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Sénégal : l’influenceur malien « Général Chico » condamné pour incitation à la haine religieuse

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Condamné à un an de prison ferme par le tribunal de Dakar, l’influenceur malien Cheikhna Nimaga, alias Général Chico, devient le symbole des dérives d’une parole numérique sans filtre. Ses vidéos polémiques, mêlant insultes et provocations religieuses, ont déclenché une vague d’indignation et ravivé le débat sur les limites de la liberté d’expression en Afrique de l’Ouest. Entre justice nationale, pressions sociales et responsabilité numérique, l’affaire Chico marque un tournant dans la régulation des discours en ligne sur le continent.

Cheikhna Nimaga, plus connu sous le pseudonyme de « Général Chico » ou « Chico 223 », n’a que 25 ans, mais son nom est désormais associé à l’une des affaires judiciaires les plus commentées entre le Mali et le Sénégal. Ce jeune influenceur malien, installé à Dakar, a été condamné le 7 janvier 2026 à un an de prison ferme pour « injures publiques par le biais d’un système informatique » et « incitation à la discrimination religieuse ».

Son parcours illustre la dérive d’une célébrité numérique devenue symbole des excès des réseaux sociaux en Afrique de l’Ouest. L’affaire met en lumière la difficile conciliation entre liberté d’expression, responsabilité en ligne et respect des sensibilités religieuses.

La chute d’un influenceur

L’affaire trouve son origine dans un conflit personnel entre Chico et le chanteur malien Sidiki Diabaté. Admirateur devenu détracteur, l’influenceur avait multiplié sur TikTok des directs dans lesquels il accusait la star de comportements immoraux. Ces vidéos, suivies par des milliers d’internautes, ont conduit le musicien à porter plainte pour diffamation, injures publiques et chantage.

Mais le différend a rapidement pris une tournure plus grave. Le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) et plusieurs organisations religieuses se sont constitués parties civiles contre l’influenceur, l’accusant d’avoir tenu des propos blasphématoires et outrageants envers l’islam.

Arrêté à Dakar le 4 décembre 2025, Chico a été jugé par le tribunal hors classe de la capitale sénégalaise. Les juges l’ont reconnu coupable d’avoir diffusé, à plusieurs reprises, des propos jugés contraires aux bonnes mœurs et à la tolérance religieuse.

Le verdict, assorti d’une amende de 500 000 francs CFA, a été salué comme un « rappel à l’ordre ». Cette décision judiciaire vise à préserver la paix sociale dans un contexte régional marqué par la montée des discours haineux et des tensions confessionnelles en ligne.

Une justice transfrontalière à l’ère du numérique

Le procès de Chico, bien que mené au Sénégal, a mobilisé la diaspora malienne et relancé le débat sur les responsabilités des influenceurs dans l’espace numérique ouest-africain. Les faits étant survenus sur les réseaux sociaux, leur dimension transfrontalière a obligé la justice sénégalaise à intervenir, rappelant la nécessité d’une coopération judiciaire renforcée entre pays de la région.

Les juges ont aussi voulu rappeler que les propos tenus en ligne, même sous couvert d’humour ou de provocation, restent soumis aux lois nationales. Dans son jugement, le tribunal a souligné que la liberté d’expression « ne saurait s’exercer au détriment du respect dû aux croyances et à la dignité d’autrui ».

Une leçon pour les réseaux sociaux africains

Au-delà du cas Chico, cette affaire ouvre un débat de fond sur la régulation du discours numérique dans un espace médiatique en pleine mutation. Les plateformes sociales sont devenues des arènes politiques, religieuses et sociales où les frontières entre satire, critique et incitation sont souvent floues.

Pour de nombreux observateurs, cette condamnation marque un tournant dans la gouvernance numérique africaine. Les États cherchent désormais à établir un équilibre entre la liberté d’expression et la préservation de la cohésion sociale.

Chico, lui, paie le prix fort d’une parole devenue incontrôlable. Son cas restera sans doute un précédent pour les influenceurs du continent, invités à mesurer, désormais, le poids de chaque mot prononcé à l’écran.

A.D


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