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Du Sahel à la Libye, la France face à ses propres contradictions

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Entre soutien officiel au gouvernement de Tripoli et dialogue discret avec Khalifa Haftar, allié de Moscou, la France entretient une diplomatie à géométrie variable qui risque de lui coûter cher en Libye et au Sahel.

Un pied à l’ouest, un autre à l’est. Un discours à l’ONU, un autre à l’Élysée. Entre le Gouvernement d’Union nationale (GUN) de Tripoli, officiellement reconnu par la communauté internationale, et l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, soutenue par Moscou, la France joue une partition à plusieurs voix. Un équilibre fragile, voire intenable, où Paris s’enlise dans ses propres contradictions.

Mercredi 26 février 2025, Haftar, entouré de ses fils, a été reçu en catimini par Emmanuel Macron. Une rencontre non confirmée par l’Élysée, mais que l’ANL s’est empressée de relayer sur Facebook. Officiellement, il s’agissait de discuter du « processus politique en Libye » et du rôle de l’ONU. Dans les faits, la rencontre sonne comme une validation tacite du chef de guerre de Benghazi, que Paris considère, malgré tout, comme un acteur incontournable.

Pendant ce temps, à Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, le Premier ministre du GUN, scrute avec agacement cette duplicité. Car sur le papier, c’est lui, et lui seul, que la France devrait reconnaître comme légitime.

De l’intervention de 2011 au blocage politique

Tout a commencé avec l’élimination de Mouammar Kadhafi en 2011, soutenue par une coalition occidentale où la France jouait un rôle moteur. Nicolas Sarkozy, à l’époque, se voulait l’architecte du renouveau libyen. Résultat ? Un pays fracturé, livré aux milices et aux ambitions des puissances étrangères.

Depuis, la Libye est un champ de ruines diplomatique, avec deux gouvernements rivaux et une unité nationale toujours aussi lointaine. L’envoyé spécial de l’ONU, Abdoulaye Bathily, a jeté l’éponge, comme ses prédécesseurs, et les élections maintes fois promises ne voient jamais le jour. En 2020 déjà, Ghassan Salamé, ancien émissaire onusien, reconnaissait que le statu quo était peut-être la moins mauvaise des options.

Mais dans ce chaos, Haftar a su se rendre indispensable. À la fois chef militaire et habile stratège politique, il joue sur tous les tableaux : soutien occidental d’un côté, rapprochement avec Moscou de l’autre.

Liaisons dangereuses : de Benghazi à Moscou, en passant par le Sahel

Si Paris le reçoit discrètement, Moscou, elle, assume pleinement son soutien à Haftar. Les mercenaires de Wagner ont été les premiers à sécuriser ses positions, et le Kremlin voit en lui un relais idéal pour son influence en Afrique du Nord et au Sahel.

Mais Haftar ne se contente pas d’un seul allié. Depuis la prise de pouvoir des militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, il a aussi tissé des liens avec ces régimes, qui, comme lui, rejettent l’ingérence occidentale et lorgnent vers la Russie pour leur sécurité.

Ici encore, la France se retrouve piégée par ses propres contradictions. D’un côté, elle condamne l’influence russe au Sahel, de l’autre, elle négocie avec un allié stratégique de Moscou en Libye.

Paris, maître du grand écart diplomatique

La posture de Paris devient de plus en plus illisible. Quel est son véritable objectif ? Maintenir son influence à Tripoli ? Composer avec Haftar ? Contenir l’expansion russe ?

Le paradoxe est flagrant : Paris soutient le GUN, tout en validant Haftar. Elle dénonce la présence russe au Mali, mais dialogue avec l’homme qui ouvre la porte à Moscou en Libye.

Pendant ce temps, Haftar avance ses pions, prenant ce qu’il peut obtenir de l’Occident, tout en consolidant ses alliances avec la Russie et les régimes sahéliens.

À force de vouloir ménager tous les camps, Paris risque de tout perdre : son influence à Tripoli, son poids en Libye et son crédit en Afrique.

Car dans ce jeu de dupes, il n’y a qu’un seul gagnant : celui qui ne se laisse pas enfermer dans les ambiguïtés.

Chiencoro Diarra 


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