Home A la Une Analyse. Rwanda, M23, puissances occidentales : qui veut vraiment la paix en RDC ?

Analyse. Rwanda, M23, puissances occidentales : qui veut vraiment la paix en RDC ?

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L’histoire nous enseigne que l’instabilité d’un territoire est rarement le fruit du hasard. Elle est toujours le symptôme d’un jeu plus vaste, orchestré par des intérêts multiples, locaux et étrangers, visibles et invisibles. Ce qui se joue aujourd’hui dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ne fait pas exception.

Le M23, ce groupe armé dont l’écho résonne depuis plus d’une décennie, refait surface avec une brutalité renouvelée. En quelques mois, il s’est emparé de positions stratégiques, rendant l’avenir de cette région plus incertain encore. À Goma, à Bukavu, l’insécurité est devenue la norme. Pourtant, derrière ces prises de territoire, derrière ces centaines de milliers de déplacés supplémentaires, se cache une réalité plus vaste : celle d’une guerre qui dépasse la seule RDC.

Un conflit géopolitique aux ramifications profondes

Le Rwanda est pointé du doigt. Un rapport des Nations unies, publié en janvier 2025, évoque la présence de 4 000 soldats rwandais dans le Kivu, en appui au M23. Kigali, comme toujours, dément ces allégations. Mais les preuves s’accumulent : images satellites, témoignages, vidéos. Alors pourquoi cet appui militaire ? Pourquoi ce soutien persistant au M23 ?

L’histoire récente offre une explication. Pour le Rwanda, l’instabilité de l’est congolais n’est pas un accident. C’est un levier stratégique. En affaiblissant l’État congolais, Kigali s’assure une influence durable sur cette région riche en minerais, enjeu central des rivalités économiques et politiques. Et il n’est pas seul.

L’implication de puissances extérieures n’est pas une hypothèse, mais une certitude. Depuis l’époque coloniale, la RDC est un terrain de jeu des grandes puissances. Aujourd’hui encore, derrière les conflits locaux, se cachent des stratégies globales.

Certaines nations occidentales, tout en condamnant publiquement le conflit, ménagent Kigali. Pourquoi ? Parce que le Rwanda est devenu un partenaire stratégique pour plusieurs États. Des accords comme celui du Royaume-Uni, visant à y envoyer ses demandeurs d’asile, illustrent cette indulgence. Une posture qui laisse à penser que l’instabilité de la RDC profite à certains, qui y voient une opportunité d’accès aux ressources naturelles et un moyen de maintenir le continent africain divisé.

Les dangers d’une escalade incontrôlable

Les conséquences de cette guerre ne se limitent pas à l’est de la RDC. Elles pourraient se propager bien au-delà, menaçant la stabilité de toute la région des Grands Lacs. Trois risques majeurs se dessinent et nécessitent une attention urgente.
La crise congolaise menace de s’étendre aux pays voisins, notamment au Burundi. Si le conflit continue de s’intensifier, il risque de provoquer un effet domino, alimentant des tensions déjà existantes et créant une situation de chaos généralisé. La région des Grands Lacs, déjà marquée par des conflits récurrents, pourrait ainsi sombrer dans une instabilité prolongée, compromettant les efforts de paix et de développement.

Les chiffres sont accablants. Plus de six millions de morts en trois décennies. À cela s’ajoutent des millions de déplacés, contraints de fuir l’insécurité et la violence. Les populations civiles, principales victimes de ce conflit, sont laissées à elles-mêmes, exposées aux violations des droits humains, à la famine et aux maladies. L’indifférence de la communauté internationale ne fait qu’aggraver la tragédie, transformant cette crise en l’une des pires catastrophes humanitaires du XXIᵉ siècle.

Chaque conflit interne en Afrique devient une opportunité pour les puissances extérieures. En exploitant ces divisions, certains acteurs étrangers parviennent à asseoir leur influence et à tirer profit des richesses naturelles du continent. L’histoire l’a montré à maintes reprises : un continent divisé est un continent vulnérable. Tant que l’Afrique restera fragmentée, elle restera une proie facile pour ceux qui cherchent à la piller et à manipuler ses dirigeants.

Face à ces menaces, il est impératif que des solutions durables soient mises en place pour éviter une déstabilisation irréversible de la région et du continent tout entier.

Face à l’urgence, une diplomatie sous pression

Des initiatives émergent. Mardi 18 février 2025, Didier Mazenga Mukanzu, envoyé spécial du Président Tshisekedi, s’est rendu au Tchad pour solliciter une aide militaire. Un signe que Kinshasa cherche des appuis régionaux. Mais ces démarches suffiront-elles ?

Le temps presse. Plus l’incertitude dure, plus le rapport de force se déséquilibre. L’absence d’une réaction forte de la communauté internationale, notamment africaine, pourrait condamner la RDC à une instabilité chronique, où les groupes armés, soutenus ou tolérés par des États étrangers, poursuivront leur entreprise de destruction.

La RDC est un symbole. Un territoire immensément riche, pillé depuis des siècles. Un pays au potentiel extraordinaire, condamné à l’instabilité par ceux qui y trouvent un intérêt.

Face à cette réalité, une seule réponse est possible : une solidarité africaine sans faille. Ni l’ONU, ni les grandes puissances ne viendront régler cette crise. Seuls les Africains peuvent reprendre en main leur destin. Cela passe par un réveil diplomatique, une coordination militaire, une réaffirmation de la souveraineté continentale.

Le M23 ne serait qu’un détail insignifiant si le continent cessait d’être spectateur de sa propre histoire. La question n’est pas de savoir si la RDC peut se relever, mais si l’Afrique est prête à l’y aider.

A.D


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