Claude Pivi, plus connu sous le surnom de « Coplan », officier militaire guinéen et ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle sous le règne du capitaine Moussa Dadis Camara, est décédé ce mardi à l’âge de 66 ans. Le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry a annoncé sa mort, survenue après deux jours de soins intensifs à l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré, où il avait été admis en urgence après une hypoglycémie sévère.
Né en 1960 à N’Zérékoré, Claude Pivi avait connu une ascension fulgurante au sein de l’armée guinéenne. Ancien karatéka, il avait intégré les rangs militaires en 1985 avant de se faire remarquer lors de la mutinerie de mai 2008. Après le coup d’État du 23 décembre 2008, il fut nommé ministre dans le gouvernement de Kabiné Komara et devint capitaine en avril 2009. Figure influente du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), il s’imposa rapidement comme un acteur central.
Une carrière militaire marquée par la politique
Membre du CNDD, Claude Pivi fut rapidement associé aux violences politiques qui endeuillèrent la Guinée, notamment le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Cet épisode tragique, au cours duquel des centaines de manifestants furent tués ou blessés, marqua durablement l’histoire du pays. La responsabilité de commandement de Pivi dans ces événements fut mise en avant par la justice, qui le poursuivit pour crimes contre l’humanité, une accusation lourde qui allait sceller son destin judiciaire.
Le 31 juillet 2024, après un long processus judiciaire, Claude Pivi fut reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans. Cette décision marqua l’aboutissement d’un procès historique en Guinée, visant à rendre justice aux victimes du massacre du stade. La condamnation de Pivi fut perçue comme un signal fort contre l’impunité, même si son parcours judiciaire fut marqué par des rebondissements spectaculaires.
Condamnation et évasion spectaculaire
En novembre 2023, avant même la conclusion de son procès, Claude Pivi avait réussi une spectaculaire évasion de la maison centrale de Conakry. Cet épisode fit grand bruit dans le pays, révélant les failles du système carcéral guinéen. Sa fuite alimenta les spéculations et renforça son image controversée. Pendant plusieurs mois, il demeura introuvable, jusqu’à ce que les autorités parviennent à le localiser au Liberia, où il fut arrêté en septembre 2024 avant d’être extradé vers la Guinée.
Son retour forcé à Conakry permit la reprise du processus judiciaire, qui se conclut par sa condamnation définitive. L’ancien ministre, autrefois figure redoutée du régime de Dadis Camara, se retrouva ainsi derrière les barreaux, marqué par une trajectoire oscillant entre ascension militaire et chute judiciaire. Son parcours illustre les turbulences politiques de la Guinée contemporaine, où les figures militaires ont souvent joué un rôle central dans les crises et les transitions du pouvoir.
Un décès entouré de questions médicales
Selon le communiqué du Parquet, Claude Pivi souffrait de plusieurs pathologies chroniques, dont le diabète et l’hypertension. La non-observance de son traitement aurait entraîné une hypoglycémie sévère le 4 janvier, nécessitant son évacuation en urgence vers l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré. Malgré deux jours de soins intensifs, son état ne s’est pas amélioré, et son décès a été constaté le 6 janvier, plongeant ses proches et l’opinion publique dans une nouvelle onde de choc.
Le Parquet a annoncé qu’une autopsie médico-légale avait été ordonnée afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Cette décision vise à clarifier les causes du décès d’un homme dont la vie fut marquée par la controverse et les procès. La disparition de Claude Pivi, dit « Coplan », clôt ainsi un chapitre tumultueux de l’histoire politique et militaire guinéenne, où se mêlent ascension fulgurante, violences tragiques, condamnation judiciaire et fin brutale dans un contexte médical complexe.
Ibrahim Kalifa Djitteye
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