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Trafic de drogue en Afrique avec implication de hauts responsables politiques
Politique

Afrique : la lutte contre le trafic de drogue passe par la dislocation des réseaux de complicité

by Sahel Tribune 3 octobre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le trafic de drogue en Afrique est généralement encouragé par l’implication de hauts responsables politiques ou militaires dans le réseau. Pour réussir le combat contre ce fléau, une véritable coopération est certes indispensable, mais il faut aussi la dislocation des réseaux de complicité mis en place pour une meilleure coordination de ce trafic.  

« Les guerres civiles ont reculé, la démocratie a gagné du terrain et nos économies sont en pleine croissance. Mais une nouvelle menace pèse sur ces progrès : avec la complicité d’acteurs locaux, les réseaux internationaux de trafic de drogue déstabilisent nos pays et nos communautés et détruisent des vies », souligne le rapport « Pas seulement une zone de transit : drogue, État et société en Afrique de l’Ouest », publié en 2014 par la Commission ouest-africaine sur les drogues. En effet, près de 20 à 40 tonnes d’héroïne arrivent en Afrique chaque année, selon les Nations unies. Cette forte circulation de la drogue en Afrique est en grande partie tributaire de l’implication de hauts responsables, notamment d’hommes politiques dans le réseau.

Implication de hauts responsables  

Dans une de ses études, l’ENACT démasque tout le circuit de l’argent sale issu de la drogue. En effet, il est indiqué que l’argent provenant du commerce de ce stupéfiant est généralement utilisé par des hommes politiques « pour financer le favoritisme et les campagnes électorales ». Pour être plus clair, l’ENACT explique que le commerce de l’héroïne surtout a participé, tant bien que mal, au développement urbain en Afrique.

Lire aussi Le trafic de drogue, cette pratique qui continue d’alimenter les conflits au nord Mali

La Commission Ouest africaine sur les drogues explique dans son rapport de 2014 comment la Guinée-Bissau est devenue une plaque tournante du trafic de drogue : « En 2005, des trafiquants de drogues colombiens auraient financé la campagne de réélection dispendieuse du Président João Bernardo “Nino” Vieira, le mettant ainsi de fait, lui et son pays, au service des trafiquants de drogues. » Ce qui se serait traduit, par la suite, par l’implication de hauts responsables dans le réseau, parmi lesquels des militaires pour lesquels le phénomène était devenu une activité économique génératrice de revenus, explique-t-on.

Venir à bout du trafic de drogue

Ce phénomène doit cesser pour donner à ce continent un développement durable. C’est pourquoi l’ENACT ne se limite pas à branler seulement son arme critique. Elle fait des propositions aux gouvernements. Car il estime que « sans une réponse officielle aux problèmes générés par les marchés illicites, il y aura une augmentation de la violence des gangs, des abus de la police et des attaques de justiciers ». D’où la nécessité, selon lui, pour les gouvernements, de lutter contre la corruption systémique de la police et des policiers locaux par les trafiquants de drogue. À côté de cela, il invite à des interventions à long terme afin de faire face à l’économie illicite et à ses moteurs sociaux. 

Lire aussi Mariam Karim Diarra, auteure de « La drogue : Amadou et les autres » : « L’objectif de ce livre, c’est de sensibiliser la jeunesse »

Pour sa part, la Commission Ouest africaine invite la communauté internationale à appuyer les États africains dans ce combat. « Les nations dont les citoyens consomment de grandes quantités de drogues illicites se doivent d’apporter leur contribution et de proposer des solutions humaines afin de faire reculer la demande », lit-on dans le rapport de la Commission. À côté de cela, les dirigeants politiques africains doivent également se donner la main pour venir à bout de ce phénomène. Ils doivent, pour réussir le pari, « changer les lois et les politiques qui se sont révélées inefficaces, en collaboration avec la société civile, qui doit être pleinement impliquée dans ce processus ».

Fousseni Togola

3 octobre 2020 1 comment
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Trafic de drogue
Sécurité

Le trafic de drogue, cette pratique qui continue d’alimenter les conflits au nord Mali

by Sahel Tribune 3 octobre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le nord du Mali rejoint son niveau d’avant 2012 en matière de circulation de la drogue. En tout cas, c’est ce qui ressort d’une étude de l’ENACT « Le trafic de drogue dans le nord du Mali : un équilibre criminel tenu[1] ». Selon cette source, le nord du Mali « continue d’être une zone de transit pour les réseaux régionaux et mondiaux de trafic de drogue transportant de la cocaïne et de la résine de cannabis ».

Les crises politiques de ces dernières années n’auraient pas réussi à mettre fin au trafic de drogue dans le nord du Mali. Dans cette région, qui se trouve au cœur d’une véritable concurrence entre divers groupes armés rivaux, le trafic de la drogue ne connait point de déclin, explique l’ENACT.

La drogue, source d’alimentation des conflits

Pourtant, cette pratique est également une source d’alimentation des conflits locaux et régionaux, souligne-t-on. Car les routes ainsi que les principales plaques tournantes finissent par devenir objet de concurrence entre les divers groupes armés évoluant dans cette zone. Toute chose qui ne peut qu’alimenter les violences entre ces groupes armés qui « participent à la poursuite de la paix en cours », explique-t-on dans cette étude publiée en anglais au cours de ce mois de septembre 2020. Dans un rapport de Crisis group, publié en 2018, on peut lire également : « La plupart des groupes armés du Nord dépendent financièrement et logistiquement du narcotrafic, qui leur permet notamment d’acquérir des armes et des véhicules. »

Faut-il également rappeler que l’argent sale issu du commerce de la drogue peut servir de moyen, pour les groupes armés, de se procurer de nouveaux équipements de combat ainsi que pour le recrutement de jeunes afin d’agrandir leur rang et étendre leur projet de déstabilisation des frontières. En plus de tous ces aspects, les trafiquants de drogue ont su se trouver un véritable compromis avec les communautés locales, explique-t-on. L’argent issu du commerce de la drogue est souvent investi dans des activités économiques locales, pour la construction de mosquées ou pour l’organisation d’événements culturels et sportifs, précise-t-on.

Cette situation ne favorise pas la mise en œuvre du processus de paix et pourrait compromettre par la suite le développement d’institutions durables, explique-t-on dans le rapport.   

Gagner la lutte contre les stupéfiants

Le drame est que les solutions que possèdent nos États pour lutter contre ce phénomène sont fortement dépassées par les réalités du terrain. C’est ce qui amène l’ENACT à expliquer que « les options dont disposent la communauté internationale et le gouvernement malien pour lutter contre le trafic de drogue ont considérablement changé ». Des options qui restent d’ailleurs limitées. Cette étude fait remarquer que certaines réponses pourraient devenir contre-productives.

Étant donné que la drogue n’est ni produite ni consommée en grande quantité au Mali, cette étude de l’ENACT montre la nécessité de déployer plus d’efforts dans la lutte contre le trafic de ce stupéfiant dans ce pays de transit. Cette lutte doit concerner d’autres parties de la chaîne d’approvisionnement, souligne-t-on. Selon cette étude, un plus grand contrôle des premiers points d’entrée de ces stupéfiants sur le continent africain pourrait permettre de réduire le rôle du Mali en tant que pays de transit. La lutte contre ce phénomène passe également par le partage et la coordination des renseignements entre les gouvernements régionaux, explique-t-on. Pour sa part, le Crisis group invite à « soutenir des mécanismes de régulation allant du dialogue local aux sanctions, pour permettre aux parties prenantes de s’entendre sur les conditions d’une démilitarisation du narcotrafic au nord du Mali ».

La circulation de la drogue est un véritable danger sécuritaire et sanitaire pour nos États.

Fousseni Togola  


[1] Le rapport est en anglais. La traduction française est de notre rédaction.  

3 octobre 2020 1 comment
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Pandemie et violence faite aux femmes
Politique

Violences faites aux femmes : voilà ce que la covid-19 met en lumière

by Sahel Tribune 2 octobre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

De la violence domestique aux abus sexuels en passant par le harcèlement en ligne et l’augmentation des mariages d’enfants, la violence sexiste est « un fléau mondial » qui s’est aggravé durant la pandémie du coronavirus. En tout cas, c’est ce qui ressort d’une déclaration du secrétaire général de l’ONU.

Dans un message vidéo au cours d’un évènement virtuel de haut niveau sur la violence sexiste dans le contexte de la Covid-19, mercredi 30 septembre 2020, M. Guterres a déclaré que « des millions de femmes vivent dans la peur, avec des conséquences à long terme pour les familles et les communautés ». Cela, en raison des violences qu’elles subissent durant cette pandémie de coronavirus qui a imposé, dans certains pays, des confinements massifs voire des restrictions de mouvements.

Au cours de cette réunion virtuelle, M. Guterres a surtout mis l’accent sur la nécessité d’accroitre la responsabilité, de remettre en question les attitudes favorisant ces pratiques tout en fournissant des ressources aux organisations féminines de la société civile en première ligne, afin de mener une lutte sans précédent contre ce phénomène qui mine le quotidien de ces femmes.

« Nous avons besoin de toute urgence d’une nouvelle réflexion et d’un nouvel élan sur cette question cruciale », a soutenu M. Guterres avant de faire savoir qu’il œuvrera, dans les mois à venir, à faire des progrès, notamment à travers la mise en place de l’initiative Spotlight (partenariat de l’ONU avec l’Union européenne) dans le but d’aider à mettre fin à toutes les formes de violences contre les femmes et les filles. C’est ainsi qu’il a recommandé de redoubler « d’efforts pour mettre fin à la violence sexiste pendant la Covid-19 et au-delà. »

Selon la Directrice exécutive de l’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, « chaque personne a un rôle à jouer pour mettre fin à la violence liée au sexe dans le contexte de la Covid-19. » À cet égard, elle a soutenu que la pandémie « a obligé à penser différemment et à mieux reconstruire. Et c’est ce que nous devons développer de façon beaucoup plus détaillée… dans le contexte de la violence contre les femmes ». À l’en croire, l’ONU femmes a travaillé avec des gouvernements, dans 28 pays, « pour intégrer les mesures de lutte contre la violence sexiste dans leurs réponses à la Covid-19 et leurs plans de relance budgétaire ». Ce n’est pas tout, elle ajoute également que son organisation a « aidé 44 pays à poursuivre les réformes juridiques et politiques sur la violence contre les femmes et les pratiques néfastes. »

De sa part, la directrice exécutive adjointe du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), Diene Keita a affirmé la nécessité d’« agir ensemble, de manière cohérente et fondée sur des données probantes. »

La covid-19 a servi de train plein pour mettre en lumière toutes les violences dont les femmes et les filles continuent de subir dans bon nombre de pays. Elle offre également une occasion particulière de riposter contre cet état de fait.

Bakary Fomba, stagiaire

2 octobre 2020 0 comments
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Santé

Graisse abdominale et décès prématuré : pourquoi il faut vraiment perdre ce ventre

by Sahel Tribune 2 octobre 2020
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Rebecca Dumbell, Nottingham Trent University

On savait déjà que le gras excédentaire, qui a tendance à s’accumuler en « bouée » autour de la taille de certaines personnes, augmente le risque de survenue de maladies telles que diabète de type 2 et maladies cardiovasculaires.

Une nouvelle méta-analyse de la littérature scientifique révèle que les personnes concernées courent également un risque plus élevé de mort prématurée, et ce quel que soit leur poids. Les chercheurs à l’origine de ces travaux ont sélectionné 72 études portant sur les données de 2,5 millions de personnes. Ces dernières ont été combinées et analysées, permettant ainsi de comparer divers paramètres corporels : forme du corps, rapport taille/hanches, rapport taille/cuisses ainsi que le tour de taille et de cuisses – en d’autres termes, toutes les zones où l’organisme d’un individu stocke naturellement la graisse.

Les résultats obtenus indiquent que, pour chaque augmentation de 10 cm de tour de taille, le risque de mortalité (toutes causes confondues) augmente de 11 %. Les chercheurs ont également constaté que les personnes dont la graisse est plutôt stockée sur les hanches et les cuisses que sur l’abdomen ont un risque plus faible de décès prématuré. Chaque augmentation supplémentaire de 5 cm du tour de cuisse supplémentaire s’est avérée associée à un risque de décès réduit de 18 % pendant la période de suivi (entre 3 et 24 ans, selon l’étude considérée).

Comment l’expliquer ? La réponse tient au type de tissu adipeux que nous avons tendance à stocker, qui varie selon la région du corps.

Graisse et santé : des relations complexes

La graisse corporelle, aussi appelée « tissu adipeux », joue un rôle important dans notre physiologie. Les cellules adipeuses qui la constituent stockent le glucose prélevé dans le sang sous forme de lipides, lesquels peuvent ensuite être utilisés comme carburant par notre organisme. Ces cellules produisent également des signaux hormonaux qui influencent de nombreux processus corporels, dont l’appétit. De ce fait, le tissu adipeux joue un rôle important dans la santé métabolique.

Si le fait d’avoir trop de tissu adipeux est problématique, en avoir trop peu est aussi source de problèmes, car cela peut affecter la régulation de la glycémie (le taux de sucre sanguin) par l’insuline. En temps normal, sous l’influence de cette hormone, les cellules adipeuses absorbent le glucose et le stockent pour plus tard. Si la quantité de tissu adipeux est insuffisante (comme dans le cas de la pathologie appelée lipodystrophie), ce processus ne fonctionne pas correctement, ce qui entraîne une résistance à l’insuline pouvant conduire au diabète.

La graisse est donc importante pour le métabolisme. Cependant, ses conséquences sur la santé varient selon l’endroit où elle est stockée et selon le type de tissu adipeux formé. Des recherches on montré que des personnes de taille et de poids similaires, mais qui stockent leur graisse à des endroits différents, courent des risques différents de développer certaines maladies métaboliques, telles que diabète de type 2 ou maladies cardiovasculaires.

Graisse viscérale, graisse sous-cutanée

La forme du corps est influencée par l’endroit où la graisse est stockée. Les personnes dont la physionomie est « en forme de pomme » stockent davantage de graisse autour de la taille. Elles sont aussi sont susceptibles de stocker plus de graisse, et plus profondément. Celle-ci a tendance à entourer leurs organes : on parle alors de graisse viscérale. À l’inverse, les personnes dont la physionomie est « en forme de poire » ont des cuisses plus larges, et stockent la graisse de façon plus uniforme autour de leur corps, sous la peau : on parle de graisse sous-cutanée.

La façon dont se répartit la graisse corporelle s’accompagne de propriétés physiologiques différentes. Les gènes qui s’expriment varient également. À l’heure actuelle, on pense que les cellules adipeuses qui constituent les dépôts de graisse viscérale et celles qui forment les dépôts de graisse sous-cutanée proviennent de précurseurs différents (les précurseurs sont des cellules capables de se transformer en cellules adipeuses).

La graisse viscérale est considérée comme étant davantage résistante à l’insuline. Sa présence implique donc un risque plus élevé de diabète de type 2. Cette graisse stockée autour de la taille libère également davantage de triglycérides sanguins en réponse aux hormones du stress par rapport à la graisse qui est stockée autour des hanches et des cuisses. Or, on sait qu’un taux élevé de triglycérides dans le sang est associé à un risque accru de maladies cardiaques. C’est en partie pour cette raison que la graisse viscérale est considérée comme plus nocive que la graisse sous-cutanée.

Une femme en surpoids mesure son tour de taille.
La graisse viscérale peut s’avérer mauvaise pour la santé. Yekatseryna Netuk/ Shutterstock

À l’inverse, cette dernière est capable de mieux absorber les triglycérides sanguins et de les stocker en toute sécurité. Elle évite ainsi qu’ils ne se retrouvent emmagasinés incorrectement dans les muscles ou le foie, ce qui peut être à l’origine de maladie hépatique. Le tissu adipeux sous-cutané peut même développer des cellules adipeuses spécialisées, les cellules adipeuses “beiges” qui sont capables de brûler la graisse. Pour toutes ces raisons, on considère que la graisse sous-cutanée est plus sûre que la graisse viscérale, voire qu’elle joue un rôle protecteur contre les maladies métaboliques.

Comment expliquer ces différences ? On pense actuellement que, chez certaines personnes, la capacité à stocker la graisse sous-cutanée arrive à saturation plus tôt que chez d’autres, soit parce que l’espace de stockage manque, soit parce que la capacité à fabriquer de nouvelles cellules adipeuses fait défaut. Dans l’organisme des individus concernés, davantage de graisse se retrouve de ce fait stockée dans les régions viscérales, avec les problèmes exposés précédemment. Cette graisse viscérale peut en outre provoquer une inflammation, laquelle finit par entraîner des maladies métaboliques et cardiovasculaires. Par ailleurs, si la graisse ne peut plus être stockée dans le tissu adipeux, les lipides peuvent s’accumuler ailleurs, notamment dans le cœur, les muscles et le foie, ce qui peut, là encore, avoir des conséquences sur la santé.

Comme en ce qui concerne la taille, les gènes jouent un rôle important dans le poids et la forme du corps. De vastes études génétiques ont identifié plus de 400 minuscules différences génétiques qui pourraient contribuer à la distribution de la graisse corporelle. Les personnes qui présentent une mutation du gène LRP5 ont par exemple plus de graisse au niveau de l’abdomen et moins dans le bas du corps. Ces petites différences génétiques sont courantes dans la population. Elles affectent la plupart d’entre nous d’une manière ou d’une autre, ce qui explique que les physionomies des êtres humains sont si différentes les unes des autres.

Cela signifie malheureusement qu’il peut s’avérer plus difficile, pour une personne qui stocke naturellement la graisse autour de sa taille, de se maintenir en bonne santé. Cependant, les recherches démontrent perdre du poids peut permettre de diminuer la quantité de graisse viscérale, et d’ améliorer la santé métabolique. La forme du corps n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres : en s’assurant de mener un mode de vie sain, il est toujours possible de réduire le risque de maladie chronique.

Rebecca Dumbell, Lecturer, Nottingham Trent University

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

The Conversation
2 octobre 2020 0 comments
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Pretre autrement
Seko ni Donko

« Prêtre autrement : déboires et espoirs d’un prêtre paraplégique » ou la renaissance d’un homme

by Sahel Tribune 2 octobre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Publié en août 2020, dans la Collection mémoire, chez les éditions La Sahélienne Mali, « Prêtre Autrement : déboires et espoirs d’un prêtre paraplégique » de Jean Somboro est un récit de vie. L’auteur décrit son processus de renaissance et de reconstruction après avoir été victime d’un grave accident de voiture.

« La théorie est facile, mais la pratique est difficile ». Cette phrase du musicien burkinabè Black So Man s’applique bien à la situation de l’abbé Jean Somboro. Prêtre et formateur au Grand séminaire Saint Augustin de Bamako, M. Somboro sera mis à l’épreuve le 27 août 2010, lorsqu’en voulant éviter un âne blanc sur la digue entre Sévaré et Mopti il subit un grave accident qui bouleversa toute sa vie. Une épreuve qui permettra à l’homme d’Église de se découvrir et de mieux renouer avec sa foi en Dieu. « Je ne suis plus que prêtre, théologien et professeur. Ma vie s’est revêtue d’une nouvelle dimension : je suis définitivement paralysé et en fauteuil roulant pour le reste de ma vie », écrit-il dans son livre « Prêtre autrement : déboires et espoirs d’un prêtre paraplégique ».

Cet ouvrage est un véritable récit qui décrit tout le processus de renaissance et de reconstruction de l’homme d’Église après ce terrible accident. « [ndlr] L’abbé Jean nous décrit son combat, ses efforts pour apprendre avec ce qui lui restait après le terrible évènement du 27 août 2010 », écrit le préfacier du livre Jean Cardinal Zerbo, Archevêque de Bamako.

Plus qu’un simple récit de vie d’un homme d’Église, « Prêtre autrement » est un ouvrage d’expériences. Il fournit à tous ceux qui, à un moment de leur existence, se laissent abattre par le désespoir. En effet, comme l’écrit le préfacier de l’ouvrage, « quand on est arrivé là, c’est la preuve que l’on a touché le fond ; soit on remonte soit on y reste définitivement ». Remonter est la voie qu’a choisie finalement l’abbé Jean. C’est la voie de la renaissance. La souffrance est le plus souvent une opportunité pour l’homme de mieux se réconcilier avec soi ainsi qu’avec tous les autres.

Ce récit autobiographique est un appel à l’amour entre les hommes, à la solidarité, à la cohésion sociale. Nul ne peut se suffire à soi-même. Comme disait Seydou Badian Kouyaté, « l’homme n’est rien sans les autres, il vient dans leur main et s’en va dans leurs mains ». Si la vie est un combat, Jean Somboro reconnait que le « combat n’a pas la même intensité et la même valeur pour tous ». La facilité ou la dureté d’un combat dépend de certains facteurs, dont les soutiens que nous recevons.

En effet, la leçon à retenir après lecture de cet ouvrage de 104 pages, c’est que les périodes difficiles nous permettent de nous découvrir en connaissant notre place dans la communauté où nous habitons.  

« Prêtre autrement », bien qu’écrit par un homme d’Église, n’a pas de religion. C’est un ouvrage fortement humaniste qui promeut les valeurs du vivre ensemble, de la solidarité, de la foi, etc. Tous les lecteurs peuvent trouver leur compte dans ce livre, qui se lit d’un trait.

L’ouvrage est disponible en vente aux éditions La Sahélienne Mali, sis à Bacodjicoroni ACI. C’est également disponible auprès de l’auteur lui-même ainsi que dans plusieurs libraires de Bamako.

Fousseni Togola

2 octobre 2020 1 comment
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Griot 1
Seko ni Donko

Les griots pris en tenaille entre tradition et capitalisme

by Sahel Tribune 1 octobre 2020
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Dans nos sociétés jadis, les griots jouaient un rôle prépondérant. Le métier de griot était exceptionnel dans la plupart de ces sociétés. À travers la force de sa parole, le griot réussissait à assurer la cohésion sociale. Comme la plupart des autres métiers, ce métier traverse sa phase de décadence.

Djibril Tamsir Niane n’a pas manqué l’occasion de noter dans son livre « Soundjata ou l’épopée mandingue » la force de la parole du griot dans les sociétés dites traditionnelles. Pendant ces temps, on n’avait pas besoin d’historiens parce que les griots étaient les détenteurs des savoirs les plus anciens qu’ils transmettaient de génération en génération.

Le griot, garant de la stabilité

En ces temps-là plus qu’aujourd’hui, toutes les jeunes générations connaissaient leur histoire, la signification de leur nom de famille. Mieux que tous ceux-ci, ils remplaçaient l’ONU, la Minusma dans nos communautés. À chaque fois qu’un problème pointait le nez, nous faisions appel à eux pour qu’ils discutent à l’amiable du problème. Dans ces sociétés, nous n’avions pas besoin de signature d’accord de paix a posteriori de loi d’entente nationale. Les griots, à travers la force de leur parole, faisaient des miracles. Ainsi, les griots étaient ceux qui étaient habilités à arranger les mariages dans nos communautés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle chaque famille possédait à son compte un griot. Celui-ci, avec bien sûr sa famille, et se trouvaient à leur charge.

Le griot était aux familles ce que sont les médecins pour des familles occidentalisées. N’est-ce pas dans ce cadre que tout mariage était interdit entre les nobles et les griots. Car une fois que nous épousions notre serviteur, qui va prendre la relève ? L’enfant issu de l’union d’un noble et d’un griot va-t-il servir de griot dans une famille noble ? Chose difficile puisqu’il ne porte pas un nom griot, mais il est issu d’une mère griot. Ayant peur de la dégénérescence, les anciens ont trouvé plus prudent de défendre tout lien de mariage entre ces deux castes.

Division de la société

Cette pratique nous rappelle la division de la société par le philosophe antique Platon. Celui-ci avait divisé la société en trois classes où au sommet nous trouvions les dirigeants, au milieu les gardiens et au bas de l’échelle les ouvriers. Pour éviter toute décadence de la société, cet intellectuel défendait toute relation en termes de mariage ou de sexe entre ces trois classes. Ainsi, chacune des classes devait rester dans sa catégorie et remplir son devoir. Cela ne correspond-il pas à la situation des griots dans nos sociétés ?

Dégénérescence sociale

Mais hélas, de la même façon dont nous avons assisté à la dégénérescence de cette société platonicienne, nous sommes témoins de celle de nos communautés. Cette caste de griots est devenue aujourd’hui un véritable business. Les griots ne parlent plus qu’au nom de l’argent. Ils organisent ainsi des périodes de sorties constituant une sorte de campagne privilégiée pour se faire de l’argent. Ils sont devenus moins cultivés, parce que ce qui les intéresse c’est le savoir parler pour gagner suffisamment d’argent. Dans les lieux de mariage et de baptême, nous ne manquons nullement de les rencontrer en train de mendier auprès de tous, même des inconnus. Ce qui entraine beaucoup d’entre eux dans le mensonge. Ainsi, plus de respect et par conséquent plus de confiance en eux.

Puisque c’est donc devenu un métier à part entière, des non-griots font également leur entrée sur la scène. Si jadis, les griots constituaient de grands musiciens parce qu’on était convaincu que la musique adoucissait les mœurs, aujourd’hui rares sont les griots qui s’adonnent à cette pratique. Plus de différence entre les griots et les nobles de nos jours. C’est ce qui explique l’instauration du mariage entre ces deux castes au sein de beaucoup de nos sociétés. La dégénérescence est au comble, et pour cause, les hommes de culture au lieu de faire de leur domaine un dévouement pour la défense de la cause de l’humanité, en ont fait un gagne-pain.

Fousseni Togola

1 octobre 2020 0 comments
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Kawele Togola
Seko ni Donko

Dr Kawélé Togola : « Il faut un nouveau discours pour mettre la femme en confiance »

by Sahel Tribune 1 octobre 2020
written by Sahel Tribune 5 minutes read

L’autonomisation de la femme, la décentralisation au Mali, voici entre autres des thématiques qu’aborde Dr Kawélé Togola, professeur d’Anthropologie à l’Université des Lettres et Sciences humaines de Bamako, département de Sociologie et Anthropologie, dans ses ouvrages. Nous avons eu un entretien avec lui autour de trois de ses ouvrages clés. Nous vous proposons de lire l’interview !

Phileingora : Qu’est-ce que l’écriture représente pour vous ?

Dr Kawélé Togola : L’écriture me donne la possibilité de partager mes réflexions sur les sujets les plus ordinaires. C’est un moyen qui assure l’interaction entre un chercheur universitaire et le monde estudiantin ainsi que les autres éléments de la communauté scientifique.

Vous avez publié plusieurs ouvrages, dont « Les dynamiques de genre en Afrique et au Mali » dans lequel vous vous donnez pour objectif de déconstruire les mentalités. Quelles sont ces mentalités à déconstruire ?

Les mentalités liées au genre bien sûr. Nous sommes nous autres héritiers d’une société patriarcale où l’autorité est du côté de l’homme. Une société dans laquelle il appartient à l’homme de subvenir aux besoins de la famille, en premier lieu de la femme. Cette situation de fait n’a pas été sans influencer le statut social de la femme. Le statut de l’homme est supérieur à celui de la femme. Elle se trouve maintenue dans une situation « d’infériorité. » Dans la littérature sociologique consacrée à l’analyse de la situation de la femme dans les sociétés patriarcales, la femme est décrite, dépeinte comme une actrice totalement dominée par l’homme, totalement à l’ombre de l’homme. Elle est exclue de tout ce qui est pris de décision, en gros, de la gouvernance.

Les mentalités à déconstruire, c’est donc d’obtenir un changement de regard sur la situation et la position de la femme. Il faut un nouveau discours pour mettre la femme en confiance, vanter ses mérites, chanter ses gloires pour la signifier. Elle doit participer, au même titre que l’homme, au fonctionnement harmonieux de la société. Il faut redéfinir un nouveau canon qui puisse permettre à la femme de s’impliquer davantage dans le mécanisme de gestion des conflits, de gouvernance et même de prise de décision.

« Décentralisation et changement social au Mali » en 2017, puis « Les impasses d’une gouvernance locale » en 2020. Voilà deux de vos ouvrages, tous sur la décentralisation. Aujourd’hui, quelle appréciation faites-vous de la question de la décentralisation au Mali ?

L’idée d‘aller à la décentralisation au Mali sous sa forme actuelle remonte aux conclusions de la conférence nationale tenue à Bamako en juillet-août 1991. La décentralisation est assortie de cette conférence comme étant une émanation populaire. Parce que le type d’État sous lequel les Maliens vivaient a contribué à exaspérer les populations locales, notamment rurales.

De mon point de vue, la décentralisation représente une bonne perspective de développement, parce qu’il n’y a de meilleur développement que par le sien.

Cependant, je ne partage pas cette thèse des pourfendeurs de la décentralisation qui pensent que la décentralisation n’a servi qu’à réveiller le chat qui dormait. C’est-à-dire, à remettre sur scène les conflits anciennement résolus. Il faut réconforter la décentralisation dans ce qu’elle a de force. Il faut éviter de la stigmatiser par ses erreurs, ses insuffisances.

La décentralisation dans son application a été confrontée à des problèmes. Le Mali est dans un type de décentralisation qu’on appelle décentralisation administrative et au fond, cette décentralisation est plus verticale qu’horizontale.

Dans chacun des deux ouvrages, notamment dans celui de 2017, « Décentralisation et changement social », je pointe un peu du doigt des exemples où des problèmes sont apparus dans le fonctionnement de la décentralisation. Parce que les logiques sociales et les autorités coutumières n’ont pas été suffisamment considérées dans la définition des règles de fonctionnement de la décentralisation.

Il faut revoir les textes, définir clairement la position de ces autorités coutumières et leur conférer les rôles qui leur reviennent de droit, de fait.

Vous avez publié des livres assez importants, mais la plupart de ces publications sont faites dans des maisons d’édition à l’extérieur. Pouvez-vous nous expliquer les raisons ?

Je pense qu’il n’y a pas tellement de réflexion poussée qui ait présidé à ce choix. C’est simplement une opportunité que j’ai saisie à la faveur d’un séjour à Paris. J’étais parti acheter des ouvrages dans une librairie de l’Harmattan, quand j’ai posé la question, « vous êtes prêts à me publier » ? On m’a répondu : « Si vous avez le manuscrit, emmenez-nous. On sera heureux de vous publier ». C’est ainsi que j’ai pris la décision d’envoyer le manuscrit, qui est passé devant un comité de lecture, qui a validé le travail. Après tout le reste a suivi.

J’étais satisfait de leur travail parce que contrairement aux structures maliennes de publication, d’édition qui « font payer beaucoup » aux auteurs, à l’Harmattan, « la publication est gratuite », sauf s’il y a des aspects du travail que vous ne voulez pas faire vous-mêmes. Dès lors, à chaque fois que je finis un projet de publication, je leur envoie, c’est la même démarche. On ne me fait rien payer, sauf que j’ai l’obligation de payer les 50 premiers exemplaires.

Réalisée par Fousseni Togola

et Bakary Fomba

1 octobre 2020 0 comments
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