Un rapport de 57 pages publié le 10 mars 2026 par l’Organisation internationale du travail (OIT) lève le voile sur un phénomène largement sous-documenté. Il s’agit de la violence et le harcèlement dans le monde du travail en Afrique de l’Ouest. ce rapport s’intitulé « Rendre visible l’invisible : comprendre et combattre la violence et le harcèlement au travail dans trois pays d’Afrique de l’Ouest », le document s’appuie sur des recherches menées entre 2022 et 2024 au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
Insultes, pressions psychologiques, humiliations, harcèlement sexuel ou menaces physiques. Dans de nombreux secteurs professionnels, ces violences restent fréquentes mais rarement signalées. Selon les chercheurs mobilisés par l’OIT, la plupart des victimes préfèrent se taire par peur de perdre leur emploi ou de subir des représailles.
Le rapport souligne que ces violences touchent particulièrement les travailleurs les plus vulnérables, notamment les femmes, les jeunes salariés, les employés du secteur informel ou les travailleurs domestiques. Dans ces milieux, l’absence de mécanismes de plainte efficaces ou de protections sociales renforce le sentiment d’impunité.
Les femmes particulièrement exposées
Les femmes apparaissent comme les premières victimes de ces pratiques, notamment dans les secteurs où les relations hiérarchiques sont très marquées. Le harcèlement sexuel constitue l’une des formes de violence les plus répandues, souvent banalisée ou minimisée dans les environnements professionnels.
Les chercheurs notent également que la frontière entre espace professionnel et sphère privée reste floue dans certains secteurs, ce qui accentue les risques d’abus de pouvoir et de pressions sur les salariées.
L’étude met en lumière plusieurs secteurs où ces violences sont plus fréquentes : les services domestiques, le commerce informel, certaines activités industrielles ou encore les services de sécurité privée. Dans ces milieux, la précarité de l’emploi et la dépendance économique rendent les travailleurs particulièrement vulnérables.
Le rapport insiste également sur le rôle des normes sociales et culturelles, qui peuvent parfois contribuer à banaliser certaines formes de harcèlement ou à décourager les victimes de porter plainte.
Des lois encore peu appliquées
Si plusieurs pays de la région ont adopté ces dernières années des textes pour lutter contre la violence et le harcèlement au travail, leur application reste souvent limitée. Les dispositifs de signalement sont encore peu connus et les procédures judiciaires jugées longues ou difficiles d’accès.
L’OIT rappelle pourtant que la convention internationale sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail — adoptée en 2019 — offre un cadre juridique pour mieux protéger les travailleurs.
Au-delà des atteintes individuelles, ces violences ont également un coût pour les économies nationales. Baisse de productivité, absentéisme, stress et dégradation du climat de travail : les conséquences peuvent affecter durablement les entreprises et les administrations.
Pour l’OIT, rendre visible ces violences constitue donc une étape essentielle pour les combattre. Le rapport recommande notamment de renforcer les dispositifs de plainte, de sensibiliser les employeurs et d’améliorer la formation des institutions chargées de faire respecter le droit du travail.
Dans une région où le travail informel reste majoritaire, la lutte contre la violence et le harcèlement au travail apparaît ainsi comme un défi majeur pour la protection des travailleurs et l’amélioration des conditions de travail.
F. Togola
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