Lors de la cérémonie de présentation des vœux des forces vives de la nation, le 12 janvier 2025 au palais de Koulouba, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a exposé les grandes lignes de « Mali Kura 2063 », une vision à quarante ans pour refonder le pays autour de onze projets structurants. Du développement agricole à l’indépendance énergétique, de la valorisation des ressources minières à la relance culturelle, ce plan ambitieux entend faire du Mali un modèle de souveraineté et de résilience en Afrique de l’Ouest.
Sous les ors du palais de Koulouba, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a profité de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux des forces vives de la nation pour dresser un bilan de la situation nationale et tracer la voie du Mali nouveau, à travers la vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » — littéralement le Mali nouveau à l’horizon 2063. Devant les familles fondatrices de Bamako, les autorités religieuses et les représentants de la société civile, le chef de l’État a exposé les fondements d’un programme de développement de quarante ans, présenté comme la boussole du pays pour les décennies à venir.
Une vision structurée pour rompre avec « la navigation à vue »
« Nous ne voguons pas au gré des événements. Nous avons une orientation », a déclaré Assimi Goïta, dans un ton à la fois solennel et pédagogique. Cette orientation, selon lui, se matérialise dans un plan national à long terme, pensé pour transformer en profondeur les structures économiques, sociales et culturelles du Mali.
Baptisée Vision Mali 2063, cette feuille de route réunit onze projets structurants visant à refonder la souveraineté nationale sur des bases économiques et culturelles. L’objectif affiché est de faire du Mali un pays autosuffisant, connecté, industrialisé et ancré dans ses valeurs traditionnelles.
« Farafina Jigine » : nourrir le Mali et l’Afrique pour garantir la souveraineté
Le premier pilier de cette stratégie, baptisé « Farafina Jigine » — le grand grenier africain —, vise à atteindre l’autosuffisance alimentaire, pour le Mali et pour toute l’Afrique. Assimi Goïta a rappelé que l’Office du Niger, principal pôle agricole du pays, compte plus de deux millions d’hectares, dont à peine un million exploitables : « Nous n’exploitons aujourd’hui que 100 000 hectares. Nous n’avons même pas encore atteint 10 % », a-t-il reconnu, soulignant la nécessité d’une mobilisation nationale pour valoriser le potentiel agricole du pays.
Le programme prévoit la modernisation de l’agriculture, la mécanisation, la formation d’ingénieurs ruraux et la création d’unités agro-industrielles pour transformer localement les productions.
« Yélen Kura » : éclairer le pays et bâtir une économie moderne
Le second grand chantier, « Yélen Kura » — la lumière nouvelle —, doit répondre au défi énergétique chronique du Mali. Ce programme repose sur le développement massif des centrales solaires, hydroélectriques et nucléaires civiles, pour garantir une couverture électrique nationale et alimenter les futures usines du pays, ainsi que les zones rurales.
« La multiplication des usines au Mali pour la transformation des productions locales » est l’une des conditions sine qua non du développement du pays. Le chef de l’Etat a souligné que la souveraineté économique passait par la maîtrise de l’énergie et la création de valeur ajoutée sur place.
« Kankou Moussa Seguinna Kana » : la renaissance minière et industrielle
Troisième pilier, « Kankou Moussa Seguinna Kana » — le retour de Kankou Moussa —, s’inspire du légendaire empereur du Mali médiéval pour valoriser les richesses souterraines du pays. Le projet prévoit la création d’écoles spécialisées dans les métiers miniers, la mise en place d’usines de transformation des ressources naturelles et un cadre juridique garantissant que les bénéfices de l’exploitation minière profitent d’abord aux Maliens.
Cette orientation confirme la doctrine souverainiste du régime, qui a récemment adopté un nouveau code minier renforçant la part de l’État dans les exploitations et orienté les contenus locaux vers le développement communautaire.
« Sigida Sirakow » et « Sankoré » : relier, instruire et protéger
Le développement des infrastructures et de la connaissance constitue les autres axes majeurs de la Vision 2063. Le programme « Sigida Sirakow » — les problèmes d’infrastructures routières — ambitionne de désenclaver le pays et de connecter ses régions par des routes, des voies ferrées et des corridors transsahéliens reliant le Mali à ses voisins, voire au reste du monde.
De son côté, le programme « Sankoré » — clin d’œil à l’université médiévale de Tombouctou — met l’accent sur l’éducation, la sécurité, la culture, la santé et la formation citoyenne. Enfin, le président a insisté sur la protection de l’environnement, la lutte contre la désinformation et la promotion d’une information vérifiée, considérant que la bataille pour la souveraineté se joue aussi sur le terrain du récit national et de la maîtrise du discours public.
Un horizon de 40 ans pour une refondation civilisationnelle
En articulant ces onze projets autour d’une vision de long terme, le général Assimi Goïta entend inscrire le Mali dans une trajectoire de refondation durable, où développement matériel et renaissance culturelle se renforcent mutuellement.
Cette planification sur quatre décennies rompt avec les cycles politiques courts et marque la volonté du régime de bâtir une doctrine de développement endogène, affranchie des conditionnalités extérieures.
Le projet « Mali Kura 2063 » est un instrument de mobilisation nationale et d’émancipation collective. Pour le général Assimi Goïta, la voie est tracée : « Toutes les actions à mener durant les quarante ans à venir sont consignées pour le bonheur du peuple malien et le développement de notre pays. »
Chiencoro Diarra
En savoir plus sur Sahel Tribune
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
