Accueil » Blog » A la Une » Abidjan : cinq ans de prison requis contre le Malien Mamadou Hawa Gassama pour offense au président Ouattara

Abidjan : cinq ans de prison requis contre le Malien Mamadou Hawa Gassama pour offense au président Ouattara

0 comments 60 views 3 minutes read

Devant le tribunal d’Abidjan, le procureur de la République a requis, vendredi 9 janvier 2026, cinq ans de prison ferme et 500 000 francs CFA d’amende contre Mamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de Transition (CNT) du Mali. L’homme politique, arrêté en juillet 2025, est poursuivi pour offense au chef de l’État ivoirien et diffusion d’expressions injurieuses par internet.

Le tribunal correctionnel d’Abidjan-Plateau a accueilli, vendredi 9 janvier, une audience particulièrement attendue : celle du procès de Mamadou Hawa Gassama, personnalité politique malienne détenue depuis plus de six mois à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA).

Arrêté le 2 juillet 2025 à l’aéroport d’Abidjan, il est accusé d’avoir, en septembre 2022, tenu des propos jugés offensants envers le président ivoirien Alassane Ouattara, qualifié d’« ennemi du Mali ».

Le parquet ivoirien estime que ces déclarations constituent une violation du respect dû aux institutions et relèvent de l’article 264 du Code pénal sur l’offense au chef de l’État, ainsi que de l’article 367 concernant la diffusion d’expressions injurieuses via un système d’information.

Une défense axée sur la liberté d’expression et la clémence

À l’audience, le procureur de la République a prononcé un réquisitoire particulièrement sévère, demandant au tribunal de condamner Gassama à cinq ans d’emprisonnement ferme et à 500 000 francs CFA d’amende.

Le représentant du ministère public a rappelé la gravité des propos diffusés sur les réseaux sociaux et affirmé que « les dérives verbales n’étaient pas sans conséquence sur la stabilité des relations entre États ».

Cette fermeté s’inscrit dans une politique judiciaire de tolérance zéro face aux infractions en ligne et aux atteintes à la dignité présidentielle. Selon le parquet, les excuses publiques formulées par l’accusé fin 2025 « n’effacent ni l’acte commis, ni son impact diplomatique ».

La défense de Mamadou Hawa Gassama, assurée par Maître Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice et avocat aux barreaux de Paris et Bamako, a plaidé l’apaisement et la mesure. 

Son avocat, l’ex-ministre malien de la Justice Mamadou Ismaila Konaté, a plaidé l’indulgence des juges face au « repentir » de son client, qui avait déjà présenté des excuses rapidement après son arrestation. Il s’est dit toutefois « surpris » de la lourdeur de la peinerequise, rappelant le « contexte politique » tendu entre les deux pays. « La décision sera scrutée à Bamako » et « fera du bruit », a mis en garde Me Konaté face aux juges.

Un délibéré attendu le 30 janvier 2026

À l’issue des réquisitions et des plaidoiries, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour le 30 janvier 2026. Le verdict devrait déterminer si la justice ivoirienne suit les réquisitions du parquet ou accorde des circonstances atténuantes à l’accusé.

Cette affaire, au-delà de sa dimension judiciaire, revêt une portée politique et diplomatique. Le dossier Gassama survient dans un contexte de relations tendues entre Bamako et Abidjan, marqué par les divergences régionales au sein de la CEDEAO et de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023, à Bamako.

Le procès de Mamadou Hawa Gassama pose une question de fond : où s’arrête la liberté d’expression politique dans un espace régional où les frontières de la souveraineté sont de plus en plus sensibles ?

Pour les observateurs, la décision à venir du tribunal d’Abidjan servira de test pour l’indépendance de la justice ivoirienne et pour la capacité des deux pays à préserver leurs relations diplomatiques malgré les tensions politiques.

Dans l’attente du jugement du 30 janvier 2026, l’homme politique malien reste détenu à la MACA. Une issue clé pour un dossier où le droit et la diplomatie se mêlent étroitement.

A.D


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !