Home A la Une Crimes de 2009 : l’ex-président Dadis Camara gracié pour raisons de santé

Crimes de 2009 : l’ex-président Dadis Camara gracié pour raisons de santé

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En Guinée, l’histoire ne meurt jamais vraiment. La grâce présidentielle accordée à Moussa Dadis Camara par Mamadi Doumbouya relance, sous couvert de santé fragile, les débats sur mémoire, pouvoir et justice.

En Guinée, le pardon a parfois les allures d’un calcul froid. Ce vendredi 28 mars 2025, par un décret lu à la télévision nationale, le ministre secrétaire général de la Présidence a annoncé que le Général Mamadi Doumbouya, chef de l’État et homme fort de Conakry, a accordé une grâce présidentielle à celui qui, quinze ans plus tôt, incarnait une autre transition, le capitaine Moussa Dadis Camara.

Un garde-fou juridique autant qu’un fusible politique

Ancien chef du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), porté au pouvoir à la faveur du vide laissé par la mort du général Lansana Conté, Dadis avait précipité la Guinée dans une parenthèse aussi bruyante que controversée.

Il en avait été éjecté quelques mois plus tard, à la suite d’un attentat commandité par ses propres hommes. Son nom reste irrémédiablement associé au massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry, où plus de 150 manifestants furent tués, 100 femmes violées, des dizaines d’opposants traqués. Et à cette phrase inoubliable : « Qui a donné l’ordre ? C’est pas moi ! »

Condamné le 31 juillet 2023 pour crimes contre l’humanité à la suite d’un procès historique, le capitaine à la voix haute et aux lunettes sombres purgeait sa peine dans l’indifférence feutrée des cellules pénitentiaires. Jusqu’à ce vendredi.

Le décret, sobrement lu, évoque des raisons de santé. Le président Doumbouya, au nom d’une justice qui se veut républicaine et humaine, a donc décidé de faire usage de l’arme suprême : la grâce présidentielle. Une mesure, selon le texte, prise sur proposition du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme – un garde-fou juridique autant qu’un fusible politique.

Le passé n’est jamais tout à fait mort

Le geste surprend autant qu’il intrigue. Est-ce la main tendue d’un militaire à un autre ? Un acte de clémence dicté par la compassion ? Ou la volonté, plus politique qu’humanitaire, de solder les comptes avec le passé pour mieux dessiner l’avenir ? En Guinée, les grâces présidentielles ont toujours été plus qu’un simple geste juridique. Elles sont un marqueur de pouvoir, un indicateur de rapports de force, une manière de réécrire l’histoire à coups de décrets.

À quelques mois d’échéances encore floues dans une transition dont les contours ne cessent de bouger, Mamadi Doumbouya ajoute une nouvelle pièce au puzzle guinéen. En réhabilitant, fût-ce pour des raisons de santé, un nom que l’on pensait effacé du paysage politique, il rouvre un chapitre que d’aucuns auraient préféré refermer.

Mais à Conakry, comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, le passé n’est jamais tout à fait mort. Il attend son heure, tapi dans les plis d’un décret présidentiel.

A.D


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