À Bamako, le 65ᵉ anniversaire de l’armée malienne, commémoré ce 20 janvier 2026, au 34ème bataillon du régiment du génie militaire, s’est transformé en une démonstration de patriotisme artistique, portée par la fanfare des élèves du Prytanée militaire de Kati.
Le centre d’études stratégiques de l’Afrique a expliqué en juin 2024 le lien inextricable entre la culture et l’insécurité. Dans cette étude, il est indiqué : « […] La propagation de l’extrémisme violent au Sahel est fondamentalement une crise culturelle qui nécessitera des solutions culturelles. » Cette étude montre que le rôle prépondérant de la culture dans la lutte contre l’extrémisme violent: « La culture joue un rôle fondamental […] dans la lutte contre l’extrémisme violent. Lorsqu’on observe de près, en fait l’extrémisme violent s’attaque à la culture. D’où les attaques dirigées contre les écoles, donc contre le savoir. »
Un « cadeau symbolique » aux Forces armées
Le rôle de l’armée — qui joue un rôle important dans le développement du pays — dans la promotion des valeurs culturelles de son pays n’est plus à démontrer. Dans son discours à la nation, le 19 janvier 2026, en prélude à la commémoration du 65ème anniversaire de l’armée malienne, le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, a félicité et témoigné « la reconnaissance de la Nation [à l’armée malienne]pour la sécurisation exemplaire de la Biennale artistique et culturelle », qui s’est tenue à Tombouctou, après des années de troubles sécuritaires.
Au cours de la commémoration du 65ème anniversaire de l’armée — à travers les élèves du Prytanée militaire de Kati — ce 20 janvier 2026, l’armée malienne a encore démontré qu’elle n’est pas qu’un outil de sécurisation ou de développement, mais qu’elle est aussi un instrument de promotion culturelle et artistique. En prélude au grand défilé militaire —défilé des troupes, des motards, des cavaliers ainsi des aéronefs — la fanfare du Prytanée militaire de Kati a offert aux Maliens un moment inattendu de grâce et de ferveur. Pendant près d’une dizaine de minutes, les jeunes musiciens en uniforme ont captivé l’assistance par une prestation alliant rigueur militaire et créativité artistique.
Sous les regards attentifs des autorités et des invités étrangers, les élèves du Prytanée ont offert un « cadeau symbolique » aux Forces armées maliennes (FAMa) : un spectacle chorégraphique et musical qui illustrait la diversité culturelle du Mali. Tambours, balafons, percussions et instruments modernes se mêlaient dans une harmonie surprenante, rappelant que la défense de la nation ne se joue pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi sur le terrain de la culture et de la cohésion sociale.
Des artistes en uniforme
L’accès au Prytanée militaire, établissement d’excellence formant les futures élites de l’armée malienne, se fait sur la base du volontariat. La chorégraphie de la fanfare du génie militaire, minutieusement mise en scène, mettait en avant l’unité comme condition essentielle de la paix et de la stabilité.
Sur la pelouse, les enfants ont formé un tableau vivant : des foulards blancs agités en rythme symbolisaient le vivre-ensemble, tandis qu’un drapeau malien flottait fièrement au-dessus d’eux, figurant une nation debout la présence de l’Etat sur l’ensemble du territoire national malgré les épreuves. Comme quoi , « le bateau Mali peut tanguer, mais ne chavirera jamais ».
Cette performance, pensée comme un moment d’émotion collective, s’inscrivait dans une volonté plus large de réconcilier le militaire et le civil à travers l’expression artistique. Dans un contexte de transition politique et de tensions sécuritaires persistantes, les autorités maliennes cherchent à faire de la culture un levier de résilience et de fierté nationale. D’où le Décret du président de la Transition faisant de 2025, « l’année de la culture ».
La représentation des élèves du Prytanée militaire faisait également écho à l’Alliance des États du Sahel (AES), organisation régionale regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — depuis le 16 septembre 2023 — symbolisée au cours du spectacle par des drapeaux et des gestes de solidarité entre les jeunes interprètes. La fanfare du Prytanée a réussi, à travers une chorégraphie, à mettre en scène le soutien des populations aésiennes à cette initiative régionale.
Un message d’unité au-delà des armes
En intégrant la musique et le symbolisme dans une célébration militaire, l’armée malienne a voulu projeter une image différente : celle d’une institution ancrée dans la société, capable d’exprimer son attachement à la paix autant qu’à la défense du territoire. « Détruire parfois construire, mais toujours servir », comme indique le slogan des Forces armées et de sécurité.
L’événement illustre la manière dont la culture devient un instrument de communication stratégique pour l’État malien, cherchant à renforcer la cohésion nationale par l’émotion et la mémoire collective.
Entre discipline et créativité, ces jeunes élèves-soldats ont montré qu’au Mali, la fierté militaire peut aussi se jouer sur une scène, et non uniquement sur un champ de bataille.
A.D
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