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Moussa Mara president Yelema
Opinion

[Tribune] L’Afrique face aux risques des transitions politiques

by Sahel Tribune 15 octobre 2020
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Il y a la transition telle que nous la connaissons. Celle qui se traduit par la survenance d’une rupture constitutionnelle dans la dévolution du pouvoir. Le coup d’Etat, la démission de dirigeants sans possibilité de les remplacer conformément aux textes, les insurrections déstabilisantes ou encore la fin de mandat sans élection figurent, entre autres, parmi les facteurs d’organisation de ces périodes exceptionnelles et la nécessité d’envisager une phase provisoire d’organisation des pouvoirs publics, en attendant de mettre en place des régimes juridiquement et politiquement légitimes.

Cette forme de transition, utilisée en de maints endroits du continent, a comme contenu l’établissement d’un consensus entre les forces vives autour des enjeux, l’organisation d’un processus de retour à un ordre constitutionnel, l’apaisement des tensions, la restauration de la confiance entre les populations et leurs représentants et, quelques fois, l’amélioration de la qualité de vie des populations.

Elle se traduit par la mise en place d’une autorité suprême (Président), d’un organe exécutif, d’une Institution législative et de différentes formes d’associations au pouvoir des forces vives afin d’élargir la base de ce dernier.

Ces formes de transition sont les plus connues et les plus pratiquées en Afrique, comme on le constate en ce moment au Mali, ou au Soudan, il y a quelques années. Elles ont besoin d’être menées dans un esprit de collégialité avec le souci de stabiliser la courte période de leur déroulement. Comme facteur clé de succès, elles doivent être conduites par des hommes de qualité, indépendants, compétents et n’ayant pas d’autres ambitions que de remettre le pays sur les rails. Elles doivent engager des réformes constitutionnelles et législatives rendant les processus électoraux encore plus crédibles, transparents et participatifs que par le passé; avec une attention particulière sur l’égalité des chances des postulants aux responsabilités et l’équité de leur traitement pendant le processus. Une plus forte règlementation du rôle et de la place de l’argent dans la démocratie ainsi qu’un encadrement plus contraignant de la candidature des sortants, partant avec une avance certaine, peuvent être envisagés.

Les transitions classiques décrites ci-dessus ne sont pas les seules possibles en Afrique. Il y en a d’autres, exceptionnelles pour l’instant, qui méritent d’être analysées pour en baliser le chemin ainsi que la mise en œuvre. Il s’agit de transitions à conduire en présence d’un pouvoir légal qui, pour des raisons particulières, se trouve contraint d’engager cette phase politique particulière. Des élections mal organisées et/ou fortement contestées, des troubles sociaux majeurs, un contexte sécuritaire sensible, une crise économique profonde, une usure certaine du pouvoir consécutive au cumul de plusieurs mandats face à une population jeune, sont, entre autres, des raisons pouvant conduire un pouvoir en cours de mandat à ouvrir une transition.

Cette étape ouvrira ainsi une période de collaboration politique établie entre les différentes forces vives, dans le cadre d’un mandat en cours, avec l’objectif de mettre en place à terme un ordre sociopolitique satisfaisant pour la majorité des acteurs.

Elle pourra porter sur des réformes institutionnelles et organisationnelles à conduire sur les différents segments de la vie publique, l’organisation de scrutins le cas échéant, la conduite de politiques sectorielles spécifiques, l’engagement d’un processus de réconciliation nationale avec des résultats tangibles recherchés…

Sur le plan organisationnel, cette transition se traduira par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, la création éventuelle d’autres organes de suivi et d’accompagnement pouvant être envisagée pour renforcer la confiance entre acteurs.

La conduite de cette phase délicate nécessitera sans doute la satisfaction de quelques conditions préalables telles que le consensus des forces vives sur les objectifs de la transition, qui peuvent aboutir sur le départ du régime au pouvoir après des élections. Ils peuvent également porter sur une collaboration pendant une période au cours de laquelle des réformes souhaitables sont conduites avant l’organisation d’un nouveau scrutin avec la participation de tout ou partie des acteurs. Au-delà de la convergence sur les objectifs de la période transitoire, il y a surtout la crédibilité des garanties à donner comme condition majeure de la conduite de cette forme de transition. Des garanties, y compris internationales, sont à fournir au pouvoir pour couvrir les risques encourus après un départ négocié. Des garanties peuvent également être nécessaires pour convaincre les forces politiques à collaborer pendant la période. En tout état de cause, les médiateurs commis pour aider les pays lors de ces périodes délicates doivent savoir rassurer les parties afin de les convaincre à engager le processus et obtenir ainsi la stabilité de nos pays. 

Ce type de transition sera de plus en plus probable en Afrique. La démographie et l’urbanisation du continent seront les terreaux d’une jeunesse de plus en plus nombreuse et impatiente, en particulier dans les capitales, qui représentera un contrepoids politique aux pouvoirs en place. Face à cela, les régimes seront de plus en plus acculés et devront lâcher du lest, particulièrement s’ils ne sont pas efficaces en matière de satisfaction des attentes populaires. Les organisations régionales doivent ajuster leurs instruments de monitoring de la stabilité politique des Etats, et les partenaires internationaux faire de même en étant plus vigilants et en sachant mieux anticiper les crises. Il ne faut plus attendre que les antagonismes s’exacerbent pour ensuite essayer de sauver les meubles. Il faut savoir identifier précocement les ingrédients de la déflagration et apporter des solutions qui satisfassent les populations et tout en rassurant les pouvoirs. 

Quand ces processus sont bien menés, ils offriront des occasions pour des régimes ne sachant plus comment quitter le pouvoir, de bien assurer le passage de témoin sans trop d’inquiétudes pour le futur. Ce qui peut être bénéfique pour la stabilité des pays africains.

Moussa MARA www.moussamara.com

Source: Le Point Afrique

15 octobre 2020 0 comments
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Administrateurs civils copie
Sécurité

Otages civils et militaires : pour exiger la libération de leurs collègues, les administrateurs civils sur le ring !

by Sahel Tribune 15 octobre 2020
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Après la libération de quatre otages, le 5 octobre 2020, contre celle de plus de 200 djihadistes, les administrateurs civils du Mali montent sur le ring pour se faire entendre. Ils ont procédé à une marche pacifique, jeudi 15 octobre 2020. Objectif : exiger la libération de tous les otages civils et militaires.

Eh, oui ! Ce jeudi 15 octobre 2020, la plateforme d’action commune des syndicats des administrateurs civils a remis une déclaration au Premier ministre, Moctar Ouane, pour exiger la libération de tous les otages civils et militaires du Mali.  

Du monument de l’indépendance à la Primature en passant par l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako et le Centre international de conférence de Bamako (CICB), les administrateurs civils ont marché pour la remise de cette déclaration conjointe.

Lire aussi Libération d’otages : voilà ce que les djihadistes font comprendre à nos États !

Sous un chant mélodieux demandant la libération de tous les otages civils et militaires, Ousmane Christian Diarra, porte-parole de la plateforme, a pris le micro pour préciser que les ravisseurs de leurs collègues (Aly Cissé, sous-préfet de l’arrondissement de Farako et Drissa Sanogo, préfet de Gourma Rharous, au Nord du Mali) demandent une rançon de 20 millions de FCFA contre leur libération.

Selon M. Diarra, les autorités maliennes ne sont pas favorables au paiement de la somme demandée. Pourtant, rappelle-t-il, pour la libération du préfet de Diré, en juin 2020, c’est les syndicats qui ont mobilisé les dix millions de rançon demandée par les ravisseurs.  

Identifiables par leur foulard rouge attaché au bras en signe de mécontentement, les membres de la plateforme des syndicats déplorent « l’indifférence, le mépris et l’absence d’empathie des autorités maliennes face aux désespoirs des otages, les souffrances de leurs familles et l’angoisse de leurs collègues ».

Quant à la libération des 200 terroristes dans le cadre des négociations ayant abouti à la libération du chef de file de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, ainsi que de l’otage française et des deux Italiens, la plateforme des syndicats des administrateurs civils dénonce ces libérations « avec colère et frustration ». Selon elle, ces libérations ne prouvent que la priorisation des otages occidentaux, par les autorités de l’État, au détriment des otages maliens, surtout civils et militaires. C’est pourquoi dans leur déclaration conjointe, les syndicats rappellent l’article premier de la constitution malienne de 1992 : « La personne humaine est sacrée et inviolable.

Lire aussi Libération de Soumaïla Cissé et de trois autres otages : une nouvelle victoire des autorités de la transition !

Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne. » Par la même occasion, ils rappellent également l’article 2 de la même constitution qui stipule : « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. »

Les administrateurs civils n’entendent plus faire cadeau. Ils « exigent la libération de tous les otages civils et militaires dans les meilleurs délais ». Ce n’est pas tout, ils « réclament, en attendant leur libération, une plage de soutien et de solidarité nationale dans la grande édition de 20 h de l’ORTM ».

Notons que la plateforme d’action commune est composée du Syndicat autonome des Administrateurs civils (SYNAC), du Syndicat libre des Travailleurs du Ministère de l’Administration territoriale (SYLTMAT), du Syndicat des Travailleurs des Collectivités territoriales (SYNTRACT) et du Comité syndical des Agences de Développement régional (CS-ADR).  

Lire aussi Bréma Ely Dicko : « L’équipe de transition n’a d’autre choix que de réussir »

Rappelons que de 1990 à nos jours, ce sont vingt (20) préfets et sous-préfets, ainsi que treize (13) membres de leurs familles qui ont été tués au service du Mali par les djihadistes. De 2018 à 2020, huit (8) préfets et sous-préfets ont été enlevés par des ravisseurs dans l’exercice de leur fonction. Parmi ce groupe figurent Ali Cissé et Drissa Sanogo. Ces deux sont toujours maintenus en otage. En plus, une dizaine de secrétaires généraux et régisseurs de mairies sont retenus depuis plus d’une année, ont précisé les administrateurs civils dans leur déclaration conjointe.   

 Fousseni Togola

15 octobre 2020 0 comments
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Lutte contre la tuberculose
Santé

Rapport 2020 OMS : victoire contre la tuberculose, le chemin reste long !

by Sahel Tribune 14 octobre 2020
written by Sahel Tribune 4 minutes read

L’accès aux services de lutte contre la tuberculose reste toujours un défi majeur dans le monde. Les objectifs mondiaux de prévention et de traitement pourraient connaitre, en 2020, des perturbations si des mesures urgentes ne sont pas prises et si des investissements adéquats ne sont pas faits. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié, depuis Genève, mercredi 14 octobre 2020, son rapport annuel sur la tuberculose. Selon le communiqué publié par l’OMS à cette occasion, près de 1,4 million de personnes sont mortes, en 2019, de maladies liées à la tuberculose. Durant la même période, les 10 millions de personnes ayant attrapé cette maladie, seulement près de 3 millions n’ont pas été diagnostiqués avec la maladie ou n’ont pas été officiellement signalés aux autorités nationales. Au cours de la même année, près de 465 000 personnes ont été diagnostiquées de tuberculose résistante aux médicaments. Parmi ce groupe de malades, moins de 40 % ont réussi à accéder à des traitements. 14 millions de personnes ont reçu des soins pour la tuberculose au cours de la période 2018-2019. Durant la période en revu, l’OMS indique que les traitements préventifs ont concerné quelque 6,3 millions de personnes.

Lire aussi Journée mondiale de la santé mentale : l’Organisation malienne de psychologie respecte la tradition

Selon l’OMS, les progrès obtenus dans l’accès au traitement de prévention contre la tuberculose sont insuffisants. Pourtant, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus estime qu’« un accès équitable à un diagnostic, une prévention, un traitement et des soins de qualité et en temps opportun reste un défi ».

Le véritable obstacle dans l’atteinte des objectifs reste surtout le financement, selon l’OMS. Au cours de cette année 2020, la somme investie dans le financement de la prévention, du diagnostic, du traitement et des soins de la tuberculose est de 6,5 milliards de dollars, soit la moitié de l’objectif de 13 milliards de dollars convenu par les dirigeants mondiaux dans la Déclaration politique des Nations Unies sur la tuberculose, a précisé la même source.

Lire aussi Lutte contre le covid-19 : les ministres de la Santé de l’espace UEMOA se rencontrent

L’Organisation mondiale de la santé a saisi l’occasion qu’a offerte le lancement de ce rapport mondial pour rappeler qu’avant la pandémie de coronavirus, beaucoup de pays progressaient « dans la lutte contre la tuberculose (TB), avec une réduction de 9 % de l’incidence observée entre 2015 et 2019 et une baisse de 14 % des décès au cours de la même période ».  Ces obstacles sont entraînés surtout par la maladie à coronavirus qui a affecté les services sanitaires dans tous les pays. À en croire l’OMS, des ressources humaines, financières et autres destinées à la lutte contre la tuberculose ont été réaffectées à la riposte contre cette pandémie.

Toutefois, Dr Tereza Kaseva, directeur du programme mondial de lutte contre la tuberculose de l’OMS, indique : « Face à la pandémie, les pays, la société civile et d’autres partenaires ont uni leurs forces pour garantir que les services essentiels pour la tuberculose et le covid-19 soient maintenus pour ceux qui en ont besoin ». Et de poursuivre : « Ces efforts sont essentiels pour renforcer les systèmes de santé, assurer la santé pour tous et sauver des vies. »

Lire aussi Coronavirus à Kayes : mésintelligence entre les autorités locales et les syndicats de la santé

Dans plusieurs pays, les visites dans les établissements de santé ont été réduites tout en encourageant le traitement à domicile, les traitements oraux pour les personnes atteintes de tuberculose résistante aux médicaments, la fourniture d’un traitement préventif contre la tuberculose. Ces pays ont également mis en place des dispositifs leur permettant de veiller à l’approvisionnement adéquat des malades de tuberculose en médicaments. Néanmoins, le directeur général de l’OMS souligne la nécessité d’agir : « Une action accélérée est urgente dans le monde entier si nous voulons atteindre nos objectifs d’ici 2022. »

Pour rappel, depuis 1997, l’OMS publie un rapport mondial sur la tuberculose chaque année. L’objectif principal de ce rapport est de fournir une évaluation complète et à jour de l’épidémie de tuberculose et des progrès en matière de prévention, de diagnostic et de traitement de la maladie, au niveau mondial, régional et national.

Fousseni Togola

14 octobre 2020 0 comments
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Migration 1
Politique

La migration : travaillons au respect des textes !

by Sahel Tribune 14 octobre 2020
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Ce phénomène est historique et se pratique dans un intérêt bien précis : atteindre une condition de vie décente. Ce qui laisse comprendre que la gestion actuelle de cette crise par l’humanité est inappropriée et peut engendrer des conséquences désastreuses.

Comme l’a si bien signalé le député européen, Cécile Kyenge, il y a plus d’une année, ce n’est pas en fermant les frontières que vous résoudrez le problème de l’immigration. Ce n’est pas en faisant de ces migrants des esclaves en les emprisonnant et les condamnant à travailler moyennant une somme dérisoire que vous parviendrez à les décourager. Stopper les en pleine mer sans nourriture ni eau, ils ne se découragent jamais et reviendront toujours. Ce ne sont ni les murs ni la privation de leurs enfants qui vont les faire reculer.

La force ne résoudra pas le problème

Le monde doit sortir de sa somnolence, aucune mesure visant à instaurer la crainte chez ces hommes et femmes ne pourra permettre de résoudre efficacement ce problème. La plupart de ceux qui arrivent en Europe sont des gens déterminés à braver tous les risques. La mort ou la vie restent pour eux la seule alternative.

Lire aussi La migration, une véritable opportunité de partage d’expériences

L’équation rejoint l’éducation rousseauiste qui interdisait aux éducateurs d’ériger des règles pour les enfants. Ceux-ci n’entendent pas les lois et les violeront toujours parce qu’ils sont incapables de raison. Cela reste de même pour les migrants. Plus vous opposez à leur force, votre pouvoir, ils se plairont dans l’adversité.

Si vous voulez une gestion plus rationnelle de ce phénomène, régularisez le phénomène pour qu’il profite largement à tous. Car ce phénomène est d’ailleurs une chance à saisir. Les migrants contribuent d’ailleurs largement à la construction de l’économie voire de la culture des pays d’accueil. C’est ce que soutenait Jean Christophe Dumont, chef de la division chargée des migrations internationales à l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en 2014, en disant : « La contribution des immigrés à l’économie est supérieure à ce qu’ils reçoivent en termes de prestations sociales ou de dépenses publiques. »

Veiller au respect des textes

Le président français, Emmanuel Macron s’est positivement penché sur le phénomène, le 15 juin 2018, en martelant : « La bonne réponse [à l’immigration ndlr] est européenne, mais les solutions actuelles sont inadaptées. » Le présidentMacron prône une solidarité européenne autour de ce phénomène afin d’assurer sa bonne gestion. La solution à ce phénomène est législative non pas en l’interdisant, mais en l’autorisant par l’élaboration de normes strictes visant sa réglementation et en veillant au respect de ces normes. En plus de cela, il faudrait songer à venir en aide aux pays en développement en termes de création d’emplois, d’éducation, de lutte contre l’insécurité. Il faudrait également les soutenir dans leurs efforts d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ce phénomène.  

Lire aussi La migration, un phénomène à la peau dure

On dirait que c’est ce qu’a fini par comprendre le monde à travers l’adoption du pacte mondial pour la migration, en décembre 2018 afin d’assurer une migration plus sûre, ordonnée et régulière.

Vouloir stopper coûte que coûte l’immigration, c’est dire non à la mondialisation. La solution à l’immigration est politique.

Chiencoro

14 octobre 2020 0 comments
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rapport FAO
Sécurité

Insécurité alimentaire : faut-il soigner la plaie sur le pus ?

by Sahel Tribune 14 octobre 2020
written by Sahel Tribune 4 minutes read

L’humain devient son propre ennemi dans la mesure où l’insécurité alimentaire à laquelle il est confronté relève de son entière responsabilité. Elle n’est que la conséquence de ses actes incontrôlés sur la nature et le monde.

René Descartes, intellectuel français, soutenait que la raison pourrait permettre à l’homme de devenir maitre et possesseur de la nature. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de doute, on pourrait ajouter qu’elle a fait de l’homme son propre ennemi ainsi que celui de toutes les autres espèces. Il est le seul à posséder une raison devant lui permettre d’accomplir de bons actes, mais c’est ce qui fait de lui également le pire de tous.

Le monde souffre aujourd’hui d’insécurité alimentaire due en grande partie à la folie de l’homme. Car parmi les mobiles de ce phénomène, nous avons le changement climatique et le terrorisme.

Insécurité alimentaire, terreau du terrorisme ?

Entre le terrorisme et l’insécurité alimentaire, il existe une forme de réciprocité en termes de causalité. Le terrorisme peut entraîner l’insécurité alimentaire tout comme ce dernier phénomène peut aggraver l’insécurité terroriste.

La plupart des pays du Sahel étant victimes de mouvements terroristes sans foi ni loi n’arrivent plus à mener une campagne agricole convenable. Beaucoup de populations ont fui les exactions de ces groupes barbares.

Lire aussi Insécurité alimentaire : l’impact de la covid-19 en quatre (4) manières

Dans ces propos de Soumaila Sanou, président du Réseau ouest-africain des céréaliers, recueillis par le Studio Tamani à l’occasion de la rencontre des représentants des pays ouest-africains dans le cadre de la Semaine de l’Afrique et de l’Afrique de l’ouest, on peut comprendre l’apport du terrorisme dans cette question de l’insécurité alimentaire. « Quand on prend la zone du Burkina, le Niger, le Mali, une partie aussi du Nigeria, à cause de l’insécurité, les gens n’ont pas pu faire la production agricole comme ça se devait », indique M. Sanou.

À Youwarou, dans la région de Mopti au Mali, nous savons que plus de 60 % des récoltes n’ont pas donné en 2018. La crainte des terroristes a fait fuir bon nombre de populations de ces zones durant cette campagne agricole. Or, l’agriculture constitue la principale activité dans la majeure partie de ces pays.

Lire aussi Insécurité alimentaire en 2020 : « près de 690 millions de personnes ont faim » (rapport FAO)

Selon le rapport 2018 de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et de l’Association malienne des Droits de l’Homme (AMDH), plus de 15 000 personnes ont fui en 2018 les persécutions terroristes uniquement dans le centre. Qu’en est-il des régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni ? Des zones exposées au trafic de drogue en plus de tous ces autres problèmes. De grosses sommes d’argent alimentent le terrorisme pour permettre à la drogue de partir d’Amérique du Sud (en avion pour le désert peu surveillé) vers l’Europe[1].

Des actions urgentes

Ce qui expose davantage nos territoires à l’insécurité alimentaire avec ses conséquences désastreuses. Des actions urgentes doivent être posées par nos États afin de contrer les conséquences désastreuses de ce phénomène d’insécurité alimentaire. Mais faudrait-il soigner la plaie sur le pus ? Cela constitue un effort vain parce qu’on ne peut pas espérer à ce titre arriver à une solution pérenne. Un bon soin est celui qui cherche la source du mal, la déracine et la décime avant de faire face au mal qu’elle a engendré. Les décideurs de nos États doivent songer à des actions de ce genre, s’ils ne veulent pas voir l’insécurité terroriste s’aggraver par l’insécurité alimentaire.

Lire aussi Crise économique : baisse du transfert de fonds des migrants à près de 20 % en 2020

Victimes de la famine, des épidémies de tous genres, une bonne partie de ces populations ne tarderont pas à élargir le rang des terroristes. La migration irrégulière ira crescendo et de façon plus violente, car plus rien ne pourra contrecarrer ces « migrants de la famine » qui seront plus déterminés que jamais. En plus de cet aspect, une étude réalisée aux États-Unis en 2017 révèle les conséquences de l’insécurité alimentaire sur la croissance des enfants à bas âge par le fait qu’ils seront en manque d’énergie nécessaire pour assurer leur croissance.

Alors, nos États doivent agir au « coup par coup » pour résoudre ces phénomènes en partant à la racine tout en préconisant au préalable des actions d’urgences sociales comme a fait preuve la France, à travers son ambassade au Mali, en signant le 4 novembre 2018 une convention de financement de 200 millions de FCFA destinés aux populations des régions de Ségou et de Mopti, victime d’insécurité de tous genres. Les dirigeants doivent agir de la sorte. Il ne suffit plus d’organiser des rencontres à hauteur de banquets autour de ces problèmes. Il convient d’agir hic et nunc.

Chiencoro


[1] Lisez Les Larmes du Désert d’Alain Maufinet pour plus de renseignements sur ce phénomène.

14 octobre 2020 0 comments
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Philein Check
Les démystificateurs du Sahel

#PhileinCheck: non, cet oiseau n’est pas un espion !

by Sahel Tribune 14 octobre 2020
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Depuis lundi 12 octobre 2020, l’image d’un oiseau équipé d’un appareil satellitaire et d’un anneau attaché au pied avec un chiffre 14 inscrit dessus fait le tour des réseaux sociaux notamment Facebook et Twitter. Partagé des milliers de fois, ce cliché fait croire à certains qu’il s’agit d’un « oiseau espion » retrouvé au Nord du Mali. Pas de panique, c’est un « oiseau migrant » !

capture d’écran d’une page qui donne plus de précisions

À travers une recherche inversée de l’image sur Google, nous n’avons pas pu obtenir de résultats satisfaisants. Nos recherches nous ont conduit à ce compte Twitter, à travers lequel nous avons pu obtenir un bout d’informations. 

Ce site aussi donne plus de précisions sur ce rapace. « Le n ° 14 de notre “Star”, né en 2013, a passé comme à son habitude son hiver à Bioko, à pêcher et se percher. Cette année 2020, il a commencé son voyage le 17 mars et est revenu dans les lacs le 6 avril. Le journal raconte son voyage au jour le jour ce printemps. Il s’est réinstallé à South Lakes à son arrivée, mais n’a toujours pas retrouvé l’amour de sa vie ! Sa migration d’automne a commencé et il traverse actuellement le désert du Sahara » (transcription française par la rédaction), lit-on sur le même site. La même source souligne que le 10 octobre 2020, cet oiseau « a traversé l’Algérie vers le Mali ». En principe, il devrait se diriger « vers le sud pour suivre le fleuve Niger qui devrait le conduire à travers le coin sud-ouest du Niger jusqu’au Nigeria et jusqu’à la côte ». Ce rapace serait à sa 13e traversée du Sahara.

Une image du rapace sur laquelle on perçoit une attache au pied de l’oiseau avec une inscription en chiffre

Contrairement à ce que pensent beaucoup de Maliens, il s’agit d’un oiseau migrant et non d’un envoyé au Mali pour des fins d’espionnage. 

Togola

14 octobre 2020 0 comments
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Moussa Niangaly coordinateur nationl de lAEEM
Seko ni Donko

Le coordinateur national de l’AEEM : « On ne peut pas bannir la violence à 100 % dans l’espace universitaire »

by Sahel Tribune 13 octobre 2020
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Le Centre national des œuvres universitaires (CENOU) se bat avec les moyens à sa portée pour mettre les étudiants maliens dans les meilleures conditions de vie et d’études. Pour connaitre l’appréciation des élèves sur ces innovations, nous avons contacté Moussa Niangaly, coordinateur national de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM).

Phileingora : après la convention avec l’ECOBANK, le CENOU lie un partenariat avec SAMA money. Comment avez-vous reçu ce nouveau partenariat ?

Moussa Niangaly : pour un début, je crois que SAMA MONEY est une très belle initiative. Avec les explications des experts lors de notre rencontre avec eux et le CENOU, nous nous sommes rendu compte que cette nouvelle plate-forme constitue une véritable avancée par rapport à Ecobank. Le fait même que l’étudiant ait la possibilité de retirer son argent partout où il se trouve est une grande avancée. Pour l’instant, nous ne nous plaignons pas. Nous sommes en train d’observer. Nous n’allons pas nous laisser emporter dans les éloges, puisque ce n’est qu’un début. Nous savons qu’au Mali, généralement, le début de tout projet est formidable. Mais pour le moment, personne ne se plaint. 

En plus du mobile banking, le CENOU multiplie ses agences afin de faciliter la vie aux étudiants. Pensez-vous vraiment que ces gestes amélioreront les conditions de vie et d’études des étudiants maliens ?

Bien sûr que oui. Il faut juste voir la distance à parcourir entre Bamako et Kabala, pour le plus souvent, un problème dont la résolution ne prend qu’une minute ou deux.

Je crois que créer des agences à Bamako ou à Koulikoro est vraiment avantageux pour les étudiants maliens. Autrefois, les étudiants qui se trouvaient à l’IPR-ISFRA de Katibougou étaient obligés de venir à Kabala pour la résolution de leur problème. Or, nous savons bien que la route de Kabala n’est pas du tout en bon état. Il y a trop d’accidents sur cette voie.

La création de ces agences permet de diminuer le déplacement des étudiants vers Kabala. Nous saluons vraiment cette initiative. Nous avons beaucoup apprécié ce geste et cette action de la part du CENOU. 

En 2019, au cours d’une interview accordée au journal Le Pays, vous vous étiez donné pour objectif de lutter contre les violences dans l’espace universitaire. Pourtant, le fléau persiste. Doit-on admettre que vous avez échoué dans l’atteinte de vos objectifs ?

Je dirai au contraire que j’ai réussi. Avant que je ne sois secrétaire général, il y avait des séries de violences dans l’espace universitaire. Maintenant on peut passer combien de temps sans parler de violence au niveau des universités ? Certes, on ne peut pas bannir la violence à 100 % dans l’espace universitaire, mais j’ai fait de mon mieux. Je peux dire que mon bureau et moi avons vraiment fait le maximum. Aujourd’hui, il est très difficile de voir sur la colline des étudiants s’affronter. 

Nous avons sensibilisé les camarades militants de l’association, avec évidemment l’accompagnement des forces de l’ordre, sur ce phénomène. Aujourd’hui, nous parvenons à beaucoup diminuer la violence dans l’espace universitaire. Après moi, les secrétaires généraux qui viendront, s’ils se fixent pour objectif de bannir la violence dans ce milieu, dans moins de deux ou trois ans, on va totalement mettre fin à la violence dans l’espace scolaire du Mali.

Au niveau de la Faculté des droits privés, nous constatons qu’il y a de nombreux problèmes. Le secrétaire général, Allaye Sininta avait même été arrêté. Souvent c’est l’administration qui est tenue pour responsable de ces problèmes, souvent aussi c’est le comité AEEM qui est indexé. Quelle est votre compréhension de la situation au sein de cette Faculté ?

Il y a juste trop de désordre au niveau de la FDPRI, jusque dans l’administration. Les responsables posent souvent des actes qui n’honorent pas du tout une administration. Le problème qui se pose présentement au sein de cette faculté est que l’année dernière, après les évaluations, l’administration a fait paraître des résultats définitifs. Après ces résultats, les responsables administratifs ont donné des attestations aux étudiants. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais quelque temps après, ces étudiants ont été invités à rendre leurs attestations pour correction de certaines erreurs. C’est lorsque ces étudiants se sont présentés que l’administration universitaire a saisi leur attestation soi-disant que l’admission de ces étudiants n’était qu’une erreur. Les administrateurs ont donc demandé à ces étudiants de reprendre l’année universitaire. 

Au-delà de tout ça, le résultat des évaluations faisait ressortir un taux d’admission de 1 %. En toute honnêteté, une administration devrait avoir honte d’afficher un tel résultat. 

Voilà des problèmes que le secrétaire général avait dénoncés et pour lesquels il a été arrêté. Nous avons jugé cette arrestation injuste. C’est pourquoi nous avons soutenu notre camarade. On n’est pas contre la justice. Au contraire, nous la soutenons. Tous ceux qui commettent des actes hors-la-loi, nous demandons à la justice de les punir. Mais nous sommes dans un pays de droit et nous sommes une association qui revendique pour l’ensemble des élèves et étudiants du Mali leurs droits. On ne doit pas enfermer un étudiant parce qu’il a revendiqué. Il est dans ses droits. 

C’est dans ces conditions qu’on avait décrété une grève d’une semaine. Mais Dieu merci, nos camarades ont déjà retrouvé leur liberté. Nous continuons à gérer le problème avec l’administration de la FDPRI. Le bureau de coordination s’est impliqué avec l’amicale des anciens de l’AEEM aussi. Depuis la grève jusqu’à la résolution du problème, les anciens de l’AEEM ont accompagné le bureau de coordination. Je les remercie beaucoup. 

Je crois que nous avons pu finalement trouver une solution au problème et bientôt les examens vont commencer à la faculté des droits privés. Dans les jours à venir, une solution sera également trouvée à la situation des attestations.

Mais qu’en est-il de la revendication du secrétaire général de la FDPRI, à savoir, réexaminer les copies des derniers examens ?

Comme c’est une première session, des cours de rattrapage, des TD, ont été promis, avant la tenue des prochaines sessions. Parce qu’un résultat avec un taux d’admission de 1 % est vraiment incompréhensible. Nous avons quand même demandé au secrétaire général de vraiment s’impliquer.

On ne demande pas à l’administration de rehausser le taux d’admission. Mais ce qui est sûr, si je suis enseignant et que dans ma classe je me retrouve avec un taux de 1 %, je vais dire que mon message n’a pas passé et qu’il faudrait revoir ma façon de faire.

Réalisé par Fousseni Togola

13 octobre 2020 0 comments
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