L’affaire Softcare, du nom d’une usine chinoise implantée à Sindia près de Dakar, provoque un séisme sanitaire et institutionnel au Sénégal. L’Agence sénégalaise de régulation pharmaceutique (ARP) y a découvert des matières premières périmées utilisées dans la fabrication de couches et de serviettes hygiéniques. À cette atteinte présumée à la santé publique s’ajoutent de graves accusations de tentative de corruption d’inspecteurs. Ce qui révéle les fragilités d’un système de régulation sous pression.
Tout a commencé en décembre 2025, lorsqu’une inspection de l’Agence sénégalaise de régulation pharmaceutique (ARP) s’est rendue sur le site de Softcare, à Sindia, à une soixantaine de kilomètres de Dakar. Les inspecteurs y ont découvert des matières premières périmées incorporées dans la chaîne de production de couches pour bébés et de serviettes hygiéniques.
Selon plusieurs sources internes, ces produits avaient été distribués sur le marché sénégalais depuis plusieurs mois avant la détection des anomalies. Face à la gravité des faits, l’ARP a ordonné le retrait immédiat de tous les produits Softcare des étals, mesure qui reste en vigueur tant que l’entreprise n’aura pas prouvé sa mise en conformité.
Une décision lourde de conséquences pour le groupe chinois, considéré comme l’un des leaders africains du marché des produits d’hygiène, avec plus d’un milliard d’unités vendues sur le continent en 2025 et une cotation récente à la Bourse de Hong Kong.
Des tentatives de corruption présumées
Mais l’affaire a pris une tournure explosive après les révélations de Moussa Diallo, directeur de l’inspection pharmaceutique à l’ARP. Ce dernier affirme avoir été la cible de tentatives répétées de corruption de la part de responsables chinois de Softcare, cherchant à influencer le rapport d’inspection.
Selon son témoignage, les représentants de l’usine auraient proposé des mallettes d’argent pour minimiser les non-conformités constatées. Moussa Diallo assure détenir des preuves vidéo et des témoignages, tout en dénonçant les pressions hiérarchiques qu’il aurait subies à l’intérieur même de l’agence.
Ces accusations relancent un débat récurrent sur la transparence et l’indépendance des organes de contrôle au Sénégal, dans un contexte où les scandales liés à la régulation pharmaceutique se multiplient en Afrique de l’Ouest.
L’ARP en crise de crédibilité
Le 16 décembre 2025, l’ARP publie un communiqué tentant de calmer la polémique, affirmant que l’usine de Sindia avait « corrigé la plupart des irrégularités ». Une version contestée par les pharmaciens inspecteurs eux-mêmes, qui dénoncent une communication officielle trompeuse.
Ces derniers, soutenus par leurs syndicats, affirment que les non-conformités persistent et que le retrait du marché reste la seule option crédible pour garantir la sécurité sanitaire. Ils appellent à une enquête indépendante et à la protection des lanceurs d’alerte au sein de l’administration.
Au-delà du scandale administratif, l’affaire pose un enjeu de santé publique alarmant. L’utilisation de matières premières périmées dans des produits destinés à des nourrissons et des femmes expose à des risques d’irritations, d’allergies et d’infections graves. Des associations de consommateurs ont appelé à des poursuites pénales contre l’entreprise et à un renforcement du contrôle qualité dans tout le secteur.
Alors que le gouvernement se veut rassurant, promettant des mesures exemplaires, l’affaire met à l’épreuve la crédibilité des institutions sénégalaises. Elle intervient dans un contexte de sensibilisation accrue sur la sécurité sanitaire, après plusieurs scandales liés à des médicaments falsifiés ou à des produits cosmétiques dangereux.
Le dossier Softcare, s’il est confirmé, pourrait bien devenir un tournant dans la régulation pharmaceutique africaine. Il révèle l’urgence d’un encadrement plus rigoureux des multinationales opérant dans le secteur de la santé.
A.D
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