L’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, franchit une nouvelle étape dans son ambition d’intégration régionale. Les trois pays prévoient de lancer une compagnie aérienne commune d’ici fin 2026, selon des déclarations officielles du ministre nigérien des Transports et de l’Aviation civile, Abdourahamane Amadou.
Dans un entretien accordé à la télévision nationale RTN, le ministre a confirmé que les bases institutionnelles du projet étaient déjà posées. « Nous avons signé le traité de création de la compagnie AES », a-t-il indiqué, précisant que la prochaine étape consiste à définir une stratégie opérationnelle. Celle-ci sera confiée aux directeurs généraux des compagnies nationales des trois pays, chargés de proposer un modèle permettant de mutualiser rapidement les ressources disponibles.
Une réponse aux défis de connectivité régionale
Au cœur de cette initiative figure un enjeu majeur : améliorer la connectivité entre les capitales et les régions de l’espace sahélien. Aujourd’hui, relier Bamako, Ouagadougou et Niamey peut nécessiter une journée entière de voyage, en raison du manque de liaisons directes.
« Avec une compagnie commune, nous pourrons assurer rapidement des vols entre les capitales et même vers certaines régions », a souligné Abdourahamane Amadou. L’objectif est de réduire drastiquement les temps de trajet et faciliter les échanges économiques, administratifs et humains au sein de l’AES.
Le ministre a également confirmé que le premier vol pourrait intervenir dès 2026, si le calendrier est respecté.
Une flotte encore en discussion
Sur le plan technique, plusieurs questions restent à trancher, notamment celle du choix des appareils. Parmi les options envisagées figure l’Embraer 190, déjà utilisé par le Burkina Faso.
Pour les autorités, l’harmonisation de la flotte est un enjeu stratégique. « Si nous voulons une compagnie commune, il est logique que nous ayons le même type d’appareil. Cela facilite l’exploitation et la maintenance », a expliqué le ministre nigérien.
Au-delà de l’exploitation, les trois pays envisagent également de développer un écosystème industriel autour de l’aviation. L’installation d’une filiale du constructeur brésilien Embraer dans la sous-région est évoquée, notamment pour assurer la maintenance technique des appareils.
Une coopération aérienne élargie
Le projet de compagnie aérienne s’inscrit dans un cadre plus large de coopération dans le secteur aérien. Début avril, à Niamey, les trois États ont signé un accord global visant à renforcer leur collaboration en matière d’aviation civile.
Ce partenariat prévoit notamment la création d’un bureau conjoint d’enquête sur les accidents aériens, l’élaboration d’une feuille de route commune pour le développement du secteur, ainsi que le renforcement des capacités en formation et en maintenance.
Un levier d’intégration pour l’AES
Au-delà de l’aspect technique, cette future compagnie aérienne constitue un symbole fort de la volonté d’intégration des pays de l’AES. Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires et économiques, les autorités misent sur le transport aérien comme levier de développement et de souveraineté.
En facilitant la mobilité des personnes et des biens, le projet pourrait contribuer à dynamiser les échanges intra-régionaux, encore limités, et à renforcer la cohésion entre les trois pays.
Si les défis restent nombreux — financement, organisation, viabilité économique —, le lancement annoncé pour 2026 marque une étape décisive. Pour Bamako, Ouagadougou et Niamey, il s’agit désormais de transformer cette ambition politique en réalité opérationnelle.
Oumarou Fomba
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