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Restauration de rue à Bamako : une journée chez Sokona, entre fourneaux et survie économique

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La restauration de rue à Bamako est un pilier de l’économie informelle et de la vie quotidienne. Elle offre des plats locaux – tô, djouka, niébé – à des prix accessibles et joue un rôle central dans la sécurité alimentaire urbaine. Pour mieux comprendre cette activité essentielle, nous avons passé une journée chez Sokona, restauratrice de rue.

À Bamako, le travail de restauratrice de rue est une activité informelle intense, souvent exercée plus de dix heures par jour, six jours sur sept. C’est ce que Sokona nous confie lors de notre immersion à ses côtés. Vêtue d’une tenue traditionnelle, un mouchoir de tête soigneusement noué, elle est installée dans le premier arrondissement de la capitale, aux abords de la route récemment bitumée reliant le quartier de Doumanzana à celui de Nafadji. Souriante, mais toujours en mouvement, elle jongle entre la préparation des plats et l’accueil des clients.

Quatre heures pour préparer les plats

Tout en travaillant, Sokona accepte de se livrer à une causerie à bâtons rompus. « J’ai hérité de ce travail de ma mère, qui le faisait bien avant ma naissance », raconte-t-elle. Âgée d’une trentaine d’années, elle explique avoir très tôt assisté sa mère, lavant les ustensiles ou servant les clients.

« Après avoir échoué deux fois à lexamen du diplôme d’études fondamentales (DEF), et faute de moyens pour minscrire dans une école privée, jai dû abandonner les bancs. Ma mère ma gardée auprès delle pour laider. Cest ce travail qui fait vivre notre famille », confie-t-elle.

Avec les années, l’expérience s’est accumulée. Peu à peu, sa mère s’est retirée, laissant la gestion de l’activité familiale à Sokona, désormais épaulée par ses sœurs cadettes qu’elle forme à son tour. Une transmission intergénérationnelle typique de ce secteur informel.

« À partir de 2 heures du matin, à la maison, nous commençons à préparer les plats les plus résistants, comme le niébé (haricot) et le djouka, un plat à base de fonio, darachide pilée et dun peu de poudre de gombo », explique Sokona. Pour le niébé, elle utilise une marmite de 20 à 30 kilos, tandis que la préparation du djouka nécessite entre 15 et 20 kilos de fonio.

Pendant ce temps, ses sœurs cadettes se répartissent les tâches : certaines épluchent les oignons et préparent la sauce pimentée, d’autres s’occupent de la vaisselle – tasses, assiettes et cuillères. Après près de quatre heures de travail, les plats sont répartis dans différentes tasses. Un tricycle, communément appelé katakatani, est loué pour transporter la nourriture jusqu’au lieu de vente. Sokona réside à Nafadji, un quartier situé derrière Doumanzana, où se déroule la vente. Entre 5 h 30 et 6 h, elle est déjà sur place.

Dix heures pour les vendre

Arrivée sur les lieux, Sokona commence par nettoyer l’espace situé devant un magasin qu’elle loue depuis longtemps. L’endroit est sommaire : une grande table et un long banc pour les clients qui souhaitent manger sur place. Une fois le nettoyage terminé, les plats sont disposés, et deux grands fourneaux sont allumés pour frire la banane plantain et les morceaux de poisson, découpés à la maison et enrobés de farine de blé.

Peu après, le livreur de pain arrive avec une cinquantaine de baguettes. Dès 6 heures, les premiers clients se présentent. Certains mangent sur place, d’autres emportent leur commande. Entre taquineries, impatiences et discussions animées, Sokona passe la journée au service de sa clientèle.

Les prix restent volontairement accessibles : le niébé et le djouka sont vendus à partir de 100 francs CFA, le morceau de poisson à 200 francs CFA. Le pain qui accompagne le niébé coûte au minimum 40 francs CFA, tandis que la banane plantain frite est cédée à 25 francs CFA pour deux petits morceaux.

Sokona nous désigne quelques clients fidèles, présents depuis l’époque où sa mère tenait l’étal. Ceux-ci l’appellent affectueusement « ma fille » et bénéficient parfois de portions plus généreuses ou de prix aménagés. Aux alentours de 16 heures, l’animation retombe brusquement, comme si l’endroit n’avait jamais connu autant de passage. La journée s’achève alors par le rangement, le nettoyage et le retour à la maison, avant de recommencer le lendemain.

Malgré la pénibilité du métier, la restauration de rue répond à une forte demande de la population urbaine en repas abordables et constitue une source de revenu essentielle pour de nombreuses familles. Elle n’est toutefois pas sans défis, notamment en matière de propreté, d’assainissement et de respect des normes sanitaires, qui demeurent l’un des grands enjeux de ce secteur vital de l’économie informelle bamakoise.

Noumoukai


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