À l’occasion du mois sacré de Ramadan, Aminata Coulibaly, présidente de l’Association Bénévole pour la Solidarité Inclusive (ABSI), revient sur l’engagement de son organisation en faveur des plus vulnérables. Entre dignité, fraternité et partage, elle explique comment l’ABSI transforme la spiritualité en actions concrètes. Dans cet entretien, elle évoque les défis, les témoignages marquants et l’importance d’une solidarité inclusive qui ne laisse personne de côté.
Sahel Kunafoni : Pouvez-vous présenter brièvement l’ABSI et sa mission principale ?
Aminata Coulibaly : L’ABSI est une association humanitaire à but non lucratif qui œuvre pour l’inclusion sociale et l’égalité des chances. Sa mission est d’accompagner les personnes vulnérables à travers des actions concrètes, en veillant à ce que personne ne soit laissé de côté. L’association agit comme un acteur de proximité, en créant des initiatives qui renforcent la dignité et le respect de chacun. ABSI incarne une vision de solidarité inclusive où chaque geste compte, qu’il s’agisse d’un repas partagé, d’un soutien moral ou d’une présence bienveillante, rappelant que la dignité humaine est universelle.
SK : Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans la solidarité inclusive, en particulier pendant le Ramadan ?
Aminata Coulibaly : Le Ramadan est un mois de spiritualité et de partage, mais aussi un moment où les inégalités se révèlent avec force. Ce qui m’a motivé, c’est de constater que certaines personnes n’ont pas la chance de rompre le jeûne dans un cadre digne ou auprès de leurs proches. La solidarité inclusive consiste à aller vers ceux qu’on ne voit pas toujours, ceux que la rupture trouve en chemin. Servir cette humanité discrète, c’est donner un sens plus profond au Ramadan : transformer la foi en actes concrets qui réchauffent les cœurs et rapprochent les individus.
S.K: Comment percevez-vous le rôle de ceux qui nourrissent les autres sans rompre eux-mêmes (restaurateurs, bénévoles, vendeurs) ?
Aminata Coulibaly : Ces personnes sont de véritables héros du quotidien. Leur geste est à la fois discret et puissant, car ils sacrifient leur confort pour que d’autres puissent rompre le jeûne dans la dignité. Ils incarnent une générosité silencieuse qui fait battre le cœur du Ramadan. Leur rôle est essentiel : ils rappellent que la solidarité ne se mesure pas seulement par des paroles, mais par des actes concrets. En nourrissant les autres, ils deviennent les gardiens d’une humanité partagée, où l’altruisme prime sur l’individualisme et où la cohésion sociale se renforce par des gestes simples.
S.K : Quelles valeurs de solidarité et de partage se dégagent de cette pratique selon vous ?
Aminata Coulibaly : La fraternité est la première valeur qui se dégage : partager un repas, c’est créer un lien humain fort. Ensuite vient la dignité, car offrir à l’autre la possibilité de rompre le jeûne dans des conditions respectueuses est un acte profondément humain. Ces valeurs dépassent le cadre religieux et rappellent que nous sommes tous liés par une même humanité. Elles nous invitent à voir dans chaque geste de solidarité une responsabilité collective. Le Ramadan devient alors un moment où la foi se traduit en actes sociaux, renforçant la cohésion et l’unité au sein de la communauté.
S.K : Quelles actions spécifiques l’ABSI met en œuvre pour soutenir les plus vulnérables durant le Ramadan ?
Aminata Coulibaly : Cette année, l’ABSI organise la 5e édition de l’Opération Ramadan. Nous distribuons des repas chauds dans les communes V et VI de Bamako, avec un objectif de 600 repas offerts. L’action vise à offrir non seulement de la nourriture, mais aussi un cadre de fraternité et de dignité pour ceux qui rompent le jeûne loin de leurs proches. Chaque repas distribué est un symbole d’attention et de solidarité. À travers cette initiative, nous voulons rappeler que personne ne doit être oublié, et que la rupture du jeûne doit être un moment partagé.
S.K : Quels sont les principaux défis rencontrés dans l’organisation de ces initiatives (logistiques, financiers, humains) ?
Aminata Coulibaly : Les défis sont multiples et touchent plusieurs aspects. Sur le plan financier, mobiliser des fonds pour couvrir les repas, le transport et le matériel reste une tâche ardue, surtout sans partenaire officiel et avec des ressources provenant essentiellement de jeunes étudiants. La logistique est également complexe : organiser la cuisine, assurer la distribution sur plusieurs sites et maintenir une coordination efficace. Enfin, il y a le défi humain : motiver et gérer une équipe de bénévoles sur deux jours, garantir leur présence et leur énergie. Malgré ces obstacles, l’engagement collectif et la foi nous permettent de relever le défi chaque année.
S.K : Quels retours ou témoignages marquants avez-vous reçus des bénéficiaires de ces actions ?
Aminata Coulibaly : Les retours sont souvent émouvants et donnent tout leur sens à notre engagement. L’an dernier, des accompagnants de patients à l’hôpital nous ont confié : « Vous nous avez rappelé que nous ne sommes pas seuls. Qu’Allah vous récompense. » Les médecins et infirmières de garde ont également exprimé leur gratitude, soulignant que peu de gens pensent à eux à l’heure de la rupture. Ces témoignages nous rappellent que la solidarité doit être inclusive et que chacun, qu’il soit patient ou soignant, mérite de partager ce moment sacré. Ce sont ces paroles qui nourrissent notre détermination.
S.K : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux citoyens à l’occasion du Ramadan pour renforcer la solidarité inclusive ?
Aminata Coulibaly : La solidarité n’a pas de prix, mais elle a un visage, notamment celui de la personne à côté de vous, de celle qui tend la main, de celle qui jeûne loin des siens. Le Ramadan est l’occasion d’ouvrir nos yeux et nos cœurs, car un repas partagé, un sourire ou un geste comptent autant qu’une grande action. J’invite chacun à voir dans la solidarité inclusive une responsabilité commune. C’est en multipliant ces gestes simples mais sincères que nous construisons une société plus humaine et plus fraternelle, où personne ne se sent oublié ou exclu.
Interview réalisée et transcrite par Ibrahim Kalifa Djitteye
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