Après des affrontements entre policiers et étudiants à Dakar et Saint-Louis, les restaurants universitaires ont fermé leurs portes. Des dizaines de milliers d’étudiants, privés de repas subventionnés, s’organisent tant bien que mal pour survivre en attendant le versement de bourses en souffrance.
Les pneus brûlés et les pierres éparpillées témoignent encore des violences de la veille. Samedi matin, un calme précaire est revenu à l’université Cheikh-Anta-Diop (UCAD) de Dakar, comme sur les campus de Saint-Louis et de Thiès. Mais derrière l’accalmie, une autre urgence domine : se nourrir.
« C’est une situation déplorable. Le niveau de vie des étudiants est déjà très fragile. La majorité n’a toujours pas reçu sa bourse. Sans le restaurant universitaire, c’est presque impossible de tenir », soupire Pape Lamine Sène, étudiant en marketing. Habituellement, les restaurants du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) permettent aux étudiants de prendre trois repas quotidiens pour 250 francs CFA (moins de 40 centimes d’euro). Une bouée de sauvetage pour des milliers de jeunes venus de l’intérieur du pays.
Des marmites sur la pelouse
Sur le campus social, des étudiantes ont improvisé une cuisine collective. Autour de grandes marmites de riz au poisson, des files d’attente se forment sous le soleil. Les présidents d’amicales ont pris les choses en main.
« Chacun va cotiser 100 000 francs CFA. On peut réunir 500 000, peut-être un million. Ce n’est pas suffisant pour tout le monde, mais on fait avec les moyens du bord », explique Mbaye Biteye, président de l’amicale de la faculté d’économie et de gestion.
Cette solidarité de fortune illustre la détresse des étudiants, pris en étau entre l’augmentation du coût de la vie et le retard persistant dans le paiement des bourses. Au cœur du conflit, un système d’aides jugé défaillant et des annonces administratives qui peinent à convaincre.
« On ne peut pas vivre sans le restaurant »
Vendredi, la colère a éclaté. À Dakar et à Saint-Louis, des affrontements ont opposé forces de l’ordre et manifestants. Jets de pierres, gaz lacrymogènes, dispersion des rassemblements : plusieurs heures de chaos ont rythmé la journée. Les autorités ont décidé de fermer les restaurants universitaires « jusqu’à nouvel ordre ».
Une décision vécue comme une punition collective. Pour beaucoup, la bourse et la restauration subventionnée sont les seules garanties de poursuite des études.
Dans un communiqué, le COUD affirme que la fermeture des restaurants est nécessaire pour rétablir l’ordre et la sécurité. Mais les étudiants, eux, dénoncent une réponse répressive à un problème social. Ils annoncent une reprise de la mobilisation dès lundi si aucune solution concrète n’est apportée.
Au Sénégal, où l’université est depuis longtemps un baromètre des tensions sociales, cette crise révèle une fracture persistante entre promesses institutionnelles et réalité quotidienne. Derrière les slogans et les barricades, une même question hante les campus : comment étudier quand on ne sait pas ce que l’on mangera le lendemain ?
La rédaction
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