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Pourquoi l’accès à l’eau reste le maillon faible de la santé maternelle 

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Selon un rapport accablant de l’ONG WaterAid, publié le 18 mars 2026, des millions de femmes à travers le monde continuent d’accoucher dans des établissements de santé dépourvus d’eau potable, de toilettes et de conditions d’hygiène minimales. Une crise silencieuse, mais mortelle, qui révèle les failles profondes des systèmes de santé dans les pays les plus vulnérables.

C’est une statistique qui glace. Toutes les deux secondes, une femme donne naissance dans un établissement sans accès à l’eau propre, à des sanitaires sûrs ou à des installations d’hygiène adéquates.

Loin des standards médicaux modernes, cette réalité expose mères et nouveau-nés à des risques majeurs d’infection. Chaque année, plus de 13,5 millions de femmes accouchent dans ces conditions précaires, où les gestes les plus élémentaires — se laver les mains, nettoyer une salle ou hydrater une patiente — deviennent impossibles.

Une crise sanitaire évitable, mais meurtrière

Le manque d’eau, d’assainissement et d’hygiène (EAH) dans les maternités est directement lié à la persistance de la septicémie maternelle, une infection grave et souvent fatale. Dans les pays à faible revenu, cette pathologie figure parmi les principales causes de mortalité liée à la grossesse.

Dans les 16 pays étudiés par le rapport, environ 112 000 femmes meurent chaque année de causes liées à la maternité, dont une part significative est imputable à des infections contractées lors de l’accouchement.

En Afrique subsaharienne, les chiffres sont particulièrement alarmants. Les femmes atteintes de septicémie ont jusqu’à 144 fois plus de risques de mourir que dans les pays occidentaux.

Des maternités indignes et dangereuses

Les témoignages recueillis dressent un tableau accablant : toilettes insalubres ou inexistantes, absence d’eau courante, matériel non stérilisé, salles surpeuplées.

Certaines femmes racontent avoir accouché avec de l’eau de rivière, d’autres décrivent des conditions humiliantes, sans intimité ni hygiène.

Dans ces environnements, une naissance sur neuf en Afrique est associée à un risque de septicémie.

Faute de conditions dignes, certaines patientes préfèrent encore accoucher à domicile, au péril de leur vie.

Une solution simple… et peu coûteuse

Paradoxalement, les solutions existent et sont accessibles. Selon le rapport, garantir un accès universel à l’eau, à des toilettes et à des dispositifs de lavage des mains coûterait entre 0,52 et 1,04 dollar par habitant et par an dans les pays concernés.

Un investissement minime, bien inférieur au coût du traitement des infections, qui pourrait réduire de moitié les cas de septicémie et sauver des milliers de vies.

À l’échelle mondiale, l’amélioration des conditions d’hygiène pourrait éviter jusqu’à 9,5 millions de cas de septicémie maternelle et plus de 8 500 décès chaque année.

Cette crise touche aussi le personnel de santé, majoritairement féminin. Privés d’équipements de base, les soignants travaillent dans des conditions dégradées, augmentant leur exposition aux infections et leur épuisement.

Les femmes, déjà en première ligne lors de l’accouchement, supportent également les conséquences indirectes : soins non rémunérés aux malades, charge domestique accrue et perte de revenus.

Une question de dignité et de volonté politique

Au-delà des chiffres, le rapport pointe une défaillance structurelle : l’accès à l’eau et à l’hygiène reste une priorité secondaire dans les politiques de santé.

Pourtant, l’enjeu dépasse la seule santé. Il touche à la dignité, à l’égalité des genres et aux droits fondamentaux.

« Il ne s’agit pas d’un problème technique, mais d’un choix politique », souligne le rapport, appelant les gouvernements et les bailleurs à placer l’EAH au cœur des systèmes de santé.

Alors que la communauté internationale s’est engagée à réduire la mortalité maternelle, cette crise révèle un paradoxe : encourager les femmes à accoucher à l’hôpital sans garantir des conditions sanitaires minimales revient à déplacer le danger plutôt qu’à le supprimer.

Fournir de l’eau propre dans chaque maternité apparaît dès lors comme l’un des investissements les plus simples, mais aussi les plus urgents, pour sauver des vies.

Chiencoro Diarra 


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