La Cellule sectorielle de lutte contre le VIH/Sida, la Tuberculose et les Hépatites virales (CSLS-TBH) a tenu, ce vendredi 4 avril 2025, une conférence de presse dans la salle de réunion du ministère de la Santé et du Développement Social. L’objectif était de faire le point sur la situation épidémiologique de la tuberculose au Mali et de sensibiliser davantage les parties prenantes sur les efforts à fournir pour atteindre l’objectif d’élimination d’ici 2030.
Lors de cette rencontre avec les médias, la coordinatrice de la CSLS-TBH, Dr Coulibaly Madina Konaté, a livré des statistiques récentes sur la maladie. Elle a indiqué que 8 632 cas de tuberculose ont été notifiés en 2024, contre 8 206 cas en 2023. Cela représente un taux de notification de 37 cas pour 100 000 habitants. Selon elle, cette hausse relative du nombre de cas enregistrés peut à la fois refléter une amélioration de la détection, mais aussi souligner la persistance de la transmission communautaire de la maladie.
Des taux de guérison stables, mais encore des cas manquants
Dans son exposé, Dr Konaté a également abordé la question de l’efficacité du traitement. « Le taux de succès thérapeutique dans le traitement des nouveaux cas et des rechutes, c’est-à-dire les patients considérés comme guéris, est passé de 84% en 2014 à 85% en 2023 », a-t-elle souligné. En ce qui concerne les décès liés à la tuberculose, une légère baisse a été enregistrée avec 491 décès en 2024 contre 499 l’année précédente, soit une réduction de 6%.
Toutefois, la coordinatrice de la CSLS-TBH a mis en lumière une situation préoccupante : un écart entre les cas estimés et les cas détectés. « Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il était attendu 11 329 cas de tuberculose en 2024. Or, seuls 8 632 cas ont été effectivement notifiés, ce qui signifie que 2 697 cas n’ont pas été retrouvés », a-t-elle alerté.
Les jeunes adultes, les plus touchés par la maladie
Dr Konaté a également rappelé que la majorité des cas concerne les jeunes adultes âgés de 24 à 54 ans, soit 57,7% des personnes touchées. Ce constat interpelle, car il s’agit de la population active, essentielle au développement économique et social du pays.
Parmi les principaux défis évoqués, figurent, notamment, l’insuffisance de couverture géographique en Centres de Diagnostic et de Traitement (CDT), le faible taux de détection, le manque de personnel qualifié dans les laboratoires et la faible mobilisation des ressources de l’État pour l’acquisition des médicaments et intrants nécessaires au traitement.
Une maladie complexe et toujours dangereuse
Le professeur Yacouba Toloba, pneumologue au Centre hospitalier universitaire du Point G, est également intervenu pour expliquer la complexité de la maladie. Il a précisé que la tuberculose est une maladie infectieuse et contagieuse, déclarée « urgence de santé publique mondiale » en 2006 par l’OMS.
« Il existe plusieurs formes de tuberculose. Entre 10 et 15 % des cas sont extrapulmonaires, mais la forme pulmonaire reste la plus fréquente et la plus difficile à traiter », a-t-il expliqué. Il a souligné que le Mali dispose actuellement de 110 centres de diagnostic et de traitement, mais que ce nombre reste insuffisant face aux besoins de la population.
L’engagement de l’État pour l’élimination d’ici 2030
De son côté, Dr Abdoulaye Keita, représentant du ministère de la Santé et du Développement Social, a tenu à rassurer sur l’engagement des autorités sanitaires. Il a affirmé que le ministère continuera à accompagner la CSLS-TBH dans la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la tuberculose, avec l’ambition ferme de parvenir à l’élimination de la maladie d’ici 2030.
La conférence s’est tenue quelques jours après la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, commémorée chaque 24 mars. Le thème retenu cette année, « OUI ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose : s’engager, s’investir, agir », vient rappeler l’urgence d’une mobilisation collective autour de la question.
Appel à une mobilisation collective
Ainsi, les différents intervenants ont unanimement appelé à renforcer les moyens humains, techniques et financiers pour améliorer la détection, le suivi et la prise en charge des patients. Car, malgré les efforts fournis, la tuberculose reste une menace réelle pour la santé publique au Mali.
Mettre fin à cette maladie d’ici 2030 reste un objectif ambitieux mais atteignable, à condition d’agir de manière concertée, avec un engagement fort de toutes les parties prenantes, qui sont entre autres l’État, les partenaires techniques, les professionnels de santé, la société et les citoyens.
Ibrahim Kalifa Djitteye
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