’un processus en cours de recomposition.
Au-delà de sa fonction descriptive, le classement participe à la construction de représentations internationales de la puissance militaire. En situant les armées de l’AES dans le milieu ou le bas du tableau africain, il tend à renforcer l’image d’États militairement dépendants ou fragiles.
Or, la puissance militaire ne se réduit pas aux volumes d’armement. Elle inclut également : la capacité d’adaptation doctrinale, la résilience institutionnelle, l’ancrage social de l’armée, la maîtrise du terrain. Ces éléments restent largement hors champ des indicateurs quantitatifs.
Les limites d’un indicateur global
Le classement Global Firepower demeure un outil de comparaison utile pour observer les écarts capacitaires entre États. Toutefois, appliqué aux pays de l’AES, il montre ses limites : insuffisante prise en compte des conflits asymétriques, dépendance aux données ouvertes, faible intégration des dynamiques politiques et sociales de la guerre.
Il ne peut donc être interprété comme une mesure exhaustive de la puissance réelle des armées sahéliennes, mais comme un indicateur partiel, à croiser avec des analyses qualitatives du terrain.
A.D
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