La gestion financière de la Commune urbaine de Koutiala est épinglée par un rapport du BVG. Ce rapport d’expert sur les exercices 2021, 2022, 2023 et 2024 (jusqu’au 30 septembre) révèle des irrégularités majeures dans le recouvrement des recettes, la gestion des fonds publics et l’attribution des marchés. Des comportements qui menacent la transparence et le développement local.
La Commune urbaine de Koutiala est au cœur d’un scandale financier après la publication d’un rapport accablant du Bureau du Vérificateur général (BVG). Entre non-recouvrement des recettes, détournements de fonds et manquements dans la gestion des ressources publiques, les conclusions du rapport révèlent des pratiques qui fragilisent la gouvernance locale et compromettent le développement de la municipalité.
Des délégataires en situation de non-paiement
L’un des points les plus préoccupants du rapport est l’inaction du Chef du Centre des Impôts de Koutiala dans le recouvrement des droits de patente sur des marchés publics exécutés. En dépit des obligations légales, ces taxes n’ont pas été perçues, privant la commune de plus de 17,9 millions de francs CFA. Une négligence qui s’ajoute à l’absence de contrôle des régies d’avances et de recettes par le maire et le receveur-percepteur. Ce qui ouvre la porte à des pratiques opaques dans la gestion des finances communales, explique les experts de Samba Alhamdou Baby, Vérificateur général.
Autre point alarmant de ce rapport, c’est le fait que plusieurs entreprises bénéficiant de concessions municipales n’ont pas respecté leurs engagements financiers envers la mairie. Selon le rapport, les délégataires des marchés publics et des transports urbains n’ont pas reversé une partie des redevances qu’ils devaient à la régie de recettes de la commune. Sur un total de 36,7 millions de FCFA attendus en 2024, seuls 18,3 millions ont été versés, laissant un trou financier de plus de 18 millions.
Pire encore, les preuves apportées après la mission de vérification ne couvrent qu’une partie de ce manque à gagner, laissant toujours un déficit de 3 millions de FCFA dans les caisses communales.
Une comptabilité chaotique et un contrôle quasi inexistant
Le rapport pointe également du doigt le Représentant de l’État dans le Cercle de Koutiala, qui aurait autorisé des avantages financiers illégaux en faveur du Conseil Communal. Des décisions irrégulières ont ainsi permis l’attribution de lots à usage d’habitation à des prix largement sous-évalués, avec des subventions injustifiées. Cette gestion approximative des biens fonciers communaux représente une déperdition financière considérable et favorise l’opacité dans l’attribution des terres.
Les auditeurs du BVG ont également mis en lumière de graves dysfonctionnements administratifs, notamment dans la tenue de la comptabilité-matières de la commune. Le comptable-matières en poste a été nommé de manière irrégulière et les documents comptables sont incomplets, empêchant un suivi rigoureux du patrimoine municipal.
Par ailleurs, des agents de la mairie ont été épinglés pour avoir perçu directement des frais de déclaration de mariage, une pratique illégale qui prive la commune de recettes officielles.
Des recommandations pour assainir la gestion communale
Face à ces manquements graves, le rapport du Vérificateur général recommande une série de mesures correctives, notamment : la mise en place d’un contrôle strict sur les régies d’avances et de recettes, sous la supervision du maire et du receveur-percepteur ; le recouvrement immédiat des impôts et taxes non payés, en particulier les droits de patente dus par les entreprises attributaires de marchés publics ; une transparence accrue dans la gestion foncière, en mettant fin à l’attribution irrégulière de lots communaux. Enfin, la régularisation de la comptabilité-matières, avec la nomination d’un comptable qualifié et le respect des normes comptables en vigueur.
Ce rapport du BVG met une nouvelle fois en lumière les failles de la gestion municipale au Mali, où l’absence de contrôle et la mauvaise gestion financière affaiblissent les collectivités locales. À Koutiala, cette situation compromet les services publics essentiels et le développement de la ville, alors même que les citoyens attendent une amélioration de leurs conditions de vie.
A.D
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