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Seko ni Donko

En raison des impacts de la covid-19, cinq tendances technologiques pourraient marquer 2021

by Sahel Tribune 16 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

L’année 2021 pourrait être une année de vastes révolutions technologiques. Cela afin d’éviter au monde ce qu’il a subi en cette année 2020 en raison de son impréparation.

Il n’est pas donné à un humain de faire des prévisions cent pour cent réussie comme s’il était un prophète, mais se fondant sur certaines prémices, l’humain peut bien se rapprocher de la vérité. « Personne n’a prévu les événements qui ont changé le monde cette année, mais une chose est claire : la technologie a été touchée tout autant que tous les autres aspects de notre vie », indique le magazine américain Forbes avant de préciser : « Une autre chose est claire : les tendances technologiques les plus importantes d’aujourd’hui joueront un grand rôle pour nous aider à faire face et à nous adapter aux nombreux défis qui se présentent à nous ». A l’en croire, « les tendances technologiques seront le moteur de la gestion du changement ».

La crise planétaire engendrée par la covid-19 a laissé planer certaines prémices qui laissent croire à la possibilité d’une vie plus en plus numérique. En raison des vagues de confinement, de part et d’autre le monde, la vie des hommes est devenue de plus en plus connectée et numérique. « Comme l’ont prédit certains présidents américains, la Covid-19 “disparaît comme par magie”, les changements qu’il a entraînés ne le seront pas, car nous aurons appris à faire beaucoup de choses de manière plus efficace et plus sûre », souligne Forbes.

Parmi les cinq tendances susceptibles de couronner l’année 2021, le magazine américain estime que « certaines joueront leur rôle en nous aidant à retrouver la “normalité” (quoi que cela signifie), tandis que d’autres nous permettront de mieux comprendre et de mieux naviguer dans une réalité changée ».

Selon cette publication de Forbes du 16 septembre 2020, les cinq grandes tendances qui se dégagent pour l’année 2021 sont entre autres : l’intelligence artificielle ; la robotique, les drones et l’automatisation des véhicules ; la révolution « As-A-Service » ; la 5G et la connectivité améliorée ; la réalité étendue (XR) — réalité virtuelle et augmentée (VR/MR). Le monde aujourd’hui sent la place de toutes ces cinq tendances technologiques.

Fousseni Togola

16 septembre 2020 0 comments
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Politique

Charte de la transition : plusieurs partis politiques signent leur adhésion

by Sahel Tribune 15 septembre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Alors que la Charte de la transition adoptée samedi 12 septembre 2020 crée du bruit, des formations politiques se reconnaissent des conclusions issues des trois jours de concertations nationales.

La Charte de la transition reçoit de plus en plus d’adhésion. Plusieurs formations politiques, à travers des communiqués, se reconnaissent des conclusions issues des trois jours de travaux de concertations au Centre international de conférences de Bamako les 10, 11 et 12 septembre 2020. L’Union pour la République et la Démocratie (URD) et Yelema le Changement, ont tous fait comprendre leur adhésion à cette charte.

Le parti de la poigné de mains, URD, dans un communiqué du 14 septembre 2020, affirme son accord avec les résultats obtenus lors de ces concertations nationales. Selon le parti de Soumaila Cissé, ces concertations nationales sont que l’aboutissement d’une longue lutte menée par le peuple malien pour la défense de la démocratie, de l’État de droit ainsi que de la bonne gouvernance.

En tant que membre du FSD et du M5-RFP, le parti du chef de file de l’opposition politique malienne réaffirme son soutien à toute initiative allant dans le cadre de la réussite de cette transition pour la refondation de la Nation malienne. C’est ainsi qu’il invite le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) à poursuivre ses efforts pour que ces travaux aboutissent à un consensus plus large. L’URD renouvelle également son appel aux autorités nationales pour la libération immédiate de son Président Soumaila Cissé.

De même, le parti Yelema le Changement, après avoir pris acte des conclusions de ces concertations nationales auxquelles il a activement pris part, estime que la feuille de route et la charte de transition, issues de ces travaux, forment une base d’engagement de la transition politique indispensable pour le Mali. A cet égard, le parti de l’ancien Premier ministre Moussa Mara demande à l’ensemble des forces vives nationales, notamment le M5-RFP d’accompagner le CNSP dans la mise en place des organes contenus dans la charte. Il encourage également le CNSP à engager avec la Cédéao des discussions constructives pour trouver un accord avec cette institution autour des modalités pratiques de la transition. Ce n’est pas tout, les personnalités qui seront choisies pour l’animation de cette période transitoire doivent avoir une réputation incontestable et incontestée et une neutralité absolue, souhaite le parti Yelema.

Sur le web TV « Dambé TV », lundi 14 septembre 2020, Issa Kaou Djim, le Coordinateur de la CMAS de l’Imam Mahmoud Dicko, a affirmé également son soutien à cette Charte ainsi qu’au CNSP. « Le M5-RFP politique n’existe plus. Pour nous, après les concertations, nous sommes dans une nouvelle phase.  Donc chacun pour soi, Dieu pour tous. Ceux qui sont politiques et s’opposent à la charte cherchent autre chose », a-t-il indiqué dans sa Déclaration.  

Rappelons qu’une délégation du CNSP est arrivée ce mardi 15 septembre 2020 à Accra, au Ghana, pour une rencontre des chefs d’État de la Cédéao autour de la situation politique au Mali.

Bakary Fomba, stagiaire

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Urne
Politique

La démocratie à l’épreuve de la covid-19

by Sahel Tribune 15 septembre 2020
written by Sahel Tribune 4 minutes read

La Journée internationale de la démocratie, célébrée chaque année le 15 septembre, arrive dans un contexte peu ordinaire dans la plupart des Etats en 2020. L’exercice démocratique est confronté à la crise sanitaire de la covid-19.

Alors que le monde célèbre la Journée internationale de la démocratie, les Nations unies invitent les États de faire respecter l’état de droit, de protéger et de respecter les normes internationales et les principes fondamentaux de légalité, ainsi que le droit d’accéder à la justice, aux recours et à une procédure régulière à l’heure où à l’échelle mondiale on se bat pour faire face à la pandémie du coronavirus. « La meilleure action est celle qui permet, d’une manière proportionnée, de parer aux menaces immédiates, tout en protégeant les droits de l’homme et l’état de droit », indique le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres à l’occasion de cette célébration.  

Les valeurs démocratiques

Selon Antonio Guterres,« la Journée internationale de la démocratie est l’occasion de réexaminer l’état de la démocratie dans le monde ». À ses dires, « la démocratie est un processus autant qu’un objectif, et seule la pleine participation et l’appui de la communauté internationale, des organes de gouvernance nationaux, de la société civile et des individus, permettront de faire de l’idéal démocratique une réalité universelle ». À l’en croire, les valeurs indispensables à l’exercice démocratique sont entre autres : la liberté, le respect des droits de l’homme et le principe de la tenue d’élections honnêtes et périodiques au suffrage universel. En effet, à l’occasion de cette célébration, l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) a rappelé pour sa part « que la démocratie n’est pas simplement une organisation politique, mais un idéal vers lequel les chefs d’État et de gouvernement, les parlementaires et les élus locaux doivent tendre sans faiblesse, en respectant les principes de l’État de droit et l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles ».

M. Guterres ne fait pas de doute que la démocratie doit garantir un « environnement naturel pour la protection et la réalisation effective des droits de l’homme ». Pour rappeler le lien existant entre la démocratie et les droits de l’homme, M. Guterres fait référence à l’article 21 (3) de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. » Dans sa Déclaration,l’APF souligne également « que la démocratie ne peut être atteinte que dans un contexte démocratique participatif, nécessitant des efforts perpétuels et constants. La paix, la lutte contre les inégalités et le vivre ensemble ne sont que l’aboutissement d’un effort concerté entre les gouvernements et les peuples ».

La démocratie sous la covid-19

Le secrétaire général de l’ONU invite les États au respect de la liberté d’expression et de la presse, de la liberté d’information, de la liberté d’association et de réunion. À l’en croire, à l’heure de la covid-19, les préoccupations qui demeurent centrales dans de nombreux pays sont entre autres : les mesures de contrôle du flux d’informations et de répression de la liberté d’expression et de la liberté de la presse dans un contexte de réduction de l’espace civique ; les arrestations, détentions, poursuites ou persécutions d’opposants politiques, de journalistes, de médecins et de professionnels de la santé, d’activistes et autres pour avoir prétendument diffusé de « fausses informations » ; une police en ligne agressive et une surveillance du Web accrue ; le report des élections, qui soulève dans certains cas de graves problèmes constitutionnels et peut conduire à une montée des tensions.

Face aux apories que laisse trainer cette crise sanitaire mondiale, le secrétaire général des Nations unies se demande : « Comment lutter au mieux contre les discours préjudiciables tout en protégeant la liberté d’expression » ? Appuyant le bienfondé de son interrogation, M. Guterres explique que la lutte contre la désinformation entraîne ipso facto une censure délibérée ou non intentionnelle. Comme réponse la plus appropriée à l’interrogation qu’il pose, M. Guterres invite à donner « des informations précises, claires et fondées sur des preuves provenant de sources auxquelles les gens font confiance ». Selon M. Guterres, « partout dans le monde, des organisations de la société civile ont répondu à l’appel à l’action de l’ONU pour aborder et contrecarrer le large éventail des manières dont la crise de la COVID-19 peut nuire à la démocratie et accroître l’autoritarisme ».  

Fousseni Togola

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Opinion

[Tribune] Comprendre le coup d’État de 2012 et celui de 2020 au Mali

by Sahel Tribune 15 septembre 2020
written by Sahel Tribune 7 minutes read

Cette chronique vise à faire une comparaison, entre le coup d’État perpétré par l’ex-comité national de redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) en 2012, et celui de 2020, perpétré par le comité national pour le salut du peuple (CNSP).

À l’issue de cette comparaison, le chroniqueur a pour but, de pont de confiance entre, ceux qui mettent le bâton dans les roues des nouveaux hommes forts du Mali, les auteurs du coup d’État du 18 aout 2020, pour les antécédents par ci et par là dans le continent africain.

  • Les auteurs du coup d’État de 2012:

Le camp militaire : « Soundiata Keita » à Kati à 15 km de Bamako.

  • Les auteurs du coup d’État de 2020:

Le camp militaire : « Soundiata Keita » à Kati à 15 km de Bamako.

  • Les motivations du coup d’État de 2012 :
  • L’inaction du Président de la République face à la montée des rebelles au nord du pays en puissance.
  • La restauration de la démocratie.
  • Les motivations du coup d’État de 2020 :
  • La mauvaise gouvernance :
  • La corruption, la malversation financière, la complaisance et la discrimination qui gangrénaient le pays.
  • L’extravagance budgétaire
  • Le choix versatile des Premiers ministres
  • L’injustice et l’inégalité des chances
  • La gestion familiale des affaires publiques.
  • Les états généraux du pays
  • La tension politique et sociale interminable dans le pays.
  • L’instabilité et le décompte macabre croissant dans le rang des militaires tout comme les civiles.
  • Les conditions du coup d’État de 2012 :

Le coup d’État de 2012 a été un coup d’État sanglant, suite à la division de l’armée entre pour et contre.

  • Les conditions du coup d’État 2020 :

Ce coup d’État a été pacifique suite à l’union sacrée de l’armée pour la cause.

  • Le comportement des putschistes de 2012 :
  • À l’égard du Président déchu :

L’ennemi numéro un de la nation

  • À l’égard du peuple :

La méfiance totale, cette méfiance s’est réalisée dans la transformation du camp Soundiata Keita en palais présidentiel et la ville de Kati en capital. Il fallait franchir un dispositif sécuritaire impressionnant avant d’accéder au camp.

Peu après le coup d’État, ils ont fait un revirement comportemental spectaculaire, convoi de voitures de luxe, cortèges militairement imposants et plus en plus présidentiels, un cortège dont le passage était comparable à une manœuvre de guerres.

Après le coup d’État de 2012, la vie avait pris du temps avant de prendre son cours normal, notamment les programmes de la télévision nationale qui avaient connu une grande perturbation, un long bouleversement, où rien n’était lu à la télé que les déclarations de soutien aux militaires auteurs du coup d’État (CNRDRE)

  • Le comportement des putschistes de 2020 :

–A l’égard du Président déchu :

Bon traitement

  • À l’égard du peuple :

L’ouverture et le rapprochement du peuple, très loin des scènes d’horreur et des agissements extra ordinaires du (CNRDER) en 2012, barrages draconiens de sécurité, convoi et cortèges impressionnants.

La preuve en est qu’ils sont venus rencontrer le peuple malien à la place de l’indépendance tout juste après le coup d’État, exposés à tout éventuel danger et, dans des conditions sécuritaires fragiles, imaginables pour le CNRDRE en 2012.

En ce qui concerne leurs déplacements, ils se sont fait remarquer par leur modestie ni convoi extravagant ni cortèges extraordinaires au-delà des véhicules militaires.

La vie a pris son cours normal, tout juste au lendemain du coup d’État, les programmes de la télévision nationale n’ont connu aucune perturbation, le comité national pour le salut du peuple a appelé le peuple à reprendre le travail le jeudi après le mardi du coup d’État, les actes de vandalisme ont été contenus rapidement à travers un communiqué qui a appelé à cesser ces actes. Des numéros verts ont été publiés afin de dénoncer certaines pratiques aux autorités.

En ce qui concerne le quartier général des auteurs du coup d’État, ils sont restés dans leur caserne comme avant, les rencontres nationales et internationales sont organisées au ministère de la Défense et dans les hôtels.

  • Organisation des putschistes de 2012 :

Le coup d’État de 2012 a été perpétré par un groupe militaire constitué essentiellement de soldats et de quelques officiers subalternes au nom du comité national du redressement de la démocratie et la restauration de l’État. Ce comité avait nommé à sa tête un officier subalterne du nom de capitaine Amadou Sanogo. Ce dernier avait cumulé tous les pouvoirs dans sa main, sans partage.

  • Organisation des putschistes de 2020 :

Un comité militaire du nom de comité national pour le salut du peuple a posé cet acte. Constitué essentiellement d’officiers supérieurs, ce comité a été bien structuré en matière de partage de pouvoirs. Il est composé d’un porte-parole du comité, président du comité, premier vice-président, deuxième vice-président, troisième vice-président. 

  • Réaction du peuple au coup d’État de 2012

Le peuple s’était divisé en deux camps en 2012 à propos du coup d’État : partisans opposants, une véritable tension sociale avait suivi les évènements du coup d’État dans le pays.

  • Réaction du peuple au coup d’État de 2020

Ce coup d’État a fait l’unanimité, sauf une minorité, selon leur affinité. Cette unanimité se doit aux causes du soulèvement populaire qui a précédé et emporté le président de la République. Ces causes sont :

  1. L’instabilité sécuritaire, politique et tension sociale.
  2. L’inconstance du Président de la République à la gestion des affaires publiques.
  3. L’impunité administrative et judiciaire
  4. La malversation financière, corruption et discrimination et parti pris.
  5. La justice et l’égalité des chances
  6. Les marchés publics, monopolisés par le fils du Président de la République.
  7. L’éducation, négligée et reléguée au second plan des priorités.
  8. Les défaites cuisantes de l’armée, à répétition, face aux groupes armés.  
  9. Le manque de transparence dans l’attribution des logements sociaux.
  10. La mal-exploitation et le mauvais partage des richesses du pays.
  11. Fin des auteurs du coup d’Etat de 2012 et le comité national du redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE)

Le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, de capitaine, s’était bombardé général de corps d’armée (4 étoiles). Cette nomination au détriment des autres membres du CNRDRE avait suscité beaucoup de frustrations, tensions et crises de confiance au sein du comité militaire. Ce climat avait entrainé le comité militaire à des conflits internes, beaucoup de ceux qui s’étaient opposés à la nomination du capitaine Sanogo général quatre étoiles ont été retrouvés morts un peu partout dans la ville de Kati et Bamako. Le capitaine Sanogo avait lancé une chasse aux sorcières dans l’escadron de la mort. Le numéro II de la junte avait dû fuir cet escadron pour se réfugier à la gendarmerie.

Le capitaine Sanogo lui-même avait fini par être arrêté et écroué, emprisonné cinq ans sans jugement, avec beaucoup de ses hommes, en attendant leur jugement dans une affaire de meurtres entre militaires.

  • Fin des auteurs du coup d’Etat de 2020 et le comité national pour le salut du peuple (CNSP)

Posé, il y a une semaine seulement, il sera prématuré de se prononcer sur la fin du CNSP, mais selon la comparaison ci-dessus, tout porte à croire qu’il ne devra pas subir le même sort que les putschistes de 2012. Il devra plutôt s’en sortir grand, sauf revirement spectaculaire des principes dont il a fait preuve jusqu’ici. Que Dieu unisse les cœurs des Maliens derrière ces militaires vers le changement, vers le bonheur.

Mamadou Sangaré, professeur de l’enseignement

Secondaire général, auteur, écrivain et pigiste

15 septembre 2020 0 comments
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Lyotard sinteresse non pas a leducation des enfants mais a lenfance en elle meme a ce qui lui appartient en propre. Annie Spratt Unsplash CC BY
Éducation

Philosophie : comment Lyotard transforme notre regard sur l’enfance

by Sahel Tribune 15 septembre 2020
written by Sahel Tribune 8 minutes read

Marguerite Demoëte, Université de Lille

Contrairement à ce que laisse entendre le titre de son livre Le Postmoderne expliqué aux enfants (1986), la pensée de Jean‑François Lyotard n’est pas des plus accessibles, a fortiori pour nos chères têtes blondes. Philosophe communément associé au mouvement hétéroclite et discutable qu’est la French theory, il semble avoir été éclipsé en son sein par les pensées de Foucault, Deleuze ou Derrida dont la popularité outre-Atlantique et la postérité ont longtemps paru plus assurées.

Réputée difficile, l’œuvre de Lyotard a néanmoins laissé un legs plus important qu’il n’y paraît, notamment grâce à un travail critique sur les concepts de « postmoderne » et de « différend » qu’il a contribué à populariser.

Pourquoi, en revanche, convoquer Lyotard afin de penser l’enfance aujourd’hui ? Tout d’abord parce que la notion d’enfance apparaît comme le dernier bastion de sa pensée, un dernier détour qui n’apparaît de manière explicite qu’avec la parution de ses Lectures d’enfance en 1991. On serait ainsi tentés de voir dans cette pensée de l’enfance un dernier héritage du philosophe, une terra incognita restant à explorer.

Jean Francois Lyotard, photographié par Bracha L. Ettinger. Wikimedia, CC BY

Les récents travaux de recherche qui lui sont consacrés font état de cet engouement à l’égard d’une notion dont le déploiement et les significations restent encore largement à repérer et définir. Les travaux de Claire Pagès et de Paul Audi, ainsi que de récentes recherches universitaires, partent ainsi à travers leurs enquêtes sur l’enfance à la recherche de celui qu’il est courant de nommer le « dernier Lyotard ».

Changer de perspectives

L’enjeu est à la fois de saisir cette pensée de l’enfance singulière mais aussi d’en hériter, de la prolonger et éventuellement de l’ouvrir à d’autres horizons, comme dans mon propre travail de thèse autour de la photographe Helen Levitt.

Ce que l’on peut reconnaître en premier lieu dans cette conception de l’enfance, c’est le sérieux accordé par Lyotard à ce qui n’a que peu intéressé la philosophie en tant que telle, à ce qui ne l’a intéressé qu’indirectement. Si les philosophes se sont en effet depuis longtemps penchés sur la question de l’enfance, c’est presque toujours, semble-t-il, pour penser son éducation, c’est-à-dire la manière de la faire sortir d’elle-même pour aller vers l’âge adulte.

Dans le sillage de l’Émile de Rousseau qui conçoit la formation des enfants dans la perspective d’une amélioration du genre humain et l’enfant comme un adulte en puissance, quiconque penserait l’enfance s’intéresserait inévitablement à son éducation, c’est-à-dire in fine à la perspective de son effacement. C’est ainsi, paradoxalement, toujours à l’adulte ou à un « devenir-adulte » que l’on porte intérêt en se penchant, à travers la question de leur éducation, sur le berceau des enfants.

Comme le reconnaît Philippe Ariès, l’enfance a longtemps été ignorée des historiens et « c’est par le biais de l’éducation que l’enfant est entré dans le monde changeant de l’Histoire ». Il resterait donc à former une nouvelle pensée de l’enfance qui ne soit pas un manuel d’éducation, à changer de regard ou, mieux, à inventer un regard qui considère l’enfance pour elle-même.

Relire la pensée de Lyotard viendrait en premier lieu compenser une apparente négligence sur le sujet, réparer un oubli pour nous permettre de changer de prisme sur l’enfance. Lyotard opère un tournant en s’intéressant non pas à l’éducation des enfants mais à l’enfance en elle-même, à ce qui lui appartient en propre. L’éducation étant toujours déjà une forme d’aliénation dans laquelle serait pris l’adulte, il faudrait, pour atteindre ou retrouver l’enfance, se défaire d’un certain regard sur elle.

Comment Lyotard peut-il nous aider à nous défaire de notre regard d’adulte sur l’enfance ? Comment peut-il échapper à ce paradoxe si commun qui fait que notre enfance semble se dérober à nos yeux dès lors que nous essayons de la regarder en face, tel Orphée se retournant aux Enfers ? Comment enfin saisir, comment dire sans la trahir ce que Lyotard nomme parfois « la chose enfance » ?

L’enfance comme voix

Changer de regard sur l’enfance, voici ce à quoi nous invite donc d’abord Lyotard. Le geste de déplacement qu’il opère avec sa nouvelle définition de l’enfance est à la fois révolutionnaire et complexe : l’enfance n’est pas pour lui un âge de la vie mais un rapport au discours et à la langue.

L’enfance selon Lyotard, c’est « l’autre de tout discours », un silence irréductible qui habite, creuse, travaille de manière souterraine la langue : « ce qui ne se parle pas » écrit-il encore dans Lectures d’enfance, revenant à l’étymologie première d’infans qui désigne le jeune enfant privé de parole. Car il ne s’agit pas seulement pour Lyotard de changer de regard sur l’enfance mais aussi de renverser la logique du regard, d’adopter un nouveau paradigme en définissant l’enfance comme « voix ».

Si l’adulte ne parvient pas à regarder son enfance en face, peut-être est-ce tout simplement parce que l’enfance n’est pas une image mais une voix. Une voix inaudible à laquelle il convient de prêter une écoute particulière, de tendre une oreille attentive et à laquelle Lyotard reconnaît un mode de manifestation privilégiée dans la littérature et dans l’art en général.

L’enfance est en nous comme une voix très lointaine à laquelle il convient de prêter une écoute particulière. Félix Vallotton, Le Ballon, 1899 / Musée d’Orsay

L’enfance est en nous comme une voix qui résonnerait fort et de très loin, et à laquelle nous aurions la responsabilité non seulement de donner une écoute, mais de répondre. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’expression de « dette d’enfance » employée de manière récurrente par Lyotard : l’adulte, par l’art, n’aurait de cesse de s’acquitter d’une dette originaire inscrite en nous à la naissance.

Que faire, pour répondre à cette voix de l’enfance inscrite en nous comme une dette, un appel auquel nous serions sommés de répondre ?

L’art ou l’enfance retrouvée

Si nous peinons à lui répondre, ce n’est pas tant parce que l’enfance est une voix inaudible ou aphone que parce que nous, adultes, sommes coupables de surdité à son égard. D’une certaine manière, on peut envisager avec Lyotard l’art comme la seule manière adéquate de répondre de (ou à) l’enfance en nous. Car l’enfance n’est pas seulement une voix mais un mode de sensibilité, une manière de voir le monde et d’être affecté par lui.

On pourrait ici rapprocher cette définition des approches de Baudelaire ou Walter Benjamin, qui voient dans l’enfance un régime de sensibilité dont l’artiste ou l’écrivain non seulement peuvent s’inspirer mais qu’ils réactualisent, font renaître et vivre par l’art.

L’adage baudelairien suivant lequel, pour l’artiste, « le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté », parait ainsi résonner avec une certaine lecture lyotardienne de l’enfance. A la différence que, pour Lyotard, l’enfance ne se retrouve pas car nous ne l’avons jamais perdue et que, si elle nous est invisible, c’est qu’elle se loge en nous silencieusement.

Relire Lyotard, c’est être attentif à une forme paradoxale d’oubli de l’enfance. by Zurna Creative /Unsplash, CC BY

Relire Lyotard sur l’enfance aujourd’hui, c’est se confronter à cette pensée de manière critique en la prolongeant pour mieux se l’approprier. C’est être attentif à une forme paradoxale d’oubli de l’enfance, caractéristique du refoulement opéré par ce que Pontalis nommait nos « sociétés puéricultrices » et tenter de prendre, comme l’écrivait la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle « le risque de l’enfance ».

Il s’agit d’épouser sa cause, ses peurs, ses désirs, ses délires, ses imperfections. De chercher dans l’art les formes prises par cette enfance fantôme qui hante le langage et les œuvres, de reconnaître ses accents dans un texte ou un tableau, une photographie.

Mon travail de recherche met ainsi en œuvre une lecture de l’enfance héritée de Lyotard en articulation avec des images, en l’occurrence les photographies de l’Américaine Helen Levitt dont les enfants déguisés ou masqués, en jeu et en mouvement perpétuel, dessinent un langage du corps à décrypter, traduire et faire parler, tels des hiéroglyphes, des rébus ou des énigmes marquées à la craie sur les murs et trottoirs new-yorkais.

Marguerite Demoëte, Doctorante et chargée d’enseignement en Philosophie de l’art, Université de Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation
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Politique

Situation politique au Mali : les ex-députés n’ont pas encore dit leur dernier mot !

by Sahel Tribune 15 septembre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Les ex-députés de l’Assemblée nationale ont tenu un point de presse, lundi 14 septembre 2020, à l’hôtel Salam de Bamako. Ils réclament le rétablissement de leur institution et exigent la libération des personnalités enlevées lors du renversement du régime IBK.

Les députés démis de leurs fonctions, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale par l’ex-président Ibrahim Boubacar Kéïta, ne sont pas prêts à digérer leur démission forcée. À travers un point de presse, lundi 14 septembre 2020, les présidents des différents groupes parlementaires de la 6e législature ont fait part de leurs préoccupations. Ils ont manifesté leur mécontentement face à la dissolution de cette institution. Une dissolution qu’ils considèrent comme anticonstitutionnelle. Ces ex-députés demandent le leur rétablissement à leur fonction de député.

Ils rappellent que l’article 36 de la Constitution précise : « Dans tous les cas d’empêchement, il ne peut être fait application des articles 38, 41,42 et 50 de la constitution. »

Pour l’assurance d’une continuité constitutionnelle consensuelle et de l’État, ils invitent les chefs d’États et de gouvernement de la Cédéao et les membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) au rétablissement de l’Assemblée nationale. Ces ex-députés rappellent également qu’après le coup d’État de 2012, l’accord entre la Cédéao et le CNRDRE a permis d’annuler la dissolution de l’Assemblée nationale et a permis aux députés de cette époque de mener une diplomatie parlementaire sans précédent. Ce qui a également abouti à la levée de toutes les sanctions contre le pays au bénéfice du peuple malien, ont-ils indiqué.

Les ex-députés ont saisi également cette occasion pour exprimer toute leur crainte quant à l’avenir du Mali sur le plan diplomatique : « Sans le parlement des élus, le Mali ne sera plus représenté dans les instances régionales, sous-régionales et internationales », soulignent-ils.

Parlant de la nouvelle Charte de la transition validée le 12 septembre 2020 par les forces vives de la nation malienne, ces députés estiment que « le Conseil National de la transition proposé dans la charte de la transition ne peut en aucun cas remplacer l’Assemblée Nationale sur le plan sous-régional, régional et international. » A les en croire, « seuls les députés élus au nom du peuple peuvent se saisir du dossier des sanctions contre le Mali et du vote d’une loi d’amnistie en faveur des acteurs des évènements du 18 août 2020. »

Cependant, les députés démis de leurs fonctions souhaitent l’adoption d’un Accord politique et social par l’ensemble des forces politiques et sociales du pays.

Pour la réhabilitation de cette institution, ils décident de tout mettre en œuvre, y compris la voie judiciaire nationale, sous-régionale et internationale afin d’y réussir.

Au terme de ce point de presse, ces ex-députés ont demandé au CNSP la libération sans délai de Moussa Timbiné, ex-président de l’Assemblée nationale ; de Dr Boubou Cissé, ex-Premier ministre ; et de tous les autres détenus.

Bakary Fomba, stagiaire

15 septembre 2020 0 comments
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motrtalite infantile
Santé

Mortalité infantile : à cause de la covid-19, des millions d’enfants pourront mourir

by Sahel Tribune 14 septembre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

L’UNICEF et l’OMS tirent la sonnette d’alarme au sujet de la mortalité infantile. Selon les estimations de ces deux organisations onusiennes, sans réaction, l’humanité pourrait perdre des millions d’enfants de moins de cinq ans, en raison de la covid-19.

Sans investissements urgents pour la relance des systèmes et services de santé perturbés, l’humanité risque de connaitre le décès des millions d’enfants de moins de cinq (5) ans, notamment les nouveau-nés.

Des enquêtes menées par l’UNICEF et l’OMS révèlent que la pandémie de covid-19 a entrainé d’importantes perturbations dans les services de santé. À cause de ces perturbations, des décennies de progrès durement gagnés risquent d’être annulées, craignent ces deux organisations.

À cet égard, Henrietta Fore, directrice générale de l’UNICEF déclare que « la communauté mondiale est venue trop loin vers l’élimination des décès d’enfants évitables pour permettre à la pandémie du COVID-19 de nous arrêter sur nos traces. » Elle affirme également que « lorsque les enfants se voient refuser l’accès aux services de santé parce que le système est débordé et que les femmes ont peur d’accoucher à l’hôpital par crainte d’une infection, elles aussi peuvent devenir victimes de covid-19. »

Pour éviter ces bouleversements, des investissements urgents restent nécessaires dans le but de relancer les systèmes de santé, indiquent les deux organisations onusiennes.

En raison de la crainte d’être affecté de la covid-19, les services de santé connaissent aujourd’hui plusieurs dysfonctionnements, indique-t-on.

C’est ainsi que 68 % des pays auraient signalé au moins une interruption des contrôles de santé pour les enfants et les services de vaccination, nous indique une enquête de l’UNICEF menée vers l’été dans 77 pays du monde. En plus, 63 % des pays auraient signalé des perturbations dans les examens prénatales et 59 % dans les soins postnatals, affirme la même source.

 « Maintenant, nous ne devons pas laisser la pandémie du COVID-19 revenir sur des progrès remarquables pour nos enfants et les générations futures. Il est plutôt temps d’utiliser ce que nous savons [ndlr] pour sauver des vies et continuer à investir dans des systèmes de santé plus solides et résilients », a déclaré le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

À noter que ces rapports et enquêtes soulignent la nécessité d’agir urgemment pour le rétablissement et l’amélioration des services de santé.

C’est dans ce contexte que John Wilmoth, directeur de la division de la population du département des affaires économiques et sociales des Nations unies déclare : « Bien que le rapport souligne les effets négatifs de la pandémie de COVD-19 sur les interventions essentielles à la santé des enfants, il attire également l’attention sur la nécessité de remédier aux énormes inégalités dans les perspectives de survie et de santé d’un enfant. »

Bakary Fomba, stagiaire

14 septembre 2020 0 comments
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