En 2025, Orwell n’est plus une référence littéraire, mais un miroir. Dans un monde où la surveillance est volontaire et la vérité négociable, relire 1984 devient un acte de résistance tranquille.
Il n’a jamais été aussi urgent de relire 1984. Pas pour le plaisir morbide de constater à quel point George Orwell avait vu juste, mais pour mesurer tout ce que nous avons accepté, lentement, insidieusement, au nom de la sécurité, du progrès, ou du confort.
Nous vivons dans un monde où la surveillance est désormais invisible et consentie. Les écrans sont devenus les complices dociles de notre dépendance à l’instant. La langue se simplifie, se désosse, jusqu’à en devenir inoffensive. L’Histoire s’efface, se réécrit ou s’ignore — selon les besoins du jour. Big Brother n’est plus un dictateur, c’est un algorithme.
Plus qu’une suggestion littéraire, un acte de lucidité
Orwell, lui, pensait en dictatures bruyantes. Nous avons inventé des démocratures muettes. Et chacun y va de son écran, de son identifiant, de sa géolocalisation offerte, de son visage numérisé avec le sourire. Qui a besoin de policiers quand il y a des abonnements ? Qui a besoin de censure quand l’autocensure est devenue une politesse sociale ?
1984 ne prédisait pas un régime. Il annonçait une tentation. Celle du repli, de la pensée unique, du refus du doute. Celle, surtout, de croire que la vérité est relative, manipulable, reprogrammable. Relire Orwell aujourd’hui, c’est mesurer à quel point nous avons banalisé l’absurde.
C’est aussi se demander, à quel moment avons-nous cessé de nous en offusquer ? En 2025, alors que les IA rédigent des lois, que les réseaux effacent des réputations, que les vérités se marchandent en temps réel, relire 1984 n’est plus une suggestion littéraire mais un acte de lucidité. Une urgence civique.
Pas pour pleurer ce qui s’est perdu. Mais pour défendre, encore, ce qui peut être sauvé.
F. Togola
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