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Politique

Fin des concertations nationales : la transition s’étendra sur 18 mois

by Sahel Tribune 12 septembre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Les travaux des concertations nationales ont pris fin ce samedi 12 septembre 2020 au Centre international de conférences de Bamako (CICB). La Charte de la transition a été approuvée par les participants.
Un Mali nouveau fondé sur le travail, la justice sociale et l’égalité, voilà le défi que se lance le président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), Colonel Assimi Koita au cours de la cérémonie de clôture des concertations nationales.
Près de 500 participants, représentant les forces vives de la nation, ont pris part à ces trois de travaux au Centre international de conférences de Bamako (CICB), a précisé Moussa Camara, rapporteur général de la concertation. Selon M. Camara, la Charte de la transition a été approuvée à l’unanimité par les participants.
Explicitant le contenu de cette Charte, M. Camara a fait comprendre que selon les conclusions contenues dans ce document, la transition s’étendra sur une durée de 18 mois, soit 1 an et demi. À l’en croire, les Organes retenus pour diriger cette transition sont : un président de la transition, un Conseil national de transition qui est l’organe législatif, et un gouvernement.
Les missions, les modalités de désignation des membres ainsi que la composition de ces organes sont définies dans cette Charte. S’agissant de la présidence de la Transition, il est indiqué dans la Charte qu’elle sera dirigée par un civil ou un militaire qui sera désigné par un Collège de transition mis en place par le CNSP. Il est secondé par un vice-président désigné selon les mêmes modalités Quant au gouvernement de transition, il comprendra 25 membres ou plus, a indiqué M. Camara. Le Conseil national de transition comprendra 121 membres. Ce conseil hétéroclite sera présidé par un civil ou un militaire.
Cette transition démocratique aura pour mandat de préparer les élections législatives et présidentielles auxquelles le président, le vice-président de la transition ainsi que les membres du gouvernement de transition ne seront pas éligibles. Leur mandat prend fin par la tenue de ces élections.
Le président du CNSP a saisi cette opportunité pour remercier les participants de la qualité du travail abattu. Il rappelle qu’il « s’agissait de diagnostiquer sans complaisance les maux qui minent notre société ». Toutefois, il précise que « ce qui nous attend à présent est d’autant plus ardu ». Il s’agit de la mise en œuvre de cette Charte pour travailler à obtenir le Mali nouveau tant souhaité. Néanmoins, il lance un appel à la communauté internationale d’accompagner le peuple malien à la mise en œuvre diligente de cette Charte.
Notons que les missions prioritaires de cette transition sont entre autres : le renforcement de la sécurité, la promotion de la bonne gouvernance, l’adoption d’un pacte de stabilité sociale, le lancement du chantier des réformes politiques et institutionnelles, l’organisation des élections générales.
Rappelons que la Cédéao a donné 15 septembre 2020 comme ultimatum pour la mise en place d’une transition dirigée par un président et un Premier ministre civils.
Chiencoro

12 septembre 2020 0 comments
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conference du M4
Politique

Pour soutenir une transition militaire, le MP4 appelle à une seconde mobilisation

by Sahel Tribune 12 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le MP4 prévoit un autre rassemblement pour le mardi 15 septembre 2020 sur toute l’étendue du territoire malien et dans la diaspora. Objectif : soutenir une transition militaire. L’annonce a été faite au cours d’un point de presse, vendredi 11 septembre 2020, au siège du Mouvement.

Dans le cadre de la gestion de la période transitoire au Mali, le MP4 appelle à un second rassemblement le mardi 15 septembre 2020 à la Place de l’indépendance. Ce mouvement du 4 septembre se dit favorable à une transition militaire. Leur slogan reste : « Soutenir le Mali à travers son Armée. »
« Nous sommes tous résolus à soutenir les militaires dans la conduite de cette transition », laissent entendre les conférenciers.
Le MP4 estime que le Mali a trop souffert des années de mauvaise gouvernance. D’où la nécessité pour les Maliens de se donner la main pour faire sortir ce pays des difficultés qu’il traverse, invitent les conférenciers. À les en croire, la solution aux problèmes du Mali se trouve entre les mains des Maliens.
Le MP4 estime le peuple malien doit se montrer déterminer à prendre sa destinée entre ses deux mains en défendant le Mali contre vents et marées.
À titre de rappel, le MP4 est constitué d’organisations de la société civile, de groupements de partis politiques et d’associations. Notons également que ce mouvement a tenu son premier rassemblement le mardi 8 septembre 2020 au Boulevard de l’indépendance.
Rappelons que si la première mobilisation a eu lieu quelques jours avant le démarrage des concertations nationales sur la transition, cette deuxième mobilisation aura lieu quelques jours après ces concertations qui prennent fin ce samedi 12 septembre 2020.
N’oublions pas que la Cédéao exige une transition dirigée par un président et un Premier ministre civils. La date butoir pour cette mise en place est le mardi 15 septembre 2020.
Bakary Fomba, stagiaire

12 septembre 2020 0 comments
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Ocha
Sécurité

Inondations au Mali : 52 495 sinistrés, 16 morts et plusieurs autres dégâts

by Sahel Tribune 12 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

L’hivernage rime avec les inondations surtout lorsque l’on enregistre de fortes quantités de pluie. Le bilan des inondations entre mai et septembre 2020 donne froid dans le dos.

Entre le mois de mai et septembre 2020, les pluies diluviennes ont engendré de nombreux dégâts au Mali. Selon les dernières estimations de la coordination des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha Mali), durant la période en revue, le bilan humain et matériel de ces inondations reste lourd.

Au total, 52 495 sinistrés ont été dénombrés au Mali, indique Ocha Mali. De ce chiffre, il ressort que c’est Ménaka qui enregistre le plus grand nombre de sinistrés avec 16 890 personnes touchées.  Cette région est suivie de la région de Ségou qui enregistre 13 642 sinistrés. En troisième position se classe Koulikoro avec 11 116 personnes sinistrées.  Quant à la région de Mopti, Ocha Mali rapporte qu’elle enregistre 4833 sinistrés. S’agissant de la situation des inondations dans la première région, la coordination humanitaire des Nations unies indique que Kayes enregistre un total de 2680 personnes sinistrées. Pour Sikasso, c’est au total 1474 personnes sinistrées.  Elle est suivie du district de Bamako, 1080 sinistrées.  C’est la région de Gao qui arrive à l’avant-dernière position du classement avec 792 personnes sinistrées.  Kidal est la région qui enregistre le moins de sinistrés avec seulement 790 personnes sinistrées. 

Ces inondations survenues entre le mois de mai et le mois de septembre ont privé 16 personnes de leur vie et blessé 25 autres personnes, d’après les chiffres fournis par Ocha Mali. 

Sur le plan matériel,  ces inondations ont causé plusieurs dégâts. Au total, 2728 maisons et 7030 tonnes de céréales ont été détruites, selon Ocha Mali.

Ces inondations massives ne peuvent qu’entrainer une augmentation du besoin humanitaire puisqu’elles occasionnent des déplacements internes des populations.  Une situation qui vient s’ajouter à la crise sécuritaire qui a fait de nombreux déplacés. 

Fousseni Togola

12 septembre 2020 1 comment
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Yacouba D Marico maire de Kaladougou
Actu

Les raisons de la suspension du prêche sur les radios de Dioila

by Sahel Tribune 12 septembre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

A Dioila, dans la région de Koulikoro, des prêcheurs transforment leur émission de prêche en scène de combat religieux. Suite à cette situation, le maire de la commune de Kaladougou a interdit le prêche sur les radios de Dioila. Une décision qui a été également mal apprécié par certains.

Dans son Arrêté N°2020-09-CRK/CD, le maire de la commune de Kaladougou, dans le cercle de Dioila, interdit la diffusion de prêche sur les différentes antennes radios de Dioila. « Il est strictement interdit toute diffusion de prêche sur les antennes des radios locales dans la ville de Dioila jusqu’à nouvel ordre », lit-on dans l’article 1 de cet Arrêté du maire de Kaladougou, Yacouba D. Marico.

Cet Arrêté a donné lieu à plusieurs  interprétations.  Pourtant dans le même document, il est bien indiqué comme motif de cette décision les conflits grandissants entre les différentes confessions religieuses musulmanes à travers les antennes des radios locales. 

Pour éclairer la lanterne des Maliens des raisons l’ayant amené à une telle prise de décision dans un pays majoritairement musulman, le maire donne plusieurs précisions.  A l’en croire,  c’est les  confessions Ahmadiyya et Ançar Dine qui s’adonnent à  des critiques acerbes, les unes contre les autres, lors des émissions de prêche sur des radios locales.  Les unes critiques les pratiques religieuses des autres, indique le maire. Une situation qui pourrait à la longue aboutir à un conflit religieux dans la zone, craint le maire.

Selon M. Marico, des rencontres ont été initiées autour de cette mésentente entre prêcheurs de confession différente afin d’inviter les uns et les autres à plus de responsabilité.  A l’en croire, ces rencontres n’ont pas réussi à les ramener à la raison, puisque les attaques verbales se sont transportées hors les micros. Des prêcheurs des deux confréries vont s’appeler au téléphone pour s’insulter, déplore-t-il.  C’est en raison de cela que cet Arrêté a été adopté, indique-t-il,  afin de suspendre la prêche sur les radios de Dioila.  Ce en attendant que les deux confessions trouvent un terrain d’entente entre elles.

 Des négociations seraient en cours entre les deux parties. Et le maire rassure qu’une fois l’assurance trouvée que les deux confessions vont arrêter les provocations, le prêche redémarrera sur les radios de Dioila.  Car il se dit convaincu que le prêche joue un rôle central dans la stabilisation du Mali.

« Les linges sales se lavent en famille », rappelle le maire avant de préciser qu’aucune des radios sur lesquelles ces émissions étaient diffusées ne sera fermée et aucun des animateurs ne sera puni.  « La radio est très importante dans le développement local voire national », fait-il comprendre.

Toutefois, le maire de la commune de Kaladougou saisit cette occasion pour demander des formations en faveur des animateurs radio. En attendant,  il a recommandé à ces animateurs d’éviter dorénavant les diffusions en direct de leur émission. Il suggère l’enregistrement des émissions afin de censurer les parties pouvant inciter à la violence avant toute diffusion.

Fousseni Togola

12 septembre 2020 0 comments
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Seydou Guindo president de lAssociation
Éducation

Mali : deuxième fois récipiendaire du prix présidentiel de l’excellence, l’euphorie des étudiants maliens en Tunisie

by Sahel Tribune 11 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Quelle qu’en soit la force d’une marée, certains réussissent à s’en sortir. En Tunisie, les étudiants maliens accomplissent un travail remarquable. Deux années successivement, le prix présidentiel de l’excellence revient au Mali. Cette année, c’est Djenebou Camara qui remporte ce prix avec 16,75 de moyenne.

Arrivée en Tunisie dans les années 2017 pour des études en licence, grâce à une bourse de l’État malien, Djenebou Camara vient d’honorer tout le Mali et en particulier sa famille et ses camarades tunisiens. Étudiante en gestion économique, filière Assurance, Finance et Banque, la dame Camara a été l’heureuse récipiendaire du prix présidentiel de l’excellence pour cette année 2020. Un prix qui récompense le major de chaque promotion. 

L’Association malienne des étudiants et stagiaires en Tunisie, une association à but non lucratif œuvrant pour la promotion des valeurs maliennes en Tunisie, a largement apprécié ce prix qui revient ainsi au Mali pour la deuxième fois consécutive, nous indique Seydou Guindo, président de cette Association. « Ce prix montre le niveau intellectuel de nos étudiants vivant en Tunisie », souligne M. Guindo. 

Si certains lancent l’opprobre sur l’étudiant malien en affirmant sans réserve qu’il n’a pas de niveau, M. Guindo pense qu’il s’agit là d’une question assez complexe. « Nous qui sommes en Tunisie, nous nous sommes toujours imposés », a-t-il déclaré avant de préciser que ce prix en est la parfaite illustration, puisque parmi plus d’une dizaine de nationalités, Djenebou Camara a su se faire distinguer. 

Cette association invite tous les étudiants maliens à se donner au travail afin de faire véhiculer une bonne image de l’étudiant malien.

Notons que présentement, le récipiendaire de cette année poursuit ses études en Master, qu’elle paie elle-même, dans une université publique de Tunis, nous indique Seydou Guindo.

Il convient quand même de souligner que le soutien à l’excellence passe aussi par l’accompagnement des meilleurs étudiants jusqu’à la fin de leur cycle. À travers cela, le Mali pourrait combler le déficit de professeurs au niveau de ses universités publiques.

Chiencoro

11 septembre 2020 0 comments
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Interpellation lors dune patrouille dans le quartier Les Izards a Toulouse le 3 septembre 2020
Seko ni Donko

Le livre « Flic » ou comment certains policiers se sentent investis d’« une mission divine »

by Sahel Tribune 11 septembre 2020
written by Sahel Tribune 9 minutes read

Stéphane Lemercier, Université de Montpellier

Dans Flic, un journaliste a infiltré la police (paru le 3 septembre septembre 2020 aux éditions Goutte d’Or) Valentin Gendrot décrit ses deux années passées dans la police en tant qu’adjoint de sécurité.

Il y relate sa formation « low-cost » de trois mois, son affectation dans une brigade de roulement du XIXe arrondissement de Paris où il va assister et même participer à plusieurs actes répréhensibles perpétrés par ses collègues.

Au-delà de la polémique suscitée par le fait qu’il ne soit pas intervenu sur le moment et qu’il ait décidé de couvrir les auteurs en faisant de faux témoignages, sans jamais signaler les faits à sa hiérarchie, il n’en reste pas moins que les agissements rapportés décrivent une réalité et attestent d’une attitude « jusqu’au boutiste » de plus en plus symptomatique de certains policiers que j’appellerais les « policiers-templiers ».

De quoi s’agit-il ? Qui sont-ils ? Pourquoi ces comportements sont-ils préjudiciables à l’institution police et comment y remédier ?

Chasseurs-cueilleurs

Dans la police, les chasseurs sont les policiers qui recherchent à tout prix le flagrant délit, tandis que les « pêcheurs » sont ceux qui attendent qu’une infraction routière se commette devant eux pour la « cueillir ».

Certains de ces chasseurs sembleraient croire qu’ils sont investis d’une « mission divine ». Des reportages évoquent ainsi les insignes militaires ou religieux, détournés et épinglés sur les uniformes, valorisant ceux qui les portent et associant leur profession à une charge très forte symboliquement.

Certains pensent ainsi être le dernier rempart de la société et veulent partir en croisade contre la délinquance et la criminalité comme jadis les Templiers partaient sur les chemins de l’hexagone pour protéger les pèlerins et défendre la Terre sainte. Ces policiers sont moins préoccupés par leur mission de service public que par l’éradication de tous les délinquants, quitte à verser dans l’illégalité pour y parvenir.

Le journaliste Valentin Gendrot
Le journaliste Valentin Gendrot est devenu adjoint de sécurité quelques mois dans le cadre de son enquête au sein des services de police qui a donné lieu au livre « Flic », paru en septembre aux éditions de la Goutte d’Or. Joel Saget/AFP, FAL

Ils veulent surtout défendre leur territoire (qui est le ressort de la circonscription de police) et leurs prérogatives (qui sont de maintenir l’ordre et la tranquillité publique), pour s’imposer par la force, au besoin, en faisant régner la terreur par l’accomplissement de rites (contrôles d’identité systématiques avec palpations très poussées et propos dégradants ou humiliants…) et des attitudes guerrières, car la virilité et la violence sont valorisées, comme le rapporte à plusieurs reprises Valentin Gendrot dans son ouvrage, quand ses collègues qui s’ennuient se plaisent à lui raconter les interpellations dangereuses et les coups distribués au cours de leur carrière.

Ils ne reculent jamais : ce serait pris pour de la lâcheté. Ils ne se dénoncent pas : ce serait trahir un « code de l’honneur » qui leur est propre et qui n’a rien à voir avec le Code de déontologie…

Le sentiment d’être les seuls à détenir la vérité

Pourquoi agissent-ils ainsi ? Parce qu’ils ont le sentiment d’être les seuls à détenir la vérité et qu’ils pensent que ce qu’ils endurent au quotidien finit par être la réalité de la vie : la violence de la rue, la misère sociale, la drogue et la mort qui rode à chaque patrouille.

Ils s’abreuvent aussi via des médias dédiés à leur profession, alimentés d’informations souvent anxiogènes. Le site actu17.com est très consulté, disposant également d’une application et de relais sur les réseaux sociaux (279 000 abonnés sur Facebook). Actu17 est cependant un média géré par un particulier et les informations présentes n’y sont pas toujours vérifiées. Ces sites jouent aussi un rôle de soupape pour les professionnels des forces de l’ordre qui ont le sentiment de n’être ni suffisamment écoutés ni correctement représentés.

Ces réseaux les incitent cependant à rester dans un certain entre soi qui n’admet que rarement les éléments extérieurs. Valentin Gendrot le décrit assez bien quand un certain Stan, le chasseur de la brigade, soupire parce qu’il va devoir patrouiller avec lui, l’ADS inexpérimenté, « le boulet ».

Ils se connaissent et se reconnaissent souvent aux outils professionnels qu’ils arborent et qui tendent vers une militarisation de l’uniforme policier (gilet tactique, gants d’intervention, armes modifiées, etc.) mais aussi dans leur attitude au travail.

Ils multiplient les contrôles systématiques au cours desquels ils défient les « bâtards » (les jeunes qu’ils croisent et à qui ils assignent automatiquement un rôle de délinquant, comme le rapporte l’auteur), ils distribuent des gifles, profèrent des menaces, des insultes mêmes, surtout quand ils sont de garde dans les geôles, mais aussi sur la voie publique. Et cela va jusqu’au tabassage en règle si la cible ose protester après avoir été insultée, bousculée ou frappée.

Faire bloc

C’est ce qui est arrivé à ce journaliste infiltré, sur un banal contrôle d’identité de 3 ou 4 adolescents qui traînaient au pied d’un immeuble. L’un d’entre eux va se faire gifler devant ses camarades, puis se faire embarquer dans le véhicule de police où il sera roué de coups de poing par un policier, avant d’être placé en garde à vue pour outrage et menaces.

Le jeune déposera plainte et les policiers intervenants seront entendus. Mais tous feront bloc autour de leur collègue pris en faute, y compris ceux qui n’étaient visiblement pas d’accord (ce qui semblait être le cas de la chef de patrouille qui avait fait une remarque au policier fautif sur sa façon de faire mais qui ne l’en a pas empêché…).

Et Valentin Gendrot l’explique très bien : il raconte comment les policiers se comportent entre eux, comment il se replient sur eux-mêmes, ou encore comment ils communiquent entre eux. En effet, ils se renferment sur leur groupe professionnel avec un ennemi identifié et commun, le jeune issu de l’immigration ou tout simplement le « cassos » qui gangrène la société. Ils utilisent les messageries privées qui leur permettent de se retrouver et de se « lâcher » facilement, sans être contredits.

Un journaliste de Street Press a infiltré des groupes Facebook de policiers.

De plus, à cause des horaires décalés qui les empêchent d’avoir une vie sociale en dehors du travail, ils se coupent de la société à cause d’une perception biaisée de la réalité alimentée par des sites d’actualité qui font la part belle aux faits divers tragiques, aux mesures de justice laxistes et aux policiers blessés ou tués, sans parler des suicides de policiers : on en compte 28 pour 2020 dont trois la seule semaine passée.

« Le ressentiment est la chose la mieux partagée au monde »

Tous ces facteurs favorisent un repli identitaire professionnel dans laquelle ils puisent la force de continuer à travailler en s’érigeant en véritable guerrier (pour ne pas dire, héros !) en lutte contre la délinquance et la criminalité, dernier rempart d’une société en déliquescence.

En 2006, dans un essai, le philosophe allemand Peter Sloterdijk constatait que « le ressentiment est la chose la mieux partagée au monde ».

Et il ajoutait plus loin : « La fureur du ressentiment s’éveille à partir de l’instant où le vexé décide de se laisser sombrer dans la vexation comme s’il s’agissait d’une élection… ». Ce que décrit Valentin Gendrot est malheureusement tristement banal. Dans un ouvrage intitulé La peur a changé de camp, le journaliste Frédéric Ploquin reproduit les propos d’un brigadier :

« C’est vrai qu’on mettait parfois des lattes, mais les mecs baissaient la tête. »

Ce sont des termes du même registre qui sont employés par les collègues du journaliste infiltré : ils « mettent des lattes, des beignes, des bouffes ».

Ils estiment que ça calme les esprits, mais souvent ça dégénère. Mais, est-ce vraiment honorable de faire baisser la tête à un adolescent en lui mettant une claque ? Qui n’a jamais ressenti un sentiment d’humiliation et la volonté d’une vengeance décuplée en recevant un coup, une insulte devant ses camarades ou sa famille ? Ce genre de comportement condamnable génère de la rancœur, du ressentiment et même souvent de la haine. Dès lors, comment peut-on s’étonner que les policiers se fassent caillasser quand ils passent dans certains quartiers ? Les jeunes finissent par baisser la tête quand ils sont seuls ou en infériorité numérique mais dès qu’ils se retrouvent en bande, ils prennent leur revanche comme n’importe quel être humain humilié…

L’urgence de l’instant

Le problème est que les policiers agissent dans l’urgence de l’instant, avec les codes de comportement traditionnels qui leur ont été inculqués par les anciens, plutôt que de penser aux éventuelles conséquences de leurs actes pour l’avenir. Ce que Max Weber expliquait ainsi :

« Les activités qui relèvent du comportement traditionnel fait d’attitudes acquises autrefois cèdent parfois le pas à d’autres activités en réaction sans fin à une excitation insolite, où les directions de l’action sont élaborées de manière consciente selon une rationalité axiologique ou selon une rationalité téléologique. »

La première réalité étant que les agents se conforment à des impératifs ou des devoirs qui s’imposent à eux (devoir, dignité, piété…) sans se soucier des conséquences prévisibles de leurs actes. La seconde étant que les agents confrontent systématiquement les fins, les moyens et les conséquences principales ou subsidiaires de leurs activités et s’orientent en conséquence. C’est donc vers une rationalité téléologique que devraient tendre les membres des forces de l’ordre.

Si les policiers prenaient conscience que toujours plus de violences finiront par nuire à la cause qu’ils défendent, celle de l’État de droit, alors les choses pourraient évoluer favorablement. Le malaise est prégnant dans la police depuis des années et il est urgent de la réformer.

Cela nécessiterait une meilleure formation initiale, un meilleur taux d’encadrement des jeunes recrues et une refonte de l’éthique du policier. Celle-ci valoriserait le dialogue plutôt que la violence et se baserait sur un discernement empathique et non autoritariste.

Stéphane Lemercier, Chargé de cours – Membre de l’Equipe de Droit Pénal de Montpellier (EDPM), Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

11 septembre 2020 0 comments
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Liberte individuelle et Vie sociale chez Rousseau
Seko ni Donko

Livre : « Liberté individuelle et Vie sociale chez Rousseau » ou le paradoxe de la vie en commun

by Sahel Tribune 11 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Publié chez les éditions Presse universitaires européennes au cours de ce mois de septembre 2020, « Liberté individuelle et Vie sociale chez Rousseau » de Mahmoud Abdou contribue à la compréhension de certaines réalités de nos États voire de nos vies en société. Il s’agit d’une actualisation de la pensée du philosophe des lumières Jean-Jacques Rousseau. 

« Comment vivre en liberté tout en étant un être social » ? Voilà la question centrale du nouveau-né de l’enseignant-chercheur Mahmoud Abdou, « Liberté individuelle et Vie sociale chez Rousseau ».

Une problématique plus que d’actualité est celle de la liberté de chaque citoyen dans des États régis par des règles de vie commune auxquelles chaque associé est contraint de s’y soumettre. « Mais, on est dans l’obligation de constater, malheureusement, que les réalités sociales constituent des entraves sérieuses à la jouissance de la liberté individuelle à laquelle l’homme est prédestiné de par sa nature », écrit l’auteur.

Pourtant ces réalités sociales ne seraient-elles pas une condition sine qua non de l’exercice de cette liberté individuelle dans une communauté d’hommes condamnée à vivre ensemble ? Pourquoi les hommes sont-ils venus à mettre en place des lois qui limiteraient leurs libertés individuelles ?

Plusieurs interrogations et problématiques auxquelles M. Abdou tente de donner des explications assez limpides à la lumière de son maître à penser. 

Cet essai philosophique de Mahmoud Abdou est un véritable pamphlet susceptible d’ouvrir des voies de compréhension à quiconque se donne pour ambition de mieux comprendre les questions de liberté, de lois, d’état de nature, notamment chez le philosophe français Jean-Jacques Rousseau. 

S’il y a un autre aspect de ce livre qui doit amener le lecteur à le découvrir, c’est bien les clés de compréhension qu’il offre pour la compréhension de la plupart des crises que traversent nos démocraties, notamment au Mali.

Composé de plus de 100 pages, cet ouvrage s’adresse non seulement aux universitaires, aux chercheurs, mais également aux jeunes lycéens. Il est écrit dans un langage assez accessible qui se démarque grandement de l’écriture ordinaire en philosophie. 

Notons que Mahmoud Abdou est un enseignant-chercheur à l’école normale supérieure de Bamako (ENSUP) au département psychologie-pédagogie-sociologie-philosophie. Il est chargé des cours de philosophie morale et politique.

Cet ouvrage est disponible auprès de l’auteur lui-même au Mali ainsi que sur plusieurs plateformes de vente de livre en ligne. Il existe en version papier et numérique.

Fousseni Togola

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