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Crises oubliées : quand l’Afrique disparaît des radars médiatiques et humanitaires

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En 2025, la fermeture de TikTok aux États-Unis a suscité près de 300 fois plus d’attention médiatique que la situation humanitaire en Centrafrique. Un chiffre saisissant, mis en lumière par la 10ᵉ édition du rapport annuel de l’ONG CARE — publié ce mardi 28 janvier 2026 — qui alerte sur l’effacement progressif des crises africaines dans l’espace médiatique mondial, au moment même où les financements de l’aide s’effondrent.

La comparaison est brutale, presque indécente. Selon le rapport Crises oubliées 2025 de l’ONG CARE, rendu public le 28 janvier 2026, la fermeture temporaire de TikTok aux États-Unis a généré 290 fois plus de couverture médiatique que la crise humanitaire en République centrafricaine sur l’année écoulée. Un symbole, pour CARE, du déséquilibre croissant entre l’agenda médiatique mondial et les urgences humanitaires les plus graves.

Une aide humanitaire en chute libre

Pour sa dixième édition, ce rapport devenu une référence dresse un constat sans appel : 80 % des crises humanitaires les moins médiatisées dans le monde se situent en Afrique. Des crises durables, complexes, souvent liées à des conflits armés, à l’insécurité alimentaire ou aux dérèglements climatiques, mais reléguées aux marges de l’information internationale.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte particulièrement défavorable pour l’action humanitaire. Un an plus tôt, jour pour jour, entrait en vigueur le gel massif de l’aide étrangère américaine, décidé par Washington. En 2025, les États-Unis ont supprimé près de 90 % de leurs financements dédiés à l’aide humanitaire, fragilisant l’ensemble du système international de réponse aux crises.

Cette décision a fait tache d’huile. Selon CARE, une dizaine de pays européens ont, eux aussi, réduit leurs contributions, dont la France, avec une baisse estimée à 37 %. Résultat : près de la moitié des financements publics mondiaux de l’aide humanitaire ont disparu en dix ans, alors même que les besoins explosent.

L’Afrique, première victime du sous-financement

Dans ce contexte, les crises africaines paient le prix fort. Faiblement médiatisées, elles sont aussi structurellement sous-financées, rappelle CARE. La logique est implacable : moins une crise est visible, moins elle attire de financements, accentuant la vulnérabilité de populations déjà éprouvées.

La Centrafrique, régulièrement citée dans le rapport, incarne cette spirale de l’oubli. Conflit de basse intensité, instabilité chronique, déplacements massifs de populations : autant de réalités humanitaires durables, mais éclipsées par des crises jugées plus stratégiques ou plus spectaculaires sur la scène internationale.

Au-delà des chiffres, le rapport interroge le rôle des médias, des plateformes numériques et des États dans la hiérarchisation des urgences. Dans un monde saturé d’informations, l’économie de l’attention devient un facteur déterminant de la solidarité internationale. Les crises longues, complexes et politiquement sensibles peinent à exister face aux événements technologiques, géopolitiques ou sécuritaires du Nord global.

Pour CARE, l’enjeu est désormais politique : réhabiliter les crises oubliées dans le débat public, alerter sur les conséquences humaines du désengagement des bailleurs, et rappeler que l’invisibilité médiatique n’est pas synonyme d’amélioration sur le terrain.

À l’heure où l’aide humanitaire mondiale se contracte, le rapport sonne comme un avertissement : l’oubli médiatique tue aussi, à bas bruit, loin des projecteurs.

Chiencoro Diarra 


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